Saint Georges Patrimoine

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Drainage de la Bénaudière

Drainage des terres de la Bénaudière

1855-1859

carte postale du début du XXème du château de Joreau

Le château de Joreau près de Gennes, demeure du comte de Jousselin

En 1854, le comte Calixte de Jousselin achète le château de la Bénaudière qui appartenait depuis près de cent ans à la famille Heurtelou. Ce riche propriétaire, né au château de la Touche en 1817 et marié à Constance de Suyrat, chevalier de la Légion d’honneur, réside au château de Joreau près de Gennes. Il va entreprendre de vastes travaux pour faire de la Bénaudière une exploitation agricole moderne. Cette entreprise sera saluée par de nombreuses récompenses et distinction dans les concours agricoles.

Quand le comte acquiert la propriété en novembre 1854, l’exploitation se compose de 33 hectares et 15 ares de terres labourables et de 6 hectares et 32 ares de prés. Situées dans un vallon, les terres argileuses d’une vingtaine de centimètres reposent sur un sous-sol schisteux imperméable si bien que l’eau dévale l’hiver drainant les sols et s’accumulant dans les parties les plus plates durant six mois de l’année. Les récoltes sont faibles, les prés inondés ne produisent que du jonc et le sol est si mou à partir de novembre, qu’il est impossible d’y mettre du bétail.

Le comte de Jousselin imagine de grands travaux avec les conseils de Charles Lebannier, spécialiste du drainage et de l’irrigation à Angers et de Pierre Chollet, son chef des cultures. Les travaux débutent dès le mois de février 1855. Les efforts se concentrent sur les terres hautes et labourables, 28 hectares et 29 ares sillonnés de fossés d’un mètre trente de profondeur, espacés tous les douze mètres. Des rigoles et de nombreux tuyaux sont installés : ils déversent l’eau, presqu’à plein de leur calibre, dans un ruisseau collecteur creusé au centre de la propriété. L’eau recueillie est canalisée vers les prés existants et des parties en pente. Le réseau souterrain permet également une circulation de l’air qui réchauffe le sol et favorise le développement des plantes.

Les résultats sont rapidement visibles : un pré de près de deux hectares qui, en février, était gorgé d’eau, réussit à être labouré et semé en orge moins d’un mois après la mise en place des drains. La production atteint 50 hectolitres malgré une récolte tardive. La luzerne donne également de belles récoltes mais ses racines ont tendance à envahir les tuyaux de drainage : elle est remplacée par du blé en 1857. En juillet 1855, le comte plante des choux dans un champ de plus de 3 hectares dont le sol a été enrichi de fumier d’étable. Malgré un sol un peu trop dur car le labourage n’a pu se faire convenablement en raison des travaux de drainage, la récolte est tout à fait satisfaisante.

Avant les travaux, certains champs sont si humides qu’ils ne donnent plus rien. Le comte décide d’enrichir ces sols avec de l’os en poudre. En 1856, ces terres fournissent la plus belle récolte de blé. Dans un autre pré, le comte répand du guano et sème de l’orge : encore une fois, c’est une belle récolte qui est réalisée. Les terres marécageuses, une fois drainées, deviennent parfaitement sèches, y compris en hiver et on y réalise deux fauchages de foin.

Les travaux et les résultats du comte attirent l’attention des sociétés d’agriculture. L’agriculture est en pleine mutation : les connaissances scientifiques et techniques au service de l’agronomie, avec l’introduction des engrais chimiques et de l’ingénierie, propulsent des exploitations jusqu’alors peu rentables vers des économies plus fécondes. En transformant 40 hectares de marécage en de bonnes terres fertiles, Monsieur de Jousselin a gagné la reconnaissance du fleuron du monde agricole du XIXème.

Quand en 1857, la société agricole d’Angers visite la Bénaudière, les experts découvrent un plateau couvert de trèfles dont l’eau de drainage alimente une prairie permanente où poussent graminées et légumineuses soigneusement choisies. Voisin de ces terres fertiles, le champ d’un autre fermier fait pâle figure : en jachère depuis cinq ans selon les modes de culture traditionnelle, il est couvert de ronces et de parasites et ne sert que de maigre pâture pour les animaux.

Les terrains en pente de la Bénaudière ont été travaillés avec un araire tiré par deux chevaux et conviennent désormais aux cultures sarclées qui ne craignent pas trop la sécheresse. Une autre pente a été nivelée et des carrières comblées pour y réaliser une prairie et un vaste champ de blé. Le vallon, par le passé marécageux et assaini, présente désormais un sol de bonne qualité qui contient beaucoup d’humus et produit des plantes fourragères en quantité.

Les 22 hectares de prairies et de cultures sarclées permettent de nourrir un bétail en plein développement. Les experts de la société d’agriculture s’étonnent de voir des bêtes en telle santé, avec tel embonpoint.  L’élevage compte quatre taureaux de la race Durham, originaire d’Angleterre. Le premier, Clarendon II, a été acquis par le comte de Jousselin, en 1855, pour la somme de 1 540 francs, auprès de M. Bouton-Lévêque de Belle-Poule, un des plus célèbres éleveurs du Maine-et-Loire, qui a introduit la race en France. C’est une bête magnifique de 3 ans, très bon reproducteur, qui fait la fierté de son propriétaire. A ses côtés, ses trois fils sont tout aussi impressionnants. Clarendon III, 15 mois, est déjà vendu pour la somme de 1200 francs. Cupidon, 15 mois, a pour mère Aubépine, descendante de Verax, un célèbre reproducteur de l’élevage du Pin-au-Haras, gagnant de nombreux concours agricoles. César, jeune de 1 mois en pleine santé, promet beaucoup. Douze vaches de la même race suscitent l’admiration des visiteurs tant leurs formes et leurs aptitudes à l’engraissement sont remarquables. Le comte de Jousselin possède également huit vaches bretonnes. Fécondées par les taureaux Durham, elles doivent donner des veaux qui se vendront deux fois plus chers avec des aptitudes au lait, à la graisse et au travail.

Carte postale du château de la bénaudière au début du XXème siècle
Carte postale du château de la Benaudière au début du XXème siècle

Le château de la Bénaudière

etable de la benaudiere 1856

L’étable de la Bénaudière construite en 1856

Pendant toute la saison des herbes, les animaux passent leurs journées au pâturage ; on les rentre pour la nuit dans une vaste étable de 19 mètres de longs sur presque 9 de large. C’est une construction toute récente, réalisée en 1856. Aérée et spacieuse, elle est pensée pour être économique et pratique. Des mangeoires carrelées sont placées dans chaque largeur et deux autres à 7 mètres des premières, entre lesquelles un espace de 3 mètres permet de déposer du fourrage pour la journée. Les mangeoires du milieu ont une cloison de 1m60, percée de 6 ouvertures de 40 cm de diamètres par où les vaches passent la tête pour manger. Cinq box sont aménagés pouvant contenir chacun trois veaux. Le vacher a une chambre dans un bâtiment plus ancien contigu à l’étable. Le sol, pavé en cendre de chaux, est d’un nettoyage facile avec un caniveau en pente pour recueillir, à l’extérieur, les urines dans un vaste réservoir à purin avec les eaux de pluie. Le purin sert alors d’engrais pour les prairies. De larges portes d’un mètre dont les arrêtes ont été arrondies pour ne pas blesser les animaux, sont ajourées d’ouvertures de 10 et 30 cm pour favoriser l’aération. Dans le même but, deux lanterneaux de zinc ont été fixés au faîtage. Les 44 fermes distantes de 40cm soutiennent un toit d’ardoise, favorisant encore la ventilation. Le bâtiment a coûté 2733,44 francs au comte.

Le comte de Jousselin possède également des porcs de race anglaise, des New Leicester, des bêtes remarquables au développement rapide. Un des porcs de l’élevage, abattu à 14 mois, pesait déjà 127 kg. Lors de la visite de 1857, la porcherie est ancienne, l’accès à l’eau compliqué : le bâtiment doit faire l’objet de travaux prochainement. L’exploitation est dotée d’instruments agricoles perfectionnés comme d’une machine à battre dont le manège à cheval fait mouvoir le hache paille et le coupe-racines.

En trois ans, le système de drainage mis en place sur le domaine rend fertiles les 40 hectares de terres ce qui permet de nourrir un élevage relativement important. La Société industrielle et agricole propose alors à la Société impériale et centrale d’agriculture de distinguer le travail du comte de Jousselin. Celui-ci est décoré de la médaille d’or en 1858. Ce ne sont que les premières récompenses d’une longue liste : en 1859, lors de l’exposition régionale installée sur le cours Saint André à Angers, un des taureaux et une génisse reçoivent le second prix tandis qu’une vache est dotée du premier prix. A la mort du comte en 1881, son fils, Marie Paul François de Jousselin montera à la Bénaudière, une écurie de chevaux de courses qui disputeront notamment les rendez-vous hippiques du château de Serrant.

