Saint Georges Patrimoine

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Bernard dit Daniel Crétin

Bernard dit Daniel Crétin

1925-1944

Photographie de Daniel Crétin

Bernard Crétin que sa mère a toujours appelé Daniel est né à Saint Georges en 1925. Son père blessé pendant la Première Guerre Mondiale meurt alors qu’il n’a que 6 ans. Daniel intègre l’école normale d’instituteurs d’Angers en 1941 au sein de laquelle se monte un réseau de Résistance dont Daniel fait partie. Les premières actions consistent à distribuer des tracts, des affiches, appelant à l’insoumission. Un peu plus tard, le groupe se signale en renversant, boulevard Foch à Angers, des kiosques de propagande nazie. En juin 1943, alors que les actions de résistance s’étaient développées, le groupe s’était réuni dans une salle de permanence du lycée David d’Angers afin de définir certaines règles de prudence. En aucun cas, les noms des membres du réseau ne devaient apparaître. Il fallait les remplacer par des numéros ou des surnoms. Hélas, cette consigne n’a pas été respectée par celui qui détenait ces listes. Le 16 juin dans la nuit, des membres du réseau se rendent à la mairie de Vern d’Anjou, pour y voler des tickets d’alimentation et des tampons qui permettront d’établir de fausses cartes d’identité. Au retour, ils sont surpris par deux gendarmes allemands qui patrouillaient : fusillade. Les deux allemands sont tués, un troisième surgit et le groupe s’enfuit et se disperse. L’un d’eux abandonne le vélo sur lequel il était venu. Sur ce vélo, une sacoche. Dans la sacoche, les noms des membres du réseau.

Bernard Daniel ne faisait pas partie de l’équipée nocturne, mais son nom sur les listes a scellé son sort.

Bernard Daniel qui avait révisé, chez sa mère, à Saint-Georges, les épreuves du baccalauréat, est arrêté, le 20 juin, alors qu’il se présentait pour passer l’examen avec ses camarades.

Tous ces jeunes ont été internés dans les locaux du Pré-Pigeon, sans pouvoir communiquer entre eux. Interrogés à plusieurs reprises, ils ont, ensuite, été remis à l’autorité allemande. Trois d’entre eux seront fusillés à Belle Beille. Les dix autres seront déportés, parmi lesquels Bernard Daniel qui prendra la direction de Buchenwald, puis de Dora.

Dans cet enfer, est mort le 13 ou 14 janvier 1944, Bernard Daniel à 19 ans. Il portait le numéro matricule 20 798.

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Jacques-Ambroise Monprofit

Jacques-Ambroise Monprofit

1857-1922

Photographie du professeur Monprofit

Jacques-Ambroise Monprofit est né à Saint Georges en 1857 dans une maison de la place qui porte aujourd’hui son nom et qui à l’époque était le champ de foire. Son père est Louis Monprofit, qui sera élu maire de la commune en 1871. Jacques-Ambroise poursuit à Angers des études brillantes et est reçu en 1883 à l’internat des hôpitaux de Paris. Il s’engage totalement dans la voie d’une chirurgie nouvelle qui , prenant en compte les découvertes de Pasteur, pratique une asepsie, c’est-à-dire une désinfection des salles d’opération et du matériel chirurgical. Après des voyages à l’étranger, il revient en Anjou en 1888 et il ouvre sa clinique privée. Il modifie d’abord profondément les pratiques de la gynécologie et de l’obstétrique, en organisant des locaux fonctionnels où l’asepsie devient une règle impérative. En 1890, il épouse, à Chalonnes-sur-Loire, Marie Frémy, fille d’un propriétaire-négociant issue d’une famille est bien connue à Chalonnes. Jacques-Ambroise écrit des traités médicaux, des articles dans des revues ; il fonde même, en 1894, l’Anjou Médical, qui ouvre ses colonnes aux chirurgiens de la région. Sa renommée s’étend ; on vient le voir opérer. Il est un maître dont on observe les gestes et le savoir faire, dont on écoute les leçons qu’il prodigue avec un vrai talent d’orateur.

En 1898, il devient titulaire de la chaire de Clinique chirurgicale ; cela va lui permettre de faire construire un bâtiment à l’hôpital, d’aménager de nouvelles salles d’opérationet un laboratoire de radiographie.

En 1893, il est élu conseiller municipal à Angers, alors que son confrère Guignard est maire d’Angers. D’étiquette « républicain progressiste », ce que nous appellerions aujourd’hui centre droit, l’homme politique a pourtant ses zones d’ombre, et sa générosité naturelle ne s’étend pas à tous les domaines de la vie. Ainsi, il n’hésite pas à parler avec hargne de « l’argent juif » lors de sa campagne de 1908, un discours banalisé dans une France frappée par l’affaire Dreyfus, où l’antisémitisme était alors affirmé et revendiqué sans honte.

Maire d’Angers, il devra faire face aux terribles inondations de 1910, organisant les secours et portant assistance aux sinistrés. Il est également conseiller général et député à partir de 1910.

La première Guerre Mondiale éclate alors qu’il a 57 ans. Qu’importe ! Il part pour le front, car il a mis au point, encore une fois, une nouveauté : l’auto-chir, cette ambulance qui permet d’opérer les blessés sur le terrain même des combats. Il fait modifier ses instruments afin qu’ils soient adaptés à la chirurgie de guerre, et met au point un lien antihémorragique.

