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Parc de Serrant

Histoire du parc du château de Serrant

façade sud du château de serrant par gaignères en 1695

Façade sud du château de Serrant par François Roger de Gaignières en 1695 (BNF)

Au XIVè siècle, le domaine de Serrant appartient à la famille de Brie. Ponthus de Brie, chambellan de Louis XI obtient l’autorisation du Roi de fortifier la demeure. Il entoure le château de douves.  Son fils, Péan de brie entreprend l’édification d’un nouveau château à partir de 1539 sous la conduite de Jean Delespine, célèbre architecte angevin. Les travaux sont poursuivis par ses fils Madelon et Charles. Mais la construction n’est pas achevée.

Le château passe dans les mains de plusieurs propriétaires jusqu’à ce que Guillaume de Bautru, poète et diplomate de Richelieu, l’acquiert en 1636.En 1640, la construction du château est reprise et augmentée. A la fin du XVIIè siècle, on accède au château par une cour située sur le côté et donnant sur la façade Nord. La façade Sud s’ouvre sur quatre parterres de broderies implantés autour d’un bassin sur un jardin en île. Le parc est entouré de murs et de douves, vestiges des fortifications passées.

Après la mort de Nicolas Bautru, marquis de Vaubrun à la bataille d’Altenheim en 1675, son épouse Marguerite Bautru fait appel à Jules Hardouin Mansart pour édifier une chapelle à sa mémoire.  Elle est achevée en 1706 et fait pendant à une aile édifiée en symétrie. Deux pavillons d’angle cadrant la cour d’honneur sont construits ainsi qu’un nouveau porche et une grille d’honneur dans l’axe du château, soulignant la symétrie et la magnificence de l’architecture. Pour souligner la perspective, on aménage un découvert et une allée dans le bois au nord-ouest du château.

dessin de la façade nord du château de serrant en 1695

Façade Nord du château de Serrant par François Roger de Gaignières (BNF)

En 1749, Madeleine Diane de Vaubrun, duchesse d’Estrée, vend le domaine de Serrant à Antoine Walsh qui l’offre à son frère, François Jacques Walsh. Issu d’une famille irlandaise réfugiée en France suite à la révolution britannique de 1688, François Jacques reçoit le titre de comte de Serrant. Il fait construire à l’ouest du château, l’orangerie en 1771, bordée d’un plan d’eau et de parcelles potagères. Au sud-est du château des parterres et des allées d’arbres sont plantés.

plan du parc de serrant en 1762

Plan du projet de route passant devant le château de Serrant en 1762

dessin du chateau de serrant au XIXème siècle par Louise de Vaudreuil

Gravure de la façade nord du château de Serrant par Louise de Vaudreuil au début du XIXème siècle

Antoine Joseph Walsh hérite du château. Il s’exile durant la Révolution. Le château échappe aux dégradations et aux nationalisations du fait de l’origine irlandaise de son propriétaire. A son retour, en 1802, il retrouve le château. Sa nouvelle femme, Louise de Vaudreuil devient dame de palais à la cour de l’impératrice Joséphine. Le 11 août 1808, Napoléon séjourne quelques heures au château. Théobald Walsh hérite du château en 1817. Son mariage avec Sophie Legrand lui apporte une fortune considérable qui va permettre la restauration du château et des aménagements plus naturalistes du parc.

En 1820, le plan du parc montre clairement un premier tracé paysager. La pièce d’eau et l’avant cour sont encore composées de tracés réguliers. Les potagers sont toujours visibles à l’ouest du château. En revanche, les boisements ont été creusés de percées. La promenade glisse toute en sinuosité entre couverts et découverts. L’ancien carré en île attenant à la façade sud a été recomposé à l’anglaise et rattaché à la terre ferme à l’est. Un bosquet dont la lisière est courbe prend place dans l’ancienne perspective sud-est.

plan du parc du château de serrant en 1820

Plan du parc du château de Serrant en 1820

En 1822, Blordier-Langlois est chargé d’agrandir le parc, depuis la ferme du domaine jusqu’à la grande route et englobant l’étang de la Brelaudière situé à l’est du château. Le contour de l’étang est redessiné pour lui donner une forme plus sinueuse. On établit en son milieu une île « pour rompre la monotonie ». On construit des pavillons. De longues percées sont mise en place par le jardinier Bellanger et le paysagiste parisien Chatelain, architecte ayant transformé le parc de Thoiry. Le château conserve ses douves et son pont-levis, souvenirs de son passé féodal. Avec ses 300 arpents, le parc de Serrant devient un modèle de jardin anglais dont le joyau est l’orangerie.

Sur le tracé cadastral de 1835, on constate que le tracé paysager a été étendu à l’avant cour et vers l’est. On retrouve la majorité des bosquets et des tracés encore visibles aujourd’hui. Les communs ont été agrandis et forme désormais une cour carrée avec l’orangerie.

A cette période, le déplacement du potager est commandité au paysagiste André Leroy. Le nouvel emplacement, loin du château, se situe au sud-ouest du parc le long de la route allant de Saint Georges au château de Chevigné, au lieu-dit de la Noguette. A la mort de Sophie Legrand en 1872, c’est Valentine Walsh, sa belle-sœur, qui hérite du château. Elle a épousé en 1830 Charles Bretagne, duc de la Trémoïlle.

gravure du parc du château de serrant au 19ème siècle

Le parc du château de Serrant au XIXème

cadastre napoléonien du château de serrant

Le château de Serrant et son parc sur le cadastre de 1835 (ADML)

carte de 1840

Plan du parc du château de Serrant en 1820

l'escalier extérieur au desssus des douves du château de serrant au début du 20ème siècle

L’escalier au dessus des douves au début du XXème (aujourd’hui disparu)

Louis Charles de la Trémoïlle, fils de Valentine Walsh et de Charles Bretagne, hérite du château. Marié à la fortunée Marguerite Duchâtel, il va réaliser de grands travaux à la fin du XIXème siècle. Il fait appel à Lucien Magne, architecte des monuments historiques à partir des années 1870. Les lucarnes et chapiteaux sont restaurés ainsi que les dômes, une balustrade est ajoutée et on appose au-dessus de l’entrée principale le blason des La Trémoïlle. De grands travaux de modernisation sont aussi entrepris dans les intérieurs.

