Saint Georges Patrimoine

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Léon Draunet

Léon Draunet

1910-1979

portrait de léon draunet

Né à la Bernerie en Retz en Loire Atlantique le 25 février 1910, Léon Draunet devient orphelin à 6 ans quand son père Eugène, bourrelier, meurt au front en 1916. Tout juste marié avec Magdeleine Viard, le jeune médecin s’installe à Saint Georges sur Loire en 1937. Disponible, simple et compétent, le docteur Draunet attire rapidement une patientèle fidèle qui se familiarise vite à sa forte personnalité. Le docteur est dévoué : on le voit sillonner la ville au volant de sa voiture, souriant, à toutes les heures de la journée… et de la nuit ! Pendant la deuxième guerre mondiale, Léon Draunet fait preuve d’une grande compassion envers les familles déchirées par la douleur de la séparation. Investi dans la vie de la commune, il entre au Conseil Municipal en 1945. En 1953 il devient adjoint de Jean Gasiorowski puis lui succède comme maire en 1959. Sous son mandat, le quartier de la rue Neuve Belle est aménagé et la zone industrielle est créée. Les réseaux d’eau et d’électricité sont largement étendus et les chemins ruraux rénovés. En 1967, Léon Draunet quitte ses fonctions municipales pour se consacrer à la médecine qu’il n’a jamais cessé d’exercer. Il reste président d’honneur des Anciens combattants. Souffrant d’une grave maladie, il cesse son activité professionnelle en 1976. Il décède le jeudi 26 avril 1979. Une foule considérable assiste à ses obsèques le 28 avril, témoignage de l’estime et de la considération dont il jouissait auprès de la population.

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Ernest Faligan

Ernest Faligan

1832-1890

acte de naissance d'ernest faligan

Acte de naissance d’Ernest Faligan dans le registre de Saint Georges sur Loire (ADML)

charenton

Lamaison d’aliénés de Charenton aujourd’hui l’hopital Esquirol

Ernest Faligan naît dans le bourg de Saint Georges sur Loire le 24 novembre 1832. Son père est Hubert Faligan, greffier du juge de Paix. Sa mère, Louise Thierry, est une cousine de Charles Thierry, célèbre maître verrier.

Ernest fait ses études au lycée David d’Angers puis à la faculté de Médecine de Paris. Mais le jeune docteur a plus de goût pour les lettres que pour la Médecine et, après 8 ans dans les hôpitaux, il renonce à exercer. Il reprend des études de Lettres écrivant une thèse remarquée sur la Légende de Faust qu’il soutient seulement en 1887, à plus de cinquante ans. Dans le même temps, il publie des romans de cape et d’épée et contribue à différents journaux comme L’Union Economique, le Bulletin de la Société des Gens de Lettres ou l’Union de l’Ouest et la Revue de l’Anjou. Chroniques littéraires, nouvelles, romans, articles, la liste des productions d’Ernest Faligan est importante et sa plume est appréciée. Ses romans à épisodes, publiés dans les périodiques, regorgent d’action et de rebondissements dramatiques. Ses travaux sur Jeanne d’Arc ou sur Marlowe (rédigé en latin), montre sa grande érudition. Assoiffé de savoir, l’homme passe une thèse de droit. Ecrivain populaire, universitaire qualifié, Ernest Faligan vit son nom mis en avant non pas grâce à son talent mais en raison d’une sombre affaire dont il fut la victime.

Le 13 janvier 1873, à 10h du matin, à son domicile de Passy, Ernest Faligan reçoit une lettre du commissaire de police, l’invitant à se présenter pour une affaire le concernant. L’après-midi-même, il est interpelé par deux agents et conduit à la préfecture. Il est enfermé dans une cellule. Deux médecins l’interrogent. Faligan ne parvient pas à comprendre le motif de leur visite. Le lendemain, on le fait monter dans une voiture et il est conduit à la maison d’aliénés de Charenton où il est incarcéré. Faligan vient de passer 15 jours dans sa famille à Saint Georges. De retour à Paris depuis une semaine, rien ne justifie à ses yeux ce traitement. Il proteste mais le médecin en chef de l’établissement maintient son internement sans jamais répondre à ses interrogations.

Si Ernest Faligan se retrouve ainsi prisonnier, c’est à la demande de son père. Faligan retrouvera en 1878, à la mort de ce-dernier, les courriers par lesquels il déclencha l’incarcération de son propre fils. La loi du 30 juin 1838 permet en effet le placement volontaire et le placement d’office qui offre la possibilité légale d’interner quelqu’un contre sa volonté sur la demande d’un tiers ou de l’autorité. Dans le registre de délibérations du conseil municipal, on trouve plusieurs délibérations demandant ainsi l’internement d’habitants de Saint Georges. Cette loi décriée pour ses abus, substituait aux peines de prisons les internements à vie pour des malades souffrant de troubles mentaux sans véritable objectif de soin. Elle restera valide jusqu’en 1990.

Ernest Faligan n’a que peu de liens avec ses parents, restés à Saint Georges. Il est farouchement opposé à son père qui souhaite le voir épouser l’une de ses cousines, Louise Thierry. Ernest à 40 ans, est employé à la Bibliothèque Nationale depuis deux ans. C’est une situation modeste mais qui lui convient et surtout, lui permet d’assouvir son goût pour les Lettres et lui laisse le temps pour ses travaux littéraires. Mais ses parents ne sont pas satisfaits de cette existence et son père voit d’un mauvais œil, l’autonomie grandissante de son fils qui commence à publier des romans feuilletons dans les quotidiens. C’est tout du moins le point de vue d’Ernest.

La pression familiale et l’épuisement dû à un labeur continu pèsent sur la santé mentale de Faligan. Développant une paranoïa, l’homme se croit persécuté par son père, victime d’un complot auquel sont mêlés le directeur de la Bibliothèque Nationale et son unique ami, Faustin-Adolphe Hélie, juge au tribunal de la Seine. Ernest s’imagine suivi par la police et intoxiqué par des drogues qui lui seraient administrées secrètement et qui joueraient sur son état d’excitation. Le directeur de la bibliothèque alerte son père sur l’agitation qui tourmente son fils. Le père arrive immédiatement à Paris. Il prend contact avec le juge Hélie et Léon, un cousin d’Ernest, également dans la capitale. Il finit par convaincre son fils de retourner à Saint Georges peu avant Noël. La vie tranquille de la campagne semble apaiser Ernest mais le 31 décembre, alors que son père évoque le mariage avec Louise, Ernest entre dans une violente crise de rage et disparaît. Quand il se rend à Saint Georges, le 2 janvier 1873, il est armé et veut affronter son père. A son arrivée, les gendarmes l’attendent. Retenu, il reçoit la visite de Marie-Hylas Suaudeau, le maire, à qui il explique s’être emporté et à qui il promet de quitter Saint Georges et de ne jamais y revenir s’il est libéré. La plaidoirie est sans succès. Les gendarmes le conduisent le lendemain à la maison d’aliénés de Sainte Gemmes. Mais, les médecins qui l’examinent, dont fait partie un de ses anciens camarades de la faculté de médecine, estiment que la séquestration n’est en rien justifiée. Faligan est libéré sur ordre du préfet et il prend le train immédiatement pour regagner Paris.

