Saint Georges Patrimoine

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Serrant durant l’occupation

Le château de Serrant occupé par les officiers allemands

1940-1944

défilé militaire de troupes allemandes au château de serrant durant la deuxième guerre mondiale

Défilé des troupes allemandes durant l’occupation dans la cour du château (ADML)

19 juin 1940, 9h30 au château de Serrant

Le moteur pétaradant d’un side-car vient rompre la quiétude du parc. Le motard contourne le château, fait un arrêt sur la terrasse sud entre le château et l’étang avant de faire demi-tour et de repartir. Depuis la chambre d’apparat de la duchesse dans la tour sud, un homme observe le départ du soldat allemand sans grande surprise. L’avant-veille, Angers a été bombardée par la Luftwaffe. Les régiments allemands sont sur le point d’entrer dans la ville, désertée : la moitié de ses habitants a quitté le centre-ville, franchissant la Loire en direction du sud. Si l’agglomération n’est pas encore occupée, les troupes germaniques l’ont déjà contournée et progressent vers l’ouest. Aussi, la visite-éclair au château était attendue par celui qui y loge depuis déjà plusieurs mois.

La duchesse de la Trémoïlle a quitté depuis longtemps sa propriété pour une autre demeure dans le bordelais. En son absence, le locataire du château se nomme René Rabault. Le jeune angevin de trente ans est un homme de théâtre. Aîné d’une famille de dix enfants, il débute à 13 ans, dans l’atelier de de son père dont les décors de grandes qualités sont appréciés de toutes les troupes de la région. En 1931, Rabault profite de son service militaire à Paris pour voir des pièces de théâtre. En 1938, il décide de vivre sa passion et fonde la compagnie Le Masque au genêt. Cependant, le 2 septembre 1939, la mobilisation générale pour la seconde guerre mondiale met un frein à sa carrière.

Rabault n’est pas longtemps mobilisé. Père de famille nombreuse, il est renvoyé dans son foyer, un mois plus tard. Les autorités préfectorales le nomment alors conservateur au château de Serrant. Au début du conflit, les boiseries de Versailles ont en effet été démontées et placées dans de longues caisses plates. Les trésors du musée de la Marine sont eux aussi, empaquetés. Ce précieux chargement est envoyé par le ministère des Beaux-Arts loin de Paris. Le château de Serrant est réquisitionné : les caisses sont entreposées dans l’antichambre et dans un hangar situé à 600 mètres du château. Chargé de leur surveillance, René Rabault s’installe donc dans le pavillon contigu à cet entrepôt et, en l’absence de la duchesse, devient le seul responsable du château, de l’Orangerie et du hangar qu’il veille à maintenir bien clos.

Quelques heures après la ronde de reconnaissance du motard, la sonnette tinte. Devant la grille fermée du château, un jeune officier allemand attend. « Visite », lance-t-il à Rabault qui doit l’accompagner d’une pièce à l’autre. Une heure après son départ, dans les salons du château, résonnent les sons des bottes allemandes sur les parquets. Rabault, considéré par les officiers comme l’intendant du château, est convoqué par un jeune général qui l’interroge sur la nature des caisses entreposées. On lui demande alors de rassembler ses affaires personnelles et de quitter les lieux.

Rabault parlemente, tente de faire comprendre son rôle alors que les troupes commencent à déménager les caisses vers l’ancien évêché à Angers. Il finit par obtenir d’un officier de la Wehrmacht le rapatriement des caisses dans le hangar du château de Serrant où il va continuer de veiller à leur sécurité durant toute la guerre.

occupation serrant 3

Le général von Manstein au château de Serrant (ADML)

1940 serrant

Soldat allemand à l’entrée du château de Serrant durant l’occupation (L. Abellard)

portrait de rené rabault

René Rabault

C’est le début de quatre années d’occupation du domaine. Le général Erich von Manstein qui dirige la campagne de France y installe son état-major. Le château devient un lieu de repos pour les gradés et les hauts-dignitaires du IIIème Reich. Les officiers profitent de ce cadre remarquable pour organiser des festivités et des réceptions somptueuses.  Fedor von Bock y célèbre sa promotion au rang de Generalfeldmarschall , le 19 juillet 1940, par Adolph Hitler. Walther von Brauchitsch, commandant en chef de l’armée de terre et artisan de la guerre éclair dans l’ouest, l’amiral Karl Dönitz qu’Adolph Hitler désigna comme son successeur à la tête du IIIème Reich dans son testament, le général Fredrich Paulus, chargé du front russe, ou encore le général Albert Kesselring, commandant des forces aériennes puis du front Méditerranéen, séjournent au château.

Dans les cuisines, on peut toujours découvrir, sur les murs, des fresques peintes par des soldats allemands cherchant certainement à occuper leur temps libre. Des soldats logent également dans le logis abbatial, dans le bourg du village. Les hommes y sont moins disciplinés : les dégâts sont importants. Angers est libérée le 10 août 1944 : Saint Georges sur Loire l’est également quelques jours plus tard.

fresque mural au château de serrant réalisée par les soldats allemands durant l'occupation

René Rabault reprend ses activités théâtrales après la guerre. Il monte le Chemin de Croix de Paul Claudel en 1947. Le 9 juin 1950, il crée à la demande du préfet, le festival d’Angers jouant avec sa troupe, Roméo et Juliette de William Shakespeare devant le château de Brissac. Le Festival d’Angers devient en 1975 le célèbre festival d’Anjou. René Rabault quitte la scène pour se consacrer à l’écriture dans les années 1970. Il meurt en 1993 à l’âge de 82 ans.

Sources :

Guy Bonnet, 1940 Batailles sur les ponts de la Loire, éditions de la Nouvelle République, p.173 et 174, 1990

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Adolphe Lair

Adolphe Lair

1834 - 1910

signature adolphe lair

Signature d’Adolphe Lair (ADML)

Adolphe Lair naît à Saint Georges sur Loire le 10 juillet 1834. Son père, Epiphane Lair, y est notaire et d’Adélaïde Lefebvre, d’origine vendéenne. Adolphe est fils unique et réside à la Comterie dans une bâtisse qui date du XVIIème. A l’âge de 11 ans, son père l’envoie au lycée d’Angers mais souhaitant suivre l’éducation de son fils, il déménage son étude à Angers. De 1845 à 1852, Adolphe se distingue dans toutes les matières, prix d’honneur en rhétorique et en philosophie. Le brillant élève noue une amitié avec un jeune professeur, Adolphe Perraud, futur évêque d’Autun et membre de l’Académie Française. Cette relation perdurera toutes leur vie.

En 1852, Adolphe s’inscrit à la Faculté de Droit de Paris. Il y recevra chaque semaine la visite d’Adolphe Perraud. Adolphe Lair est licencié en 1854, il est reçu docteur en 1859 soutenant une thèse sur la réhabilitation des condamnés. Il fait des stages d’avocat au Barreau de Paris et assiste avec un grand intérêt aux procès politiques. Ouvert d’esprit, il poursuit sa formation intellectuelle, suivant des cours de philosophie, de littérature et même de sciences à la Sorbonne et au collège de France. Adolphe Lair étudie pendant dix ans, faisant preuve d’une véritable soif de savoir et profitant de rencontres estimables. Dès son arrivée à Paris, il est accueillie par Jean-Philibert Damiron, philosophe et membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Il s’y nourrit de sa doctrine et de ses leçons. Chez le philosophe, il rencontre Paul François Dubois, un universitaire de haut rang, ancien directeur de l’école normale supérieur, Etienne Vacherot, philosophe et homme politique ou encore, Charles Waddington, philosophe.

Adolphe Lair évolue donc durant dix ans dans cette élite intellectuelle, stimulante et au combien enrichissante. Il songe à devenir professeur à la Faculté de Droit mais il choisit finalement la magistrature. Le jeune avocat est reçu par Delangle, le garde des Sceaux, qui apprécie très vite les qualités de l’homme. En février 1862, Adolphe Lair est nommé substitut du procureur impérial à Cholet, tribunal d’importance qui le rapproche de sa famille. Il quitte avec peine Paris et son groupe d’intellectuels pour se consacrer pleinement à ses nouvelles fonctions avec talent. Son avancement est rapide. En 1865, il devient substitut du procureur impérial à Laval puis en 1867 à Beaugé. En cinq ans, son seul mérite lui permet de franchir tous ces grades.

Le 22 juillet 1867, Adolphe Lair épouse à Angers Louise Talbot, fille d’Eugène Talbot, avocat général reconnu. Le couple s’installe à Beaugé ; un fils, Paul-Eugène, naît ; c’est une existence heureuse. Mais en 1870, la guerre éclate et alors que le second empire s’écroule, des révoltes éclatent dans l’arrondissement de Beaugé. Des fermes, des bois, des châteaux sont mis à feu alors qu’il ne reste que deux gendarmes pour veiller à l’ordre public, suite à la réquisition du 4 septembre. Adolphe Lair, assisté de quelques hommes de bonne volonté, prend les armes et se rend sur le terrain pour maintenir le calme.

