Saint Georges Patrimoine

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La gabelle en 1690

La collecte de la gabelle

1689-1690

gravure d'un radeur de sel

Le radeur de sel était chargé de mesurer la taille des grains de sel (Gravure tirée de l’Encyclopédie)

Durant l’année 1689, les paroissiens de Saint Georges sur Loire, assemblés sous l’auvent de la porte principale de l’église, ont désigné les « collecteurs » du sel à distribuer aux habitants. A partir du 4 octobre, Charles Lebec, Jean Paillaud, Pierre Frémy, Georges Bron et Mathurin Biettry vont constituer le « rôle » de 1690, c’est-à-dire la répartition par « feu », donc par famille.

De quoi s’agit-il ? C’est la collecte de l’impôt le plus contesté d’avant la Révolution : la gabelle. Le pouvoir royal, impose aux habitants une quantité de sel qu’ils doivent obligatoirement acheter, et bien sûr au prix fort. La quantité pour la paroisse de Saint Georges est fixée par l’intendant de la banalité de Tours, le Marquis de Miromesnil et les officiers du « grenier à sel d’Ingrandes ».

La paroisse de Saint Georges doit, chaque année, acheter obligatoirement 112 « minots » de sel pour le pôt. A cette époque, le sel, comme aujourd’hui, est une denrée nécessaire et vitale tant pour les hommes que pour le bétail. Il a une autre utilité : on conserve les aliments dans le sel. Qui n’a pas entendu parler du lard salé ? Mais les Saint Georgeois devront acheter le sel de salaison en plus de celui du pôt, sur le marché.

Que représente ce sel imposé ? Un minot, a une contenance d’environ 52 litres, soit en poids de l’ordre de 64 kilos. Donc 112 minots font plus de 7 tonnes. C’est énorme. Le prix à payer est d’environ 39 livres le minot. Soit au total 4368 livres. On peut difficilement comparer cette somme à la monnaie d’aujourd’hui. Disons que 4000 livres, c’est tout le patrimoine d’un bourgeois à cette époque, un notaire par exemple, maison et terres.

photographie d'un boisseau

Un boisseau

Donc, nos cinq collecteurs vont se mettre au travail. Ils vont faire cinq listes de 89 boisseaux. Il y a 4 boisseaux par minot, soit 13 litres par boisseau. On voit de suite le risque de contestation, puisqu’il s’agit de volume : le sel est tassé ou non, il est arasé correctement ou pas, c’est-à-dire à ras bord avec un peu plus ou un peu moins. Le travail du « collecteur » ou du distributeur, ne sera pas toujours simple.

Comment va s’effectuer la répartition. Les collecteurs vont devoir estimer la composition de chaque feu et y affecter une quantité de sel. On parle bien de feu, car le nombre de personnes varie d’une, à un nombre important. Par exemple, dans une métairie, il faut compter les tenanciers et leurs enfants, mais aussi les domestiques et leurs familles. Cela peut faire beaucoup de monde. Il y a de nombreux feux imposés à un demi-boisseau et le métayer de la Bouvière, lui, est imposé à 5 boisseaux, soit une variation de 1 à 10.

Il y a des exceptions. En cette année 1690, 311 feux seront imposés. Il y a deux sortes d’exemptés : d’abord 10 pauvres qui ne peuvent pas payer. Nous ne savons pas comment est apprécié le niveau de pauvreté. Et puis, les « gens d’église », à l’évidence les chanoines de l’abbaye de Saint Georges. La noblesse : Haut et puissant seigneur de Serrant, Guillaume III Bautru ; Madame Louise Chalopin veuve Racapé, seigneur de Chevigné ; Christophe d’Andigné seigneur de l’Epinay ; Françoise, seigneur de l’Aubinière ; Michel Grané, seigneur du Petit Serrant ; Marcel Jullien maitre des postes.

Devant l’importance de cet impôt, on se doute que beaucoup tentent d’y échapper. Il faut dire que le royaume de France n’est pas un modèle d’égalité. Ci-dessous la carte des gabelles. La Bretagne ne paye pas la gabelle : les bretons produisent du sel pour eux et exportent. Une partie importante du centre de la France est soumise à la grande gabelle. A Ingrandes, quand on franchit la rue de la « pierre de Bretagne », le prix du sel est divisé par plus de dix. La contrebande ne peut être que florissante.

Tous les moyens sont bons, d’un côté comme de l’autre, pour développer ou restreindre cette contrebande. Les contrebandiers, appelés les « faux sauniers » ont plein de ruses pour transporter ce sel : les enfants rapides et lestes, les femmes soi-disant enceintes, les chevaux sauvages et cependant dressés, les chiens harnachés, j’en passe et des meilleures.