Faligan va rester huit mois et demi à Charenton. Dans la maison d’aliénés, les conditions sont particulièrement difficiles. Les internés subissent outrages, violences et provocations. Faligan constate que nombre des internés sont là pour de mauvaises raisons : criminels à qui on réserve des châtiments corporels, témoins d’actes illégaux que l’on veut faire disparaître, jeunes gens marginaux que leur famille cherche à convaincre par la contrainte. Dans la deuxième moitié du XIXème, certains comparent l’institution psychiatrique à une « Bastille moderne », une nouvelle forme de prisons où toutes sortes d’indésirables sont enfermés sous le prétexte d’un traitement médical.

traitement de aliénés par balnéothérapie au XIXè

Balnéothérapie au XIXème

traitement des aliénés par hydrothérapie au XIXème

Traitement par hydrothérapie au XIXème

ostende en 1890

Ostende en 1890, ville balnéaire de Belgique, célèbre pour ses hôtels et ses bains de mer, où Ernest Faligan finira sa vie

Faligan dénonce l’usage de drogues, de purgatifs, de substances qui agissent sur le mental mais qui provoquent également des effets secondaires physiques (taches sur la peau, blanchissement des cheveux…) Les internés sont soumis à un régime d’obéissance et tout refus est puni de châtiments corporels : des bains prolongés jusqu’à l’épuisement, des douches contondantes (l’interné est placé sous un jet d’eau à haute pression qui lui est appliqué sur la colonne vertébrale), l’application de la camisole de force… L’hydrothérapie est en effet une des thérapeutiques privilégiées pour lutter contre les troubles de l’esprit. Tous les établissements psychiatriques possèdent une salle dédiée, équipée de baignoires sur lesquelles on applique un couvercle pour éviter que l’interné ne s’échappe, douches et systèmes de jets multiples. La balnéothérapie fait débat notamment sur l’impact de la température de l’eau mais les spécialistes s’accordent sur le fait que plus le malade reste dans le bain, plus fort sera son effet apaisant. Pour les patients très agités, les « bains prolongés » peuvent durer de trois à quatre heures jusqu’à plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le docteur Bonnefou de Leyme prescrit ainsi des bains de 15 à 21 jours durant lesquels les malades mangent, dorment et défèquent dans leurs baignoires. Ernest Faligan restera immergé « seulement » plusieurs heures. Les criminels internés à ses côtés sont, eux, victimes d’actes encore plus violents qui entraînent parfois la mort, les gardiens répondant systématiquement par la violence aux crises de démence. Certains internés sont plongés dans un état d’hébétement et de paralysie.

Le père rend visite régulièrement à son fils, insistant pour que ce dernier retourne à Saint Georges quand il aura retrouver ses esprits. Cette idée déclenche de vives colères chez Ernest qui y voit une manœuvre pour le contraindre au mariage. Durant son internement, le père vend ses meubles, rend les clefs de son appartement, lui confisque son argent. Le 24 mai 1873, alors qu’il est toujours interné, Ernest Faligan perd officiellement son emploi à la Bibliothèque Nationale. Fin septembre 1873, la préfecture de Police lui accorde de nouveau la liberté. Ernest Faligan est ruiné : tout son argent a été utilisé pour payer son internement. Il n’a plus de logement, plus de travail. Il n’a d’autre choix que de rentrer à Saint Georges. Ce retour est vécu comme un véritable supplice. Ernest n’a qu’un seul souhait : retourner à Paris, loin de l’influence de son père qu’il juge coupable de tous ses malheurs. Contraint de rester dans le foyer parental, Ernest plonge de nouveau dans un délire : il pense que de la belladone a été ajoutée à son tabac, qu’on lui impose un traitement aphrodisiaque pour provoquer des hallucinations érotiques propres à lui donner goût au mariage. Probablement lassée par cette confrontation incessante, sa famille finit par céder et le laisse rejoindre Paris en juin 1874.

Ernest Faligan va construire durant des années cette vision paranoïaque nourrie par des incidents réguliers avec les forces de l’ordre : arrestation pour des provocations, des altercations, des bagarres… Ce sont là des preuves pour lui des agissements d’une police secrète œuvrant pour un gouvernement occulte. Alors qu’il est dans un même temps en train de signer des thèses et des articles remarquables, Ernest rédige un pamphlet d’une centaine de pages intitulé le Gouvernement occulte de la France qu’il adresse à la Chambre en 1878 et dans une version augmentée au Sénat en 1879. Il y développe son histoire et déclare avoir les preuves d’un complot national visant à contrôler les personnes les plus vulnérables et contraindre les volontés rebelles grâce à des poisons et des drogues manipulant les humeurs et les consciences. La pétition est étudiée en commission le 29 mai 1879 et inscrite à l’ordre du jour. Le texte est présenté le 10 septembre 1879 au Sénat. Le ministre de l’intérieur et des cultes, Charles Lepère, et son secrétaire d’état, Ernest Constans, joignent à leur réponse un rapport d’expertise justifiant l’internement d’Ernest Faligan en raison d’un délire de persécution. Alors qu’il habite désormais Angers, ce dernier publie, le 24 février 1881, une réponse sous la forme d’un livret d’une trentaine pages intitulé La police, juge et parti, cherchant à déconstruire vainement l’argumentaire des experts. L’un d’eux, Henri Legrand de Saulle, considéré alors comme le spécialiste de la question du délire de persécution, avait pour avis que la révolte de la Commune de Paris était due à une maladie mentale dont avaient souffert les parisiens.

Il est aujourd’hui bien difficile de connaître la vérité : Ernest Faligan souffrait-il d’une grave maladie mentale ? Celle-ci, fut-elle déclenchée par son internement ? Son père a-t-il œuvré de son influence pour tenter de contraindre son fils au mariage ? Ou sont-ce là seulement les accusations d’un malade ? Au XIXème, il est avéré que d’autres jeunes hommes issus de la bourgeoisie furent internés contre leur volonté sur la demande de leur père qui usait de l’institution psychiatrique comme moyen d’obtenir la soumission de leur fils.

Ernest Faligan meurt à Ostende en Belgique, le 19 juin 1890. Epuisé, il cherchait à profiter de l’air marin pour ranimer ses forces.

Sources :

Célestin Port, Dictionnaire de Maine et Loire

André Joubert, Revue de l’Anjou tome XXI, p105-106,1890

Ernest Faligan, Le gouvernement occulte de la France, 1879, La Police juge et parti, 1881.

Jessie Hewitt, Institutionalizing gender-madness, the Family and psychiatric power in XIXth century in France, chapitre 4, 2014

Aude Fauvel, Les fous morts brûlés. Cauchemar, fantasme et réalité de la médecine aliéniste, 2007

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La société Hippique Rurale

La Société Hippique Rurale de Saint Georges sur Loire

1938-1939

la société rurale hippique s'entrainant dans le parc du chateau de la bénaudière

La Société Hippique Rurale de Saint Georges s’entraînant dans le parc du château de la Bénaudière en juin 1939 (Petit Courrier / ADML)

Depuis la fin du XVIIIème, le cheval avait une place importante à Saint Georges. Deux écuries de chevaux de course étaient très actives, l’une appartenant au duc de la Trémoïlle au château de Serrant et l’autre au comte de Jousselin à la Bénaudière. Des courses hippiques réputées avaient lieu dans le parc du château de Serrant jusqu’au début de la deuxième guerre mondiale. C’est juste avant ce conflit que naquit l’éphémère société Hippique rurale de Saint Georges sur Loire.