En matière d’aménagement paysager, l’art des jardins dit « à la Française » a gagné la mode répandant à nouveau le gout des structures formelles.  Après 1894, Lucien Magne propose le remaniement des abords sud du château vers l’étang sur un dessin géométrique. Le parterre donnant sur l’étang est nivelé et en partie redessiné.  Une balustrade le sépare désormais du jardin paysager et de l’étang. Pour rejoindre ce jardin, l’architecte conçoit un monumental escalier enjambant les douves depuis le premier étage.

parterre du château de serrant au début du 20ème siècle

Le parterre aménagé au sud du château au début du XXème

Trois serres génèrent l’admiration devant des végétaux exotiques. Lors d’une visite de la société d’horticulture d’Angers, on mentionne la production de près de 100 000 plants pour décorer le parc. A l’orangerie, on découvre les rosiers, coleus, bégonias, hortensias bleus et les chrysanthèmes qui valurent au jardinier chef Robineau une médaille de bronze en 1898. Après les parterres de l’étang, Lucien Magne propose des projets plus ou moins ornés pour les parterres de l’avant cour. L’allée qui rattache le château à la route va ainsi être bordé de quatre parterres symétriques.

Dans les années 1970, les quatre parterres de l’avant cour sont réduits au nombre de deux et leur composition est simplifiée pour des raisons d’entretien. Une dizaine d’années plus tard, les carrés jardinés de l’orangerie sont aussi abandonnés. Propriétaires depuis 2005, le Prince et la Princesse de Mérode s’attachent aujourd’hui à préserver ces lieux largement ouverts au public. Des replantations d’arbres ou de bosquets ont été effectuées pour perpétuer les grands tracés du parc. Des élagages permettent de préserver ces tracés qui ont tendance à se refermer. Un entretien important qui permet de rendre hommage à la somme de travaux menés par des générations successives.

SOURCES : Notice historique sur le parc du château de Serrant à Saint Georges sur Loire

Dessin du projet d'aménagement de l'avant cour du chateau de serrant par lucien magne en 1901

Projet d’aménagement de l’avant cour par Lucien Magne en 1901

photographie aérienne du château de serrant en 1949

Vue satellite du château et de son parc en 1949

vue aerienne du chateau et de son parc aujourd'hui

Le château de Serrant et son parc aujou’dhui

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portraits

Jean Delespine

Jean Delespine

1505-1576

Portrait de Jean Delespine

Portrait de Jean Delespine (Musées d’Angers)

On connaît l’arbre au fruit, l’ouvrier à l’ouvrage

Les tiens portent assez, Lespine, témoignage

De l’excellent esprit dont Dieu t’a pourvu,

Quand parmi les plus grands en crédit on t’a vu,

Pour très bien dessiner et palais et châteaux,

Donner pour ornement colonnes et chapiteaux,

Et tout œuvre qui vient de l’art d’architecture,

Garder de près les lois de l’antique structure.

Ces vers étaient gravés dans une plaque de cuivre sur le tombeau de Jean Delespine dans l’église du couvent des Carmes à Angers. Le maître-maçon reposait à quelque pas de sa propriété de la rue Beaurepaire. L’épitaphe témoigne de l’admiration pour celui qui fut le flambeau de la Renaissance en Anjou. On doit au génie de Jean Delespine des monuments magnifiques, ancrés dans l’identité de l’Anjou.

Jean Delespine ou Jehan de Lespine naît à Angers en 1505 dans un logis de la rue des Fille-Dieu. On ne sait rien de sa famille ni de sa formation. Il est cependant plus que probable, qu’il ait suivi un apprentissage corporatif, une formation professionnelle et artistique ordinaire au XVIème siècle. À ses débuts, il est l’élève de Jean Mariau, architecte de la ville d’Angers.

La première œuvre connue de Jean Delespine est la chapelle Saint-Anne dans l’église du vieux Baugé dont la construction lui est confié en 1532. Cette même année, un violent incendie ravage la cathédrale Saint Maurice d’Angers. Le Chapitre charge Jean Delespine, jeune architecte de 27 ans, d’estimer les dégâts et de réaliser un devis pour faire les réparations. Les travaux sont conséquents : il faut refaire la voûte et l’arc au-dessous du clocher, renforcer les deux clochers de la façade, reconstruire la flèche nord et restaurer les galeries. Jean Delespine estime le montant des travaux à 32 000 livres. Quatre autres devis sont réalisés par des maîtres-maçons de renom et un autre par le charpentier de Tours. On suppose que la proposition de Jean Delespine était plus intéressante car il signe le marché le 12 juin 1934. Les travaux de réfections durent cinq ans : Jean Delespine qui s’est lui-même charger de payer les ouvriers n’a dépensé que 15 000 livres pour un résultat remarquable.

Le 19 juin 1935, Jean Delespine succède à son maître Jean Mariau, comme « commissaire des œuvres et réparation d’Angers », un poste qu’il occupera jusqu’en 1571. Il réalise de nombreux travaux pour la ville : réfection de la fontaine du Pié-Boulet en 1536, de moulins et de ponts. Dans le cadre de ses fonctions, Jean Delespine entre en contact avec le contrôleur des Bâtiments de France, Philibert Delorme, grand Architecte des Tuileries.

Jean Delespine lancer de nombreux chantier : reconstruction du cloître de l’hôpital Saint Jean d’Angers, le clocher de l’église de la Trinité à Angers (1540), le portail de l’Hôtel de Ville (1541). Il est également chargé par la ville d’Angers de travaux de décoration des rues et des édifices publics pour la venue du roi Henri II en 1551 et pour l’entrée de Charles IX en novembre 1565. En 1556, Jean Delespine construit le Port Ayrault, en 1558, l’auditoire et la grande salle du Présidial et en 1562, la Porte Toussaint et la tour Guillon.