A Ingrandes, il y a une caserne de « gabelous » chargés de poursuivre les « faux sauniers ». Ils ont le droit de perquisitionner les maisons pour chercher le sel de contrebande. Ils sont armés et tirent sans sourciller sur les fuyards. A Ingrandes, il y a en permanence un bateau, sur la Loire, armé d’un canon et prêt à tirer sur une barque suspecte. Les capturés sont emprisonnés dans la prison d’Ingrandes et les peines sont importantes. Elles varient d’une forte amende à des peines de prison. Les récidivistes sont marqués au fer rouge avec la lettre G, et envoyés aux galères.

carte des gabelles

Carte des Gabelles de France

Dessin du port d'Ingrandes au XVIIème par Gaignère

Le port d’Ingrandes au XVIIème par Gaignère

On ne se fait aucun cadeau. La caserne des gabelous est à Ingrandes, mais à la Guibrette à Saint Georges, il y a un poste de surveillance où plusieurs hommes montent la garde jour et nuit. La Guibrette est un port sur la Loire où les mariniers se mettent à l’abri quand la Loire est mauvaise et la navigation dangereuse. Le 7 janvier 1666, on enterre le capitaine des gabelous, tué d’un coup de fusil. On ne connaît pas l’auteur !

Le 25 septembre 1674, on enterre deux Saint Georgeois : chargés de sel de contrebande, poursuivis par les gabelous, ils se sont noyés. Le 9 octobre  1678, on enterre un enfant, mort à la prison d’Ingrandes : il était emprisonné avec sa mère, faux-saunière condamnée. 31 janvier 1774, une jeune fille de 17 ans, condamnée pour faux-saunage, meurt dans la prison d’Ingrandes.

On comprend pourquoi, la suppression de la gabelle, arrivait en tête de tous les cahiers de doléances en 1789.

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La maison des Chenambault

La maison des Chenambault

Cette maison fait partie des maisons les plus anciennes de la commune ; elle existait déjà au XVème siècle. Située dans l’ancienne rue de La Fontaine aux Asnes, elle est devenue dès 1860 école du Sacré Cœur, établissement catholique, destiné à l’enseignement des filles.

On connaît les propriétaires successifs de cette maison :

En 1474 Jean Neveu

 En 1494 Mathurin Bruneau

 En 1502 Maurice Bouet.

 En 1762 Le sieur Lusson

 En 1727 et 1732, Claude Lusson sieur de la Villette (bourgeois de la ville d’Angers).

En 1839, Sophie Legrand, veuve de Théobald Walsh, propriétaire du château de Serrant, achète cette maison à Madame Lusson veuve Desbrosses. Ce Desbrosses était négociant à Saint Domingue. Il a fait partie de ces négociants qui ont massivement investi sur Saint Georges sur Loire tout comme Antoine Walsh, armateur nantais qui achèta le château de Serrant au XVIIIème siècle. La même année, l’abbé Banchereau, curé de Saint Georges, fait appel à des religieuses pour venir « instruire et soulager les pauvres de la paroisse ».

La maison fut ensuite cédée, le 13 octobre 1840, aux Sœurs de Chavagnes en Paillers en Vendée pour une somme symbolique. En 1859, les sœurs y établirent un pensionnat. Des cellules dans lesquelles logeaient les jeunes filles, existaient à l’étage. Le curé Banchereau, curé de la paroisse, fit édifier, à ses frais, la chapelle proche. Le 6 novembre 1860, les sœurs -enseignantes investissent le bâtiment et ouvrent les classes dès le 14 novembre dont une classe réservée aux externes, dite « école communale ».

La loi de 1901 interdisant d’enseigner aux congrégations religieuses, les sœurs quittèrent Saint Georges. L’école est laïcisée puis fermée entre 1907 et 1921. Elle ouvre de nouveau ses portes en 1921 avec des religieuses « sécularisées » et des enseignantes non-congréganistes.

En 1950, la Communauté des Ursulines de Chavagnes consent un bail donnant à l’Association d’Education et d’Enseignement de Saint Georges, la jouissance des biens destinés à l’éducation des enfants. La maison des Chenambault est occupée par la Fraternité des Sœurs de la Pommeraye.