Mais le nouveau gouvernement lance une purge dans la magistrature : le procureur général est révoqué. Pour ne pas demeurer sous les ordres de son remplaçant, 18 magistrats du ressort d’Angers donne leur démission. Adolphe Lair en fait partie. Il quitte Beaugé, non sans peine, et rejoint la garde nationale à Angers. A la fin de l’année 1870, Adolphe Lair souffre d’une grave fièvre scarlatine. Il perd subitement sa mère dont il était très proche. Affecté par la situation politique, le contexte de guerre avec la Prusse puis le climat insurrectionnel de la Commune, Adolphe Lair traversent douloureusement ces longs mois. Au mois de juin 1871, le Garde des Sceaux Dufaure le nomme substitut du procureur général près la cour d’Angers aux côtés de Louis Gain, avec qui il va se lier d’une profonde amitié. Les deux hommes sont complémentaires et un travail exemplaire au Parquet. En 1872, nait le second fils du couple Lair, Maurice.

En 1873, Louis Gain devient procureur de la République à Angers. Jean Ernoul, le Garde des Sceaux, propose à Adolphe Lair de devenir son chef de cabinet. C’est pour Adolphe la certitude d’un bel avenir, le retour à Paris qu’il a tant appréciée. Mais son père est gravement malade et Adolphe renonce à ses ambitions pour rester auprès de lui. L’année suivant il refuse pour les mêmes raisons, un poste d’avocat général et demande un siège de Conseiller à la Cour qu’il obtient, pour se fixer en Anjou. Il va occuper se poste durant neuf ans. C’est à cette période qu’il fait construire l’actuel château de la Comterie.

la comterie facade nord

Le château de la Comterie

première page d'un livre d'adolphe lair

La page titre d’un des derniers ouvrages d’Adolphe Lair tiré des papiers de Dubois

Mais la Cour d’Angers déplaît : elle compte en son sein trop de libres volontés et trop d’esprits impartiaux. Sous le couvert d’une réduction de personnel, 16 magistrats sur les 21 sont écartés de leur siège par la loi d’épuration du 30 août 1883. Adolphe Lair n’en fait pas partie mais il donne sa démission en signe de protestation. Il écrit dans ses notes : « Il est à craindre que, désormais, tous les pouvoirs qui se succéderont en France ne s’empressent, à l’envi, de chercher des juges à eux et ne portent, par représailles, de nouveaux coups à l’indépendance des magistrats. Ce jour-là, ce sera fait pour jamais de la justice… »

En 1883, Adolphe Lair a déjà publié de nombreux ouvrages principalement des commentaires des Lois et de la Jurisprudence. Profitant d’une liberté nouvelle, il va se consacrer à l’écriture. Il va rédiger des articles pour la Revue d’Anjou ou pour le Correspondant. A partir de 1898, Adolphe Lair va se consacrer à retracer la période où il résidait à Paris et côtoyait les cercles philosophiques. Il va publier des documents inédits de Dubois et Damiron ainsi que la correspondance de Théodore Jouffroy. Ce travail colossal va l’occuper pendant dix ans.

Adolphe Lair meurt à Angers, le 16 février 1910. L’annonce de son décès suscite un certain émoi dans les cercles littéraires et intellectuels auxquels il contribuait comme l’académie des sciences morales et politiques de Paris. A ses obsèques à Angers, ses amis, ses anciens collègues et la population respectueuse de son travail lui rendent un dernier hommage. Puis son corps est inhumé au cimetière de Saint Georges aux côtés de ses parents. Son fils Maurice, sera maire de Saint Georges de 1922 à 1945. Sa femme Louise, décède en 1932.

Sources :

Georges Belin, Un magistrat : Adolphe Lair, Revue d’Anjou, tome 62, p.162-194 et 271-282, 1911.

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Accidents au XVIIIe

Deux enfants victimes de la circulation

1780 - 1786

acte de deces melanie lannerest

L’acte de décès de Mélanie Lannerest (ADML)

Lundi 12 décembre 1780, vers quatre à cinq heures du soir, un beau cavalier, couvert d’un manteau bleu, dont le collet est galonné en or, monté sur un grand cheval noir, traverse le bourg de Saint-Georges-sur-Loire au grand galop. Il remarque à peine la petite fille qu’il renverse et poursuit son chemin. Mélanie Lanerest n’a que six ans. Elle est la fille d’Alexis Lannerest, cocher de milord Walsh, Antoine Jean Baptiste Walsh, cousin d’Antoine Walsh, comte du château de Serrant, et de Louise Couet. L’enfant blessée est ramenée dans l’auberge son grand-père, Pierre Couet, cabaretier.

Mercredi 14 décembre, huit heures du matin. Maître Bertrand de la Chesnaye, procureur fiscal du Comté de Serrant, accompagné de son greffier Louis-Jérôme Lherbette, frappe à la porte de Pierre Couet, sur la place du marché. Ce grand-père de 75 ans en a gros sur le cœur et est en colère. Sa petite fille est décédée ce matin, vers les cinq heures. Pierre Couet a avisé le procureur fiscal du comté. Ce dernier vient faire le constat et recueillir la plainte du grand-père maternel. Le greffier rédige le procès-verbal : il rappelle combien la traversée du bourg est dangereuse avec des voyageurs étrangers qui font preuve d’une grande imprudence sur leurs chevaux.

Bertrand de la Chesnaye prend deux ordonnances, l’une convoquant deux chirurgiens Jacques Granger et Constant Le Roy pour autopsier le corps de la petite fille et l’autre convoquant trois témoins pour en savoir plus sur l’accident.

A 11 heures du matin, Jean Hiérosme Guyard, notaire, ancien procureur, en l’absence du sénéchal du comté, juge ordinaire, enquête, et son greffier Me Louis-Jérôme Lherbette enregistre les témoignages. Lundi, Mélanie jouait avec d’autres enfants depuis le milieu de l’après-midi quand elle a été renversée. « Grâce » aux soins qui lui sont prodigués – on lui applique des sangsues sensées absorber son mal ! -, elle reprend connaissance durant la journée de mardi. Elle parvient même à se lever dans la soirée mais se plaint d’un grand mal de tête et s’évanouit. Elle est décédée quelques heures plus tard.

Les chirurgiens réalisent l’autopsie. Ils notent les ecchymoses sur le dos et sur le côté droit. L’examen révèle une contusion importante du crâne, avec une fracture ayant entrainée une hémorragie. La cause du décès ne fait aucun doute : la mort est dû au choc responsable de la plaie à la tête.

Le mardi 20 décembre 1780, deux heures, les témoins déposent devant Richard-Philippe de Nugent, avocat au parlement de Bretagne, seul juge ordinaire, civil, criminel, et de police de la juridiction du comté de Serrant. Monique Biteau a 26 ans. Elle est domestique. Elle se trouvait au milieu de la route, non-loin de la place du marché, la semaine passée quand est survenu l’accident. Elle a vu le cavalier pénétrer à grande vitesse sur la place et renverser la petite Mélanie. Elle se souvient avoir entendu crier mais n’a pu identifier le cavalier. On interroge Pierre Potiron, un garçon de 14 ans, domestique des chanoines de l’abbaye. Il faisait partie des enfants qui jouaient avec Mélanie le jour de l’accident. Le cavalier sur son cheval au galop a crié garde avant d’arrivée sur la place mais n’a ni ralenti ni dévié sa route. Enfin, Renée Margotteau est une femme de 30 ans, domestique chez une marchande du bourg. Elle aussi a vu le cavalier passer à bride abattue. Elle pense qu’il est brun. La rumeur dit qu’il s’agit du coché de sieur Michel, négociant à Nantes.

Est-ce de chagrin, que le père de Mélanie, Alexis Lannerest est décédé le 22 août 1781 ? Le grand-père n’a guère survécu. Il est mort le 23 août suivant. Les archives ne nous disent rien sur le résultat de l’enquête, ni sur un éventuel jugement.

voiture de relais postal à cheval et postillon

Voiture de relais postal à cheval et postillon

acte de deces anne lecomte

L’acte de décès d’Anne Lecomte dans les registres paroissiaux (ADML)

plan 1786

Plan de 1786 : la rue principale est très rétrécie au niveau de l’église et provoque de nombreux accidents

Une rue trop étroite, une circulation dense, des conducteurs distraits ou trop sûrs d’eux, une vitesse excessive, et l’accident est inévitable, parfois mortel. C’est de nouveau le cas, six ans plus tard, le 29 mars 1786. Pierre-François Oger, le notaire du comté de Serrant, dans un acte officiel, raconte cet accident qui provoqua la mort d’Anne Le Comte. L’enfant, dit-il, était âgée de « huit ou neuf ans ». A cette époque, la date de naissance n’avait pas une grande importance, et peu de gens connaissaient la leur de manière précise. En réalité, Anne était née le 8 mai 1777, sa naissance enregistrée le lendemain, et avait un frère jumeau, Antoine. Ils étaient les enfants d’un journalier, c’est-à-dire d’un pauvre parmi les pauvres, se louant à la journée à qui avait besoin de lui. Ce père, Louis, était décédé le 17 mars 1783, à 45 ans, dans sa maison du bourg de St Georges « muni des sacrements de l’église ». L’enfant semblait vivre seule avec sa mère, car il n’est jamais question de son jumeau. Peut-être était-il « placé », selon la coutume, dans une famille plus aisée.