Jean Delespine va également travailler sur de nombreux autres projets, répondant à des commandes de religieux ou de seigneurs. C’est ainsi qu’il va réaliser son chef d’œuvre : l’hôtel Pincé d’Angers. Jehan de Pincé avait réalisé ce logis aux environs de 1530. C’est alors qu’il décide d’agrandir sa demeure qu’il va recruter Jean Delespine. Les travaux débutent vers 1535 et se terminent vraisemblablement en 1541. Cet ouvrage admirable d’une grande élégance permet, encore aujourd’hui, d’admirer le talent et l’originalité de Jean Delespine.

En 1552, Jean Delespine réalise le tombeau de Guy III d’Espinay dans l’église de Champeaux en Ile et Vilaine, témoin de ses talents de sculpteurs.

Le maître-maçon est très demandé : on le demande pour agrandir et embellir les châteaux de l’Anjou et des environs. Il dirige les travaux à Ancenis, la flèche, Valençay, offrant des fleurons de la Renaissance.

En 1539, Péan de Brie, seigneur de Serrant, dépêche l’architecte angevin Jean Delespine pour construire un corps de logis bâti autour d’un escalier à double volée contrariée. Les travaux seront poursuivis à la mort de Péan par son fils ainé, Madelon puis par son frère Charles. A la mort de ce dernier, en 1593, les travaux ne sont toujours pas achevés et la famille est ruinée.

En 1571, jean Delespine demande à être relevé de ses fonctions auprès de la ville d’Angers. Il meurt en 1576 à Angers. Son corps repose dans l’église du couvent des Carmes.

Tu as élaboré temples et sépultures,

Logis des ossements des nobles créatures ; (…)

De ton nom la mémoire autant continuera

Que ce monde mortel ici-bas durera.

Escalier du château de Serrant réalisé par Jean Delespine

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portraits

Eugène-Joseph Daviers

Eugène-Joseph Daviers

1815-1871

photographie du docteur daviers

Portrait du docteur Daviers

article de journal sur le docteur daviers

En 1863, le docteur Daviers prouve la culpabilité d’un mari (Le petit Journal 27/12/1863)

Eugène Joseph Daviers est né le 13 septembre 1815 à Jallais. Il est le fils de Julien Daviers, chirurgien et d’Eugénie Renou, fille de Jean Renou, maire de Saint Georges en 1800 et chirurgien également . Après une scolarité à Beaupréau, il s’engage dans les pas de son père en suivant des études de médecine. Il devient interne à l’Hôtel Dieu d’Angers. Le 16 août 1839, il soutient une thèse sur la bronchite capillaire, l’excision du col de l’utérus, l’évolution du fœtus et les préparations à base de soufre de Paris. A l’époque, la thèse ne porte pas sur un sujet choisi par l’étudiant mais sur une série de questions soumis par le jury. Il devient docteur en Médecine de l’Université. L’étudiant fait déjà preuve d’un véritable instinct chirurgical : dans son travail universitaire, Daviers envisage ainsi l’ablation partielle ou totale de l’utérus notamment en cas de cancer, une opération qui ne sera réalisée que plusieurs dizaines d’années plus tard.

Il s’installe à Angers où il est nommé chef de travaux anatomiques à l’Ecole de Médecine.  Dès 1940, il enseigne l’anatomie mais également la chimie et la clinique chirurgical. Reconnu pour son talent d’exposition et ses connaissances, il est nommé suppléant d’anatomie en 1847 et professeur de chimie et de pharmacie en 1849. En 1855, il est nommé chirurgien en chef de l’Hôtel Dieu d’Angers puis directeur de l’école de médecine d’Angers en 1865. Sous sa direction, de nombreux bâtiments sont construits ou agrandis.

En 1863, Eugène Joseph Daviers est le premier chirurgien à pratiquer avec succès une ovariotomie en France. Dans un article de 1907, paru dans le Petit Courrier, le docteur Leblois témoigne : « L’opération fut pratiquée à Châteauneuf-sur-Sarthe, au domicile de la malade, dans l’unique pièce du logement servant de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher. » C’est un véritable événement auquel assistent des médecins de renom dont les docteurs Nélaton et Denonvilliers, professeurs parisiens, venus tout spécialement de la capitale pour rencontrer le talentueux chirurgien angevin.

Eugène-Joseph Daviers va être influent dans de nombreux domaines. Ainsi, en 1843, tout jeune médecin, il présente un rapport sur l’opération de la cornée de la cataracte lors d’une réunion de chirurgiens à l’Hôtel Dieu. Il préconise l’utilisation d’instruments pour immobiliser le globe oculaire contre l’avis de ses collègues qui utilise leur doigt, estimant que le matériel est inadapté. Daviers n’est pas satisfait de cette position : cette méthode provoque trop souvent des complications, il ne renonce pas et cherche à améliorer la méthode. En 1868, messieurs Robert et Colin présente devant l’Académie de Médecine une nouvelle pince oculaire qu’ils ont fabriquée sur les indications de Daviers et qui répond aux exigences de l’opération.

Daviers va également s’illustrer dans la médecine légale, fréquemment appelé à témoigner comme expert tant de l’anatomie que de la chimie.

Parallèlement à sa carrière médicale, Eugène-Joseph Daviers s’engage en politique. Défenseur des valeurs bonapartistes, il fait partie de l’opposition aux élections municipales d’Angers de 1852 et est finalement élu conseiller municipal en 1865 puis en 1870.

En 1867, il succède au docteur Mirault à la chaire de clinique chirurgicale.

Il est décoré de la Légion d’Honneur par Napoléon III, le 14 août 1868.

Eugène Joseph Daviers meurt d’un cancer de l’estomac le 23 février 1871. Lors de son enterrement civil, la foule se rassemble en masse pour lui rendre hommage. Jacques Ambroise Monprofit, qui suivra ses pas à la fin du XIXème, témoigne dans un article du Petit Courrier de 1907 : « J’étais alors écolier au Lycée David d’Angers et je me souviens du bruit que fit sa mort et de son enterrement suivi par une foule énorme. » Si le futur docteur Monprofit fut touché par ce décès, c’est également que la commune de Saint Georges sur Loire le liait particulièrement à Daviers. « Daviers avait sa maison de campagne à Eculard près de Saint Georges sur Loire où j’ai été élevé et bien souvent, le nom du grand chirurgien angevin a frappé mes oreilles d’Enfant », témoigne encore Monprofit, fils de Louis Monprofit d’un maire de saint-georgeois. On comprend d’autant mieux l’émotion du docteur Monprofit à évoquer Daviers quand on sait qu’il prendra en charge le service de ce dernier à l’Hôtel Dieu d’Angers.