L’école privée a occupé ces bâtiments jusqu’en 2009, date de son déménagement pour l’école de l’Abbaye située chemin Marion. La maison des Chenambault fut ensuite vendue en 2013 à l’Association diocésaine qui l’a revendue à un investisseur. C’est aujourd’hui une propriété privée.

photographie du pignon de la maison des chenambault
ecole du sacré coeur
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Henri Renier

Henri Renier

1879-1914

henri renier

Acte de décès d’Henri Renier

Il n’était pas Saint–Georgeois mais Angevin, presque par hasard ; sa mère Marie-Louise venait du Cher où elle était née en 1856 à Ivoy-le-Pré.

L’enfant, de père inconnu a vu le jour le 18 février 1879 à Angers. On ne sait rien de son enfance, de sa jeunesse. Quel métier exerçait sa mère ? Pourquoi est-elle venue en Maine et Loire ? La biographie d’Henri est remplie de blancs…

C’est à Orléans qu’il passe le conseil de révision, à 21 ans, c’est-à-dire plus tard que les garçons de sa classe. Son livret matricule indique qu’il a été « omis-excusé » en 1899, l’année de ses 20 ans. A ce moment là déjà, il n’a plus de famille, sa mère étant décédée, sans qu’on sache où et quand.

Il est ouvrier boulanger et change fréquemment de lieux de résidence : ainsi on le trouve à Angers en 1904, puis à Trélazé en 1906, puis à Saint-Mathurin-sur-Loire, puis à nouveau à Trélazé et, enfin, à partir du 29 septembre 1913 à Saint-Georges-sur-Loire.

Son passage dans la commune sera bref. Appelé aux armées le 2 août 1914, dès la mobilisation générale, il rejoint Orléans où il est incorporé au 76 RI avant d’être rattaché au 131ème régiment alors que les Saint-Georgeois sont pour la plupart au 135 RI. Isolé, une fois encore !

C’est dans la Meuse, au cœur de la forêt d’Argonne, sur un terrain accidenté et difficile, coupé de ravins, gorgé d’eau qu’il va combattre les troupes allemandes dont l’état major veut contenir l’avance. Les débuts de la grande guerre sont particulièrement meurtriers : la butte de Vauquois, au pied de laquelle se trouve le village de Boureilles est sans cesse perdue, puis reprise. Les charges se font à la baïonnette. Et dans cet enfer, le 1er octobre 1914, disparaît au sens propre du terme, le soldat Henri Renier. Il avait 35 ans. Il fait partie des 100 disparus, des 200 tués ou blessés du jour à la bataille de Boureilles.

Il faudra du temps avant qu’on parle à nouveau de lui.

Lorsque le monument aux morts de Saint-Georges est érigé et inauguré à la fin de l’année 1919, tout le monde l’a oublié : il n’a pas de famille, pas de femme, pas d’enfant, et son acte de décès ne parvient à la mairie que le 3 juillet 1921. Le souvenir de ce Saint-Georgeois de passage disparaît.

Cet oubli a été réparé en 2018. Suite au travail minutieux du groupe Beausite composé de passionnés d’histoire locale, on retrouve sa trace et la commune décide d’honorer sa mémoire. Une plaque est ajoutée le 11 novembre 2018 lors de la commémoration des cent ans de la fin de la première guerre mondiale. Saint Georges se souvient d’Henri Renier comme de ses camarades.

photographie de la commémoration du 11 novembre 2018

Le 11 novembre 2018, une plaque portant le nom d’Henri Renier est ajouté sur le monument aux morts

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Emile Faugeron

Emile Faugeron

1829-1911

portrait d'émile faugeron

Emile Faugeron est né le 24 mai 1829 à Saint Georges sur Loire. Son père, Julien Faugeron, médecin, meurt la même année. Emile Faugeron est élevé par sa mère, Alix Lefebvre. Emile Faugeron entre en 1848 à l’Ecole Polytechnique. Sous-lieutenant élève à l’Ecole d’application de Metz, il est nommé en 1852, lieutenant au 3ème régiment du génie à Montpellier avant d’être bientôt détaché en Algérie.

Durant la campagne d’Italie, il est capitaine du corps d’élite du génie de la garde impériale. En 1859, les armées de l’Empire français et du royaume de Sardaigne affrontent celles de l’empire d’Autriche. Il se distingue durant la bataille de Magenta, le 4 juin 1859 opposant l’armée de Napoléon III aux autrichiens. Emile Faugeron en sort distingué de la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Emile Faugeron se marie le 10 novembre 1863 à Saumur avec Caroline Ratouis avec qui il aura trois enfants.

Officier d’ordonnance du général Prudon depuis 1867, Emile Faugeron devient commandant de l’armée de Metz en 1870 pendant la guerre franco-prussienne. Ce conflit va opposer,  la France à une coalition d’États allemands dirigée par la Prusse, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871. Emile Faugeron est alors fait prisonnier en Allemagne.