Ce 29 mars, elle est sortie mendier, pour assurer, faute d’autres revenus, sa survie et celle de sa mère malade car, en cette année 1786, à la suite de plusieurs mauvaises récoltes le royaume souffre de disette, et la détresse générale sévit. La rue principale, traversant le bourg d’est en ouest, bordée d’échoppes, de cabarets, d’auberges, d’une poste aux chevaux tenue sans doute cette année-là par la famille Avril, est très fréquentée. La poste aux chevaux achemine, à travers la France, les courriers officiels et privés, parfois des voyageurs très pressés aussi vite qu’il se peut, et les Avril constituent une vraie dynastie de maitres de poste, riche et puissante Aujourd’hui encore, on peut voir leur belle maison, juste à côté de l’auberge de la Roche à Saint Jean de Linières. Justement, arrive d’Angers la malle-poste, conduite par le postillon Tabouet. Elle appartient à « Mathurin Avril, maitre de la poste de la Roche au Breuil ». L’attelage trotte vite, trop vite, « les chevaux se conduisant seuls », car Tabouet… est endormi ! Est-il fatigué ? Ivre ? Au niveau de l’église, la rue se rétrécit car l’édifice religieux empiète largement sur la voie. Le passage difficile, doit être soigneusement négocié. Or, le postillon dort ! Apeurée, Anne se colle contre le pignon du cabaret tenu par Pierre Beaumond, mais la « voiture passa si près de la maison que Lad(ite) Le Comte ne pouvant ni avancer ni reculer, le moyeu de la roue se prit par le côté gauche et la faisant tourner de gauche à droite la pressa tellement contre le mur qu’elle tomba à l’instant à terre d’où elle fut relevée par ceux qui étaient présents » L’enfant est ramenée chez sa mère et meurt presqu’aussitôt. Le drame s’est joué en quelques minutes, sous les yeux de passants sans doute horrifiés et impuissants. La petite fille est inhumée dès le lendemain.

Le procureur fiscal, c’est-à-dire l’officier chargé de la justice dans le comté de Serrant, conseille alors à la mère de porter plainte contre le postillon, et le maitre de poste, civilement responsable de son employé, en évoquant « le calvaire » de la fillette, innocente victime de la « négligence » du postillon.

A ce moment s’engagent des tractations entre la mère, pauvresse illettrée et le maitre du conducteur de la malle-poste à l’origine de l’accident. Avril propose un arrangement à l’amiable qui lui évitera un procès. : « après plusieurs demandes, offres et propositions, lesdites parties sont demeurées d’accord à la somme de quatre-vingt seize livres pour tous dommages et intérêts ». 96 livres ! la vie d’une enfant de 9 ans estimée à 96 livres ! Quatre ans auparavant, une maison du bourg a été vendue 400 livres. Une livre-poids (soit 500 de nos grammes) de pain de seigle, le pain le moins cher, valait à cette époque à peu près 5 centièmes de livre. Manifestement, Mathurin Avril avait mené les négociations à son avantage !

Et la traversée de Saint-Georges continue à être difficile, périlleuse même, pour les nombreux piétons, qui, si on en croit Pierre Péan maire en 1798, écrit le 18 mai (29 floréal selon le calendrier révolutionnaire)  : «  les accidents répétés qui sont arrivés dans le bourg de Beau Site depuis quelques temps, par l’imprudence des postillons qui conduisent les différentes diligences et la poste et qui affectent d’aller plus grand train  dans la traversée dudit Beau Site que partout ailleurs, soit en allant au trop grand trot ou au galop a décidé l’administration à prendre un arrêté….Malgré cet arrêté….les postillons ont encore affecté ce jour d’aller au galop avec leur voiture et  les citoyens qui étaient dans la rue n’ont dû leur salut qu’en se précipitant dans les maisons dont la porte était ouverte ».

Arrêté municipal ou pas, les dangers de la traversée du bourg persistent. Le préfet a suggéré, dans un courrier du 10 Floréal an 11 de la république, soit du 30 avril 1803, que soit abattu « le bas-côté de cette église, qui par sa situation trop avancée dans la grande route, gêne la voie publique, et encore empêche qu’il soit pris des alignements réguliers pour le passage de la traverse de notre commune ». Le 19 Floréal suivant, soit le 9 mai, le conseil municipal rétorque qu’il « a reconnu l’urgence de la démolition du bas-côté en question, mais il faut…trouver des moyens pour le reconstruire d’un autre côté », et pour cela « il faut faire rentrer des fonds suffisants ». C’est l’éternel problème : comment financer les travaux ?

La réflexion va durer encore quelques années, et c’est le 30 novembre 1824 que sont vendus aux enchères, afin d’être démolis, l’église, les maisons qui y sont accolées, les cloitres de l’abbaye.  La construction d’une nouvelle église (celle qui existe aujourd’hui), ainsi qu’un plan d’alignement, sont mis en œuvre, permettant d’élargir la chaussée, 38 ans après la mort accidentelle d’une petite fille misérable, écrasée contre un mur.

Sources :

Denis Mercier, 1780-1786 Les enfants étaient déjà victimes de la circulation, Revue de HCLM n°47, octobre 2009.

Françoise Capelle, La difficile traversée de Saint Georges, Saint Georges Magazine n°147, été 2017.

manuscrit : acte notarié de pierre oger

L’accord notarié entre Mathurin Avril et la mère d’Anne Lecomte rédigé par Pierre Oger

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Napoléon à Serrant

Napoléon fait une visite éclair au château de Serrant

1808

Le 11 août 1808, une effervescence particulière règne du village jusqu’au château de Serrant. L’empereur Napoléon Ier et sa femme, l’impératrice Joséphine, sont attendus à Saint Georges pour passer la nuit dans une chambre du château, spécialement aménagée pour l’occasion. Les maisons du village sont décorées et couvertes d’inscriptions à la gloire de l’empereur. Près de 8 000 personnes venues des communes voisines se rassemblent. C’est une foule considérable pour le village qui compte alors un peu moins de 2500 habitants. Un arc de triomphe est élevé sur la grande route.

L’empereur est accueilli en musique par un discours du maire de Saint Georges, Charles de Boissard, ancien militaire. Le cortège se rend ensuite au château où l’attendent Antoine Joseph Walsh et sa seconde femme, Louise de Vaudreuil qu’il a épousée en Angleterre, pendant la Révolution. La comtesse est l’une des dames de palais de l’impératrice, durant son exil. C’est elle qui a invité à Serrant l’empereur avec qui elle partage une grande intimité. « Il avait beaucoup de confiance en moi et tous les jours où j’étais à la cour, il causait avec moi. J’étais aussi sa lectrice ; il trouvait que je lisais bien », expliquera-t-elle à Jean-François Bodin, son ami historien, bien des années plus tard.

portrait de louise de vaudreuil

La comtesse Louise de Vaudreuil, confidente de Napoléon

la chambre empire du château de Serrant

La chambre empire du château de Serrant

L’heure est à la fête : les cours du château sont remplies de beau monde, la façade a été illuminée et l’on danse et l’on boit. La châtelaine comme son invité fait cependant une triste mine. Les officiers de l’empereur ont prévenu quelques heures auparavant que Napoléon, retardé à Nantes par une urgence, arriverait tardivement et ne pourrait coucher au château. Il vient en effet d’être averti par son écuyer, Monsieur de Villoutreys, arrivant tout droit d’Espagne, du revers militaire subi par ses armées. Mais à Serrant, il donne le change pour le plaisir de la comtesse. Devant la façade du château, il s’exclame : « Je vois enfin un château en France ; cette architecture me rappelle l’Italie » puis glisse à l’oreille de la comtesse, en italien afin d’éviter les oreilles indiscrètes, les raisons qui le poussent à écourter sa visite. Il quitte Saint Georges quelques minutes plus tard, en direction d’Angers où il sera accueilli aux sons des cloches et des cris de joie, par la garde d’honneur à cheval et le maire de la ville sous un arc de triomphe de 24 mètres de large portant l’inscription « A Napoléon le Grand, pacificateur des départements de l’Ouest, restaurateur de nos cités, de nos hameaux, de nos autels, fondateur généreux de nos établissements agricoles, scientifiques et littéraires ».

Le lendemain matin, le couple impérial décline l’invitation au bal organisé en leur honneur dans la salle de la mairie d’Angers, drapée pour l’occasion de blanc et de rose et décorée de guirlande de verdure et de fleurs. Après une rapide présentation des notables de la ville en présence de Louise de Vaudreuil à qui il demande quelques confidences, l’empereur monte dans sa voiture et prend la route en direction du Saumurois. Sur le chemin, les habitants des campagnes lui font une démonstration de leur joie. Après une halte à Saumur en liesse, le convoi rejoint Tours ce 12 août 1808, un peu avant minuit. Le 15 août, à 8 heures du soir, l’empereur était aux Tuileries.