En 1938, quelques agriculteurs ayant effectué leur service militaire dans la cavalerie, l’artillerie ou d’autres régiments à cheval se regroupent pour fonder une société Hippique rurale. Sous l’impulsion de M de Béru, propriétaire du château de la Bénaudière, une vingtaine de cavaliers de Saint Georges et des environs et leurs chevaux de trait se retrouvent régulièrement pour s’entraîner à effectuer des reprises de cavalerie et des jeux divers pour animer les fêtes et manifestations. L’association est officiellement créée le 16 juin 1939 avec pour but de développer la traction hippomobile, de faire renaître dans les milieux ruraux le goût de l’équitation et de former des cavaliers. Monsieur de Béru en devient le président. Les membres de la société hippique se retrouvent régulièrement dans le parc du château de la Bénaudière pour des séances d’entraînement.

Le 16 juillet 1939, une grande fête hippique est organisée par les sociétés rurales avec l’aide du comité des fêtes en l’honneur du cheval rural sous la présidence du directeur du Haras d’Angers. La Société Hippique Rurale de Saint Georges y est représentée par 40 cavaliers.

Les autres viennent de Champtocé, La Cornuaille, Ingrandes, Le Louroux, La Meignanne, Saint Clément, Savennières et Chalonnes. Les participants ont tous très à cœur de représenter leur village. Le concours a fait l’objet d’une sérieuse préparation : ainsi les sociétés du Louroux et de La Cornuaille se sont retrouvées deux semaines plus tôt pour travailler leurs reprises, voltiges et autres jeux devant un public conquis.

L’examen des équipes débute de bonne heure. A 9h, ce sont les cavaliers saint-georgeois qui sont en selle. Le jury, constitué de professionnels du milieu hippique, note ensuite pendant près de trois heures toutes les équipes les soumettant à des épreuves de réception, d’examen physique, d’aptitudes équestres, de harnachement et de ferrures.

A 13h30, les 180 cavaliers se réunissent à l’entrée ouest du bourg puis défilent au son de la fanfare Saint Stanislas, dans les rues de Saint Georges jusqu’au monument aux morts pour y déposer une gerbe avant de rejoindre le parc du château de Serrant pour s’affronter dans différentes épreuves.

fete hippique à serrant en 1939

La fête hippique au château de Serrant le 16 juillet 1939 (Petit courrier / ADML)

fete hippiquedu 16 juillet 1939

Le jeu de la chaise lors de la fête hippique du 16 juillet 1939 (Petit Courrier / ADML)

La société de Savennières, gagnante du challenge, a le privilège de présenter sa reprise en ouverture de l’après-midi. Les jeux et courses s’enchaînent ensuite, tout l’après-midi : course d’estafettes sur un parcours accidenté par équipe de trois, jeu des chaises, jeu des mannequins, de la brouette… La foule est conquise et félicite les concurrents qui font preuve de courage et d’habileté, malgré les chutes et les dérobades. L’événement est un véritable succès ! Malgré le temps incertain et les ondées intermittentes, les spectateurs sont venus en nombre et le trafic nécessite l’intervention des gendarmes pour être canalisée. Après un concours de saut, cette belle journée s’achève à 18h par le défilé des concurrents sous les applaudissements d’une foule conquise.

La Société Hippique Rurale de Saint Georges se classe deuxième, juste derrière celle de Savennières. C’est un joli résultat pour cette toute jeune société qui peut espérer grimper sur le haut du podium dans les années à venir. Mais le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. A l’armistice, les cavaliers ne sont plus assez nombreux pour relancer la société. La mécanisation de l’agriculture fait disparaître progressivement les chevaux de trait qui étaient montés pour ces jeux. Après la seconde guerre mondiale, les courses hippiques cesseront également au château de Serrant.

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Serrant durant l’occupation

Le château de Serrant occupé par les officiers allemands

1940-1944

défilé militaire de troupes allemandes au château de serrant durant la deuxième guerre mondiale

Défilé des troupes allemandes durant l’occupation dans la cour du château (ADML)

19 juin 1940, 9h30 au château de Serrant

Le moteur pétaradant d’un side-car vient rompre la quiétude du parc. Le motard contourne le château, fait un arrêt sur la terrasse sud entre le château et l’étang avant de faire demi-tour et de repartir. Depuis la chambre d’apparat de la duchesse dans la tour sud, un homme observe le départ du soldat allemand sans grande surprise. L’avant-veille, Angers a été bombardée par la Luftwaffe. Les régiments allemands sont sur le point d’entrer dans la ville, désertée : la moitié de ses habitants a quitté le centre-ville, franchissant la Loire en direction du sud. Si l’agglomération n’est pas encore occupée, les troupes germaniques l’ont déjà contournée et progressent vers l’ouest. Aussi, la visite-éclair au château était attendue par celui qui y loge depuis déjà plusieurs mois.

La duchesse de la Trémoïlle a quitté depuis longtemps sa propriété pour une autre demeure dans le bordelais. En son absence, le locataire du château se nomme René Rabault. Le jeune angevin de trente ans est un homme de théâtre. Aîné d’une famille de dix enfants, il débute à 13 ans, dans l’atelier de de son père dont les décors de grandes qualités sont appréciés de toutes les troupes de la région. En 1931, Rabault profite de son service militaire à Paris pour voir des pièces de théâtre. En 1938, il décide de vivre sa passion et fonde la compagnie Le Masque au genêt. Cependant, le 2 septembre 1939, la mobilisation générale pour la seconde guerre mondiale met un frein à sa carrière.

Rabault n’est pas longtemps mobilisé. Père de famille nombreuse, il est renvoyé dans son foyer, un mois plus tard. Les autorités préfectorales le nomment alors conservateur au château de Serrant. Au début du conflit, les boiseries de Versailles ont en effet été démontées et placées dans de longues caisses plates. Les trésors du musée de la Marine sont eux aussi, empaquetés. Ce précieux chargement est envoyé par le ministère des Beaux-Arts loin de Paris. Le château de Serrant est réquisitionné : les caisses sont entreposées dans l’antichambre et dans un hangar situé à 600 mètres du château. Chargé de leur surveillance, René Rabault s’installe donc dans le pavillon contigu à cet entrepôt et, en l’absence de la duchesse, devient le seul responsable du château, de l’Orangerie et du hangar qu’il veille à maintenir bien clos.

Quelques heures après la ronde de reconnaissance du motard, la sonnette tinte. Devant la grille fermée du château, un jeune officier allemand attend. « Visite », lance-t-il à Rabault qui doit l’accompagner d’une pièce à l’autre. Une heure après son départ, dans les salons du château, résonnent les sons des bottes allemandes sur les parquets. Rabault, considéré par les officiers comme l’intendant du château, est convoqué par un jeune général qui l’interroge sur la nature des caisses entreposées. On lui demande alors de rassembler ses affaires personnelles et de quitter les lieux.

Rabault parlemente, tente de faire comprendre son rôle alors que les troupes commencent à déménager les caisses vers l’ancien évêché à Angers. Il finit par obtenir d’un officier de la Wehrmacht le rapatriement des caisses dans le hangar du château de Serrant où il va continuer de veiller à leur sécurité durant toute la guerre.

occupation serrant 3

Le général von Manstein au château de Serrant (ADML)

1940 serrant

Soldat allemand à l’entrée du château de Serrant durant l’occupation (L. Abellard)

portrait de rené rabault

René Rabault

C’est le début de quatre années d’occupation du domaine. Le général Erich von Manstein qui dirige la campagne de France y installe son état-major. Le château devient un lieu de repos pour les gradés et les hauts-dignitaires du IIIème Reich. Les officiers profitent de ce cadre remarquable pour organiser des festivités et des réceptions somptueuses.  Fedor von Bock y célèbre sa promotion au rang de Generalfeldmarschall , le 19 juillet 1940, par Adolph Hitler. Walther von Brauchitsch, commandant en chef de l’armée de terre et artisan de la guerre éclair dans l’ouest, l’amiral Karl Dönitz qu’Adolph Hitler désigna comme son successeur à la tête du IIIème Reich dans son testament, le général Fredrich Paulus, chargé du front russe, ou encore le général Albert Kesselring, commandant des forces aériennes puis du front Méditerranéen, séjournent au château.