A son retour de captivité, il prend part à la campagne contre la Commune, l’insurrection populaire des Parisiens contre le gouvernement, qui ébranla Paris durant 72 jours du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année. Il conduit ses troupes à l’assaut du fort d’Issy et reçoit la rosette d’officier de la Légion d’honneur.

Après la guerre, il travaille à la réfection des fortifications en particulier du fort de Palaiseau en Ile de France et est promu lieutenant-colonel en 1875 puis colonel à Orléans en 1879. En 1881, il est appelé à Montpellier au commandement du 2ème régiment du génie.

signature du général Faugeron (ADML)

Général de brigade d’infanterie à Perpignan en 1885 et ensuite gouverneur de la ville de Grenoble, où il reçoit la croix de commandeur, il est appelé au commandement supérieur de la place de Lyon et promu général de division en 1890 et grand officier de la Légion d’honneur en 1893.

En 1893, Emile Faugeron est veuf : sa femme meurt à l’âge de 49 ans. Passé réserviste, il vient se fixer à Saint Georges sur Loire dans sa maison familiale de la Géronière. Il est bientôt élu conseiller municipal puis, en 1898, maire, suivant ainsi les traces de son grand-père Julien Alexis Faugeron, maire de 1809 à 1815 et de son oncle Séréné Faugeron, maire de 1848 à 1869.

En 1900, la mort d’Arthur de Cumont, lui permet de remporter le siège de conseiller général du canton de Saint Georges sur Loire sans concurrent. Il est réélu en 1901 et 1907 et prend part aux travaux de l’Assemblée départementale dont il devient l’un des vice-présidents.

Attaché aux valeurs catholiques, il n’est pas sans montrer une frilosité contre les lois imposant un enseignement laïc mais doit malgré tout ouvrir une école publique de filles en 1901.

Il meurt le 3 février 1911 à Saint Georges sur Loire. Ses obsèques ont lieu à Saint Georges le 6 février dans une simplicité voulue par le général Faugeron. Les habitants de Saint Georges mais également de toutes les communes du canton ainsi que d’Angers, se rassemblent pour lui rendre un dernier hommage en présence du maire, Louis Cotte de Jumilly mais également d’un sénateur, de députés, du préfet. Simple, courtois, l’homme de 81 ans avait le respect et l’affection de tous.

lettre distinguant émile faugeron au rang de grand officier de la légion d'honneur

En 1893, le général Faugeron est promu grand officier de la Légion d’honneur

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Le monument aux morts

Le monument aux morts

photographie du monument aux morts dans le cimetière de la commune

Le monument aux morts dans le cimetière de la commune

A Saint-Georges comme dans de nombreux villages de France, le conseil municipal décide le 27 avril 1919 d’élever un monument « à la mémoire des braves enfants de la commune tombés au champ d’honneur, pendant la Grande Guerre qui, grâce à Dieu, touche à sa fin ». II sera en granit, de forme pyramidale, avec une décoration extrêmement simple, une croix pour rappeler la foi des habitants du lieu. Le conseil municipal souhaite que les noms de toutes les victimes y figurent, surmontés de l’inscription « aux enfants de Saint-Georges morts pour la France ». Il définit même le lieu qui l’accueillera : dans le cimetière, une petite place face à l’entrée.

Le travail est confié à l’entreprise Warnier-Humeau d’Angers, spécialisée dans la construction de monuments funéraires en « pierre, marbre, granit et bronze », annonce l’en-tête de son papier à lettres. Le marché est passé pour 3 617,20 francs (soit un peu plus de 3000 euros), pour un socle en granit de Bécon, et une stèle en granit de Belgique, pierre calcaire très employée en marbrerie funéraire et plus facile à buriner que le granit. Le 20 novembre 1919, en adressant sa facture, Warnier-Humeau précise qu’il a inscrit et doré sur le monument 642 lettres, formant les noms de ceux dont on veut sauver la mémoire : 78 noms seront gravés.

Y a-t-il eu vraiment 78 tués sur une population qui s’élevait, en 1901, à 2344 habitants, soit près de 3,5% ? Il semble que ce chiffre ne corresponde pas à la réalité. Certes, comme partout ailleurs, le bilan est très lourd mais la liste soigneusement gravée comporte quelques erreurs.