Sources :

Bulletin De la Société industrielle et agricole d’Angers, Volumes 41-44, 1870

C. de Jousselin, Lettre sur divers travaux de drainage exécutés sur le domaine de la Bénaudière, Bulletin de la société industrielle d’Angers, novembre 1856

C. de Jousselin, Note sur la construction d’une étable à la Bénaudière, Bulletin de la société industrielle d’Angers et du département de Maine et Loire, XXVIIème année, 1856

M. Pasquier, Rapport sur les améliorations agricoles de M. Calixte de Jousselin, Mémoire d’agriculture, d’économie rurale et domestique, volumes 103 à 105

F. Jeannin, Rapport au nom d’une commission du comité d’agriculture de la société chargée de visiter le domaine de la Bénaudière et celui de la Vilnière, Bulletin de la société industrielle d’Angers, 1857

Courrier de la Moselle, 10 juillet 1855

etable de la bénaudiere plan 1856

Plan de l’étable construite en 1856

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Julien Heurtelou

Julien Heurtelou

1727-1791

maison rené furet

La maison René furet, situé au 7 rue de l’oisellerie à Angers où résida Julien Heurtelou

Julien Heurtelou est né le 24 janvier 1727. Il est le fils de Jean Heurtelou, commis à la recette des tailles à Angers, et de Jeanne Simon, propriétaire d’une carrière d’ardoise.

Son frère jumeau, François part en 1750 pour Saint Domingue. En 1665, L’angevin Bertrand d’Oregon devenait premier gouverneur au nom du roi de la colonie. Cette nomination va créer un véritable pont entre l’Anjou et l’île Antillaise. Tout un courant d’émigration à destination de l’Amérique se développe le long du réseau de la Loire, affectant les couches sociales les plus diverses. Bien des fortunes angevines investissent dans la fameuse Isle à sucre. De riches négociants de l’île viennent également investir en Anjou comme Antoine Walsh qui vient d’acheter le château de Serrant en 1749 ou encore, Etienne Fortier, armateur nantais qui achète le château de Chevigné en 1761. Mais l’île attire également des petits bourgeois comme François Heurtelou qui espère y faire fortune. Il travaille d’abord comme commis d’une maison de commerce au Petit-Goave, localité d’importance où siège le conseil supérieur de l’île. Si François se plaint des conditions de travail, de son salaire et de son patron, un certain Reverdy, il est charmé par l’exotisme de l’île. « Les chemins sont couverts par les orangers et citronniers ; mille petits ruisseaux serpentent de tous côtés, » écrit-il à son frère resté en France. Reverdy fait miroiter que François prendra la tête de son affaire à sa mort ; en attendant il offre un petit salaire de misère à François qui ronge son frein. Il faut dire que les affaires sont prospères : Reverdy vend des esclaves dans les plantations. François témoigne à son frère dans ses lettres : « Il lui est arrivé, il y a deux mois un navire de 500 Noirs et sous deux mois il en attend un autre. (…) C’est, je t’assure, la meilleure marchandise que l’on puisse apporter à Saint Domingue. Ils se vendent 1400 livres les femmes et 1500 livres les hommes, et même plus quand ils sont beaux et jeunes. » Reverdy cherche à marier le jeune homme à la sœur d’un riche négociant mais François décide de changer d’employeur et le mariage n’a pas lieu.

En 1753, cela fait trois ans et demi que François a quitté la France, il décide de monter sa propre affaire. Mais en 1756 éclate la guerre des sept ans, conflit mondial entre la France alliée à l’Autriche et l’Angleterre alliée à la Prusse qui vont s’affronter en Europe et dans toutes leurs colonies. « Dès que la guerre fut déclarée, je m’imaginai, parce que je l’entendais dire, que c’était un temps favorable à la fortune (…) Je n’ai fait que me ruiner peu à peu sans jamais voir le jour à la moindre entreprise pendant sept ans et demi qu’a duré cette guerre », explique-t-il à son frère.

Ses affaires commerciales au plus bas, ayant perdu la moitié de sa fortune en six mois, François va devenir procureur de plantations, c’est-à-dire administrer des exploitations de l’île pour des propriétaires angevins restés en métropole. Il charge alors Julien, son frère d’accomplir des démarches en son nom à Angers. Julien est devenu, en 1751, trésorier-receveur des octrois et secrétaire de l’hôtel de ville d’Angers, succédant à son grand-père maternel, Simon Simon.  Il habite à Angers, dans la maison René Furet, du nom de son commanditaire au XVIème siècle. Julien va rechercher pour son frère des propriétaires angevins susceptibles d’embaucher son frère à Saint Domingue. En février 1760, il contacte ainsi, à la demande de son frère, la veuve d’un marchand de dentelle, mort sur l’île, pour l’inviter à signer une procuration à l’avantage de François. Six mois plus tard, c’est un raffineur qui décède et Julien doit trouver sa femme à Angers.

Julien se marie avec Anne-Christine Lusson, le 31 janvier 1763 à Angers. Celle-ci est la fille de Georges Lusson, fils de René Lusson, greffier du comté de Serrant, et de Anne Marie Jory, fille d’un marchand et ancien juge d’Angers. Il reçoit le château de la Bénaudière en dot et le couple s’installe à Saint Georges sur Loire.

En 1761, François Heurtelou avait été embauché chez un grand négociant de Léogâne. Quand en 1763, l’un des patrons décède et l’autre retourne en métropole, François s’associe pour reprendre le commerce. Les débuts de la jeune société sont prometteurs : la paix provoque une reprise générale des affaires. La colonie a manqué de tout depuis sept ans et en particulier d’esclaves. « Le premier jour de notre société, il nous arriva un négrier de 495 Noirs dont la vente s’est montée à 580 000 livres. C’est un événement qui nous est de bon augure pour l’avenir », écrit-il à son frère. François Heurtelou va alors connaître une grande réussite sociale et financière. A partir de 1771, il devient l’un des plus importants négociants de Saint Domingue. « Je me vois possesseur de la plus belle maison d’ici, d’une vingtaine de bons domestiques, d’autant de chevaux et de plusieurs milliers d’affaires. »

François Heurtelou ne rentre qu’une fois en France, en 1770, durant 5 mois mais son regard reste tourné vers la métropole. S’il ne regrette rien de la vie angevine, il charge son frère, Julien, de réaliser la bonne affaire immobilière. « Si dans deux ou trois ans, il se présentait quelques terres en Anjou du prix de 150 à 200 000 livres, tu me feras le plaisir de m’en instruire », lui confit-il. François diversifie son activité : en 1772, il achète une cafèterie sur laquelle il a « 105 beaux nègres, 20 mulets de charges, avec plusieurs autres bestiaux » et dont il espère tirer 100 000 livres dès la première année. Mais alors que François développe une fortune considérable, les affaires familiales en Anjou sont très difficiles.

acte de mariage de Julien Heurtelou et Anne Christine Lusson

Acte de mariage deJulien Heurtelou et Anne Christine Lusson (ADML, registre de Saint Pierre d’Angers 1757-1777 p.165)

carte de Saint Domingue en 1789

carte de Saint Domingue en 1789

La sœur de Julien et François, Marguerite est l’épouse de Louis Sartre du Verger. L’homme est à la tête d’un prospère commerce de drap et de soie et d’une entreprise d’exportation d’ardoise. Jeanne Heurtelou, la mère de Julien et François, propriétaire d’une carrière d’ardoise, s’est associée à son gendre. Le 20 mai 1771, Julien annonce à son frère la faillite de Louis Sartre qui touche également sa mère. Louis Sartre, ruiné, sa femme et leurs cinq enfants sont désormais sans ressource : ils envisagent de rejoindre Saint Domingue pour retrouver le frère de Louis. Mais les malheureux ne sont pas les bienvenus à Saint Domingue. François conseille à sa sœur de se retirer à la campagne tout en cessant de s’occuper d’ardoises. Joseph Sartre, le frère de Louis en fait tout autant. Mais acculé par les dettes, – le père de Louis refusant de payer pour son fils et les Heurtelou incapables de couvrir de telles sommes – , Louis quitte la France le 3 novembre 1771, laissant derrière lui femme et enfants pour rejoindre Saint Domingue 54 jours plus tard.

Cette fuite n’est pas sans conséquence sur la famille Heurtelou car les créanciers font pression sur la pauvre Marguerite ainsi que sur Jeanne Heurtelou. Pour aider sa sœur et sa mère, Julien qui est trésorier-receveur de l’octroi de l’hôtel de ville d’Angers prélève dans les fonds publics de sa caisse 25 000 livres. Le détournement est finalement découvert : Julien est renvoyé et il est sommé de rembourser l’argent manquant.