Dans les cuisines, on peut toujours découvrir, sur les murs, des fresques peintes par des soldats allemands cherchant certainement à occuper leur temps libre. Des soldats logent également dans le logis abbatial, dans le bourg du village. Les hommes y sont moins disciplinés : les dégâts sont importants. Angers est libérée le 10 août 1944 : Saint Georges sur Loire l’est également quelques jours plus tard.

fresque mural au château de serrant réalisée par les soldats allemands durant l'occupation

René Rabault reprend ses activités théâtrales après la guerre. Il monte le Chemin de Croix de Paul Claudel en 1947. Le 9 juin 1950, il crée à la demande du préfet, le festival d’Angers jouant avec sa troupe, Roméo et Juliette de William Shakespeare devant le château de Brissac. Le Festival d’Angers devient en 1975 le célèbre festival d’Anjou. René Rabault quitte la scène pour se consacrer à l’écriture dans les années 1970. Il meurt en 1993 à l’âge de 82 ans.

Sources :

Guy Bonnet, 1940 Batailles sur les ponts de la Loire, éditions de la Nouvelle République, p.173 et 174, 1990

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Adolphe Lair

Adolphe Lair

1834 - 1910

signature adolphe lair

Signature d’Adolphe Lair (ADML)

Adolphe Lair naît à Saint Georges sur Loire le 10 juillet 1834. Son père, Epiphane Lair, y est notaire et d’Adélaïde Lefebvre, d’origine vendéenne. Adolphe est fils unique et réside à la Comterie dans une bâtisse qui date du XVIIème. A l’âge de 11 ans, son père l’envoie au lycée d’Angers mais souhaitant suivre l’éducation de son fils, il déménage son étude à Angers. De 1845 à 1852, Adolphe se distingue dans toutes les matières, prix d’honneur en rhétorique et en philosophie. Le brillant élève noue une amitié avec un jeune professeur, Adolphe Perraud, futur évêque d’Autun et membre de l’Académie Française. Cette relation perdurera toutes leur vie.

En 1852, Adolphe s’inscrit à la Faculté de Droit de Paris. Il y recevra chaque semaine la visite d’Adolphe Perraud. Adolphe Lair est licencié en 1854, il est reçu docteur en 1859 soutenant une thèse sur la réhabilitation des condamnés. Il fait des stages d’avocat au Barreau de Paris et assiste avec un grand intérêt aux procès politiques. Ouvert d’esprit, il poursuit sa formation intellectuelle, suivant des cours de philosophie, de littérature et même de sciences à la Sorbonne et au collège de France. Adolphe Lair étudie pendant dix ans, faisant preuve d’une véritable soif de savoir et profitant de rencontres estimables. Dès son arrivée à Paris, il est accueillie par Jean-Philibert Damiron, philosophe et membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Il s’y nourrit de sa doctrine et de ses leçons. Chez le philosophe, il rencontre Paul François Dubois, un universitaire de haut rang, ancien directeur de l’école normale supérieur, Etienne Vacherot, philosophe et homme politique ou encore, Charles Waddington, philosophe.

Adolphe Lair évolue donc durant dix ans dans cette élite intellectuelle, stimulante et au combien enrichissante. Il songe à devenir professeur à la Faculté de Droit mais il choisit finalement la magistrature. Le jeune avocat est reçu par Delangle, le garde des Sceaux, qui apprécie très vite les qualités de l’homme. En février 1862, Adolphe Lair est nommé substitut du procureur impérial à Cholet, tribunal d’importance qui le rapproche de sa famille. Il quitte avec peine Paris et son groupe d’intellectuels pour se consacrer pleinement à ses nouvelles fonctions avec talent. Son avancement est rapide. En 1865, il devient substitut du procureur impérial à Laval puis en 1867 à Beaugé. En cinq ans, son seul mérite lui permet de franchir tous ces grades.

Le 22 juillet 1867, Adolphe Lair épouse à Angers Louise Talbot, fille d’Eugène Talbot, avocat général reconnu. Le couple s’installe à Beaugé ; un fils, Paul-Eugène, naît ; c’est une existence heureuse. Mais en 1870, la guerre éclate et alors que le second empire s’écroule, des révoltes éclatent dans l’arrondissement de Beaugé. Des fermes, des bois, des châteaux sont mis à feu alors qu’il ne reste que deux gendarmes pour veiller à l’ordre public, suite à la réquisition du 4 septembre. Adolphe Lair, assisté de quelques hommes de bonne volonté, prend les armes et se rend sur le terrain pour maintenir le calme.

Mais le nouveau gouvernement lance une purge dans la magistrature : le procureur général est révoqué. Pour ne pas demeurer sous les ordres de son remplaçant, 18 magistrats du ressort d’Angers donne leur démission. Adolphe Lair en fait partie. Il quitte Beaugé, non sans peine, et rejoint la garde nationale à Angers. A la fin de l’année 1870, Adolphe Lair souffre d’une grave fièvre scarlatine. Il perd subitement sa mère dont il était très proche. Affecté par la situation politique, le contexte de guerre avec la Prusse puis le climat insurrectionnel de la Commune, Adolphe Lair traversent douloureusement ces longs mois. Au mois de juin 1871, le Garde des Sceaux Dufaure le nomme substitut du procureur général près la cour d’Angers aux côtés de Louis Gain, avec qui il va se lier d’une profonde amitié. Les deux hommes sont complémentaires et un travail exemplaire au Parquet. En 1872, nait le second fils du couple Lair, Maurice.

En 1873, Louis Gain devient procureur de la République à Angers. Jean Ernoul, le Garde des Sceaux, propose à Adolphe Lair de devenir son chef de cabinet. C’est pour Adolphe la certitude d’un bel avenir, le retour à Paris qu’il a tant appréciée. Mais son père est gravement malade et Adolphe renonce à ses ambitions pour rester auprès de lui. L’année suivant il refuse pour les mêmes raisons, un poste d’avocat général et demande un siège de Conseiller à la Cour qu’il obtient, pour se fixer en Anjou. Il va occuper se poste durant neuf ans. C’est à cette période qu’il fait construire l’actuel château de la Comterie.

la comterie facade nord

Le château de la Comterie

première page d'un livre d'adolphe lair

La page titre d’un des derniers ouvrages d’Adolphe Lair tiré des papiers de Dubois

Mais la Cour d’Angers déplaît : elle compte en son sein trop de libres volontés et trop d’esprits impartiaux. Sous le couvert d’une réduction de personnel, 16 magistrats sur les 21 sont écartés de leur siège par la loi d’épuration du 30 août 1883. Adolphe Lair n’en fait pas partie mais il donne sa démission en signe de protestation. Il écrit dans ses notes : « Il est à craindre que, désormais, tous les pouvoirs qui se succéderont en France ne s’empressent, à l’envi, de chercher des juges à eux et ne portent, par représailles, de nouveaux coups à l’indépendance des magistrats. Ce jour-là, ce sera fait pour jamais de la justice… »

En 1883, Adolphe Lair a déjà publié de nombreux ouvrages principalement des commentaires des Lois et de la Jurisprudence. Profitant d’une liberté nouvelle, il va se consacrer à l’écriture. Il va rédiger des articles pour la Revue d’Anjou ou pour le Correspondant. A partir de 1898, Adolphe Lair va se consacrer à retracer la période où il résidait à Paris et côtoyait les cercles philosophiques. Il va publier des documents inédits de Dubois et Damiron ainsi que la correspondance de Théodore Jouffroy. Ce travail colossal va l’occuper pendant dix ans.