Ainsi, certains des hommes inscrits sur le monument sont morts de maladie contractée dans leur village, et non au front (tuberculose, cancer…). C’est le cas pour Joseph Gohard, Joseph Pineau et René Devy. D’autres, comme Jean Audoin ou Louis Barbin, figurent sur 2 monuments : le premier à La Possonnière, le second à Paris dans le 18e arrondissement. Treize de ces combattants ont ainsi les honneurs de plusieurs villages ou villes : en plus de Saint-Georges, on les trouve à Chalonnes-sur-Loire, Sablé, le Mesnil-en-Vallée, Les Ponts-de-Cé, Le Bourg-d’Iré, Angers, Montreuil-sur-Maine, Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde, Saint-Augustin-des-Bois.

Que s’est-il passé ? L’acte de décès a été adressé par l’autorité militaire à la commune du dernier domicile du soldat. Mais celle qui l’a vu naître a souhaité aussi honorer un des siens. C’est, parfois, plus complexe : Henri Delaunay, né à Saint-Florent-le-Vieil, a épousé en 1912 et en première noce une Saint-Georgeoise. Il est tué dans la forêt de Saint-Gobain, dans l’Aisne, en octobre 1918. L’acte de décès est envoyé à Paris dans le  7e arrondissement, le 23 décembre 1919. Et puis, il y a le mystère concernant J.Réthoré : aucun acte officiel d’état civil, dans la commune, ne le concerne. Pourtant… il figure sur le monument.

délibération du conseil municipal en 1919 pour la construction du monument aux morts

La délibération du conseil municipal d’avril 1919

C’est en 1914 que la saignée pour les Saint-Georgeois, a été la plus importante : 21 morts dans ces combats de cinq mois qui se stabilisent sur la Marne, si proche de Paris. C’est l’année du désastre français. Les trois premières victimes saint-georgeoises disparaissent, au sens strict du mot, le 23 août 1914 à Bièvre, dans les Ardennes belges où se déroule un affrontement sans précédent « Un ouragan de fer et de mitraille », peut-on lire dans le Journal de Marche et d’Opération de l’armée. Ils s’appelaient Charles Borgne (25 ans), Gustave Lépine (26 ans), Joseph Ourie (23 ans). Ils faisaient partie du 135e Régiment d’infanterie dont 1500 hommes et 17 officiers, ont ce jour-là, été mis hors de combat ! (tués, blessés ou disparus)

Au cours de ces longues années de guerre, l’un des combattants, René Esnault, a été évacué, blessé et malade, sur Foix, où il meurt de la tuberculose, si loin de chez lui ! Ils sont quelques-uns à finir comme lui leurs jours d’après combat dans des hôpitaux auxiliaires répartis à travers la France entière, et au-delà : Angers, Segré, Chalonnes, Sées, Béziers, Lesneven, Tréguier, A Paris, une maison de santé fondée au 7 rue de la Chaise par le docteur Bonnet, médecin né à Saint-Georges, devient hôpital auxiliaire 49, et le Petit Courrier, quotidien régional, suggère aux blessés angevins de demander à y être transférés pour respirer « un peu de l’air natal » Vaines suggestions, si l’on en croit les lieux de décès recensés !

Les hommes succombent à des infections dues à leurs blessures de guerre, à des dysenteries, des typhoïdes, des septicémies, à l’exposition aux gaz de combat, le chlore dès avril 1915, puis à partir de 1917 l’ypérite ou gaz moutarde, la terrible et nouvelle arme, qui brûle la peau et ronge les poumons. René Daviault, lui, meurt le 27 octobre 1918 en Macédoine, province grecque, puisque depuis 1915 les batailles ravageaient cette région sensible des détroits méditerranéens, convoitées par toutes les puissances, empire ottoman compris. C’est à l’hôpital militaire d’Excisson, qu’il a terminé son existence, emporté par une maladie contractée au front, précise sa fiche militaire, sans donner plus de détails.

Pour certains, l’anxiété familiale se poursuivra bien après la guerre. Il faudra attendre les années 1921-1922 pour connaître leur sort. Chaque fois que l’autorité militaire adresse au maire de Saint-Georges, un acte de décès, on peut lire le nom de ces lieux devenus si tristement célèbres : Verdun, la Somme, Craonne, le fort de Vaux…Combien de fois, Louis de Jumilly, premier magistrat, aura-t-il dû prévenir les familles ? Parfois, à quelques mois d’intervalle, pour des frères, comme les fils Ourie, Joseph et Louis, tous deux portés disparus à un an d’intervalle, de même Louis et René Esnault, 21 et 27 ans, ce dernier marié. Il y a aussi les deux fils Gas, morts l’un en 1915, l’autre en 1917. Est-il encore possible d’imaginer la détresse de leurs parents ?