Dans une situation critique, Julien se tourne vers son frère François, devenu par sa réussite, le dernier salut de la famille. Mais François, qui vient d’investir dans la cafèterie plus de 350 000 livres, fait preuve de réticence et tarde à lui envoyer l’argent. Le 12 février 1773, face à cette situation, Julien supplie son frère, dans un véritable appel de détresse : «J’ai un pressant besoin de tes secours (…) Tu me proposes de renvoyer mon compte à 1774. Tous les jours on me demande quand il sera prêt, et il y a plus d’un an qu’on me demande quand il sera prêt.  (…) Dans cette position, il ne me reste donc que toi, cher frère, sur qui je puisse compter. » François ne reste pas insensible à la peine de son frère et lui fait parvenir 40 000 livres. Julien parvient à négocier le remboursement de son dû et fait parvenir une requête pour être réintégré à son poste de trésorier-receveur. La requête est rejetée sans grande surprise.

Louis Sartre a, lui, rejoint Port-au-Prince au début de l’année 1772. Il est accueilli avec une vive amitié par son frère Joseph, marié à la fille d’un conseiller de l’île, qui lui promet de lui trouver du travail. Mais Louis souffre de fièvres pendant de longues semaines et peine à trouver un emploi. Son frère n’a finalement que peu de réseau. Louis, dans un profond désarroi, se retourne alors vers son beau-frère, François qui lui propose un poste de gérant dans sa caféterie. Louis prend donc la tête de la plantation, plein d’optimisme. L’exploitation du café est en plein boom. La plante a été introduite sur l’île en 1725 et d’abord cultivée dans de petites exploitations familiales d’une vingtaine d’esclaves. Après la guerre des sept ans qui a fait chuter les cours du sucre, on voit donc se développer de grandes caféteries dans toute l’île. Des colons fraichement débarqués investissent massivement et font fortune. La caféterie du Coq qui Chante de François Heurtelou va donc profiter de cet élan.

Si François doit investir massivement pour remettre la caféterie sur pied, il bénéficie, du fait de son activité de négociant, d’esclaves en grand nombre. Les espoirs de François sont grands pour cette affaire. Mais les déceptions ne tardent pas à venir. Louis Sartre se révèle un piètre administrateur, incapable de gérer les 150 esclaves du domaine.  Les recettes sont loin de celles escomptés tout comme les récoltes. « La récolte n’est pas si considérable qu’elle devrait l’être parce que je n’ai pas assez de nègres, j’en ai eu beaucoup de malades. J’en ai même perdu cinq. » Les esclaves arrivés depuis peu sur l’île ont en effet du mal à s’habituer aux conditions de vie de la plantation située dans les hauteurs de l’île et au climat plus rude.

Les tensions grandissent entre François Heurtelou et son beau-frère, d’autant que celui-ci émet le souhait de faire venir sa femme Marguerite et ses enfants. François s’y oppose fermement. « Tu peux assurer à ma sœur que du moment qu’elle arrivera, je l’abandonnerai, elle, son mari, et ses enfants » écrit-il à Julien en 1773. Mais sur l’île comme en affaires, la patience est de mise et, l’année suivante, Louis Sartre s’affirme dans son rôle de gérant et la caféterie fait de gros progrès si bien qu’en 1775, la plantation s’agrandit de 40 000 pieds.

En 1776, François Heurtelou devient procureur d’une grande propriété. Il vend la caféterie à Louis Sartre qui semble enfin renouer avec le succès. Mais son beau-frère retire les 120 esclaves qui travaillent dans la plantation. Louis Sartre va donc emprunter de l’argent à son beau-frère pour retrouver de la main-d’œuvre. Malgré cela, il reste confiant et espère rembourser son beau-frère et ses créanciers angevins en quelques années avant de revenir en Anjou. Ses projets ne verront jamais le jour : il tombe malade et meurt le 29 août 1777. François Heurtelou meurt, quatre ans plus tard, à Léogâne. Il lègue à son frère et à sa sœur, 360 000 livres. Mais la liquidation du legs est difficile. La fortune du défunt est constituée principalement de créances contractées par les colons pour des achats d’esclaves. Dans un contexte de guerre, il est difficile de recouvrir ces dettes d’autant que Shéridan, l’exécuteur testamentaire, n’est pas vraiment connu pour son honnêteté et fait traîner les choses. En 1791, à la mort de Julien Heurtelou, la succession fait encore l’objet de contestation.

Le fils de Julien Heurtelou, Julien Georges Jean, né le 26 mai 1765, deviendra officier municipal de novembre 1791 à avril 1795, puis administrateur du district d’Angers jusqu’en juin 1798, à la suite de quoi, il deviendra membre de la commission des hospices et membre du conseil général de 1800 à 1808. Il fait reconstruire le château de la Bénaudière après 1796. Il est élu à la chambre des Députés en 1815 pendant la Restauration. Il décède à la Bénaudière le 30 août 1841. Le château devient la propriété de Charles-Marie Calixte de Jousselin en 1854.

Sources :

Charles Frostin (1970), Entre l’Anjou et Saint Domingue : de l’ardoise au café (1750-1791), Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, Numéro 13-14, Pages 29-63.

Célestin Port, Dictionnaire de Maine et Loire, tome II p 281, 1978.

Revue de l’Anjou, tome 14ème, 1887, page 74

Carte postale du château de la bénaudière au début du XXème siècle

Le château de la Bénaudière à Saint Georges sur Loire fut reconstruit en 1796 par Julien Georges Jean Heurtelou, fils de Julien Heurtelou

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Pierre-Henri Marchand

Pierre-Henri Marchand

1752-1833

signature de pierre henri marchand

Signature de Pierre-Henri Marchand dans le registre de Baracé en 1779 (ADML)

Pierre-Henri naît le 14 avril 1752 à la Flèche. Son père est menuisier. Il devient diacre, au Mans, le 28 mai 1774 puis vicaire de Saint Pierre d’Angers le 6 août 1776.

Sur la recommandation de François-Yves Besnard qui a décliné l’offre,  le seigneur de La Lorie, dont le château était situé à la Chapelle sur Oudon près de Segré, fait de Pierre-Henri Marchand le précepteur de son fils, Charles Auguste Constantin. Mais l’enfant décède, avant ses dix ans, le 15 avril 1778. Pierre-Henri Marchand devient alors curé de Baracé, près de Durtal, le 14 février 1779. Il est toujours dans le village quand éclate la Révolution. Il prête alors serment le 16 janvier 1791 devenant procureur puis officier public tenant les registres. Pierre-Henri Marchand va alors participer activement à la Révolution, faisant preuve d’audace dans ses propositions. Ainsi, le 24 août 1793, par courrier, il recommande au ministre des cultes de légiférer contre le célibat des prêtres. « Le célibat est l’ennemi de la nature, le poison des sociétés, la source de toute corruption. Hâtez-vous de décréter que nul célibataire ne pourra être représentant, fonctionnaire public ni curé », conseille-t-il.

Ses idées et sa ferveur le font prendre de nouvelles responsabilités : le 6 octobre 1793, il devient membre du Directoire du département. Il quitte alors Baracé et s’installe à Angers. Le 8 mars 1794, il renonce même à la foi chrétienne. Cependant, suite à la loi du 21 février 1795 qui rétablit la liberté de culte, il exerce de nouveau le culte constitutionnel à Baracé. Mais le curé reste convaincu par les idées révolutionnaires : il célèbre les cérémonies non plus le dimanche mais au décadi, la semaine révolutionnaire durant désormais 10 jours. Ces positions lui attirent les foudres des plus traditionalistes. Par peur des chouans, il se réfugie à la Flèche en août, où il retrouve le calme, « les chouans n’ayant pas pénétré jusqu’à ces communes ».  Il tient alors plusieurs discours au club Révolutionnaire de la ville.

Il est délégué départemental de Maine et Loire au concile constitutionnel de Paris, du 15 août 1797. Durant cette réunion, 34 évêques et 10 représentants de diocèses dépourvus de pasteurs prêtent « serment de haine à la royauté et à l’anarchie ». Le concile se déroule sans encombre malgré le coup d’état du 18 fructidor, le 4 septembre, au sein du Directoire ; les ecclésiastiques quittent Paris le 15 novembre 1797. A son retour, il est nommé Lecteur par l’Assemblée primaire du canton de Durtal le 21 mars 1798.

Agent zélé et plein d’ardeur, Pierre-Henri Marchand devient un peu trop influent. Il est dénoncé pour avoir, soi-disant, tenu des propos anti-républicains et fanatiques, opposant le Gouvernement et la Religion. Le 24 novembre 1798, il fait parvenir au ministre de la police, une pétition où il récuse les faits qui lui sont reprochés. Il accuse ses dénonciateurs d’être issus du milieu chouan et il rappelle son dévouement à l’administration révolutionnaire. Malgré cet argumentaire, le Directoire exécutif prend un arrêté contre lui le même jour. Il est emprisonné à la Rossignolerie, aujourd’hui le lycée David D’Angers, avant d’être exilé sur l’île de Ré, le 12 janvier 1799. Il est libéré le 10 août 1799 sur l’intervention de Michel-Louis Talot, homme de loi, politique et militaire, député du Maine-et-Loire. Sa liberté retrouvée, le Curé de Baracé publie une pétition où il demande la mise en liberté de quatorze malheureux patriotes détenus avec lui.  Pierre-Henri Marchand rentre dans sa famille mais, dès février 1800, il reprend le culte à Baracé. Il est de nouveau député au concile constitutionnel de Paris de 1801.

eglise de barace

L’ancienne église de Baracé

portrait de Charles montault, évêque d'angers en 1802

Charles Montault, évêque d’Angers en 1802

Le 11 août 1801, le préfet de Maine et Loire adresse au ministre de l’intérieur sa « liste des prêtres qui pouvaient mériter la confiance du gouvernement ». Marchand y figure en bonne place. Il y est décrit comme « curé de bonne mœurs, à la conduite sans reproches ». Le préfet explique qu’il lui a été proposé de devenir évêque constitutionnel. L’abbé Marchand a refusé.