Adolphe Lair meurt à Angers, le 16 février 1910. L’annonce de son décès suscite un certain émoi dans les cercles littéraires et intellectuels auxquels il contribuait comme l’académie des sciences morales et politiques de Paris. A ses obsèques à Angers, ses amis, ses anciens collègues et la population respectueuse de son travail lui rendent un dernier hommage. Puis son corps est inhumé au cimetière de Saint Georges aux côtés de ses parents. Son fils Maurice, sera maire de Saint Georges de 1922 à 1945. Sa femme Louise, décède en 1932.

Sources :

Georges Belin, Un magistrat : Adolphe Lair, Revue d’Anjou, tome 62, p.162-194 et 271-282, 1911.

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Accidents au XVIIIe

Deux enfants victimes de la circulation

1780 - 1786

acte de deces melanie lannerest

L’acte de décès de Mélanie Lannerest (ADML)

Lundi 12 décembre 1780, vers quatre à cinq heures du soir, un beau cavalier, couvert d’un manteau bleu, dont le collet est galonné en or, monté sur un grand cheval noir, traverse le bourg de Saint-Georges-sur-Loire au grand galop. Il remarque à peine la petite fille qu’il renverse et poursuit son chemin. Mélanie Lanerest n’a que six ans. Elle est la fille d’Alexis Lannerest, cocher de milord Walsh, Antoine Jean Baptiste Walsh, cousin d’Antoine Walsh, comte du château de Serrant, et de Louise Couet. L’enfant blessée est ramenée dans l’auberge son grand-père, Pierre Couet, cabaretier.

Mercredi 14 décembre, huit heures du matin. Maître Bertrand de la Chesnaye, procureur fiscal du Comté de Serrant, accompagné de son greffier Louis-Jérôme Lherbette, frappe à la porte de Pierre Couet, sur la place du marché. Ce grand-père de 75 ans en a gros sur le cœur et est en colère. Sa petite fille est décédée ce matin, vers les cinq heures. Pierre Couet a avisé le procureur fiscal du comté. Ce dernier vient faire le constat et recueillir la plainte du grand-père maternel. Le greffier rédige le procès-verbal : il rappelle combien la traversée du bourg est dangereuse avec des voyageurs étrangers qui font preuve d’une grande imprudence sur leurs chevaux.

Bertrand de la Chesnaye prend deux ordonnances, l’une convoquant deux chirurgiens Jacques Granger et Constant Le Roy pour autopsier le corps de la petite fille et l’autre convoquant trois témoins pour en savoir plus sur l’accident.

A 11 heures du matin, Jean Hiérosme Guyard, notaire, ancien procureur, en l’absence du sénéchal du comté, juge ordinaire, enquête, et son greffier Me Louis-Jérôme Lherbette enregistre les témoignages. Lundi, Mélanie jouait avec d’autres enfants depuis le milieu de l’après-midi quand elle a été renversée. « Grâce » aux soins qui lui sont prodigués – on lui applique des sangsues sensées absorber son mal ! -, elle reprend connaissance durant la journée de mardi. Elle parvient même à se lever dans la soirée mais se plaint d’un grand mal de tête et s’évanouit. Elle est décédée quelques heures plus tard.

Les chirurgiens réalisent l’autopsie. Ils notent les ecchymoses sur le dos et sur le côté droit. L’examen révèle une contusion importante du crâne, avec une fracture ayant entrainée une hémorragie. La cause du décès ne fait aucun doute : la mort est dû au choc responsable de la plaie à la tête.

Le mardi 20 décembre 1780, deux heures, les témoins déposent devant Richard-Philippe de Nugent, avocat au parlement de Bretagne, seul juge ordinaire, civil, criminel, et de police de la juridiction du comté de Serrant. Monique Biteau a 26 ans. Elle est domestique. Elle se trouvait au milieu de la route, non-loin de la place du marché, la semaine passée quand est survenu l’accident. Elle a vu le cavalier pénétrer à grande vitesse sur la place et renverser la petite Mélanie. Elle se souvient avoir entendu crier mais n’a pu identifier le cavalier. On interroge Pierre Potiron, un garçon de 14 ans, domestique des chanoines de l’abbaye. Il faisait partie des enfants qui jouaient avec Mélanie le jour de l’accident. Le cavalier sur son cheval au galop a crié garde avant d’arrivée sur la place mais n’a ni ralenti ni dévié sa route. Enfin, Renée Margotteau est une femme de 30 ans, domestique chez une marchande du bourg. Elle aussi a vu le cavalier passer à bride abattue. Elle pense qu’il est brun. La rumeur dit qu’il s’agit du coché de sieur Michel, négociant à Nantes.

Est-ce de chagrin, que le père de Mélanie, Alexis Lannerest est décédé le 22 août 1781 ? Le grand-père n’a guère survécu. Il est mort le 23 août suivant. Les archives ne nous disent rien sur le résultat de l’enquête, ni sur un éventuel jugement.

voiture de relais postal à cheval et postillon

Voiture de relais postal à cheval et postillon

acte de deces anne lecomte

L’acte de décès d’Anne Lecomte dans les registres paroissiaux (ADML)

plan 1786

Plan de 1786 : la rue principale est très rétrécie au niveau de l’église et provoque de nombreux accidents

Une rue trop étroite, une circulation dense, des conducteurs distraits ou trop sûrs d’eux, une vitesse excessive, et l’accident est inévitable, parfois mortel. C’est de nouveau le cas, six ans plus tard, le 29 mars 1786. Pierre-François Oger, le notaire du comté de Serrant, dans un acte officiel, raconte cet accident qui provoqua la mort d’Anne Le Comte. L’enfant, dit-il, était âgée de « huit ou neuf ans ». A cette époque, la date de naissance n’avait pas une grande importance, et peu de gens connaissaient la leur de manière précise. En réalité, Anne était née le 8 mai 1777, sa naissance enregistrée le lendemain, et avait un frère jumeau, Antoine. Ils étaient les enfants d’un journalier, c’est-à-dire d’un pauvre parmi les pauvres, se louant à la journée à qui avait besoin de lui. Ce père, Louis, était décédé le 17 mars 1783, à 45 ans, dans sa maison du bourg de St Georges « muni des sacrements de l’église ». L’enfant semblait vivre seule avec sa mère, car il n’est jamais question de son jumeau. Peut-être était-il « placé », selon la coutume, dans une famille plus aisée.