Sources :

L’Anjou historique, La comtesse de Serrant et l’historien Bodin, Mai 1902, Napoléon 1er à Angers et à Saumur, 1907.

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Travaux des années 70

De grands travaux

1970-1980

vue aérienne du lotissement de la salle dans les années 1970

Vue aérienne du lotissement de la Salle dans les années 1970

destruction de l'ancienne mairie en 1970

Destruction de l’ancienne mairie en 1970

Saint Georges sur Loire va connaître en une décennie un développement sans commune mesure. Suivant la dynamique nationale, la commune qui avait peu évolué depuis le début du XXème, va se moderniser avec la construction de nouveaux équipements nécessaires à son expansion. De village rural en 1970, elle va devenir une petite ville à l’entrée des années 80. En 1970, seules 950 personnes sur les 2001 habitants vivent dans le bourg : ce chiffre va plus que doubler en dix ans. De nombreux emménagements ont lieu. En 1980, la commune affiche 2854 habitants. Les saint-georgeois « de souche » ne représentent plus qu’une moitié de la population. C’est un changement important dans la vie du village.

La commune s’urbanise. L’agriculture a toujours une place importante mais le nombre d’exploitations passe de 110, en 1970, à 93 en 1980. Dans le même temps, le nombre de professionnels et de sociétés augmentent de 48% passant de 81 à 120. La modernisation des techniques agricoles a transformé en profondeur les exploitations qui n’emploient presque plus de main-d’œuvre, là où dix ans plus tôt elles étaient le premier employeur de la commune. Des entreprises industrielles et artisanales ont pris le relais et sont désormais, créatrices d’emplois. Saint Georges sur Loire, chef-lieu de canton, dont la vie économique était principalement liée à l’agriculture, devient un pôle commercial avec notamment son marché. Si la zone industrielle d’Arrouët s’est développée modestement, de nombreux commerces se sont installés : coiffeurs, marchand et réparateur de radio et télévision, photographe, plâtriers, peintres, fleuristes, garagiste, taxi-ambulance, marchand et réparateur de cycles, atelier de sérigraphie, restaurant mais également deux banques. En novembre 1979, le centre commercial ouvre place Jumilly.

L’accès aux soins est facilité avec l’installation d’un dentiste, d’un kinésithérapeute et l’ouverture d’une maison médicale avec trois médecins. Le centre de myopathie « La Forêt » est aussi acté le 14 septembre 1974, la construction commence en 1978.

La construction de logements est importante avec 264 permis de construire délivrés en 10 ans ; à titre de comparaison, il n’y en avait eu que 51 entre 1935 et 1967 et 37 entre 1968 et 1970. Quatre lotissements sont achevés en dix ans. Le lotissement de La Salle est achevé en 1970 avec 12 maisons et l’immeuble collectif de 14 logements, suivi par la construction d’une deuxième tranche de 4 logements en 1973. Le lotissement des Fontaines et ses 58 logements sont livrés entre 1973 et 1978. Enfin, c’est le lotissement de Nisvelle qui sort de terre avec deux tranches de 75 et 69 logements respectivement en 1978 et 1979.

L’arrivée de nouveaux habitants s’accompagne de nouveaux besoins et de nouvelles attentes. La commune entreprend de grands travaux sur les équipements collectifs. En 1970, le téléphone ne comporte que 127 numéros et deux cabines téléphoniques : en 1980, le service a 312 abonnés et 6 autres cabines ont été installés. L’éclairage public est étendu à tout le bourg en 1974 ; avant 1970, seule la rue nationale est éclairée. On installe des feux de signalisation au croisement de la rue de Chalonnes et de la rue Nationale.

De grands travaux sont entrepris : la mairie est déplacée dans l’ancienne abbaye le 13 mars 1970. L’ancien bâtiment, aile nord de l’abbaye datant du XVIIIème est détruit dans la foulée. C’est le début d’un vaste chantier de rénovation de l’abbaye : restauration des caveaux en 1971. L’église fait aussi l’objet de travaux de rénovation en 1978 ainsi que la Perception. Les constructions s’enchaînent. En 1972, c’est l’école Lully et la cantine, en 1973, le collège, en 1976, le centre de secours et le service de Médecine, en 1978, le gymnase (salle Europe), le deuxième terrain de foot et le logement de fonction, en 1979, l’école Maternelle Prévert.

Alors qu’en 1970, l’école publique ne compte que trois classes vétustes avec 76 élèves et 180 collégiens hébergés dans des bâtiments provisoires dans la zone industrielle, ce sont des bâtiments neufs qui accueillent les enfants en 1980. L’école Lully compte cinq classes et 139 élèves, l’école Maternelle Prévert, accueille 85 élèves répartis dans trois classes. Quand au CES Jean Racine, il reçoit 415 collégiens. Les deux écoles privées ont aussi rénové leurs locaux et conservent environ 300 élèves.

La remise en état des routes et des chemins est nécessaire avec l’augmentation du trafic et en particulier celui des poids lourds. La réfection de l’enrobé de la route nationale est réalisée en 1977 et 1978.  Les places sont réaménagées : l’abbaye et Jumilly en 1971, la place du 19 mars 1962 devant le collège. Des parkings sont créés dans le bourg. Les trottoirs sont construits. Les abords de l’étang d’Arrouët et des étangs de la Salle sont aménagés.

Les besoins en eau potable ont considérablement augmenté, le nombre d’abonnés passant de 492 en 1970 à 890 en 1979. Le volume consommé est multiplié par 6. Pour faire face aux besoins, les canalisations ont dû être doublées. La station d’origine est équipée de nouvelles pompes et une nouvelle station est construite. Le réseau d’assainissement est étendu à tout le bourg et une station d’épuration est construite en 1971. L’installation est complétée d’une station de relevage en 1976 et d’une station de lagunage en 1979.

ecole prevert

L’école Jacques Prévert à son ouverture à la fin des années 1970

carrefour central dans les années 1970

Le feu du carrefour central est installé mais l’enrobé n’est pas encore réalisé

college et gymnase

Le collège et la salle de sport dans les années 1970

Durant cette décennie, de nombreuses activités se développent sur la commune : le football et le basket prennent leur essor passant respectivement de 5 à 12 et 4 à 7 équipes entre 1970 et 1980.D’autres disciplines s’ajoutent : le tennis, le judo, le volley-ball, la gymnastique. La natation est pratiquée par les écoliers et le foyer des Jeunes propose du Canoë Kayak. Le club de l’amitié est créé en 1974 et organise les premières sorties. Les associations proposent des rendez-vous culturels : expositions, conférence, concerts dont la venue de l’orchestre des Pays de la Loire dans l’église en 1971 ou encore du groupe breton, Tri Yann, sur les terrains du camping en 1976. L’exposition « La vierge dans l’art angevin », organisée dans la salle capitulaire accueille 5 000 visiteurs ainsi que monsieur le préfet. En août 1976 ; Stani Nitkowski expose dans les caveaux et fait dont d’un chemin de croix à l’église de Saint Georges.

Le conseil municipal mené par son maire, Bernard Guitton, va conduire ces projets au pas de course. Bien sûr, les coûts sont très importants. A titre d’exemple, l’assainissement aura coûté plus de 1 200 000 francs en dix ans. Le budget de fonctionnement de la commune passe de 703 050 francs en 1970 à près de 2 842 000 francs en 1979. Si l’accroissement de la population apporte de nouvelles recettes, elles ne suffisent pas à couvrir les dépenses. L’impôt par habitant qui regroupe taxe d’habitation et taxe foncière, est multiplié par 3 en dix ans. Les recettes des impôts locaux sont ainsi multipliées par quatre entre 1970 et 1979.

impots dans les années 70

En 1980, Bernard Guitton conclut un bulletin municipal qui a été mis en place en 1977. C’est un numéro spécial, dédié à la décennie passée. Voilà les propos empreint de nostalgie de celui qui sera à la tête de la commune pendant plus de vingt ans, de 1967 à 1989 :

« Il y a dix ans encore la Commune était constituée de deux grands familles : celle de la Campagne et celle de la Ville(…) Il s’y substitue maintenant de nouvelles catégories : (…) les commerçants, les artisans, les agriculteurs, les jeunes, les anciens, les sportifs (…) Les uns et les autres, limités dans leurs objectifs ne mènent pas toujours une action convergente (…) L’émulation entre eux, voire même la rivalité (…) amène parfois à faire oublier les limites, les moyens et l’échelle de notre Commune. C’est tout cet ensemble qui par-delà les hommes et les femmes, constitue aujourd’hui notre collectivité. (…) 1970-1980 dix années d’évolution irréversible qui feront que Saint Georges sur Loire ne sera jamais plus comme avant. C’est le fait marquant de cette décennie et c’est en fin de compte le seul. »

Sources :

Bulletin municipal de Saint Georges sur Loire n°12, avril 1980

guitton

Bernard Guitton

Maire de Saint Georges sur Loire de 1967 à 1989

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Les années 70

La modernisation de Saint Georges

1970-1980

vue satellite de saint georges en 1979

Vue satellite de Saint Georges sur Loire en 1979

Le village profite des années 70 pour se moderniser sous l’impulsion de son maire, Bernard Guitton. La population grandit passant de 2000 à 2850 habitants. De nombreux lotissements sont construits.La population jusqu’alors principalement en campagne se concentre dans le bourg. Le village rural se transforme progressivement en petite ville.