Suite à la signature du concordat entre Napoléon et le Pape Pie VII, en 1801, le culte en France est réorganisé après la période révolutionnaire. Pierre-Henri Marchand finit par se soumettre à Mgr Montault, évêque concordataire d’Angers, ordonné en 1802, non sans l’avertir qu’il ne renonce en rien aux idées de la Révolution. Le 19 juin 1802, il écrit à l’évêque , originaire du Poitou et fraichement arrivé en Anjou, pour le prévenir de l’idéologie réactionnaire de certains prêtres : « Tout est employé pour consommer la défaite de ceux qui ont sauvé la religion et la patrie. On ose soutenir que nos évêques ont donné leur rétractation et accepté une réconciliation humiliante et contraire à leurs principes. (…) Jésus-Christ, abandonné des siens, meurt attaché à la croix par des prêtres. Je périrai, s’il le faut, comme mon Maître, et ma conscience sera mon lit de repos », écrit-il. L’abbé Marchand avait longtemps soutenu l’abbé Bernier, évêque d’Orléans, qui, chargé par Bonaparte de la signature du Concordat, voulait organiser l’Anjou. Mais l’évêque d’Angers s’appuyant sur le ministre des cultes, Portalis, avocat et politique, connu pour être l’un des rédacteurs du code civil de Napoléon en 1804, écarta Bernier

L’abbé Marchand était également proche du général Girardon, commandant du département de Maine et Loire. Ce dernier avait une influence notable sur Portalis. Il fit remonter à Paris que plusieurs curés d’Anjou semaient les germes d’une nouvelle guerre civile dans leur paroisse. L’évêque d’Angers est alors reçu par Napoléon devant qui il soutient que « la paix règne en Anjou, aucun prêtre ne songe à troubler le gouvernement ».

Ces relations avec l’évêque ont certainement nuit à Pierre-Henri Marchand. En 1802, une notice sur les prêtres non-rétractés dit de lui : »Il eut été à désirer que Monsieur l’évêque l’eut fait vicaire général ». C’est grâce à l’intervention de Portalis que Marchand devient curé de Saint Georges sur Loire en décembre 1802, après s’être soumis au concordat.

Le 6 avril 1807, l’abbé Marchand prévient Portalis, devenu ministre des cultes, qu’il va démissionner « car sa santé s’altère de plus en plus ». En juin 1808, il assiste à la visite de Napoléon au château de Serrant et à la fête offerte par Louise de Vaudreuil en l’honneur de l’Empereur. Il est nommé par l’évêque, curé desservant de Baracé, le 21 décembre 1808. Puis il retourne à Saint Georges le 1er juillet 1810 où un autre curé Julien François Martin est en fonction depuis février 1809. Le 17 février 1812, il devient curé desservant de Saint Léger des Bois.

Il se retire à la Flèche le 1er juillet 1819. Il décède dans sa maison, rue de l’Hôtel de Ville, le 6 janvier 1833.

Sources : Célestin Port, Perin du Rouvray, L’Anjou Historique tome 44, André Joubert (Une famille de grands prévôts d’Anjou), J.Dumont (Vie de Monseigneur Charles Montault Desilles)

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Jean Gasiorowski

Jean Gasiorowski

1897-1976

photographie de Jean Gasiorowski
carte postale de la manufacture d'engrais d'auby
carte postale présentant le laboratoire de la société de produits chimiques et engrais d'auby
publicité pour les engrais d'Auby

Né en 1897 dans le Nord, Jean Gasiorowski dirige les usines de produits chimiques et engrais d’Auby dans le Nord suite à son père Casimir? Ce-dernier est né en 1861 à Odessa, aujourd’hui en Pologne, et arrivé en France avec ses parents et son frère dans les années 1880.

La manufacture d’engrais d’Auby s’installe en 1887 dans une ancienne fabrique de sucre de betteraves établie par Napoléon en 1811 et inactive depuis 1848. L’entreprise va devenir rapidement un important exportateur de Nitrates de Soude et de Nitrates de Potasse, composés servant à la fabrication des engrais, produisant également du salpêtre et de l’acide sulfurique. Hans Gaspard Shintz, investisseur suisse installé à Liverpool et qui vient de fonder l’entreprise, nomme Casimir Gasiorowski, docteur en chimie agricole, à sa tête. Celui-ci va transformer l’usine en industrie de pointe.

Casimir épouse Julie Deconinck, fille d’un négociant dunkerquois, en 1896 à Arras. Le couple a trois enfants : Jean, Wanda et Casimir. L’industriel devient membre de la chambre de commerce de Douai.  Il devient également maire d’Auby de 1904 à 1919. Mais en 1914, les Allemands, considérant l’usine comme une menace, la détruise. Casimir Gasiorowski doit aussi faire face à l’occupation de sa ville dès septembre 1914 avec de lourds dégâts dont la destruction des écoles et de l’église.

Après l’Armistice, Casimir Gasiorowski va être épaulé par son fils Jean, ingénieur chimiste de renom, pour reconstruire l’usine. En quelques années, l’entreprise retrouve sa place sur le marché et profite de son implantation géographique favorable pour développer ses exportations notamment en Afrique du Nord.

A la mort de son père, en 1924, Jean Gasiorowski devient président de l’entreprise, profitant d’une grande reconnaissance pour ses compétences et ses méthodes commerciales. La manufacture s’étend, en 1927, sur 17 hectares et emploie 800 salariés. L’usine a son propre port sur le canal de la Deule et un rattachement spécial à la ligne de chemin de fer permettant un chargement journalier de 300 wagons en moyenne.

La société fait construire des cités ouvrières à Auby poursuivant les œuvres sociales initiées par Casimir Gasiorowski avant la première guerre mondiale. Celui-ci avait en effet déjà fait construire des maisons pour les ouvriers et mis en place une caisse de secours alimentée par l’usine, en l’absence de Sécurité Sociale.

Jean Gasiorowski se marie le 15 janvier 1924 avec Odette Fidon à Douai dans le Nord.

En 1928, la Manufacture de produits chimiques d’Auby fusionne avec le Comptoir commercial des engrais Paris-Auby, devenant la Société de produits chimiques et d’engrais d’Auby. En 1929, la Société enregistre un bénéfice net de plus de 14 millions de francs. Les quatre dirigeants, dont fait partie Jean Gasiorowski, se partagent alors la coquette somme de 1 229 052 francs.

En 1930, Jean Gasiorowski, déjà distingué de légion d’honneur, devient conseiller du commerce extérieur. Il occupe de nombreuses fonctions : correspondant de la Chambre de Commerce de Douai, secrétaire de la Fédération des Syndicats de produits chimiques et engrais, vice-président du Syndicat des matières premières pour engrais, entre autres.

En 1939, Jean Gasiorowski inaugure une seconde usine à Feuchy dans le Pas-de-Calais, spécialisée dans la synthèse et l’oxydation de l’ammoniaque. La manufacture produira 58 00 tonnes d’acide nitrique, 33 000 de sulfate d’ammoniaque et 52 000 tonnes de nitrate.

L’entreprise traverse la deuxième guerre mondiale sans trop de perte. En 1940, la filiale Aubry-Méditerranée est créée. Les productions sont partiellement ou complètement interrompues. L’atelier de fabrication d’acide nitrique de Feuchy est réquisitionné. Les usines subissent des dommages du fait de la guerre. Jean Gasiorowski accepte de conserver ses fonctions épaulé par son frère Casimir. Les pertes sont importantes et le conseil d’administration décide d’augmenter le capital de la société en émettant des actions. La situation financière de l’entreprise se stabilise les années suivantes avec des bénéfices enregistrés.

La société va, après l’Armistice, poursuive sa croissance. En 1950, l’entreprise compte quatre sites : celui d’Auby et de Feuchy ainsi qu’une usine à Artes près de Valenciennes et une autre en Belgique. Les expéditions atteignent un volume de 172 400 tonnes sur l’exercice 1949-1950.

Jean Gasiorowski devient maire de Saint Georges sur Loire de 1947 à 1959, il devient propriétaire du château de l’Epinay.

En janvier 1948, le conseil municipal de Saint Georges sur Loire donne pleins pouvoirs au maire pour entreprendre les travaux de réparation des bâtiments publics sinistrés par suite des bombardements du mois d’août 1944.