Ce 29 mars, elle est sortie mendier, pour assurer, faute d’autres revenus, sa survie et celle de sa mère malade car, en cette année 1786, à la suite de plusieurs mauvaises récoltes le royaume souffre de disette, et la détresse générale sévit. La rue principale, traversant le bourg d’est en ouest, bordée d’échoppes, de cabarets, d’auberges, d’une poste aux chevaux tenue sans doute cette année-là par la famille Avril, est très fréquentée. La poste aux chevaux achemine, à travers la France, les courriers officiels et privés, parfois des voyageurs très pressés aussi vite qu’il se peut, et les Avril constituent une vraie dynastie de maitres de poste, riche et puissante Aujourd’hui encore, on peut voir leur belle maison, juste à côté de l’auberge de la Roche à Saint Jean de Linières. Justement, arrive d’Angers la malle-poste, conduite par le postillon Tabouet. Elle appartient à « Mathurin Avril, maitre de la poste de la Roche au Breuil ». L’attelage trotte vite, trop vite, « les chevaux se conduisant seuls », car Tabouet… est endormi ! Est-il fatigué ? Ivre ? Au niveau de l’église, la rue se rétrécit car l’édifice religieux empiète largement sur la voie. Le passage difficile, doit être soigneusement négocié. Or, le postillon dort ! Apeurée, Anne se colle contre le pignon du cabaret tenu par Pierre Beaumond, mais la « voiture passa si près de la maison que Lad(ite) Le Comte ne pouvant ni avancer ni reculer, le moyeu de la roue se prit par le côté gauche et la faisant tourner de gauche à droite la pressa tellement contre le mur qu’elle tomba à l’instant à terre d’où elle fut relevée par ceux qui étaient présents » L’enfant est ramenée chez sa mère et meurt presqu’aussitôt. Le drame s’est joué en quelques minutes, sous les yeux de passants sans doute horrifiés et impuissants. La petite fille est inhumée dès le lendemain.

Le procureur fiscal, c’est-à-dire l’officier chargé de la justice dans le comté de Serrant, conseille alors à la mère de porter plainte contre le postillon, et le maitre de poste, civilement responsable de son employé, en évoquant « le calvaire » de la fillette, innocente victime de la « négligence » du postillon.

A ce moment s’engagent des tractations entre la mère, pauvresse illettrée et le maitre du conducteur de la malle-poste à l’origine de l’accident. Avril propose un arrangement à l’amiable qui lui évitera un procès. : « après plusieurs demandes, offres et propositions, lesdites parties sont demeurées d’accord à la somme de quatre-vingt seize livres pour tous dommages et intérêts ». 96 livres ! la vie d’une enfant de 9 ans estimée à 96 livres ! Quatre ans auparavant, une maison du bourg a été vendue 400 livres. Une livre-poids (soit 500 de nos grammes) de pain de seigle, le pain le moins cher, valait à cette époque à peu près 5 centièmes de livre. Manifestement, Mathurin Avril avait mené les négociations à son avantage !

Et la traversée de Saint-Georges continue à être difficile, périlleuse même, pour les nombreux piétons, qui, si on en croit Pierre Péan maire en 1798, écrit le 18 mai (29 floréal selon le calendrier révolutionnaire)  : «  les accidents répétés qui sont arrivés dans le bourg de Beau Site depuis quelques temps, par l’imprudence des postillons qui conduisent les différentes diligences et la poste et qui affectent d’aller plus grand train  dans la traversée dudit Beau Site que partout ailleurs, soit en allant au trop grand trot ou au galop a décidé l’administration à prendre un arrêté….Malgré cet arrêté….les postillons ont encore affecté ce jour d’aller au galop avec leur voiture et  les citoyens qui étaient dans la rue n’ont dû leur salut qu’en se précipitant dans les maisons dont la porte était ouverte ».

Arrêté municipal ou pas, les dangers de la traversée du bourg persistent. Le préfet a suggéré, dans un courrier du 10 Floréal an 11 de la république, soit du 30 avril 1803, que soit abattu « le bas-côté de cette église, qui par sa situation trop avancée dans la grande route, gêne la voie publique, et encore empêche qu’il soit pris des alignements réguliers pour le passage de la traverse de notre commune ». Le 19 Floréal suivant, soit le 9 mai, le conseil municipal rétorque qu’il « a reconnu l’urgence de la démolition du bas-côté en question, mais il faut…trouver des moyens pour le reconstruire d’un autre côté », et pour cela « il faut faire rentrer des fonds suffisants ». C’est l’éternel problème : comment financer les travaux ?

La réflexion va durer encore quelques années, et c’est le 30 novembre 1824 que sont vendus aux enchères, afin d’être démolis, l’église, les maisons qui y sont accolées, les cloitres de l’abbaye.  La construction d’une nouvelle église (celle qui existe aujourd’hui), ainsi qu’un plan d’alignement, sont mis en œuvre, permettant d’élargir la chaussée, 38 ans après la mort accidentelle d’une petite fille misérable, écrasée contre un mur.

Sources :

Denis Mercier, 1780-1786 Les enfants étaient déjà victimes de la circulation, Revue de HCLM n°47, octobre 2009.

Françoise Capelle, La difficile traversée de Saint Georges, Saint Georges Magazine n°147, été 2017.

manuscrit : acte notarié de pierre oger

L’accord notarié entre Mathurin Avril et la mère d’Anne Lecomte rédigé par Pierre Oger

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Napoléon à Serrant

Napoléon fait une visite éclair au château de Serrant

1808

Le 11 août 1808, une effervescence particulière règne du village jusqu’au château de Serrant. L’empereur Napoléon Ier et sa femme, l’impératrice Joséphine, sont attendus à Saint Georges pour passer la nuit dans une chambre du château, spécialement aménagée pour l’occasion. Les maisons du village sont décorées et couvertes d’inscriptions à la gloire de l’empereur. Près de 8 000 personnes venues des communes voisines se rassemblent. C’est une foule considérable pour le village qui compte alors un peu moins de 2500 habitants. Un arc de triomphe est élevé sur la grande route.

L’empereur est accueilli en musique par un discours du maire de Saint Georges, Charles de Boissard, ancien militaire. Le cortège se rend ensuite au château où l’attendent Antoine Joseph Walsh et sa seconde femme, Louise de Vaudreuil qu’il a épousée en Angleterre, pendant la Révolution. La comtesse est l’une des dames de palais de l’impératrice, durant son exil. C’est elle qui a invité à Serrant l’empereur avec qui elle partage une grande intimité. « Il avait beaucoup de confiance en moi et tous les jours où j’étais à la cour, il causait avec moi. J’étais aussi sa lectrice ; il trouvait que je lisais bien », expliquera-t-elle à Jean-François Bodin, son ami historien, bien des années plus tard.

portrait de louise de vaudreuil

La comtesse Louise de Vaudreuil, confidente de Napoléon

la chambre empire du château de Serrant

La chambre empire du château de Serrant

L’heure est à la fête : les cours du château sont remplies de beau monde, la façade a été illuminée et l’on danse et l’on boit. La châtelaine comme son invité fait cependant une triste mine. Les officiers de l’empereur ont prévenu quelques heures auparavant que Napoléon, retardé à Nantes par une urgence, arriverait tardivement et ne pourrait coucher au château. Il vient en effet d’être averti par son écuyer, Monsieur de Villoutreys, arrivant tout droit d’Espagne, du revers militaire subi par ses armées. Mais à Serrant, il donne le change pour le plaisir de la comtesse. Devant la façade du château, il s’exclame : « Je vois enfin un château en France ; cette architecture me rappelle l’Italie » puis glisse à l’oreille de la comtesse, en italien afin d’éviter les oreilles indiscrètes, les raisons qui le poussent à écourter sa visite. Il quitte Saint Georges quelques minutes plus tard, en direction d’Angers où il sera accueilli aux sons des cloches et des cris de joie, par la garde d’honneur à cheval et le maire de la ville sous un arc de triomphe de 24 mètres de large portant l’inscription « A Napoléon le Grand, pacificateur des départements de l’Ouest, restaurateur de nos cités, de nos hameaux, de nos autels, fondateur généreux de nos établissements agricoles, scientifiques et littéraires ».