Eugène Joseph Daviers laissera le souvenir d’un homme charitable. Il fonda ainsi un lit perpétuel pour la commune de Saint Georges. Il était également reconnu pour sa droiture et ses engagements. Le Conseil Municipal de la ville d’Angers décida par la délibération du 28 mars 1881 de donner son nom au boulevard de l’hôpital en son honneur. La commune de Jallais donne également son nom à la rue dans laquelle il a vu le jour.

La veuve du docteur Daviers, Emilie Marie Moreau décèdera en 1900 dans sa propriété d’Eculard.

Sources : Wikipédia, Célestin Port (Dictionnaire de Maine et Loire), Jacques Ambroise Monprofit (La Chaire de Clinique Chirurgicale, Petit Courrier du 22/12/1907)

Tombe du docteur Daviers

Tombe de la famille Daviers dans le cimetière de l’Est d’Angers (Archives municipales d’Angers)

Faire-part de décès du docteur Daviers

Faire-part du décès du docteur Daviers

acte de décès de marie moreau

Acte de décès de Marie Moreau, veuve Daviers (ADML)

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Antoine Panay de Champotier

Antoine Panay de Champotier

1741-1794

Signature d'Antoine Panay de Champotier

La signature d’Antoine Panay de Champotier(ADML)

acte de mariage d'antoine panay de champotier

Acte de mariage d’Antoine Panay de Champotier et de Marie Perrine Bréchet (ADML)

Antoine Panay de Champotier est né dans l’Allier à Saint-Margerand-de-Brout le 30 avril 1741. Il est le fils de Claude Panay, seigneur de Champotier et de Marie-Anne Robert de Chambaraude.

Il s’engage dans une carrière religieuse. Il fait vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, le 27 décembre 1759 à l’abbaye-mère Saint Geneviève de Paris, aujourd’hui le lycée Henri IV. Il poursuit ses études théologiques conduisant au sacerdoce. Il devient prieur-curé de Sougères-en-Puisaye, près d’Auxerre, en 1774 puis prieur de la petite communauté de Saint-Lô-la-Ville, dans la Manche en 1775.

Antoine Panay est nommé Prieur curé de l’abbaye et curé de Saint-Georges sur Loire en septembre 1777 après avoir été viaire à Villemoisan. C’est lui qui préside la sépulture de François Jacques Walsh, comte de Serrant, le 23 août 1782, entouré de « 40 curés et vicaires ». Il s’occupe également des bénéfices de l’abbaye Toussait d’Angers tenue elle aussi par les Génovéfains.

Il laisse sa place de prieur à l’abbaye à Augustin Gournay et devient curé de Saint-Augustin-des-Bois en 1784 succédant à Laurent Berthelot, décédé le 11 février 1784. Il fait reconstruire le prieuré-presbytère qui existe toujours : c’est aujourd’hui la maison des associations de Saint augustin des Bois.

A la Révolution, les ecclésiastiques doivent prêter serment de fidélité à la Nation, au Roi et à la Constitution, allant à l’encontre de leurs vœux d’obéissance à Dieu. Les cinq chanoines restés à l’abbaye prêtent tous serment. Sur les quatre curés rattachés à l’abbaye, deux deviennent assermentés : le curé Gournay et Antoine Panay de Champotier qui peuvent donc rester en fonction.

Contrairement à d’autres religieux qui prêtèrent serment par opportunisme pour conserver leur paroisse, Antoine Panay semble embrasser les idées de la Révolution comme de nombreux Génovéfains qui recrutaient largement dans la bourgeoisie sensible aux idées des Lumières. Ainsi, le 13 juillet 1790, il abandonne Champotier et signe Panay tout court. Il devient maire de la commune, durant une année puis officier public, prenant en charge les actes d’état civil.

Les biens du clergé sont nationalisés et vendus. Antoine Panay achète le prieuré de Saint Augustin des Bois le 17 mai 1791. Considéré comme l’un des plus vastes et agréables de l’époque, le presbytère était entouré de bois, de verger et de jardins. A partir du 27 novembre 1792, il signe Antoine Panay, officier municipal. Ayant renoncé à son sacerdoce, âgé de 52 ans, Antoine Panay se marie le 26 novembre 1793, avec Marie Perrine Bréchet, ouvrière âgée de 18 ans. Ce mariage provoqua un scandale qui perdura bien après sa mort. Dans une chronique, l’abbé Florent Pithon, curé de Saint Augustin de 1931 à 1971, écrira de lui qu’il était « un prêtre schismatique qui, mariée à une jeune fille de 18 ans, avait encore augmenté sa culpabilité en achetant à vil prix tous les biens constituants la mense curiale ».

Mais, le 8 prairial de l’an II du calendrier révolutionnaire, c’est-à-dire le 26 mai 1794, en revenant d’Angers, il est assassiné de plusieurs coups de fusil dans le corps et de coups de sabre sur la tête sur le chemin qui conduit à la forêt noire. C’est Jean-Baptiste Sortant, juge de paix du canton de Beausite, comme a été renommée la commune de Saint Georges qui établit avec les gendarmes le procès-verbal.  Il n’est pas la seule victime : on découvre également le corps de René Audouin, son beau-frère et également officier public de Saint Augustin, mort « d’un coup de fusil dans l’épaule droite qui lui a sorti à la poitrine ».

Les deux hommes revenaient d’un conseil révolutionnaire à Angers. Vers 7h du soir, ils sont arrêtés et exécutés par des chouans qui les attendent en bordure de la forêt de Bécon, sur le chemin conduisant de Saint augustin aux Essarts, à la limite de Saint Léger des Bois. Les assassins font partie d’une cohorte de l’armée vendéenne qui a franchi la Loire et est passée par Saint Georges, quelques mois plus tôt. Ces chouans vont rester vont demeurer dans les bois de Saint Augustin, semant la terreur par les pillages, les agressions et les assassinats.