Pour accueillir ces nouveaux habitants, de nouveaux équipements collectifs sont ouverts en particulier dans le domaine de l’éducation avec la construction des deux écoles et du collège. La voirie, l’éclairage public, le téléphone et l’assainissement sont déployés dans tout le bourg.

Si le secteur agricole reste très important, l’industrie, le commerce et l’artisanat se développent et deviennent principale source d’emplois.

La rénovation de l’abbaye débute : l’ancien hôtel de ville est détruit, la mairie s’installe dans la maison conventuelle et l’on restaure les caveaux. Les abords de l’étang d’Arrouët sont aménagés.

La vie culturelle et sportive est en pleine expansion : les clubs sportifs se développent, le Gymnase ouvre ses portes et un nouveau terrain de foot est inauguré. De nombreuses expositions et des concerts sont organisés notamment dans les salles rénovées de l’abbaye.

C’est finalement le Saint Georges d’aujourd’hui qui nait lors de cette décennie.

À cette période

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Prix réglementés du pain et de la viande

Le comte de Serrant fixe le prix du pain et de la viande

1766-1780

Dès la moitié du XVIIIe siècle, le prix du pain, basé sur le prix du blé, connaît de fortes hausses, en particulier lorsque les récoltes sont déficitaires. Certaines années, le coût du pain représente 50% du budget des ménages. Les boulangers sont suspectés de profiter de la hausse des prix, ils sont très impopulaires.

Le jeudi 11 décembre 1766, c’est dans cette atmosphère délicate que le comte de Serrant, François Jacques Walsh, prend une ordonnance de police dont l’objet est « de veiller sans cesse au bien-être des citoyens et surtout de concourir par son activité à tout ce qui peut leur rendre la vie agréable en leur procurant en abondance les denrées nécessaires à leur nourriture et au plus juste prix possible ». Assisté des trois boulangers du village, Nicolas Jacques Loyer, Charles Tellier, et Jean Gabloteau, le procureur fiscal a pour objectif de réglementer « la qualité, le poids et marque du pain ». L’ordonnance détaille les pains autorisés : le pain mollet de fine fleur de froment depuis une demi livre jusqu’à douze livres, le pain de méteil ou moitié seigle et froment de trois, six et douze livres et enfin le pain de pur seigle de six et douze livres. Les boulangers sont tenus de marquer leur pain de leurs initiales et d’y apposer une marque pour en signifier le poids sous peine de contravention. L’ordonnance du comte fixe le prix de vente des pains : « le pain mollet à deux sols dix deniers la livre, le pain méteil à un sol sept deniers la livre et le pain de pur seigle à. un sol deux deniers la livre ». Les boulangers s’engagent à vendre et distribuer leur pain sous ces conditions sous peine d’une amende de 1000 livres au profit des pauvres de la paroisse.

evolution du prix du pain et de la viande

Evolution du prix du pain et de la viande à Saint Georges au XVIIIème

gravure d'une boulangerie au XVIIIème

Une boulangerie au XVIIIème

Quelques temps plus tard, une autre ordonnance du procureur fiscal fixe le prix de la viande. « nous avons fixé la livre de viande de boeuf, veau et mouton, que les habitants pourront prendre conjointement ou séparément à cinq sols. La livre de vache, brebis et veau à quatre sols six deniers, le tout bien conditionné. » Le procureur précise qu’il est interdit de mettre dans la balance les os décharnés pour faire du poids !

Les années suivantes, les plaintes des commerçants nous font apparaître un paysage social passionnant à propos des fixations de prix autoritaires. En 1768, les marchands bouchers, Martin et Lamirault, sollicitent une augmentation des prix : un liard (3 deniers) par livre. Ils argumentent : ils vendent à perte, les prix sont plus élevés ailleurs, la qualité de leur viande est supérieure, le prix d’achat des bêtes augmente, etc… Les boulangers font de même, Nicolas-Jacques Loyer, Catherine Toublanc, Charles Tellier, boulangers à Saint-Georges : le prix du froment et du seigle augmente.

10 ans plus tard, le  15 avril 1779, les amendes tombent. A l’audience du tribunal, Pierre Gourdon, marchand boucher, a écopé d’une amende de 10 livres pour avoir vendu sa viande 6 sols la livre au lieu de 5 sols 6 deniers. Il a récidivé et il est condamné à une amende de 50 livres versée pour moitié aux pauvres de la paroisse et pour moitié au sénéchal. A la même audience et sans doute pour des raisons identiques, André Martin, marchand boucher, écope d’une contravention de 50 livres, et comme il manifeste dans le tribunal, une interdiction d’exercer sa profession lui est signifiée ; il a failli être expulsé ! 10 décembre 1780. François Puizot, marchand boulanger écope d’une amende de 20 livres pour avoir vendu son pain au-dessus du prix.

Faut-il rappeler que le 28 fructidor an 4 de la République, soit le 10 Août 1795, 16 ans après sa condamnation, Pierre Gourdon et Jean-Pierre Puny, aubergiste, achetaient la maison conventuelle de l’abbaye, la mairie actuelle, pour la modique somme de 9 000 livres ! Le métier de boucher était probablement lucratif !

Sources :

Denis Mercier, 1766 : le comte de Serrant freine le libéralisme économique, Revue HCLM n°48 de mai 2010, p.13 à 15

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Drainage de la Bénaudière

Drainage des terres de la Bénaudière

1855-1859

carte postale du début du XXème du château de Joreau

Le château de Joreau près de Gennes, demeure du comte de Jousselin

En 1854, le comte Calixte de Jousselin achète le château de la Bénaudière qui appartenait depuis près de cent ans à la famille Heurtelou. Ce riche propriétaire, né au château de la Touche en 1817 et marié à Constance de Suyrat, chevalier de la Légion d’honneur, réside au château de Joreau près de Gennes. Il va entreprendre de vastes travaux pour faire de la Bénaudière une exploitation agricole moderne. Cette entreprise sera saluée par de nombreuses récompenses et distinction dans les concours agricoles.

Quand le comte acquiert la propriété en novembre 1854, l’exploitation se compose de 33 hectares et 15 ares de terres labourables et de 6 hectares et 32 ares de prés. Situées dans un vallon, les terres argileuses d’une vingtaine de centimètres reposent sur un sous-sol schisteux imperméable si bien que l’eau dévale l’hiver drainant les sols et s’accumulant dans les parties les plus plates durant six mois de l’année. Les récoltes sont faibles, les prés inondés ne produisent que du jonc et le sol est si mou à partir de novembre, qu’il est impossible d’y mettre du bétail.

Le comte de Jousselin imagine de grands travaux avec les conseils de Charles Lebannier, spécialiste du drainage et de l’irrigation à Angers et de Pierre Chollet, son chef des cultures. Les travaux débutent dès le mois de février 1855. Les efforts se concentrent sur les terres hautes et labourables, 28 hectares et 29 ares sillonnés de fossés d’un mètre trente de profondeur, espacés tous les douze mètres. Des rigoles et de nombreux tuyaux sont installés : ils déversent l’eau, presqu’à plein de leur calibre, dans un ruisseau collecteur creusé au centre de la propriété. L’eau recueillie est canalisée vers les prés existants et des parties en pente. Le réseau souterrain permet également une circulation de l’air qui réchauffe le sol et favorise le développement des plantes.

Les résultats sont rapidement visibles : un pré de près de deux hectares qui, en février, était gorgé d’eau, réussit à être labouré et semé en orge moins d’un mois après la mise en place des drains. La production atteint 50 hectolitres malgré une récolte tardive. La luzerne donne également de belles récoltes mais ses racines ont tendance à envahir les tuyaux de drainage : elle est remplacée par du blé en 1857. En juillet 1855, le comte plante des choux dans un champ de plus de 3 hectares dont le sol a été enrichi de fumier d’étable. Malgré un sol un peu trop dur car le labourage n’a pu se faire convenablement en raison des travaux de drainage, la récolte est tout à fait satisfaisante.

Avant les travaux, certains champs sont si humides qu’ils ne donnent plus rien. Le comte décide d’enrichir ces sols avec de l’os en poudre. En 1856, ces terres fournissent la plus belle récolte de blé. Dans un autre pré, le comte répand du guano et sème de l’orge : encore une fois, c’est une belle récolte qui est réalisée. Les terres marécageuses, une fois drainées, deviennent parfaitement sèches, y compris en hiver et on y réalise deux fauchages de foin.

Les travaux et les résultats du comte attirent l’attention des sociétés d’agriculture. L’agriculture est en pleine mutation : les connaissances scientifiques et techniques au service de l’agronomie, avec l’introduction des engrais chimiques et de l’ingénierie, propulsent des exploitations jusqu’alors peu rentables vers des économies plus fécondes. En transformant 40 hectares de marécage en de bonnes terres fertiles, Monsieur de Jousselin a gagné la reconnaissance du fleuron du monde agricole du XIXème.