Le lendemain matin, le couple impérial décline l’invitation au bal organisé en leur honneur dans la salle de la mairie d’Angers, drapée pour l’occasion de blanc et de rose et décorée de guirlande de verdure et de fleurs. Après une rapide présentation des notables de la ville en présence de Louise de Vaudreuil à qui il demande quelques confidences, l’empereur monte dans sa voiture et prend la route en direction du Saumurois. Sur le chemin, les habitants des campagnes lui font une démonstration de leur joie. Après une halte à Saumur en liesse, le convoi rejoint Tours ce 12 août 1808, un peu avant minuit. Le 15 août, à 8 heures du soir, l’empereur était aux Tuileries.

Sources :

L’Anjou historique, La comtesse de Serrant et l’historien Bodin, Mai 1902, Napoléon 1er à Angers et à Saumur, 1907.

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Travaux des années 70

De grands travaux

1970-1980

vue aérienne du lotissement de la salle dans les années 1970

Vue aérienne du lotissement de la Salle dans les années 1970

destruction de l'ancienne mairie en 1970

Destruction de l’ancienne mairie en 1970

Saint Georges sur Loire va connaître en une décennie un développement sans commune mesure. Suivant la dynamique nationale, la commune qui avait peu évolué depuis le début du XXème, va se moderniser avec la construction de nouveaux équipements nécessaires à son expansion. De village rural en 1970, elle va devenir une petite ville à l’entrée des années 80. En 1970, seules 950 personnes sur les 2001 habitants vivent dans le bourg : ce chiffre va plus que doubler en dix ans. De nombreux emménagements ont lieu. En 1980, la commune affiche 2854 habitants. Les saint-georgeois « de souche » ne représentent plus qu’une moitié de la population. C’est un changement important dans la vie du village.

La commune s’urbanise. L’agriculture a toujours une place importante mais le nombre d’exploitations passe de 110, en 1970, à 93 en 1980. Dans le même temps, le nombre de professionnels et de sociétés augmentent de 48% passant de 81 à 120. La modernisation des techniques agricoles a transformé en profondeur les exploitations qui n’emploient presque plus de main-d’œuvre, là où dix ans plus tôt elles étaient le premier employeur de la commune. Des entreprises industrielles et artisanales ont pris le relais et sont désormais, créatrices d’emplois. Saint Georges sur Loire, chef-lieu de canton, dont la vie économique était principalement liée à l’agriculture, devient un pôle commercial avec notamment son marché. Si la zone industrielle d’Arrouët s’est développée modestement, de nombreux commerces se sont installés : coiffeurs, marchand et réparateur de radio et télévision, photographe, plâtriers, peintres, fleuristes, garagiste, taxi-ambulance, marchand et réparateur de cycles, atelier de sérigraphie, restaurant mais également deux banques. En novembre 1979, le centre commercial ouvre place Jumilly.

L’accès aux soins est facilité avec l’installation d’un dentiste, d’un kinésithérapeute et l’ouverture d’une maison médicale avec trois médecins. Le centre de myopathie « La Forêt » est aussi acté le 14 septembre 1974, la construction commence en 1978.

La construction de logements est importante avec 264 permis de construire délivrés en 10 ans ; à titre de comparaison, il n’y en avait eu que 51 entre 1935 et 1967 et 37 entre 1968 et 1970. Quatre lotissements sont achevés en dix ans. Le lotissement de La Salle est achevé en 1970 avec 12 maisons et l’immeuble collectif de 14 logements, suivi par la construction d’une deuxième tranche de 4 logements en 1973. Le lotissement des Fontaines et ses 58 logements sont livrés entre 1973 et 1978. Enfin, c’est le lotissement de Nisvelle qui sort de terre avec deux tranches de 75 et 69 logements respectivement en 1978 et 1979.

L’arrivée de nouveaux habitants s’accompagne de nouveaux besoins et de nouvelles attentes. La commune entreprend de grands travaux sur les équipements collectifs. En 1970, le téléphone ne comporte que 127 numéros et deux cabines téléphoniques : en 1980, le service a 312 abonnés et 6 autres cabines ont été installés. L’éclairage public est étendu à tout le bourg en 1974 ; avant 1970, seule la rue nationale est éclairée. On installe des feux de signalisation au croisement de la rue de Chalonnes et de la rue Nationale.

De grands travaux sont entrepris : la mairie est déplacée dans l’ancienne abbaye le 13 mars 1970. L’ancien bâtiment, aile nord de l’abbaye datant du XVIIIème est détruit dans la foulée. C’est le début d’un vaste chantier de rénovation de l’abbaye : restauration des caveaux en 1971. L’église fait aussi l’objet de travaux de rénovation en 1978 ainsi que la Perception. Les constructions s’enchaînent. En 1972, c’est l’école Lully et la cantine, en 1973, le collège, en 1976, le centre de secours et le service de Médecine, en 1978, le gymnase (salle Europe), le deuxième terrain de foot et le logement de fonction, en 1979, l’école Maternelle Prévert.

Alors qu’en 1970, l’école publique ne compte que trois classes vétustes avec 76 élèves et 180 collégiens hébergés dans des bâtiments provisoires dans la zone industrielle, ce sont des bâtiments neufs qui accueillent les enfants en 1980. L’école Lully compte cinq classes et 139 élèves, l’école Maternelle Prévert, accueille 85 élèves répartis dans trois classes. Quand au CES Jean Racine, il reçoit 415 collégiens. Les deux écoles privées ont aussi rénové leurs locaux et conservent environ 300 élèves.

La remise en état des routes et des chemins est nécessaire avec l’augmentation du trafic et en particulier celui des poids lourds. La réfection de l’enrobé de la route nationale est réalisée en 1977 et 1978.  Les places sont réaménagées : l’abbaye et Jumilly en 1971, la place du 19 mars 1962 devant le collège. Des parkings sont créés dans le bourg. Les trottoirs sont construits. Les abords de l’étang d’Arrouët et des étangs de la Salle sont aménagés.

Les besoins en eau potable ont considérablement augmenté, le nombre d’abonnés passant de 492 en 1970 à 890 en 1979. Le volume consommé est multiplié par 6. Pour faire face aux besoins, les canalisations ont dû être doublées. La station d’origine est équipée de nouvelles pompes et une nouvelle station est construite. Le réseau d’assainissement est étendu à tout le bourg et une station d’épuration est construite en 1971. L’installation est complétée d’une station de relevage en 1976 et d’une station de lagunage en 1979.

ecole prevert

L’école Jacques Prévert à son ouverture à la fin des années 1970

carrefour central dans les années 1970

Le feu du carrefour central est installé mais l’enrobé n’est pas encore réalisé

college et gymnase

Le collège et la salle de sport dans les années 1970

Durant cette décennie, de nombreuses activités se développent sur la commune : le football et le basket prennent leur essor passant respectivement de 5 à 12 et 4 à 7 équipes entre 1970 et 1980.D’autres disciplines s’ajoutent : le tennis, le judo, le volley-ball, la gymnastique. La natation est pratiquée par les écoliers et le foyer des Jeunes propose du Canoë Kayak. Le club de l’amitié est créé en 1974 et organise les premières sorties. Les associations proposent des rendez-vous culturels : expositions, conférence, concerts dont la venue de l’orchestre des Pays de la Loire dans l’église en 1971 ou encore du groupe breton, Tri Yann, sur les terrains du camping en 1976. L’exposition « La vierge dans l’art angevin », organisée dans la salle capitulaire accueille 5 000 visiteurs ainsi que monsieur le préfet. En août 1976 ; Stani Nitkowski expose dans les caveaux et fait dont d’un chemin de croix à l’église de Saint Georges.