En avril 1950, la circulation automobile du bourg est réglementée : 40 km/heure pour les véhicules de tourisme, 20 km/heure pour les poids lourds.

En décembre 1950, l’acquisition de l’abbaye par la Commune est approuvée.

Dans les années 1950 et 1960, Jean Gasiorowski fait partie du conseil d’administration du Comité Européen pour le Progrès Économique et Social, organisme de réflexion patronal fondé en 1952. En 1952, Jean Gasiorowski propose à son conseil d’administration de verser une partie des bénéfices de la société à son personnel. Le patron innove, cherchant à fédérer ses ouvriers. L’entreprise voit ses résultats progresser encore avec une modernisation du matériel et des filières sont ouvertes notamment Tertre Aubry en Belgique et Prochinor, destiné au marché américain.

Veuf en 1960, il décède fin 1976 à Saint Georges sur Loire où il est enterré.

L’usine est reprise par Stanislas Gasiorowski, son neveu, à partir de 1964. La société d’engrais d’Auby va souffrir de la concurrence des produits étrangers, principalement allemands et américains. Elle ferme définitivement en juillet 1976.

Sources : Les noms des rues de Saint Georges, Jacqueline Lacrouts et Nathalie Renou

Ambassades et consulats, 2ème année, septembre

L’écho du Nord du 21 avril 1930

Le Grand écho du Nord de la France du 30 juin 1939

Le Monde 9 septembre 1950

France-soir du 10 décembre 1952

Les assemblées générales du 4 janvier 1941

La Bataille du 26 octobre 1930

Études historiques et locales d’Auby-les-Douai , Edmond Deldique

photographie aérienne de l'usine d'Auby de Jean Gasiorowksi

La manufacture en 1927

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Yriex de Beaupoil

Yriex de Beaupoil de Saint Aulaire

1686-1766

carte postale du début du XXème présentant le château de la luminade à cornille près de périgueux

Le château de Luminade à Cornille près de Périgueux où naquit Yriex de  Beaupoil (détruit au milieu du XXème)

Yriex de Beaupoil de Saint Aulaire nait en 1686 à Cornille dans le diocèse de Périgueux. Il est le second fils de Françoise du Garreau et d’Antoine de Beaupoil de Saint Aulaire, officier dans les armées royales sous les ordres du maréchal de Vauban. Blessé au siège de Combray en 1678, ce dernier est fait chevalier de l’ordre de Saint Louis. En tant que capitaine, il commandera trois campagnes militaires dans le Piémont au cours desquelles il est de nouveau blessé. Il est alors fait baron de la Luminade, près de Périgueux, en 1720.

Yriex de Saint Aulaire devient clerc au séminaire du Saint Sulpice de Paris le 19 décembre 1705. Après un an au séminaire d’Autun, il est ordonné prêtre en 1711. Le 22 mai 1715, il devient supérieur du petit séminaire de Saint Sulpice qu’il gouvernera jusqu’au 20 octobre 1721. En 1720, il est diplômé de la Sorbonne. Il est alors envoyé au séminaire de Nantes dépendant de Saint Sulpice ; il en devient supérieur en 1724. L’évêque, Monseigneur Christophe-Louis Turpin de Crissé de Sanzay le nomme alors son grand vicaire. Le prélat lui accorde toute confiance et suit les avis de son vicaire. En homme de confiance, le vicaire devient le représentant de l’évêque. Ainsi, Yriex de Beaupoil bénit la nouvelle église de Carquefou, à proximité de Nantes, le 4 octobre 1736 et ses deux autels, le 23 juin 1738.

Yriex de Saint Aulaire profite de cette position pour ruiner l’influence des jansénistes. Né à la fin du XVIème, le jansénisme prône une pratique rigoureuse de la religion en réaction aux évolutions de l’Eglise catholique et de l’absolutisme royal. Les jansénistes attaquent violemment le vicaire l’accusant d’être « l’âme du schisme et de la persécution » dans le diocèse de Nantes « placé sous sa domination » dans la gazette Les Nouvelles ecclésiastiques.

En 1747, Yriex de Saint Aulaire reçoit en commende l’abbaye de Saint Georges sur Loire, succédant à Nicolas Guillaume Bautru de Vaubrun. L’abbaye est dans un piteux état. Depuis 1534, l’abbaye est en commende : les abbés ne font plus partie des chanoines mais sont nommés par le roi. Ils n’habitent pas sur place, touchant les revenus de l’abbaye et la gérant à distance, délaissant leurs responsabilités le plus souvent. En 1658, l’abbaye rejoint la réforme de Saint Geneviève : les abbés sont tenus de financer le gros œuvre. Mais les abbés successifs vont laisser l’abbaye se dégrader. Pire, Jean-Louis Caton de Court dépense une fortune pour construire le logis abbatial. L’abbé de Vaubrun tentera vainement d’attaquer son héritier pour financer les travaux non-réalisés sur l’abbaye. Quand Yriex de Saint Aulaire la prend en charge, le montant des réparations est estimé à plus de 30 000 livres. Il traine au tribunal l’héritière de Nicolas de Vaubrun, la duchesse d’Estrée. Elle est condamnée en 1747 à financer les réparations. Peut-être est-ce pour cela qu’elle vend le château de Serrant à Antoine Walsh. En 1748, elle sera déchargée de sa condamnation.

Il se retire au grand séminaire de Saint Sulpice à Paris en 1752, où il meurt en 1766. Il laisse le souvenir d’un homme généreux qui aidait de ses larges revenus les séminaristes dans le besoin : souhaitant leur épargner la honte de recevoir l’aumône, il glissait dans des livres quelques louis d’or avant de leur prêter, leur précisant de remplacer les pièces par du papier.

Sources :

Bibliothèque sulpicienne ou l’histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice, tome 1 par L. Bertrand

Histoire généalogique et héraldique des pairs de France vol2 de Jean Baptiste pierre Julien de Courcelles

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Les sociétés au XIXème

Les sociétés d’hommes au XIXème

1823-1886

Le XIXème siècle, qui a connu de grands bouleversements politiques, a vu naître aussi de nouvelles organisations de la société notamment dans les campagnes. Les lieux de rencontres anciens, tels que les confréries ou les corporations de métiers avaient disparu. Restaient, dans le monde rural, les veillées réunissant en groupe distincts les hommes, les femmes et les enfants. Dans le bourg de Saint Georges, on trouvait également de nombreuses auberges et cabarets fréquentés essentiellement par des hommes et des gens de passage. Les beuveries, les bagarres, les jeux d’argent et parfois « les femmes de mauvaises vie » en faisaient des lieux peu fréquentables.

Dans la première moitié du XIXème siècle, vont donc être créés de nouveaux lieux de rencontres strictement masculines : les sociétés. Saint Georges sur Loire en comptera quatre. Trois d’entre elles se proclameront laïques et indépendantes de toute idéologie quand la dernière se revendiquera catholique. Ce sont les sociétés de l’Union, de la Paix, du Port Girault et de la Fraternité.

Un règlement strict s’applique à tous leurs membres sous peine d’amende ou d’exclusion. « Toute décision de la majorité est obligatoire pour tous. (…) Le président a le droit d’imposer des amendes à ceux qui en sont passibles », précise le règlement de L’Union. Ces textes d’encadrement sont affichés dans chaque lieu de rencontre afin que nulle ne puisse les ignorer. Les responsables sont élus par l’ensemble des membres pour une durée définie. La comptabilité est précise, exercée par un seul homme sous contrôle. « Le caissier est chargé des écritures et de la comptabilité et chaque trimestre, il donnera l’état des recettes et dépenses », explique le règlement de la Paix.

Toutes ces sociétés ont été créées pour la détente, le divertissement de leurs membres et offrent des activités de loisirs parmi lesquelles le jeu de boule occupe une place centrale, notamment la boule de fort et la boule de sable. Ainsi à la Fraternité, « la société a pour but l’amusement », au Port Girault, « Le but exclusif est de procurer un délassement, une récréation utile à l’aide de jeux de boules et de cartes exclusivement », et à l’Union, « la société a pour but de procurer à ses membres un lieu de lecture et de conversation et des jeux honnêtes. Les jeux de hasards sont interdits ».

le cercle de l union au début du XXIe

Le cercle de l’Union créé en 1923

règlement de la société de l'Union
la société de la Paix

La société de la Paix créée en 1847

règlement de la société de la Paix

L’admission dans ces groupes est soumise à une procédure précise : il faut être présenté par un des membres, écrire une lettre de candidature par laquelle on accepte la totalité du règlement et attendre qu’un vote accepte ou non le candidat. Des hommes extérieurs à la commune sont acceptés à condition d’être accompagnés par un membre sociétaire. Pour la société de la Paix, catholique, il est nécessaire de « jouir des droits civiques et de l’estime publique, d’assister régulièrement aux offices du dimanche et de remplir ses devoirs religieux dans le temps pascal. »

Ces sociétés rassemblent ainsi des personnes d’origines parfois diverses, de professions diverses, unies par l’acceptation d’un même règlement fait de respect de l’autre et de celui des biens communs. Elles contribuent de ce fait, à un apaisement de la société. « Toute altercation, toute dispute est formellement interdite », précise l’article 8 de la société du Port-Girault.