Sa femme mit au monde une fille, Marie Antoinette le 6 janvier 1795, mais qui mourut le 14 juillet 1798 à Saint Georges où sa mère s’était retirée, avant son remariage avec Jean Delhoste en janvier 1797. Ce dernier est percepteur à Saint Georges. Il sera élu maire de Saint Augustin en 1808 et le restera jusqu’en 1841.

Sources : Les derniers chanoines, Denis Mercier

Entre Loire et Bocage de Robert Audouin

acte de décès d'antoine panay de champotier

Acte de décès d’Antoine Panay de Champotier, l’acte qui le précède est encore signé de sa main (ADML)

acte de décès de rené audouin

Acte de décès de René Audouin (ADML)

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Augustin Gournay

Augustin Gournay

1748-1803

signature du curé gournay

La signature d’Augustin Gournay (ADML)

Augustin Charles François de Paule Gournay est né à Mayenne le 4 octobre 1748. Son père était juge. Son frère, François-René, avocat au parlement à Mayenne puis juge de Bourgnouvel, fut député aux états généraux, membre de l’Assemblée Constituante et maire de Mayenne.  

Augustin Gournay entre dans l’Eglise le 4 septembre 1768 à Saint Geneviève à Paris. Il est étudiant en théologie à la Roë en mayenne avant d’être ordonné diacre puis prêtre en 1774. Son premier poste est à Saint-Georges sur Loire comme vicaire où il arrive le 25 novembre 1774. En 1781, il est nommé curé de Mée. Il résigne son poste de Mée pour revenir à Saint Georges comme prieur de l’abbaye, le 2 janvier 1784 succédant à Antoine Panay de Champotier, devenu prieur -curé de Saint Augustin des Bois. Mais son retour ne va pas être bien accueilli : les chanoines de l’abbaye lui reprochent des travaux à Mée payés par la mense conventuelle de l’abbaye de Saint Georges et non pas par ses ressources personnelles. Un procès débute.

Au printemps 1789, Pierre Simon prieur de Geneston, est missionné par l’abbé de Saint Geneviève dont dépend l’abbaye de Saint Georges depuis 1658, pour examiner les comptes de Gournay. Le commissaire va éplucher les comptes depuis 1784 et la nomination de Gournay comme prieur.  A son arrivée, celui-ci trouve une abbaye fortement endettée (plus de 21 000 livres de dettes) et ayant besoin de lourdes réparations qu’il évalue alors à 40 000 livres. Il va lancer de grands chantiers financés par des emprunts. En 1789, quand le commissaire arrête les comptes de l’abbaye, il acte des dettes de plus de 70 000 livres, bien au-dessus des moyens de l’abbaye. Devant les charges retenues contre lui, Gournay abandonne sa charge de prieur en août 1789, mais reste curé de Saint Georges

Il quitte la maison conventuelle et s’installe dans un logement individuel du bourg. Le chapitre ne reproche pas tant les emprunts réalisés par Gournay que leurs usages : engagement de domestiques qui coûtent 950 livres par an, achat d’argenterie, de toile… D’autant plus que le couvent a toujours besoin de réparations : un procès-verbal de 1788 évalue le montant à 27 716 livres. La Révolution va certainement sauver Augustin Gournay d’une situation juridique plus que délicate.

Contraint de suspendre ses fonctions ecclésiastiques en 1794, il prête serment à la République comme les deux derniers vicaires de l’abbaye, François Coudroy et Antoine Vallée. Il devient agent municipal et rédige les actes de l’état civil pendant la Révolution avec l’ancien vicaire Coudroy, devenu son adjoint. Il démissionne le 20 pluviose de l’an IV selon le calendrier révolutionnaire, c’est-à-dire le 20 février 1796. Dans sa lettre de démission, il estime ne pas être compétent pour remplir les missions qui lui incombent. Le citoyen Oger, administrateur du canton de Saint Georges appuiera sa demande auprès du département, estimant que “c’est un brave homme, fort juste et incapable de faire le mal”. A la même période Coudroy lui est emprisonné car il est soupçonné d’avoir rétracté son serment et d’être en contact avec les armées vendéennes stationnées dans les Bois de Saint Augustin. Gournay va donc reprendre le culte à Saint Georges mais comme le signale le citoyen Pierre Gourdon dans son rapport au département en 1798, “dans le respect des valeurs de la Révolution” et faisant preuve de “soumission aux lois républicaines”. Le 4 août 1798, la municipalité invite le curé Gournay “à faire usage de l’ère républicaine, à annoncer les décades et les fêtes nationales à ses fidèles”.   Il finit par quitter la commune et se retire au château de Glaintin chez une de ses sœurs, à Saint Fraimbault de Prières, en Mayenne. Après le concordat, en 1803, il sera nommé curé de Notre Dame de Mayenne où il meurt le 4 novembre 1804.

signature de l'officier public Gournay 1793

La signature de Gournay en 1793 alors qu’il devient officier d’état civil

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Luc de Salles

Luc de Salles

1709-1786

signature de luc de salles

Signature de Luc de Salles (Registre de 1776, ADML)

lithographie du 19eme de l'abbaye de saint orens

Lithographie du prieuré de Saint-Orens en Lavedan, datée de 1833, et réalisée par Louise-Joséphine Sarazin de Belmont.

Luc de Salles est le troisième fils de Joseph de Salles, baron de Hys, conseiller au Parlement de Toulouse et de son épouse Jeanne de Laffont-Mascaras.

Luc de Salles est docteur en théologie et conseiller au parlement de Navarre.

En 1755, Luc de Salles est nommé chapelain à des églises Saint Siméon et Chapelet de Bordeaux par Amanieu et Pierre du Freiche qui lui versent un bénéfice pour organiser des messes.

En 1762, il devient prieur commendataire de Saint Orens en Levadan affilié à Cluny dans les Hautes Pyrénées. Isolée, l’abbaye est en déclin et quasiment désertée : seuls trois moines y habitent. Le 23 Mars, 1763, la cours des comptes de Navarre demande à Luc de Salles un dénombrement des droits et propriétés du couvent. Les revenus du prieuré étaient modestes : quelques terres, un moulin et un droit de pêche sur le lac de Saint Orens. S’y ajoutaient de maigres recettes liées à la gestion du cimetière, des taxes dans les villages voisins et un supplément pour être enterré dans le cloître. On comprend aisément le manque de moyens pour restaurer les bâtiments et survenir aux besoins : l’abbaye va être abandonnée. En 1786, l’église abbatiale sera déconsacrée et son mobilier rejoindra l’église de Villelongue et tout le site sera vendu à la Révolution.