Quand en 1857, la société agricole d’Angers visite la Bénaudière, les experts découvrent un plateau couvert de trèfles dont l’eau de drainage alimente une prairie permanente où poussent graminées et légumineuses soigneusement choisies. Voisin de ces terres fertiles, le champ d’un autre fermier fait pâle figure : en jachère depuis cinq ans selon les modes de culture traditionnelle, il est couvert de ronces et de parasites et ne sert que de maigre pâture pour les animaux.

Les terrains en pente de la Bénaudière ont été travaillés avec un araire tiré par deux chevaux et conviennent désormais aux cultures sarclées qui ne craignent pas trop la sécheresse. Une autre pente a été nivelée et des carrières comblées pour y réaliser une prairie et un vaste champ de blé. Le vallon, par le passé marécageux et assaini, présente désormais un sol de bonne qualité qui contient beaucoup d’humus et produit des plantes fourragères en quantité.

Les 22 hectares de prairies et de cultures sarclées permettent de nourrir un bétail en plein développement. Les experts de la société d’agriculture s’étonnent de voir des bêtes en telle santé, avec tel embonpoint.  L’élevage compte quatre taureaux de la race Durham, originaire d’Angleterre. Le premier, Clarendon II, a été acquis par le comte de Jousselin, en 1855, pour la somme de 1 540 francs, auprès de M. Bouton-Lévêque de Belle-Poule, un des plus célèbres éleveurs du Maine-et-Loire, qui a introduit la race en France. C’est une bête magnifique de 3 ans, très bon reproducteur, qui fait la fierté de son propriétaire. A ses côtés, ses trois fils sont tout aussi impressionnants. Clarendon III, 15 mois, est déjà vendu pour la somme de 1200 francs. Cupidon, 15 mois, a pour mère Aubépine, descendante de Verax, un célèbre reproducteur de l’élevage du Pin-au-Haras, gagnant de nombreux concours agricoles. César, jeune de 1 mois en pleine santé, promet beaucoup. Douze vaches de la même race suscitent l’admiration des visiteurs tant leurs formes et leurs aptitudes à l’engraissement sont remarquables. Le comte de Jousselin possède également huit vaches bretonnes. Fécondées par les taureaux Durham, elles doivent donner des veaux qui se vendront deux fois plus chers avec des aptitudes au lait, à la graisse et au travail.

Carte postale du château de la bénaudière au début du XXème siècle
Carte postale du château de la Benaudière au début du XXème siècle

Le château de la Bénaudière

etable de la benaudiere 1856

L’étable de la Bénaudière construite en 1856

Pendant toute la saison des herbes, les animaux passent leurs journées au pâturage ; on les rentre pour la nuit dans une vaste étable de 19 mètres de longs sur presque 9 de large. C’est une construction toute récente, réalisée en 1856. Aérée et spacieuse, elle est pensée pour être économique et pratique. Des mangeoires carrelées sont placées dans chaque largeur et deux autres à 7 mètres des premières, entre lesquelles un espace de 3 mètres permet de déposer du fourrage pour la journée. Les mangeoires du milieu ont une cloison de 1m60, percée de 6 ouvertures de 40 cm de diamètres par où les vaches passent la tête pour manger. Cinq box sont aménagés pouvant contenir chacun trois veaux. Le vacher a une chambre dans un bâtiment plus ancien contigu à l’étable. Le sol, pavé en cendre de chaux, est d’un nettoyage facile avec un caniveau en pente pour recueillir, à l’extérieur, les urines dans un vaste réservoir à purin avec les eaux de pluie. Le purin sert alors d’engrais pour les prairies. De larges portes d’un mètre dont les arrêtes ont été arrondies pour ne pas blesser les animaux, sont ajourées d’ouvertures de 10 et 30 cm pour favoriser l’aération. Dans le même but, deux lanterneaux de zinc ont été fixés au faîtage. Les 44 fermes distantes de 40cm soutiennent un toit d’ardoise, favorisant encore la ventilation. Le bâtiment a coûté 2733,44 francs au comte.

Le comte de Jousselin possède également des porcs de race anglaise, des New Leicester, des bêtes remarquables au développement rapide. Un des porcs de l’élevage, abattu à 14 mois, pesait déjà 127 kg. Lors de la visite de 1857, la porcherie est ancienne, l’accès à l’eau compliqué : le bâtiment doit faire l’objet de travaux prochainement. L’exploitation est dotée d’instruments agricoles perfectionnés comme d’une machine à battre dont le manège à cheval fait mouvoir le hache paille et le coupe-racines.

En trois ans, le système de drainage mis en place sur le domaine rend fertiles les 40 hectares de terres ce qui permet de nourrir un élevage relativement important. La Société industrielle et agricole propose alors à la Société impériale et centrale d’agriculture de distinguer le travail du comte de Jousselin. Celui-ci est décoré de la médaille d’or en 1858. Ce ne sont que les premières récompenses d’une longue liste : en 1859, lors de l’exposition régionale installée sur le cours Saint André à Angers, un des taureaux et une génisse reçoivent le second prix tandis qu’une vache est dotée du premier prix. A la mort du comte en 1881, son fils, Marie Paul François de Jousselin montera à la Bénaudière, une écurie de chevaux de courses qui disputeront notamment les rendez-vous hippiques du château de Serrant.

Sources :

Bulletin De la Société industrielle et agricole d’Angers, Volumes 41-44, 1870

C. de Jousselin, Lettre sur divers travaux de drainage exécutés sur le domaine de la Bénaudière, Bulletin de la société industrielle d’Angers, novembre 1856

C. de Jousselin, Note sur la construction d’une étable à la Bénaudière, Bulletin de la société industrielle d’Angers et du département de Maine et Loire, XXVIIème année, 1856

M. Pasquier, Rapport sur les améliorations agricoles de M. Calixte de Jousselin, Mémoire d’agriculture, d’économie rurale et domestique, volumes 103 à 105

F. Jeannin, Rapport au nom d’une commission du comité d’agriculture de la société chargée de visiter le domaine de la Bénaudière et celui de la Vilnière, Bulletin de la société industrielle d’Angers, 1857

Courrier de la Moselle, 10 juillet 1855

etable de la bénaudiere plan 1856

Plan de l’étable construite en 1856

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Julien Heurtelou

Julien Heurtelou

1727-1791

maison rené furet

La maison René furet, situé au 7 rue de l’oisellerie à Angers où résida Julien Heurtelou

Julien Heurtelou est né le 24 janvier 1727. Il est le fils de Jean Heurtelou, commis à la recette des tailles à Angers, et de Jeanne Simon, propriétaire d’une carrière d’ardoise.

Son frère jumeau, François part en 1750 pour Saint Domingue. En 1665, L’angevin Bertrand d’Oregon devenait premier gouverneur au nom du roi de la colonie. Cette nomination va créer un véritable pont entre l’Anjou et l’île Antillaise. Tout un courant d’émigration à destination de l’Amérique se développe le long du réseau de la Loire, affectant les couches sociales les plus diverses. Bien des fortunes angevines investissent dans la fameuse Isle à sucre. De riches négociants de l’île viennent également investir en Anjou comme Antoine Walsh qui vient d’acheter le château de Serrant en 1749 ou encore, Etienne Fortier, armateur nantais qui achète le château de Chevigné en 1761. Mais l’île attire également des petits bourgeois comme François Heurtelou qui espère y faire fortune. Il travaille d’abord comme commis d’une maison de commerce au Petit-Goave, localité d’importance où siège le conseil supérieur de l’île. Si François se plaint des conditions de travail, de son salaire et de son patron, un certain Reverdy, il est charmé par l’exotisme de l’île. « Les chemins sont couverts par les orangers et citronniers ; mille petits ruisseaux serpentent de tous côtés, » écrit-il à son frère resté en France. Reverdy fait miroiter que François prendra la tête de son affaire à sa mort ; en attendant il offre un petit salaire de misère à François qui ronge son frein. Il faut dire que les affaires sont prospères : Reverdy vend des esclaves dans les plantations. François témoigne à son frère dans ses lettres : « Il lui est arrivé, il y a deux mois un navire de 500 Noirs et sous deux mois il en attend un autre. (…) C’est, je t’assure, la meilleure marchandise que l’on puisse apporter à Saint Domingue. Ils se vendent 1400 livres les femmes et 1500 livres les hommes, et même plus quand ils sont beaux et jeunes. » Reverdy cherche à marier le jeune homme à la sœur d’un riche négociant mais François décide de changer d’employeur et le mariage n’a pas lieu.

En 1753, cela fait trois ans et demi que François a quitté la France, il décide de monter sa propre affaire. Mais en 1756 éclate la guerre des sept ans, conflit mondial entre la France alliée à l’Autriche et l’Angleterre alliée à la Prusse qui vont s’affronter en Europe et dans toutes leurs colonies. « Dès que la guerre fut déclarée, je m’imaginai, parce que je l’entendais dire, que c’était un temps favorable à la fortune (…) Je n’ai fait que me ruiner peu à peu sans jamais voir le jour à la moindre entreprise pendant sept ans et demi qu’a duré cette guerre », explique-t-il à son frère.