Malade, il est démobilisé en 1917, et rentre chez lui, à Angers. C’est la grippe, qui met fin, brutalement, le 30 janvier 1922 à la vie de cet homme inlassable. Il a seulement 64 ans.

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Coupure de presse de 1922 sur les funérailles du professeur Monprofit
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Guillaume Bautru

Guillaume Bautru

1588-1665

Portrait de Guillaume Bautru
signature de Guillaume Bautru II

Poète satirique, protégé de Richelieu, il acquiert le château de Serrant en 1636 où il y conservera les premiers volumes de la fameuse bibliothèque et lancera les premiers travaux de construction qui propulseront Saint Georges dans le Grand Siècle.

Guillaume Bautru, comte de Serrant est né à Angers en 1588 et mort à Paris le 7 mars 1665.

En parfait « honnête homme » du XVIIe, il va cultiver le goût des bons mots dans des poèmes satiriques qui lui permettront d’entrer à l’Académie Française où il a pour voisin le grand Corneille.

Fils de Guillaume Bautru, magistrat protestant angevin, Il hérite en 1610 de la charge prestigieuse acquise par son père de maître des comptes à Paris. Fidèle de Marie de Médicis, il la suit dans son exil à Angers en 1617. Bautru commande alors une troupe de 70 hommes devant le château des Ponts-de-Cé pour le compte de la Reine, bientôt vaincue par les hommes de son fils, le roi Louis XIII. Commence alors pour Bautru une longue carrière diplomatique dans laquelle on peut relever des moments particulièrement importants. En 1625, il est chargé de négociations dans l’affaire de la Valteline, une province alpine où s’affrontent les Habsbourg d’Autriche et d’Espagne, et les Français au prétexte de soutenir pour les uns les catholiques, pour les autres les protestants. En 1628, il mène pour son roi une mission dans la difficile succession du duché de Mantoue, en Lombardie. En 1628, encore, il s’acquitte avec brio d’une démarche auprès de Georges Villiers, duc de Buckingham, car l’Angleterre soutient la ville de La Rochelle, place forte protestante, révoltée contre le pouvoir royal. Protégé de Richelieu, Bautru, pendant toutes ces années, court l’Europe afin d’accomplir de délicates et discrètes missions diplomatiques. Il reste, envers et contre tout, un proche de Gaston d’Orléans, frère rebelle de Louis XIII, dont il partage les goûts de vie libertine, fréquentant les poètes et participant aux fêtes de la cour de Blois, qu’anime le jeune prince. Il manifeste, de manière originale dans cette société dévote, un véritable irrespect pour la religion.

En 1636, Guillaume Bautru achète le château de Serrant et ses terres, vendus par Hercule de Montbazon ruiné. Le duc lui inspire le poème « L’onosandre ou le Grossier, satyre ».

Comme la chancellerie royale lui a adressé, sans doute par erreur, un courrier au nom de monsieur de Bautru, comte de Serrant, il s’empare de la particule nobiliaire et du titre de comte. En réalité la terre ne sera érigée en comté qu’un siècle plus tard. A-t-il inspiré, comme on a pu le prétendre, Molière pour son Bourgeois gentilhomme ?

Il est désormais un véritable seigneur et il va gérer son domaine avec rigueur. Il entreprend de grands travaux intérieurs et extérieurs qui attirent de nombreux artisans à Saint Georges. Pour nourrir tout ce monde, et maintenir cette effervescence, des achats de blé, de farine, de viande, d’œufs, de beurre, d’huile sont régulièrement effectués en grande quantité. Cela va provoquer dans les châteaux environnants et l’abbaye du lieu une fièvre de construction et faire de Saint-Georges, un village du grand siècle. Guillaume s’emploie aussi à embellir l’intérieur du château : le très beau cabinet d’ébène qu’il est possible d’admirer encore aujourd’hui, attribué à Pierre Gole semble bien avoir été commandé par Bautru.

Un autre souci du châtelain, c’est la bibliothèque que cet homme de culture s’applique à constituer, à enrichir de nombreux livres d’histoire, d’histoire des grandes familles, de géographie, de philosophie, de théologie, d’œuvres littéraires anciennes et contemporaines, d’architecture…

Les écrits du Romain Vitruve y côtoient ceux de l’Arabe Averroès, de saint Augustin, du philosophe-astronome Pierre Gassendi et aussi les Essais de Montaigne ou les Chroniques d’Anjou de Bourdigné, preuves d’une insatiable curiosité et d’une grande ouverture d’esprit.

Dans ce beau décor, on dit qu’il reçoit à la fin août 1661 le roi Louis XIV, en route pour arrêter à Nantes le surintendant Nicolas Fouquet. Aucune preuve historique, si ce n’est un poème attribué à Saint-Amant, écrit pour rassurer la reine Marie-Thérèse et la reine mère restées à Paris.

« Dans un assez grand bois, qui Serrant environne,

Maison digne du maître, aussi belle que bonne

Dans un vieux chemin creux un maladroit cocher

Qui ne doutait de rien nous fit tous embourber… »

Dessin du château de Serrant en 1690
Bibliothèque du château de Serrant