Le conseil municipal mené par son maire, Bernard Guitton, va conduire ces projets au pas de course. Bien sûr, les coûts sont très importants. A titre d’exemple, l’assainissement aura coûté plus de 1 200 000 francs en dix ans. Le budget de fonctionnement de la commune passe de 703 050 francs en 1970 à près de 2 842 000 francs en 1979. Si l’accroissement de la population apporte de nouvelles recettes, elles ne suffisent pas à couvrir les dépenses. L’impôt par habitant qui regroupe taxe d’habitation et taxe foncière, est multiplié par 3 en dix ans. Les recettes des impôts locaux sont ainsi multipliées par quatre entre 1970 et 1979.

impots dans les années 70

En 1980, Bernard Guitton conclut un bulletin municipal qui a été mis en place en 1977. C’est un numéro spécial, dédié à la décennie passée. Voilà les propos empreint de nostalgie de celui qui sera à la tête de la commune pendant plus de vingt ans, de 1967 à 1989 :

« Il y a dix ans encore la Commune était constituée de deux grands familles : celle de la Campagne et celle de la Ville(…) Il s’y substitue maintenant de nouvelles catégories : (…) les commerçants, les artisans, les agriculteurs, les jeunes, les anciens, les sportifs (…) Les uns et les autres, limités dans leurs objectifs ne mènent pas toujours une action convergente (…) L’émulation entre eux, voire même la rivalité (…) amène parfois à faire oublier les limites, les moyens et l’échelle de notre Commune. C’est tout cet ensemble qui par-delà les hommes et les femmes, constitue aujourd’hui notre collectivité. (…) 1970-1980 dix années d’évolution irréversible qui feront que Saint Georges sur Loire ne sera jamais plus comme avant. C’est le fait marquant de cette décennie et c’est en fin de compte le seul. »

Sources :

Bulletin municipal de Saint Georges sur Loire n°12, avril 1980

guitton

Bernard Guitton

Maire de Saint Georges sur Loire de 1967 à 1989

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Les années 70

La modernisation de Saint Georges

1970-1980

vue satellite de saint georges en 1979

Vue satellite de Saint Georges sur Loire en 1979

Le village profite des années 70 pour se moderniser sous l’impulsion de son maire, Bernard Guitton. La population grandit passant de 2000 à 2850 habitants. De nombreux lotissements sont construits.La population jusqu’alors principalement en campagne se concentre dans le bourg. Le village rural se transforme progressivement en petite ville.

Pour accueillir ces nouveaux habitants, de nouveaux équipements collectifs sont ouverts en particulier dans le domaine de l’éducation avec la construction des deux écoles et du collège. La voirie, l’éclairage public, le téléphone et l’assainissement sont déployés dans tout le bourg.

Si le secteur agricole reste très important, l’industrie, le commerce et l’artisanat se développent et deviennent principale source d’emplois.

La rénovation de l’abbaye débute : l’ancien hôtel de ville est détruit, la mairie s’installe dans la maison conventuelle et l’on restaure les caveaux. Les abords de l’étang d’Arrouët sont aménagés.

La vie culturelle et sportive est en pleine expansion : les clubs sportifs se développent, le Gymnase ouvre ses portes et un nouveau terrain de foot est inauguré. De nombreuses expositions et des concerts sont organisés notamment dans les salles rénovées de l’abbaye.

C’est finalement le Saint Georges d’aujourd’hui qui nait lors de cette décennie.

À cette période

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Prix réglementés du pain et de la viande

Le comte de Serrant fixe le prix du pain et de la viande

1766-1780

Dès la moitié du XVIIIe siècle, le prix du pain, basé sur le prix du blé, connaît de fortes hausses, en particulier lorsque les récoltes sont déficitaires. Certaines années, le coût du pain représente 50% du budget des ménages. Les boulangers sont suspectés de profiter de la hausse des prix, ils sont très impopulaires.

Le jeudi 11 décembre 1766, c’est dans cette atmosphère délicate que le comte de Serrant, François Jacques Walsh, prend une ordonnance de police dont l’objet est « de veiller sans cesse au bien-être des citoyens et surtout de concourir par son activité à tout ce qui peut leur rendre la vie agréable en leur procurant en abondance les denrées nécessaires à leur nourriture et au plus juste prix possible ». Assisté des trois boulangers du village, Nicolas Jacques Loyer, Charles Tellier, et Jean Gabloteau, le procureur fiscal a pour objectif de réglementer « la qualité, le poids et marque du pain ». L’ordonnance détaille les pains autorisés : le pain mollet de fine fleur de froment depuis une demi livre jusqu’à douze livres, le pain de méteil ou moitié seigle et froment de trois, six et douze livres et enfin le pain de pur seigle de six et douze livres. Les boulangers sont tenus de marquer leur pain de leurs initiales et d’y apposer une marque pour en signifier le poids sous peine de contravention. L’ordonnance du comte fixe le prix de vente des pains : « le pain mollet à deux sols dix deniers la livre, le pain méteil à un sol sept deniers la livre et le pain de pur seigle à. un sol deux deniers la livre ». Les boulangers s’engagent à vendre et distribuer leur pain sous ces conditions sous peine d’une amende de 1000 livres au profit des pauvres de la paroisse.

evolution du prix du pain et de la viande

Evolution du prix du pain et de la viande à Saint Georges au XVIIIème

gravure d'une boulangerie au XVIIIème

Une boulangerie au XVIIIème

Quelques temps plus tard, une autre ordonnance du procureur fiscal fixe le prix de la viande. « nous avons fixé la livre de viande de boeuf, veau et mouton, que les habitants pourront prendre conjointement ou séparément à cinq sols. La livre de vache, brebis et veau à quatre sols six deniers, le tout bien conditionné. » Le procureur précise qu’il est interdit de mettre dans la balance les os décharnés pour faire du poids !

Les années suivantes, les plaintes des commerçants nous font apparaître un paysage social passionnant à propos des fixations de prix autoritaires. En 1768, les marchands bouchers, Martin et Lamirault, sollicitent une augmentation des prix : un liard (3 deniers) par livre. Ils argumentent : ils vendent à perte, les prix sont plus élevés ailleurs, la qualité de leur viande est supérieure, le prix d’achat des bêtes augmente, etc… Les boulangers font de même, Nicolas-Jacques Loyer, Catherine Toublanc, Charles Tellier, boulangers à Saint-Georges : le prix du froment et du seigle augmente.

10 ans plus tard, le  15 avril 1779, les amendes tombent. A l’audience du tribunal, Pierre Gourdon, marchand boucher, a écopé d’une amende de 10 livres pour avoir vendu sa viande 6 sols la livre au lieu de 5 sols 6 deniers. Il a récidivé et il est condamné à une amende de 50 livres versée pour moitié aux pauvres de la paroisse et pour moitié au sénéchal. A la même audience et sans doute pour des raisons identiques, André Martin, marchand boucher, écope d’une contravention de 50 livres, et comme il manifeste dans le tribunal, une interdiction d’exercer sa profession lui est signifiée ; il a failli être expulsé ! 10 décembre 1780. François Puizot, marchand boulanger écope d’une amende de 20 livres pour avoir vendu son pain au-dessus du prix.

Faut-il rappeler que le 28 fructidor an 4 de la République, soit le 10 Août 1795, 16 ans après sa condamnation, Pierre Gourdon et Jean-Pierre Puny, aubergiste, achetaient la maison conventuelle de l’abbaye, la mairie actuelle, pour la modique somme de 9 000 livres ! Le métier de boucher était probablement lucratif !

Sources :

Denis Mercier, 1766 : le comte de Serrant freine le libéralisme économique, Revue HCLM n°48 de mai 2010, p.13 à 15