C’est la société de l’Union qui fut la première créée, le 24 mars 1823. Elle est située, dès l’origine, dans le bourg, et de ce fait, a un recrutement plutôt bourgeois avec de nombreux propriétaires et commerçants. C’est une société « au chapeau », signe distinctif des participants, qui deviendra beaucoup plus tard « à la casquette », lorsqu’elle s’ouvrira à une population ouvrière et paysanne.

La société de la Paix vient en 1847 augmenter l’offre de réunions masculines. C’est vraisemblablement curé Branchereau qui en est le fondateur puisque le mobilier (billard, chaises, tabourets, tables…) lui appartient. Peut-être a-t-il voulu en installant sa société à la Villette, c’est-à-dire en campagne, près de la Loire, procurer aux paysans les divertissements qu’avaient les habitants du bourg. Il a voulu aussi encadrer, sinon surveiller étroitement leurs pratiques religieuses : une amende est prévue pour avoir blasphémé le saint nom de Dieu ».

La société du Port Girault est créée en 1872 puis celle de la Fraternité en 1886. Elles se tiendront toutes deux soigneusement éloignées des engagements politiques ou religieux en affirmant « il est formellement interdit d’avoir des discussions à propos de politique ou de religion », comme c’était déjà le cas à l’Union. La création des ces société a lieu dans des moments de grandes tensions politiques et sociales : la chute du second Empire après la défaite face aux Prussiens, la naissance difficile de la troisième République, de longue grève qui divisent la société française… La vie économique est également marquée par de nombreuses crises : les mauvaises récoltes ont entrainé des hausses du prix des céréales et du pain. Les règlements de sociétés visent donc à maintenir le calme !

Les revenues des sociétés comprennent des mises d’entrée, des cotisations annuelles ou trimestrielles aux quelles s’ajoutent les amendes. Il est également possible d’acheter des consommations sans toutefois faire concurrence aux débits de boisson car les horaires d’ouverture sont identiques. On consomme essentiellement du vin et « les boissons seront de bonnes qualité et vendues au prix fixé par le bureau », précise le règlement de l’Union.

A Saint Georges sur Loire, comme dans les autres villages d’Anjou, se sont formés tout au long du XIXème des groupes structurés qui ont proposé à leurs membres, outre des lieux de rencontre, des activités et une culture semblable, facilitant la vie commune en imposant des relations respectueuses et courtoises. Certaines de ses sociétés perdureront au XXème et jusqu’à nos jours, s’ouvrant à un public plus large, notamment aux femmes. La société de la Fraternité a fermé ses portes, la société du Port Girault est devenue Les Amis réunis et la société de la Salle a été créée.

Sources : Françoise Capelle dans le bulletin d’HCLM n°66 de juin 2020 – pages 1 à 3

règlement de la société de la Fraternité
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Destitution du secrétaire de mairie

La destitution d’un secrétaire de mairie

21 août 1823

gravure d'un secrétaire de mairie au XIXème

Un secrétaire de mairie au XIXème

En ce 21 août 1823, le conseil municipal de Saint-Georges est réuni pour traiter d’une affaire peu ordinaire. Il va régler le sort du secrétaire de mairie, un certain « sieur Viot » dont on ne précise ni le prénom, ni l’âge, ni la commune d’origine.

Les conseillers sont réunis en la « maison commune », peut-être cette aile nord de l’ancienne abbaye qui fut démolie en 1970, et qui partait de l’entrée nord actuelle, vers la route Angers Nantes, appelée alors route royale. En effet, en 1823, règne le roi Louis XVIII, frère du malheureux Louis XVI guillotiné, qui succède à l’empereur Napoléon Ier.

Le maire de Saint-Georges, c’est le notaire Pierre François Oger. Il n’a pas été élu, mais comme tous ses confrères, nommé par le pouvoir, c’est à dire le préfet de Maine et Loire, le baron Alexis de Wismes.

Il n’y a qu’un poste d’employé de bureau communal : c’et celui du secrétaire de mairie. Il est chargé de la rédaction de tous les actes qui rythment la vie municipale :

  • Rédaction des comptes rendus de séances
  • Copie des différentes lettres adressées au préfet, aux autres maires, aux directeurs des services du département
  • Réception du courrier, classement, écriture et copie des lettres
  • Tenue des comptes
  • Tenue de l’état civil : c’est important. Jusqu’en 1790, les curés ( à Saint-Georges, les chanoines de l’abbaye ) tenaient les registres des naissances, mariages, décès. Pour l’année 1823, Viot a enregistré jusqu’au mois d’août 39 naissances, 16 mariages, 29 décès.

Il rédigeait aussi, souvent, les demandes diverses d’une population encore massivement illettrée, essayant d’expliquer les méandres d’une administration complexe. Il jouait par conséquent le rôle, sans doute comme le curé et l’instituteur, d’écrivain public.

On comprend donc que, sans cesse en contact avec le public, il exerçait une fonction importante. Pour cela il percevait 250 sols par an et il était logé.

Or, nous dit la délibération du 21 août « continuellement ivre, et dans ces moments brutal et grossier envers le public, ce qui lui a fait perdre la confiance du maire et son estime ainsi que celle des honnêtes gens », il est démis de ses fonctions à compter du 30 août.

Évidemment, il correspond peu à ce que l’on attend du titulaire de la charge !

Surtout qu’en cette première moitié du XIXe siècle, la condition de moralité était indispensable pour accéder aux emplois publics, et les exercer.

extrait du conseil municipal de 1823

Il devra selon toute logique, céder sa place et « il remettra tous les titres, pièces, arrêtés, registres, comptes, budget, et généralement tout ce qui compose les pièces, titres de la mairie, à son administration ». « Il remettra également tous les mobiliers, tables, chaises, bancs, bureaux, armoires, rayons appartenant à la mairie et à la commune »

Le mobilier nous paraît modeste, mais il est essentiel au bon fonctionnement du service.

Le secrétaire de mairie était au sens strict, un gratte-papier. Ses outils ? des plumes, de l’encre, du papier, un grattoir et la poudre de bois dont on saupoudrait les lignes fraîchement écrites afin de les faire sécher. (le papier buvard n’apparaîtra qu’à la fin du XIXe siècle). Rien d’autre. Pour préserver les manches de son habit, il enfilait, au début de sa journée de travail, des manches en toile appelées lustrines, et qui protégeaient des taches d’encre, de la poussière, des déchets de gomme.

Le symbole de son importance ? « La clé de la chambre du conseil des délibérations »  qu’il sera tenu de rendre  ainsi que celle  du cabinet entre les deux chambres, servant de dépôt pour les armes et pour le matériel ».

Il devra aussi quitter son logement « à la toussaint prochaine », et d’ici là, il lui est interdit d’y recevoir « aucune femme étrangère, surtout celles mal notées ». On ne sait ce qui était le plus grave : qu’elles soient étrangères ou de mauvaises réputation.

Ainsi disparaît le sieur Viot., dont une note inscrite sur le registre des mariages, nous apprend qu’il se prénommait Nicolas-Antoine, et qu’il était, en 1823, âgé de 65 ans. Aucune trace de sa défense. S’est-il défendu seulement ? A t-il trouvé quelqu’un pour le soutenir, hors les piliers de cabaret ? Et comme il faut bien que la fonction continue, on nomme illico le sieur Le Maguérèze, instituteur de son état, qui bénéficiera des conditions et attributions que la commune accordait à son prédécesseur. Il entre en fonction dès le 1er septembre. L’administration municipale est sauve, la continuité du service assurée !

L’instituteur démissionnera de son poste en septembre 1824, et sera remplacé par Paul Polet « capable de remplir avantageusement la place de secrétaire de mairie »

Sources : Françoise Capelle dans le magazine municipal n°132 de janvier 2010 à partir des Archives municipales

conseil municipal de 1823 : nomination d'un nouveau secrétaire de mairie
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Vol aérostatique à Serrant

Premier vol aérostatique à Serrant

12 avril 1784

gravure du vol aérostatique du 23 août 1783 au champ de mars

Vol aérostatique du 23 août 1783 au Champ de Mars à Paris réalisé par Jacques Charles

Le lundi 12 avril 1784, une grande effervescence règne au château de Serrant. Dès le matin, les routes d’Angers et de Nantes s’encombrent de voitures, de cavaliers et de piétons pour rejoindre le château. Monsieur le comte, Antoine Joseph Walsh, a lancé des invitations de Nantes à Angers, en ville comme à la campagne. Bientôt, le château se remplit : personnalités illustres côtoient les gens du peuple, tous venus assister en masse à un spectacle inédit : le vol d’un aérostat dans la cour du château !