En réalité, Saint-Georges compte 64 victimes reconnues de cette grande guerre, dont les actes de décès ont été envoyés à la commune….Les corps de certains d’entre eux ont été ramenés petit à petit et inhumés dans le cimetière du village. Pour ceux dont les familles ne possèdent pas de concession, le Conseil municipal, dans sa réunion d’août 1922, décide de leur en accorder une gratuitement. Ainsi, reposent près des leurs : Jean-Baptiste Raimbault, Maurice Peltier, Alexandre Guillot, Jacques Oger et René Desbois

D’autres soldats, les plus nombreux, restent à jamais dans les cimetières, où les ossuaires des zones de combat. Ils sont quinze dans ce cas. Et que dire des « disparus » dont on ne retrouve aucune trace matérielle ? Il y en a douze à Saint-Georges : ce sont Charles Borgne, Pierre Burgevin, René Frotté, Pierre Gautier, Jean Godard, Gustave Lépine, les frères Joseph et Louis Ourie, Eugène Plessis, Alexandre Pouzeau, Jean-Baptiste Raimbault, Henri Renier.

Après plusieurs années, le « jugement déclaratif de décès » permettra à leurs veuves, à leurs enfants devenus orphelins, de bénéficier des mêmes prestations sociales (pensions, prise en charge de la scolarité …), que les familles des « morts pour la France »Il faudra attendre un siècle pour s’apercevoir que des erreurs ont été commises sur la stèle commémorative : l’initiale d’un prénom marquée deux fois parce qu’on l’a confondue avec celle d’un autre, ou une erreur de prénom, ou bien encore l’inscription de ce G. Musset, né à Angers, démobilisé le 13 janvier1919. Il n’a pas été blessé et il se retire à Saint-Georges, bien vivant, sans doute heureux de son sort. Pourtant, son nom figure sur le monument. L’a-t-on confondu avec ce Musset Pierre, malade et réformé, puis rappelé à la fin de la guerre et mort de tuberculose en décembre 1918 dans son village ?

acte de décès d'henri renier

Acte de décès d’Henri Renier

On note aussi le cas de Henri Renier, domicilié à Saint-Georges lors de son incorporation, mais qui n’avait plus de famille. Disparu dès 1914, il n’est pas mentionné sur le monument car la commune n’a été avertie de son décès qu’en 1921, alors que ce dernier était déjà érigé.

Le Conseil municipal du 25 janvier 1920 nous dit qu’une quête, faite le jour de l’inauguration, a permis de recueillir une somme de onze francs pour chaque orphelin de guerre. Ils étaient 13 ! Ce même jour un vin d’honneur a été offert aux « poilus », à ceux qui sont revenus, et la municipalité y a consacré un crédit de mille francs.

monument aux morts

Inauguration du monument aux Morts

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L’orgue Cavaillé-Coll

L'orgue Cavaillé-Coll

photographie de l'orgue à l'intérieur de l'église
photographie du clavier de l'orgue de l'église

L’orgue de l’église a été acquis par la fabrique paroissiale en 1874 pour un investissement d’environ 10 000 francs. L’Etat a participé au financement : 1000 francs en 1874, 300 francs en 1876, puis encore 300 francs en 1877. Les aides sont accordées par le vicomte Arthur de Cumont, alors ministre de l’Instruction et des Cultes sous Louis-Philippe. Propriétaire du château de l’Epinay, il sera élu maire de Saint Georges de 1887 à 1897. Cet orgue, construit entièrement par Cavaillé-Coll, est venu directement de ses ateliers à l’église en 1874. Il fut inauguré par Bouleau-Neldy, un organiste de la Cathédrale d’Angers le 2 décembre 1874.

La production industrielle de ces orgues est estimable à hauteur de cinq cents instruments et sont des oeuvres admirées tant en France qu’à l’étranger. En Anjou, seulement six églises sur 80 paroisses environ en sont dotées : la Cathédrale et les églises Notre-Dame et Saint-Joseph à Angers, celle de Segré et du Lion-d’Angers, et celle de Saint-Georges-sur-Loire.
C’est donc une grande chance pour l’église de Saint-Georges-sur-Loire d’avoir un orgue Cavaillé-Coll.

En façade de l’orgue, on peut compter 23 tuyaux, mais l’intérieur en contient plusieurs centaines de différentes tailles. Le buffet est en chêne de bonne qualité, ainsi que le pédalier. Le clavier, manuel, a une particularité car il est rétractable : il s’ouvre et se ferme, un peu comme un tiroir, et est ensuite
fermé à nouveau par deux petites portes à deux battants, en chêne également.
Les huit jeux et les notes du clavier sont en très bel ivoire d’origine. Tout l’ensemble d’ailleurs est resté dans son état d’origine, à part la ventilation électrique au moteur, mais même là, la manette est toujours présente, alors en cas de panne d’électricité, on pourrait encore pomper comme l’ont fait jadis de nombreux jeunes aux tribunes !