Ses affaires commerciales au plus bas, ayant perdu la moitié de sa fortune en six mois, François va devenir procureur de plantations, c’est-à-dire administrer des exploitations de l’île pour des propriétaires angevins restés en métropole. Il charge alors Julien, son frère d’accomplir des démarches en son nom à Angers. Julien est devenu, en 1751, trésorier-receveur des octrois et secrétaire de l’hôtel de ville d’Angers, succédant à son grand-père maternel, Simon Simon.  Il habite à Angers, dans la maison René Furet, du nom de son commanditaire au XVIème siècle. Julien va rechercher pour son frère des propriétaires angevins susceptibles d’embaucher son frère à Saint Domingue. En février 1760, il contacte ainsi, à la demande de son frère, la veuve d’un marchand de dentelle, mort sur l’île, pour l’inviter à signer une procuration à l’avantage de François. Six mois plus tard, c’est un raffineur qui décède et Julien doit trouver sa femme à Angers.

Julien se marie avec Anne-Christine Lusson, le 31 janvier 1763 à Angers. Celle-ci est la fille de Georges Lusson, fils de René Lusson, greffier du comté de Serrant, et de Anne Marie Jory, fille d’un marchand et ancien juge d’Angers. Il reçoit le château de la Bénaudière en dot et le couple s’installe à Saint Georges sur Loire.

En 1761, François Heurtelou avait été embauché chez un grand négociant de Léogâne. Quand en 1763, l’un des patrons décède et l’autre retourne en métropole, François s’associe pour reprendre le commerce. Les débuts de la jeune société sont prometteurs : la paix provoque une reprise générale des affaires. La colonie a manqué de tout depuis sept ans et en particulier d’esclaves. « Le premier jour de notre société, il nous arriva un négrier de 495 Noirs dont la vente s’est montée à 580 000 livres. C’est un événement qui nous est de bon augure pour l’avenir », écrit-il à son frère. François Heurtelou va alors connaître une grande réussite sociale et financière. A partir de 1771, il devient l’un des plus importants négociants de Saint Domingue. « Je me vois possesseur de la plus belle maison d’ici, d’une vingtaine de bons domestiques, d’autant de chevaux et de plusieurs milliers d’affaires. »

François Heurtelou ne rentre qu’une fois en France, en 1770, durant 5 mois mais son regard reste tourné vers la métropole. S’il ne regrette rien de la vie angevine, il charge son frère, Julien, de réaliser la bonne affaire immobilière. « Si dans deux ou trois ans, il se présentait quelques terres en Anjou du prix de 150 à 200 000 livres, tu me feras le plaisir de m’en instruire », lui confit-il. François diversifie son activité : en 1772, il achète une cafèterie sur laquelle il a « 105 beaux nègres, 20 mulets de charges, avec plusieurs autres bestiaux » et dont il espère tirer 100 000 livres dès la première année. Mais alors que François développe une fortune considérable, les affaires familiales en Anjou sont très difficiles.

acte de mariage de Julien Heurtelou et Anne Christine Lusson

Acte de mariage deJulien Heurtelou et Anne Christine Lusson (ADML, registre de Saint Pierre d’Angers 1757-1777 p.165)

carte de Saint Domingue en 1789

carte de Saint Domingue en 1789

La sœur de Julien et François, Marguerite est l’épouse de Louis Sartre du Verger. L’homme est à la tête d’un prospère commerce de drap et de soie et d’une entreprise d’exportation d’ardoise. Jeanne Heurtelou, la mère de Julien et François, propriétaire d’une carrière d’ardoise, s’est associée à son gendre. Le 20 mai 1771, Julien annonce à son frère la faillite de Louis Sartre qui touche également sa mère. Louis Sartre, ruiné, sa femme et leurs cinq enfants sont désormais sans ressource : ils envisagent de rejoindre Saint Domingue pour retrouver le frère de Louis. Mais les malheureux ne sont pas les bienvenus à Saint Domingue. François conseille à sa sœur de se retirer à la campagne tout en cessant de s’occuper d’ardoises. Joseph Sartre, le frère de Louis en fait tout autant. Mais acculé par les dettes, – le père de Louis refusant de payer pour son fils et les Heurtelou incapables de couvrir de telles sommes – , Louis quitte la France le 3 novembre 1771, laissant derrière lui femme et enfants pour rejoindre Saint Domingue 54 jours plus tard.

Cette fuite n’est pas sans conséquence sur la famille Heurtelou car les créanciers font pression sur la pauvre Marguerite ainsi que sur Jeanne Heurtelou. Pour aider sa sœur et sa mère, Julien qui est trésorier-receveur de l’octroi de l’hôtel de ville d’Angers prélève dans les fonds publics de sa caisse 25 000 livres. Le détournement est finalement découvert : Julien est renvoyé et il est sommé de rembourser l’argent manquant.

Dans une situation critique, Julien se tourne vers son frère François, devenu par sa réussite, le dernier salut de la famille. Mais François, qui vient d’investir dans la cafèterie plus de 350 000 livres, fait preuve de réticence et tarde à lui envoyer l’argent. Le 12 février 1773, face à cette situation, Julien supplie son frère, dans un véritable appel de détresse : «J’ai un pressant besoin de tes secours (…) Tu me proposes de renvoyer mon compte à 1774. Tous les jours on me demande quand il sera prêt, et il y a plus d’un an qu’on me demande quand il sera prêt.  (…) Dans cette position, il ne me reste donc que toi, cher frère, sur qui je puisse compter. » François ne reste pas insensible à la peine de son frère et lui fait parvenir 40 000 livres. Julien parvient à négocier le remboursement de son dû et fait parvenir une requête pour être réintégré à son poste de trésorier-receveur. La requête est rejetée sans grande surprise.

Louis Sartre a, lui, rejoint Port-au-Prince au début de l’année 1772. Il est accueilli avec une vive amitié par son frère Joseph, marié à la fille d’un conseiller de l’île, qui lui promet de lui trouver du travail. Mais Louis souffre de fièvres pendant de longues semaines et peine à trouver un emploi. Son frère n’a finalement que peu de réseau. Louis, dans un profond désarroi, se retourne alors vers son beau-frère, François qui lui propose un poste de gérant dans sa caféterie. Louis prend donc la tête de la plantation, plein d’optimisme. L’exploitation du café est en plein boom. La plante a été introduite sur l’île en 1725 et d’abord cultivée dans de petites exploitations familiales d’une vingtaine d’esclaves. Après la guerre des sept ans qui a fait chuter les cours du sucre, on voit donc se développer de grandes caféteries dans toute l’île. Des colons fraichement débarqués investissent massivement et font fortune. La caféterie du Coq qui Chante de François Heurtelou va donc profiter de cet élan.

Si François doit investir massivement pour remettre la caféterie sur pied, il bénéficie, du fait de son activité de négociant, d’esclaves en grand nombre. Les espoirs de François sont grands pour cette affaire. Mais les déceptions ne tardent pas à venir. Louis Sartre se révèle un piètre administrateur, incapable de gérer les 150 esclaves du domaine.  Les recettes sont loin de celles escomptés tout comme les récoltes. « La récolte n’est pas si considérable qu’elle devrait l’être parce que je n’ai pas assez de nègres, j’en ai eu beaucoup de malades. J’en ai même perdu cinq. » Les esclaves arrivés depuis peu sur l’île ont en effet du mal à s’habituer aux conditions de vie de la plantation située dans les hauteurs de l’île et au climat plus rude.

Les tensions grandissent entre François Heurtelou et son beau-frère, d’autant que celui-ci émet le souhait de faire venir sa femme Marguerite et ses enfants. François s’y oppose fermement. « Tu peux assurer à ma sœur que du moment qu’elle arrivera, je l’abandonnerai, elle, son mari, et ses enfants » écrit-il à Julien en 1773. Mais sur l’île comme en affaires, la patience est de mise et, l’année suivante, Louis Sartre s’affirme dans son rôle de gérant et la caféterie fait de gros progrès si bien qu’en 1775, la plantation s’agrandit de 40 000 pieds.

En 1776, François Heurtelou devient procureur d’une grande propriété. Il vend la caféterie à Louis Sartre qui semble enfin renouer avec le succès. Mais son beau-frère retire les 120 esclaves qui travaillent dans la plantation. Louis Sartre va donc emprunter de l’argent à son beau-frère pour retrouver de la main-d’œuvre. Malgré cela, il reste confiant et espère rembourser son beau-frère et ses créanciers angevins en quelques années avant de revenir en Anjou. Ses projets ne verront jamais le jour : il tombe malade et meurt le 29 août 1777. François Heurtelou meurt, quatre ans plus tard, à Léogâne. Il lègue à son frère et à sa sœur, 360 000 livres. Mais la liquidation du legs est difficile. La fortune du défunt est constituée principalement de créances contractées par les colons pour des achats d’esclaves. Dans un contexte de guerre, il est difficile de recouvrir ces dettes d’autant que Shéridan, l’exécuteur testamentaire, n’est pas vraiment connu pour son honnêteté et fait traîner les choses. En 1791, à la mort de Julien Heurtelou, la succession fait encore l’objet de contestation.