Il est chanoine théologal de l’église cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Lescar dans la banlieue de Pau. Il fonde une bourse au séminaire pour les ecclésiastiques les plus pauvres du diocèse. En 1764, Luc de Salles renonce à cette charge au profit de son neveu, Christophe Le Come.

A la mort de l’abbé de Saint Aulaire, Luc de Salles est nommé abbé commendataire de l’abbaye de Saint Georges sur Loire le 2 février 1766. Il propose alors un bail à vie aux chanoines dont le montant est le double de la pension perçue par son prédécesseur. Les chanoines refusent et engagent un bras de fer juridique contre l’abbé. Luc de Salles a la volonté de faire appliquer la réforme de Sainte Geneviève : depuis 1658, les chanoines devraient observer ces règles qui leurs imposent la mise en commun de leurs biens notamment et la possibilité de vivre uniquement des revenus des offices, l’abbé versant une pension annuelle. Luc de Salles soupçonne les chanoines de conserver des possessions ; il ordonne un état des lieux, obligeant les chanoines à justifier toutes leurs propriétés. Mais l’abbé remet en cause les conclusions de ses propres hommes, les jugeant de prendre parti pour les chanoines. Il se déplace sur place avec ses artisans. Suspicieux, l’abbé a des exigences. Cette fuie doit être remise en état : elle est en ruine depuis près d’un siècle. L’étang doit être curé : cette pratique n’a pas cours en Anjou. Il faut planter des asperges, artichauts, salsifis, betteraves et poireaux dans le jardin du logis abbatial. Cette chapelle doit être transformé en grange. Les chanoines tentent d’argumenter, étayant leur discours d’ouvrages sortis de leur bibliothèque : rien ne fait changer d’avis l’abbé autoritaire.

L’affaire s’éternisant, le Roi nomme trois avocats en 1770 pour clore l’affaire. Peine perdue ! Mr Case de la Bove, maître des Requêtes, est nommé par le grand conseil pour régler les derniers différents. L’évêque d’Angers, Jacques de Grasse, se propose comme médiateur. Les chanoines acceptent. Mais Luc de Salles publie un mémoire de 375 pages précisant les 174 objets de contestation ! En réponse, les chanoines éditent à leur tour un document de 410 pages qu’ils adressent à Mr Case de la Bove. L’abbé et les chanoines vont ensuite se répondre dans des publications régulières de précis et de mémoires. En tout ce sont quelques 1 124 pages qui seront échangées ainsi jusqu’en 1778 ! Les jugements ne sont pas connus. Pour les chanoines, le coût des procès de 1771 à 1789 s’élève à 12 565 livres, soit une année complète de recettes !

première page du mémoire des chanoines publié en 1772

Première page du premier mémoire des chanoines contre Luc de Salles

Pour couvrir les dépenses, Luc de Salles tout comme les chanoines ont considérablement augmenté les montants des fermages. Les loyers sont passés de 7100 livres en 1774 à 13 421 livres en 1786. Les fermiers ont payé ! Quelques « baux à ferme » se sont transformé en « baux à moitié », deux familles au lieu d’une, louaient la même ferme !

En 1766, quand il reçoit l’abbaye de Saint Georges en commende, Luc de Salles habite Pau. En 1668, il siège aux Etats Généraux de la province de Bigorre convoqués par ordre du Roi Louis XV afin de réviser les usages et coutumes de la Province : les ecclésiastiques se voient accorder le droit d’hériter et on accorde aux nobles la possibilité de choisir leur héritier. Ces décisions provoquèrent une forte opposition des seigneurs locaux qui y virent des revendications bourgeoises.

En 1771, Luc de Salles loge à Paris dans un monastère et a troqué son titre de conseiller au Parlement de Navarre pour celui de Paris. En 1776, Luc de Salles devient conseiller du Roi en son Grand Conseil et possède son appartement particulier à Paris. L’abbé a donc connu un rapide ascension sociale.

Luc de Salles est décédé à Saint-Georges, en son palais abbatial, le 9 septembre 1786. Il lègue par acte notarier passé le 25 avril 1786, une rente de 480 livres annuelles pour les pauvres de la paroisse.

acte de décès de Luc de Salles

Première page du premier mémoire des chanoines contre Luc de Salles

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Renée de Choiseul

Renée de Choiseul

1742-1793

Portrait de Renée de Choiseul

Renée Honorée de Choiseul Beaupré (1742-1793) tenant le portrait de son époux, Antoine Walsh

Portrait d'Antoine Walsh

Antoine Joseph Walsh (1744 – 1817)

Née en 1742 à Petite Anse à Saint Domingue, Renée Honorée de Choiseul-Beaupré était la fille d’Antoine Nicolas, né à Chartres, le 27 avril 1716. Capitaine de vaisseau du Roi, il avait épousé, pour son immense fortune, le 1er décembre 1737, à Saint Domingue la riche propriétaire d’une sucrerie de Petite Anse. Leur fils aîné, Charles Antoine Etienne, y était né le 10 juillet 1739, on le retrouvera plus tard.

Agée de 22 ans, Renée Honoré épousa à Paris, dans l’église Saint-Sulpice, le 25 juin 1766, Antoine Joseph Philippe Walsh de Serrant, deuxième comte de Serrant, né à Cadiz, le 17 janvier 1745.

Le couple eut 5 enfants tous baptisés à Saint Sulpice :  Gautier, né le 6 mars 1767, mort en bas âge – Charles Philippe François Marie, né le 31 juillet 1768 et décédé à 2 ans, le 13 octobre 1770 – Sophie Mélanie Françoise Charlotte, née le 12 juillet 1769 qui épousa en 1790 le comte Xavier César de Schomberg, sans postérité, elle décèdera à 31 ans, le 31 août 1800 – Alix Charlotte Adélaïde née le 28 septembre 1770 décèdera à Serrant le 4 octobre 1772, âgée de 2 ans et Edouard Gautier, né à Paris le 15 décembre 1771 qui, infirme, décèdera à Serrant, le 8 janvier 1825, âgé de 54 ans.