Aristide Cavaillé-Coll  est né à Montpellier le 3 février 1811, dans une famille de générations de facteurs d’orgue. L’association des deux noms, Cavaillé et Coll, avait commencé lors du mariage de ses grands-parents, Jean-Pierre Cavaillé et Maria Francesca Coll. Ces noms associés ont suivi cette génération familiale. Aristide avait un frère, Vincent, avec lequel il a beaucoup travaillé, ainsi qu’avec son père Dominique. Doué d’une intelligence et de dons exceptionnels, Aristide eut la chance de bénéficier d’un enseignement scolaire spécialisé sous l’impulsion d’Urbain Vitry, architecte à l’Industrie Nationale, et avait reçu les conseils de nombreux polytechniciens, dont ceux de l’École de Saint-Cyr.
Fondateur en 1826 d’un enseignement de géométrie et de mécanique appliqué aux arts et professions industrielles, le jeune Aristide, à 16 ans, est dans un climat favorable pour appliquer les capacités de ses dons et de son intelligence. Il réalise alors un orgue de choeur et offre ses services au gouvernement. Son orgue a accompagné les obsèques de Victor Hugo. Il allait devenir le plus célèbre facteur d’orgue en France et à l’étranger. Dans un discours prononcé lors de ses obsèques en octobre 1899, Gustave Lyon, président de la Chambre syndicale, déclarait : « Cavaillé-Coll ! Quel nom français aimé et respecté, que celui-là ! Ce nom, synonyme d’art parfait, de science consommée, de génie créateur, de bonté, de désintéressement et de modestie, honorera dans les siècles, notre cher pays, au même titre que celui de Stradivarius honore l’Italie. »

Aidé de son père et son frère, il réalisa six instruments en Maine-et-Loire.

portrait de cavailler coll, facteur d'orgue
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La fabrique

La fabrique

Carte postale de la place de l'église au début du XXème siècle

L’église fin du XIXe, début du XXe

Qu’est-ce que la fabrique ? Ce n’est ni un atelier ni une usine. Aujourd’hui, nous appellerions cette structure, le « Conseil Economique Paroissial ». C’est de fait, la structure de gestion des biens d’une paroisse. Composée de clercs et de laïcs élus, elle va collecter des fonds pour entretenir les édifices religieux et les mobiliers de la paroisse. Ses revenus proviennent des quêtes, des dons mais également de loyers et fermages.

Trois périodes se distinguent dans l’histoire de ces « fabriques ». D’abord, sous l’ancien régime, jusqu’à la Révolution, la paroisse était la structure administrative sous l’ancien régime. Puis, de la Révolution à la séparation de l’église et de l’état en 1905, l’état va financer en partie le fonctionnement des paroisses et en contrepartie de quoi, les paroisses devront rendre des comptes à l’état. Enfin, depuis 1905 à nos jours, les associations cultuelles sont les organes de gestion des biens paroissiaux.

Au XVIIIème siècle, 34 actes notariés nous permettent d’avoir un aperçu de ce conseil à Saint Georges sur Loire. Parmi les procureurs, c’est-à-dire les membres laïcs de la fabrique, nous avons un panel de professions diverses : chirurgien, maçon, marchand, closier (petit paysan), tailleur d’habit, tailleur de pierre, vigneron, filassier, laboureur (paysan propriétaire d’un train de labour), boulanger, menuisier, maréchal en œuvres blanches (outils coupants), aubergiste, laboureur à bras, bourgeois, cordonnier. Ici, au XVIIIème, la plupart des « procureurs » sont originaires du « tiers état ». Ces derniers cogéraient donc la paroisse aux côtés des membres du clergé.

Les procureurs ou l’évêque demandaient au curé de convoquer l’assemblée générale. Cette convocation était annoncée, plusieurs fois, au prône de la messe du dimanche. L’assemblée se tenait sous le « ballet » (auvent selon Verrier-Onillon), au-devant de la porte principale de l’église. Tous les paroissiens avaient le droit de vote durant l’assemblée. A priori et en conformité avec les coutumes de l’époque, les femmes ne votaient pas et étaient encore moins élues !