Le fils de Julien Heurtelou, Julien Georges Jean, né le 26 mai 1765, deviendra officier municipal de novembre 1791 à avril 1795, puis administrateur du district d’Angers jusqu’en juin 1798, à la suite de quoi, il deviendra membre de la commission des hospices et membre du conseil général de 1800 à 1808. Il fait reconstruire le château de la Bénaudière après 1796. Il est élu à la chambre des Députés en 1815 pendant la Restauration. Il décède à la Bénaudière le 30 août 1841. Le château devient la propriété de Charles-Marie Calixte de Jousselin en 1854.

Sources :

Charles Frostin (1970), Entre l’Anjou et Saint Domingue : de l’ardoise au café (1750-1791), Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, Numéro 13-14, Pages 29-63.

Célestin Port, Dictionnaire de Maine et Loire, tome II p 281, 1978.

Revue de l’Anjou, tome 14ème, 1887, page 74

Carte postale du château de la bénaudière au début du XXème siècle

Le château de la Bénaudière à Saint Georges sur Loire fut reconstruit en 1796 par Julien Georges Jean Heurtelou, fils de Julien Heurtelou

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Pierre-Henri Marchand

Pierre-Henri Marchand

1752-1833

signature de pierre henri marchand

Signature de Pierre-Henri Marchand dans le registre de Baracé en 1779 (ADML)

Pierre-Henri naît le 14 avril 1752 à la Flèche. Son père est menuisier. Il devient diacre, au Mans, le 28 mai 1774 puis vicaire de Saint Pierre d’Angers le 6 août 1776.

Sur la recommandation de François-Yves Besnard qui a décliné l’offre,  le seigneur de La Lorie, dont le château était situé à la Chapelle sur Oudon près de Segré, fait de Pierre-Henri Marchand le précepteur de son fils, Charles Auguste Constantin. Mais l’enfant décède, avant ses dix ans, le 15 avril 1778. Pierre-Henri Marchand devient alors curé de Baracé, près de Durtal, le 14 février 1779. Il est toujours dans le village quand éclate la Révolution. Il prête alors serment le 16 janvier 1791 devenant procureur puis officier public tenant les registres. Pierre-Henri Marchand va alors participer activement à la Révolution, faisant preuve d’audace dans ses propositions. Ainsi, le 24 août 1793, par courrier, il recommande au ministre des cultes de légiférer contre le célibat des prêtres. « Le célibat est l’ennemi de la nature, le poison des sociétés, la source de toute corruption. Hâtez-vous de décréter que nul célibataire ne pourra être représentant, fonctionnaire public ni curé », conseille-t-il.

Ses idées et sa ferveur le font prendre de nouvelles responsabilités : le 6 octobre 1793, il devient membre du Directoire du département. Il quitte alors Baracé et s’installe à Angers. Le 8 mars 1794, il renonce même à la foi chrétienne. Cependant, suite à la loi du 21 février 1795 qui rétablit la liberté de culte, il exerce de nouveau le culte constitutionnel à Baracé. Mais le curé reste convaincu par les idées révolutionnaires : il célèbre les cérémonies non plus le dimanche mais au décadi, la semaine révolutionnaire durant désormais 10 jours. Ces positions lui attirent les foudres des plus traditionalistes. Par peur des chouans, il se réfugie à la Flèche en août, où il retrouve le calme, « les chouans n’ayant pas pénétré jusqu’à ces communes ».  Il tient alors plusieurs discours au club Révolutionnaire de la ville.

Il est délégué départemental de Maine et Loire au concile constitutionnel de Paris, du 15 août 1797. Durant cette réunion, 34 évêques et 10 représentants de diocèses dépourvus de pasteurs prêtent « serment de haine à la royauté et à l’anarchie ». Le concile se déroule sans encombre malgré le coup d’état du 18 fructidor, le 4 septembre, au sein du Directoire ; les ecclésiastiques quittent Paris le 15 novembre 1797. A son retour, il est nommé Lecteur par l’Assemblée primaire du canton de Durtal le 21 mars 1798.

Agent zélé et plein d’ardeur, Pierre-Henri Marchand devient un peu trop influent. Il est dénoncé pour avoir, soi-disant, tenu des propos anti-républicains et fanatiques, opposant le Gouvernement et la Religion. Le 24 novembre 1798, il fait parvenir au ministre de la police, une pétition où il récuse les faits qui lui sont reprochés. Il accuse ses dénonciateurs d’être issus du milieu chouan et il rappelle son dévouement à l’administration révolutionnaire. Malgré cet argumentaire, le Directoire exécutif prend un arrêté contre lui le même jour. Il est emprisonné à la Rossignolerie, aujourd’hui le lycée David D’Angers, avant d’être exilé sur l’île de Ré, le 12 janvier 1799. Il est libéré le 10 août 1799 sur l’intervention de Michel-Louis Talot, homme de loi, politique et militaire, député du Maine-et-Loire. Sa liberté retrouvée, le Curé de Baracé publie une pétition où il demande la mise en liberté de quatorze malheureux patriotes détenus avec lui.  Pierre-Henri Marchand rentre dans sa famille mais, dès février 1800, il reprend le culte à Baracé. Il est de nouveau député au concile constitutionnel de Paris de 1801.

eglise de barace

L’ancienne église de Baracé

portrait de Charles montault, évêque d'angers en 1802

Charles Montault, évêque d’Angers en 1802

Le 11 août 1801, le préfet de Maine et Loire adresse au ministre de l’intérieur sa « liste des prêtres qui pouvaient mériter la confiance du gouvernement ». Marchand y figure en bonne place. Il y est décrit comme « curé de bonne mœurs, à la conduite sans reproches ». Le préfet explique qu’il lui a été proposé de devenir évêque constitutionnel. L’abbé Marchand a refusé.

Suite à la signature du concordat entre Napoléon et le Pape Pie VII, en 1801, le culte en France est réorganisé après la période révolutionnaire. Pierre-Henri Marchand finit par se soumettre à Mgr Montault, évêque concordataire d’Angers, ordonné en 1802, non sans l’avertir qu’il ne renonce en rien aux idées de la Révolution. Le 19 juin 1802, il écrit à l’évêque , originaire du Poitou et fraichement arrivé en Anjou, pour le prévenir de l’idéologie réactionnaire de certains prêtres : « Tout est employé pour consommer la défaite de ceux qui ont sauvé la religion et la patrie. On ose soutenir que nos évêques ont donné leur rétractation et accepté une réconciliation humiliante et contraire à leurs principes. (…) Jésus-Christ, abandonné des siens, meurt attaché à la croix par des prêtres. Je périrai, s’il le faut, comme mon Maître, et ma conscience sera mon lit de repos », écrit-il. L’abbé Marchand avait longtemps soutenu l’abbé Bernier, évêque d’Orléans, qui, chargé par Bonaparte de la signature du Concordat, voulait organiser l’Anjou. Mais l’évêque d’Angers s’appuyant sur le ministre des cultes, Portalis, avocat et politique, connu pour être l’un des rédacteurs du code civil de Napoléon en 1804, écarta Bernier

L’abbé Marchand était également proche du général Girardon, commandant du département de Maine et Loire. Ce dernier avait une influence notable sur Portalis. Il fit remonter à Paris que plusieurs curés d’Anjou semaient les germes d’une nouvelle guerre civile dans leur paroisse. L’évêque d’Angers est alors reçu par Napoléon devant qui il soutient que « la paix règne en Anjou, aucun prêtre ne songe à troubler le gouvernement ».

Ces relations avec l’évêque ont certainement nuit à Pierre-Henri Marchand. En 1802, une notice sur les prêtres non-rétractés dit de lui : »Il eut été à désirer que Monsieur l’évêque l’eut fait vicaire général ». C’est grâce à l’intervention de Portalis que Marchand devient curé de Saint Georges sur Loire en décembre 1802, après s’être soumis au concordat.

Le 6 avril 1807, l’abbé Marchand prévient Portalis, devenu ministre des cultes, qu’il va démissionner « car sa santé s’altère de plus en plus ». En juin 1808, il assiste à la visite de Napoléon au château de Serrant et à la fête offerte par Louise de Vaudreuil en l’honneur de l’Empereur. Il est nommé par l’évêque, curé desservant de Baracé, le 21 décembre 1808. Puis il retourne à Saint Georges le 1er juillet 1810 où un autre curé Julien François Martin est en fonction depuis février 1809. Le 17 février 1812, il devient curé desservant de Saint Léger des Bois.

Il se retire à la Flèche le 1er juillet 1819. Il décède dans sa maison, rue de l’Hôtel de Ville, le 6 janvier 1833.

Sources : Célestin Port, Perin du Rouvray, L’Anjou Historique tome 44, André Joubert (Une famille de grands prévôts d’Anjou), J.Dumont (Vie de Monseigneur Charles Montault Desilles)