Le 16 mars 1770, le frère aîné de Renée, Charles, qui s’était marié avec Louise Raby,  le 11 août 1770 à Paris Sainte-Eustache et était décédée, sans postérité, le 15 décembre 1772 à Paris Saint Sulpice, épousera dans la chapelle du château de Serrant, Françoise Elisabeth Marie Josèphe Walsh de Serrant, née le 15 décembre 1758, sœur cadette d’Antoine Joseph, époux de Renée de Choiseul Beaupré.

En 1782, au décès de François-Jacques Walsh, Antoine Walsh hérite d’une fortune considérable. Reprenant la gestion du château de Serrant, il fait alors partie des 60 familles les plus fortunées de France et est le plus riche propriétaire de Maine et Loire. 

Antoine Walsh participe à la rédaction des cahiers de doléances en 1789 mais dès le 19 juillet, il quitte la France, fuyant les troubles révolutionnaires.

Renée de Choiseul, restée seule en France, doit assurer la gestion du château et du domaine de Serrant, avec l’aide de son frère Charles installé au château de Chevigné. Elle doit faire face à partir d’octobre 1789 à des émeutiers venus demander justice. Serrant, propriété d’Antoine Walsh, Irlandais, donc considéré comme étranger, échappa aux dégradations et à la vente de ses biens malgré des mises sous scellés. Les enfants d’Antoine, Mélanie et Edouard, secondèrent leur mère pour gérer Serrant.

Renée de Choiseul-Beaupré, 51 ans, est décédée le 12 mars 1793, à Saint-Quentin dans l’Aisne. C’est son gendre le comte Xavier de Schomberg, lieutenant général des armées du Roi qui signera son acte de décès. Son époux, Antoine, épousera en secondes noces, à Londres, le  27 janvier 1795, Louise Charlotte de Vaudreuil qui lui donnera 4 enfants. A son retour d’exil, il reprendra la possession du château de Serrant, écartant Edouard, son fils aîné, au profit de Théobald né de son second mariage.

acte de décès de Renée de Choiseul

Acte de décès de Renée de Choiseul à Saint Quentin dans l’Aisne.

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La première école

La maison de charité, la première école

1714

Le projet d’une Maison de Charité appelée aussi Maison Hospitalière est dû à la volonté d’un couple : Guillaume III Bautru et Louise Chalopin veuve René de Racapé. Cette dernière achète la maison qui deviendra la Maison Hospitalière le 13 juillet 1708, à Jeanne Turgot et Renée Blot. Celle-ci était située rue Nationale à proximité du carrefour central, à droite dans la direction d’Angers. Guillaume Bautru III, seigneur de Serrant, marié en deuxième noce à Louise Chalopin, indique dans son testament du 8 décembre 1703, qu’il donne une rente de 150 livres annuelles à cette future maison. Louise Chalopin meurt en 1709 et Guillaume Bautru en 1711. Leurs héritiers réaliseront le projet.de la paroisse.

première page d' l'inventaire du bureau de la charité de 1788

Page-titre du registre : «Inventaire général des titres et papiers… du bureau de charité de Saint- Georges-sur-Loire, dressé en l’année 1788.»

Marguerite Bautru, fille du seigneur de Serrant et veuve du marquis de Vaubrun, se charge de l’exécution du projet. Il faut d’abord une maison. Le 22 juillet 1714, l’assemblée paroissiale valide le processus. Le 7 août 1714, la fabrique, c’est-à-dire l’assemblée chargée de gérer les biens de l’église, vend pour la somme de 460 livres, une maison, que le testament de Jean Bain, prêtre de Villemoisan, lui a laissée en 1621. La somme obtenue servira à acheter la maison de charité, et le 20 août 1714, Marguerite Bautru acquiert pour 780 livres, de Félix de Racapé seigneur de Chevigné, la maison que sa mère, Louise Chalopin,  possédait depuis 1708. Selon l’acte rédigé par le notaire Valluche, elle donne la maison aux paroissiens de Saint Georges pour « servir de demeure a deux filles de charité qui feront la petite école et vaqueront au service des pauvres ».

Il faut maintenant assurer les ressources de fonctionnement. Dans l’inventaire des « Titres du Bureau de Charité », élaboré en 1788 et conservé aux archives municipales, on trouve la liste des dons principaux de 1700 à 1780 :

400 livres par René Binet, 1700.

30 livres/an Nicolas de Vaubrun, abbé de Cormery, 1712.

150 livres/an par Marguerite de Vaubrun, 1714.

25 livres/an par M Deniau, 1724.

23 livres/an par C Lemée aubergiste, 1763.

23 livres/an par J.Lemée aubergiste, 1780.

Rue nationale en direction d'Angers depuis le carrefour central en 1912

La maison de la charité devenu bibliothèque paroissiale en 1912

Le 22 février 1786, un Arrêt du Parlement acte la création d’un Bureau de Charité à Saint Georges sur Loire. Dans les attendus de l’arrêt, il est dit que la maison de charité a été administrée sans abus à la vérité, mais aussi sans aucune forme régulière et suivie. On trouve deux protagonistes connus pour leur exigence : l’abbé Luc de Salles et Antoine Walsh, seigneur de Serrant depuis 1782.

Un règlement en 18 articles est élaboré. On peut résumer ainsi ce document de 8 pages : le bureau est contrôlé par les notables ; le personnel est nommé ou destitué par le comte de Serrant ; les pauvres sont fichés et les « mauvais pauvres exclus » ( ivrognes ; de mauvaises mœurs ; oisifs et mendiants ; pères et mères qui n’envoient pas leurs enfants au catéchisme ; pillards de bois, haies et autres biens de la campagne); les aides directes faites par des personnes « aisées », sans passer par le bureau de charité, sont à déclarer ; du travail est organisé pour les femmes et les enfants à partir de sept ans ; les aides sont en nature et celles en argents sont proscrites, car « les pauvres abusent presque toujours par deffaut d’économie ou pour se divertir . » Sous jacent, il s’agit bien de surveiller une certaine population.