C’est que la conquête du ciel n’en est qu’à ses balbutiements. Le 2 août 1783, moins d’un an auparavant le physicien Jacques Charles avait fait voler un ballon rempli d’hydrogène : le ballon inhabité se pose 25 km plus loin. Et c’est le 19 septembre 1783 que les frères Montgolfier, réalisent le premier vol aérostatique habité depuis les jardins de Versailles devant la cour du Roi époustouflée : à son bord, un canard, un coq et un mouton. Il faut attendre le 21 novembre de la même année pour le premier voyage humain.

En Anjou, on a déjà essayé de reproduire l’expérience : Joseph-Louis Proust qui avait assisté Jacques Charles dans ses vols d’août 1783 tente sans succès de renouveler l’exploit le 6 décembre 1783, de même que Monsieur d’Autichamp le 2 avril 1784 depuis l’enceinte du château d’Angers. Ils échouent tous les deux.

Ce 12 avril 1784, c’est donc devant un parterre de personnalités distinguées et curieuses que Monsieur L’Aligant de Morillon, physicien amateur nantais, va tenter de réitérer l’exploit ! Il n’en est pas à son coup d’essai. Le 13 Mars 1784, L’Aligant à lancer un petit aérostat depuis la cour du château de Nantes. Après plus de deux heures à remplir le ballon de 40 mètre-cube d’hydrogène, on a frôlé l’incident : quelqu’un a coupé par inadvertance l’attache du ballon mais celui-ci s’est envolé devant la foule en joie.

Ce 12 avril 1784, tout semble aller pour le mieux : les conditions météorologiques sont idéales et la foule trépigne d’impatience, heureuse de voir décoller cet immense ballon de taffetas vernis de plus de 2 mètres de diamètre attaché à une gondole ornée des armes du comte de Serrant. Mais au moment de lancer l’expérience, un vent d’ouest vient renverser l’appareil ! Un vent de déception souffle sur l’assemblée. Antoine Walsh, en maître de cérémonie avisé, décide, par une décharge d’artillerie, de convier les invités au dîner servi dans la grande galerie du château au son d’une musique harmonieuse et festive.

Profitant de la diversion, L’Aligant de Morillon aidé de son ami Vanneunen redouble de zèle et de courage pour rétablir l’appareil. Malgré le vent, ils ne perdent pas espoir de le voir voler aujourd’hui. Après deux heures de travail acharné, le ballon est de nouveau redressé, rempli de gaz inflammable. Une nouvelle décharge d’artillerie annonce la bonne nouvelle. La foule se presse pour voir l’appareil s’élancer dans les airs, comme libéré de la pesanteur. Il est 16h42. Huit minutes plus tard le ballon a disparu dans le ciel. Vingt minutes plus tard, une forte averse de grêle met fin de manière prématurée aux festivités.

Le lendemain, la météo étant de nouveau plus clémente, on procède, devant le peu de personnes qui sont restées au château, à un second vol. Il s’agit d’un ballon de papier, suivant le procédé des Montgolfier, de 4 mètres de diamètres et de 6 mètres de haut qui s’élève très haut dans le ciel. Un peu plus tard, un peu avant 18h, trois jeunes garçons de Coutures retrouvent un drôle d’engin échoué près de Saint Rémy la Varennes. Le ballon lancé la veille, qui n’a semble-t-il subit que peu de dégât, a parcouru plus de trente kilomètres en vol libre.

Sources : L’Anjou Historique 1901 d’après les Affiches d’Angers de 1784

Les débuts de l’aérostation de Chapalain Nougaret

gravur du vol aérostatique du 19 septembre 1783 à Versailles par les frères Montgolfier

Vol aérostatique du 19 septembre 1783 à Versailles par les frères Montgolfier

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Lucien Magne

Lucien Magne

1849-1916

portrait de lucien magne par felix henri giacomotti

Portrait de Lucien Magne par Felix Henri Giacomotti

Lucien Magne fait partie d’une illustre famille d’architectes. Son grand-père, Pierre Magne, a assuré les fonctions d’architecte de la ville d’Etampes dans l’Essonne. Il y réalisa notamment une prison, la sous-préfecture, le collège… Son père, Auguste-Joseph Magne sera nommé inspecteur des travaux de la ville de Paris par le baron Haussmann et il réalisera plusieurs marchés couverts de la capitale dont les grandes halles parisiennes. Le fils de Lucien Magne, Henri-Marcel s’illustrera, lui, comme peintre et décorateur notamment de la basilique du Sacré Cœur de Montmartre. Lucien Magne va, quant à lui, restaurer et moderniser, à la fin du XIXème, l’un des plus beaux monuments de Saint Georges sur Loire : le château de Serrant.

Lucien Magne naît à Paris le 7 décembre 1849. Il est formé à l’Ecole des beaux-arts sous la tutelle de son père. Il fréquente également l’atelier d’Honoré Daumet, architecte du Palais de Justice de Paris. Sa formation est interrompue par la guerre de 1870. Il s’engage alors dans l’artillerie de la Garde Nationale mobile de la Seine. Il y croise Eugène Viollet-le-duc, célèbre architecte qui a conduit la restauration de Notre-Dame de Paris au milieu du XIXème. C’est une rencontre marquante qui va influencer la carrière de Lucien Magne qui s’illustrera par la suite dans la restauration de monuments religieux.

En 1873, Lucien Magne rencontre Lucile Le Verrier, fille d’Urbain Le Verrier, célèbre astronome, découvreur de la planète Neptune. La jeune fille, élève du compositeur César Franck, tombe amoureuse. Ils se marient et ont un fils en 1877, Henri-Marcel.

Lucien Magne va débuter sa carrière aux côtés de son père à la ville de Paris, d’abord comme conducteur de travaux puis comme inspecteur en 1875 avant de devenir architecte en 1885. Lucien Magne va parallèlement œuvrer dans la restauration d’édifices religieux : dès 1874, il travaille pour le Comité des diocésains. En 1877, il est nommé architecte du diocèse d’Autun puis, en 1888, à Poitiers. Il va restaurer les églises de Montmorency et de Taverny dans le Val d’Oise, ou encore de Bougival dans les Yvelines.

Lucien Magne entre au service des Monuments historiques en 1878, d’abord dans le Maine et Loire et la Seine et Oise, puis, en 1892, pour Bordeaux. En 1894, il participe à la Commission internationale chargé de la conservation du Parthénon d’Athènes. Il devient membre de la commission des Monuments historiques en 1896 puis inspecteur général.

Lucien Magne va également chercher à transmettre ses connaissances : il est professeur d’histoire de l’architecture à l’école des beaux-arts de Paris à partir de 1891 et professeur d’art appliqué aux métiers au conservatoire des Arts et Métiers à partir de 1899. En 1899, il est l’un des organisateurs de l’Exposition Universelle de Paris. Il enseignera jusqu’à sa mort en 1916.

Lucien Magne a certainement connu l’Anjou dans sa jeunesse : son père, Auguste-Joseph est chargé de 1869 à 1871 de reconstruire le Grand théâtre d’Angers suite à son incendie de 1867. En 1878, Lucien Magne travaille au service des Monuments historiques du Maine et Loire. Il va alors faire de nombreuses campagnes de restauration : le logis Pincé, l’abbaye Saint Serge et la tour Saint Aubin à Angers, l’abbaye de Fontevraud, l’église du Puy Notre Dame à Doué la Fontaine, le château de Saumur…

C’est le duc Louis Charles de la Trémoïlle qui charge Lucien Magne des travaux au château de Serrant. Le duc vient d’hériter du château et il souhaite moderniser son intérieur et restaurer son faste d’antan. Il s’agit d’installer dans le château tout le confort moderne : chauffage, électricité, eau courante, le château doit entrer dans l’ère moderne ! Mais le duc est aussi féru d’histoire et Lucien Magne va travailler pour retrouver l’esprit initial du château cherchant à redonner son aspect originel conçu par Jean Delespine à la Renaissance. Dans le parc qui a été réaménagé de nombreuses fois, Lucien Magne va faire réapparaître les parterres symétriques des jardins à la française. Les travaux vont débuter en 1894 et se poursuivre jusqu’au début du XXème siècle.

En 1901, il devient inspecteur général adjoint des édifices diocésains de Paris. Il prend la suite des travaux de la basilique du Sacré Cœur de Montmartre, débutés en 1884, de 1904 à 1916. A sa mort, Il faudra encore 8 ans pour achever le chantier.

Il meurt à Eaubonne le 15 juillet 1916 et repose au cimetière de la ville.

Dessin du projet d'aménagement de l'avant cour du chateau de serrant par lucien magne en 1901

Projet de Lucien Magne pour l’aménagement de l’avant cour du château de Serrant

dessin de lucien magne du complexe abbatiale (façade sud) à la fin du 19 ème siècle

Dessin du complexe abbatial de Lucien Magne (fin du XIXème)

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Restauration de Serrant

La restauration du château de Serrant à la fin du XIXème

1894-1898

Photographie de Louis Charles de la Trémoille

Louis Charles de la Trémoïlle

Depuis son achèvement au tout début du XVIIIe siècle, le château a connu de nombreux travaux d’entretien et d’améliorations.  Louis-Charles de La Trémoïlle hérite de Serrant en 1894 à la mort de son cousin germain Ludovic Walsh, comte de Serrant.