On enregistre de nouveaux dons en 1786 : 60 livres/an par Pierre Morna, 480 livres/an par Luc de Salles, 120 livres du bureau des décimes de la ville d’Angers, 75 livres/an par les chanoines de la maison conentuelle et 30 livres/an par le sieur Alliot mary de Marie Martin.

Le 29 octobre 1787, «  sur le bon et fidel rapport qui nous a été fait, Antoine Walsh, comte de Serrant, nomme deux filles de charité, Renée Mousseau et Marie Gabory, pour avoir soin des pauvres et malades de notre paroisse ».

Mais la Révolution commence et le versement des dons se fait difficile. La maison de charitédisparait vers 1793. Au mois d’Aout 1792, pour trouver des finances, on vend les meubles, les terres et jardins et on loue la maison à Pierre Bain, marchand cordier. En 1798, le citoyen Pierre Gourdon, commissaire du canton de Saint Georges,  explique dans son rapport sur la situation du canton à destination du commissaire central à Angers : la maison de charité a été vendue par le Département, l’établissement étant tenu par des sœurs ayant refusé de prêter serment

Cette maison, devenue par la suite bibliothèque paroissiale au XXème siècle, a été détruite dans les années 1990.

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École et éducation

École et éducation

Saint Georges sur Loire eut une école dès le XVIIIème siècle. Au XIXème, l'instruction progresse et plusieurs écoles sont en activité pour les garçons comme pour les filles. Aujourd’hui deux écoles publiques et une école privée ainsi que le collège sont en activité. Découvrez l'histoire de l'instruction à Saint Georges.

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L’école durant la Révolution

L'école à la Révolution

1797

En 1791, Talleyrand présente devant l’Assemblée nationale un projet ambitieux d’instruction publique. Il faudra attendre 1793 pour que s’établisse une instruction nationale et que l’école soit proclamée gratuite et obligatoire… mais seulement pour les garçons. En 1794, les communes ont pour obligation de recruter des maîtres. Depuis le début du XVIIIème, Saint Georges possédait une école fondée par Marguerite de Bautru, châtelaine de Serrant, fille de Guillaume III Bautru et épouse de Nicolas Bautru de Vaubrun. Celle-ci est située dans une maison de charité qui fait également lieu d’hospice et est dirigée par des soeurs. Mais à la Révolution, ce bien va être nationalisé et vendu comme en fait état le citoyen Pierre Gourdon dans son rapport de l’an VI. La commune recrute le citoyen Louis Poisson, un jeune vicaire, âgé de 28 ans, qui a déjà enseigné à Angers, rue Tournemine, pour faire  la classe. Mais un courrier daté du 2 floréal de l’an V, c’est-à-dire le 21 avril 1797 dans le calendrier révolutionnaire, nous apprend que suite à des plaintes des parents, la commune doit rappeler à l’ordre le maître !

transcription du courrier adressé au citoyen poisson en 1796

Transcription du courrier adressé au citoyen Poisson

Provenant de l’administration municipale de Saint Georges, la lettre est adressée directement au citoyen Poisson. On n’utilise plus les termes de monsieur et madame, trop évocateurs de l’ancien régime, mais ceux de citoyen citoyenne, et en général on tutoie chacun, car, pour les mêmes raisons, le vouvoiement est banni. Ici, cependant, il résiste car il est difficile de se défaire d’habitudes tellement ancrées. « Nous avions toujours différé à vous faire part des plaintes… » : ainsi commence la lettre.
Ce document est un constat : celui du fonctionnement d’une école. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas flatteur ! Les plaintes des citoyens parents sont nombreuses et étayées. L’insouciance, pour ne pas dire l’incurie du maître est évoquée dès la troisième ligne : trop grande quantité de congés octroyés aux élèves, peu de temps consacré à l’enseignement, éducation sociale et morale inexistante, ignorance du contrat passé avec les responsables municipaux, etc.

transcription du courrier au citoyen poisson (suite)

« Quelquefois vous commencez l’école du matin à 8 heures, et souvent à 10. L’après-midi vous revenez à une heure, et souvent à trois » peut on lire. Evidemment, les élèves, des garçons en profitent pour jouer, se battre jusqu’à déchirer leurs vêtements, lancer des pierres, s’injurier grossièrement, sans que cela émeuve le moins du monde l’instituteur. D’autre part « chaque décade, vos élèves perdent deux ou trois jours, ce qui en fait douze par mois ».
Le maître réside à Angers, sans doute parce que la commune ne peut le loger, comme elle devrait le faire ; il se rend chez lui plusieurs fois par décade, et met plusieurs jours à faire ses déplacements. On imagine bien que les enfants apprennent peu de choses, s’empressent d’oublier ce qu’ils ont appris, et les parents sont mécontents. Pourtant, les édiles l’exhortent « secondez nos vues et tirons cette nombreuse population de l’état de nullité où elle se trouve ».


Le maître est leur employé, puisque il est recruté et payé par la commune. Les salaires sont très bas, et de ce fait les candidats à la charge, souvent peu instruits eux-mêmes, sont rares.
L’administration municipale manifeste un autre sujet de mécontentement : l’instituteur qui a prêté serment de fidélité à la Liberté et l’Egalité, n’est jamais présent à la célébration des fêtes nationales auxquelles il devrait assister à la tête de ses élèves, ainsi que l’exige la loi. Ces fêtes sont principalement celles du 1er vendémiaire ou 22 septembre, célébrant la création de la première république, et du 14 juillet. Les invitations verbales, écrites, ont été réitérées, sans résultat.
Le croirait-on ? Le nombre « des écoliers a considérablement baissé » alors que les révolutionnaires ont fait de l’éducation du peuple une priorité, sans bien toutefois parvenir à leurs fins. D’où l’inquiétude saint georgoise et l’injonction faite au citoyen Poisson de revenir à une attitude raisonnable et de faire part, rapidement de ses intentions.

Le citoyen Poisson sera remercié quelques mois plus tard par le conseil municipal qui lui préférera le citoyen Corbineau, « connu pour son civisme et son amour pour la patrie ».


Sources :
Archives municipales de Saint-Georges-sur-Loire