À partir de 1894, le duc et la duchesse de La Trémoïlle, Marguerite Duchâtel, entreprennent donc de très grands travaux pour transformer le château en demeure confortable et moderne. Ils font appel à l’architecte Lucien Magne pour coordonner les travaux ; Magne est connu pour ses restaurations d’édifices, notamment l’abbaye de Fontevraud, le logis Pincé ou l’abbaye Saint Serge d’Angers. Le duc souhaite rendre à Serrant son faste Renaissance, tout en intégrant les dernières avancées technologiques. Il est difficile de savoir qui de l’architecte ou du duc a donné l’impulsion historiciste des travaux, mais le choix de Magne indique sans aucun doute la volonté de recréer un château Renaissance idéal, en gommant les ajouts du XVIIe siècle et en incluant des éléments décoratifs qui n’ont probablement jamais existé à l’origine.

Pendant quatre ans, le château n’est qu’un vaste chantier : toitures, façades, pavillons, distribution des salles, décoration, jardins : tout est remanié.

Photographie de MArguerite Duchâtel

Marguerite Duchâtel

Pour l’extérieur, Magne reprend le parti pris des premiers bâtisseurs, la famille de Brie, au XVIe siècle : la balustrade supprimée au XVIIe siècle est rétablie sur la corniche supérieure, et la toiture est abaissée afin de créer des lucarnes au deuxième étage, comme cela pouvait l’être au XVIe siècle sur la partie centrale. Les tours sont coiffées de lanternons ajourés et la base des dômes en ardoises est remaniée pour leur donner une silhouette plus gracieuse. Les croisées des fenêtres, supprimées par les Bautru et les Walsh, sont rétablies, et la devise de la famille, « Jamais hors de l’ornière », vient orner la façade principale. Fidèle à sa passion pour l’histoire, le duc souhaite s’inscrire dans une continuité qui légitime sa présence à Serrant : il ajoute ainsi les armoiries des Brie et des Bautru sur les façades des ailes latérales, et conserve celles des Walsh sur le grand portail de la cour.

Pour aller avec les façades Renaissance de son château, le duc demande à son architecte d’aménager des jardins à la françaises sous les fenêtres, tout en conservant les pièces d’eau pittoresques du parc paysager. La fin du XIXe siècle voit le retour d’une mode de jardins réguliers, sous l’égide de paysagistes comme Achille Duchêne. Magne dessine donc un grand parterre à la française devant la façade arrière, délimité par une balustrade en pierre qui l’isole du jardin paysager et de l’étang. Pour rejoindre ce jardin depuis le château, l’architecte conçoit un monumental escalier enjambant les douves depuis le premier étage. De grands parterres de broderies sont également prévus devant le château vers la route nationale mais jamais réalisés.

parterre du château de serrant au début du 20ème siècle

Le parterre et la balustrade aménagé par Lucien Magne

À l’intérieur, le duc fait rétablir la distribution d’origine : le premier étage accueille les salles de réception (salon et bibliothèque), tandis que le rez-de-chaussée accueille des chambres. Néanmoins, en véritable homme du XIXe siècle, il ajoute des salles nouvelles : vestibule au rez-de-chaussée à gauche de l’entrée, salle à manger spacieuse à droite avec office et monte-plats depuis les cuisines au sous-sol, corridors permettant de distribuer les chambres en évitant les enfilades de pièces, et création de salles de bains dans chaque chambre. Le deuxième étage est entièrement repensé : des appartements composés de chambres jumelles et de leurs salles de bains respectives sont créés pour accueillir des invités, le tout desservi par d’immenses couloirs.

Les espaces domestiques reçoivent une attention particulière : des escaliers dérobés distribuent les étages, des entresols sont créés pour loger le personnel de chambre, les combles sont aménagés pour le reste des domestiques. Les sous-sols accueillent les espaces de travail : cuisines, boulangerie, boucherie, caves, etc… Comble de la modernité, un monte-charge est installé, permettant aux domestiques de monter les bagages et le bois de chauffage dans les chambres.

Lucien Magne fait installer le chauffage central : deux énormes chaudières à charbon sont mises en place dans les sous-sols et permettent de chauffer toutes les salles du château, y compris les couloirs des combles. L’électricité est installée dans les années 1900 : un générateur Diesel alimente le château et les communs ; dès lors, tout le système d’éclairage et d’appel des domestiques est repensé en intégrant cette nouvelle technologie. L’eau courante est installée pendant les grands travaux : grâce à une pompe manuelle, l’eau du puits situé dans les sous-sols est montée dans des cuves en fonte installées sous les dômes des tours. Suivant le principe des châteaux d’eau, l’eau s’écoule ensuite par gravitation jusqu’aux nombreuses salles de bains du château.

l'escalier extérieur au desssus des douves du château de serrant au début du 20ème siècle

Escalier extérieur au dessus de la douve construit par Lucien Magne (aujourd’hui détruit)

Sur le plan décoratif, le duc et la duchesse souhaitent conserver un maximum d’éléments existants mais afin de les adapter aux nouvelles salles créées, un grand travail de réemploi a été menées. Les boiseries d’époque Louis XV et Louis XVI des salons aménagés par les Walsh au XVIIIe siècle sont ainsi démontées et remontées dans les nouvelles chambres. Pour la salle à manger, le duc demande à son menuisier de reprendre le modèle de pilastres existant dans l’escalier Renaissance. Les tapisseries déjà présentes dans les collections sont conservées et intégrées dans les boiseries de la salle à manger et du salon. La nouvelle bibliothèque conserve l’immense cheminée avec le portrait d’Antoine Walsh et du prince d’Ecosse aménagée au milieu du XVIIIe siècle pour la grande salle de réception du château.

Seul le grand salon fait l’objet d’une création totale dans un esprit néo-Renaissance à la mode : Lucien Magne fait abattre un épais mur du XVIe siècle pour créer une grande salle de 170m², une cinquième fenêtre est percée côté jardin. Un système de poutres en acier permet de renforcer la structure du bâtiment, habilement camouflé par un superbe plafond à caissons de bois inspiré des palais italiens du XVIe siècle. Une immense cheminée en tuffeau d’inspiration Renaissance est construite, avec la statue équestre de Louis II de La Trémoïlle, valeureux chevalier qui mena les armées royales pendant les guerres d’Italie. La statue, inspirée de celle du mausolée de Louis de Brézé à la cathédrale de Rouen, a été retirée quelques années plus tard pour être remplacée par les armoiries de la famille.

travaux au château de serrant à la fin du 19ème siècle

Les travaux dans la cour d’honneur (Archive du château de Serrant)

Grand Salon du château de Serrant vers 1900

Le Grand Salon vers 1900 (archive du château)

Le duc et la duchesse se font aménager de magnifiques appartements dans l’aile Sud : pour chacun d’eux, une chambre, un salon privé et une salle de bains sont créés, reproduisant ainsi le modèle des hôtels particuliers parisiens de l’époque. La duchesse souhaite réemployer d’anciennes boiseries d’époque Louis XVI datant des Walsh et ajoute une pièce remarquable : une rare tapisserie en laine et soie du XVIIIe siècle à motif asiatique.

Le couple ducal prévoit également un appartement indépendant dédié à leur fils ainé, prince de Tarente, et sa famille au rez-de-chaussée : une chambre pour le prince avec une curieuse salle de bains dans un placard, une chambre pour son épouse et surtout une suite de pièces pour leurs enfants : chambre, salon de jeux et chambre de gouvernante.

A l’issue des quatre années de travaux, le duc et la duchesse peuvent s’installer à Serrant avec leur famille. Ils viennent périodiquement au château, principalement à l’automne et au printemps, mais entretiennent un fort attachement à toutes les personnes qui travaillent de près ou de loin sur le domaine : régisseur, métayers, jardiniers, etc… Lorsqu’elle n’est pas à Serrant, la duchesse se fait envoyer par le train des caisses de fleurs et légumes frais du potager de son château angevin.

Aujourd’hui, le fruit de ces grands travaux est à admirer lors d’une visite du château : l’aménagement général des intérieurs, le décor des salles, le mobilier et les œuvres d’arts placés par la duchesse de La Trémoïlle n’ont quasiment pas bougé depuis 120 ans, précieusement entretenus par les descendants, le prince et la princesse de Ligne puis aujourd’hui le prince et la princesse de Merode. Comme une reconnaissance du travail menés par les générations successives, l’ensemble du mobilier est classé Monument Historique en 2001, illustrant la rareté de cette collection unique dans la région.

Source :

La restauration du château de Serrant entre 1894 et 1898 par le duc et la duchesse de La Trémoïlle de Geoffrey Chevalier

Dessin du projet d'aménagement de l'avant cour du chateau de serrant par lucien magne en 1901

Projet d’aménagement de l’avant cour par Lucien Magne en 1901

carte postale

L’avant cour au début du XXème siècle