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Nomination au conseil de la fabrique de 1809

Comme dans toute gestion financière, il y a des recettes et des dépenses. A Saint Georges, les recettes provenaient de la location des bancs à l’église et des recettes des propriétés « baillées » (louées).

L’emplacement des bancs témoignait du pouvoir de la noblesse et de la bourgeoisie locale : le seigneur possédait le banc le plus près de l’autel. Suivaient ceux des personnages importants. Les pauvres qui ne pouvaient rien payer, apportaient leur tabouret !  D’ailleurs, les archives nous content une querelle de préséance dans l’attribution de banc à Mme de l’Estoile, seigneur des Touches Quatreboeufs. C’est un problème de riches. Les pauvres ne veulent pas payer : en 1768, la fabrique fait carreler la nef de l’église et installer des bancs neufs. Lors de l’adjudication des places, 17 paroissiens s’y opposent et menacent de brûler les bancs neufs.

Aux archives municipales, nous avons un état financier et nominatif des bancs et chaises en 1777. Les bancs, dont le tarif était d’au moins une livre, étaient réservés à la noblesse et à la bourgeoisie. Pour avoir les chaises bien placées, il fallait débourser 10 sols soit la moitié d’une livre et les chaises moins bien placées, le long d’un mur ou derrière un pilier, valaient cinq sols. Au total, en 1777, la vente des bancs a rapporté 74 livres 16 sols.

Les propriétés de la fabrique étaient bien pauvres. En 1760, elle possède une maison appelée « le jeu de paume » (louée 41 sols) , des prés loués (40 livres 5 sols), des terres louées (106 livres 15 sols), des vignes louées (28 livres 10 sols) et une boutique contiguë à l’église louée (30 sols). Le petit et le grand cimetière sont également loués pour 26 livres : on y fait paître du bétail et les arbres et épines sont exploitées. La fabrique prête aussi de l’argent et perçoit des remboursements de rentes pour 31 livres 15 sols. Au total, en 1760, les recettes des propriétés de la fabrique s’élevaient à 206 livres 12 sols. Mais ces revenus varient beaucoup d’une année à l’autre. En 1777, les locations des prés sont divisées par deux et celles des terres par cinq. Les recettes sont alors amputées de moitié.  Dans un registre des comptes « abrégés », de 1775 à 1787, les recettes varient de 100 à 260 livres, sauf en 1780 avec seulement 19 livres de recettes.

A la Révolution, par le décret du 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation. Les fabriques demeurent cependant administrées comme par le passé par les conseils.  En 1793, les biens des fabriques deviennent également propriété nationale. La loi de 1802, établit que les fabriques veilleront à l’entretien des lieux de culte et le décret de 1804 leur confie également l’organisation des services funéraires. Le décret du 30 décembre 1809 organise le fonctionnement des fabriques dans chaque paroisse. Elles deviennent alors des établissements publics du culte, et ce jusqu’en 1905. Le conseil de fabrique comprend alors le curé, le maire et cinq à neuf membres élus.

Au XIXe siècle, on trouve, au conseil de fabrique de Saint Georges, des familles actives à la fin de la Révolution : Faugeron (dont trois membres seront maires de la commune), Greneron Ternant (Jean Jacques Greneron Ternant fut le second maire de Saint Georges), Thierry, Hortode, Granger, Gourdon, Lemée. Dans la seconde moitié de ce siècle, on voit en permanence les deux grandes seigneuries de Saint Georges présentes : le comte Walsh de Serrant et le vicomte de Cumont propriétaire de l’Epinay. D’autres familles apparaissent : Séchet, Pasquier, Hudon, Bachelot, Rabineau Bourrigault, Blond…

Au cours du XIXe siècle, la location des bancs rapporte au moins 90 % des recettes. L’organisation des obsèques, une des compétences dévolues à la fabrique, complète ses revenues. Dans les budgets prévisionnels, les traitements du personnel ( vicaires, chantres, sacristains, suisse, enfants de chœur, organistes) représentent la moitié des dépenses. L’autre moitié correspond à des frais de fonctionnement. Le coût de l’entretien des bâtiments est négligeable : il faut dire que l’église est neuve.

A partir de 1894, les archives sont plus précises : la location des bancs représente 94 % des recettes ;  des dépenses de fonctionnement (49 %) deviennent plus importantes que celles des traitements  (41 %). Notons l’apparition d’un prélèvement pour la caisse de secours des prêtres âgés ou infirmes, l’ancêtre des caisses de retraites.

Durant cette période, deux financements apparaissent dans les budgets extraordinaires. Tout d’abord l’achat d’un orgue pour l’église. Cet orgue, un Cavaillé-Coll, a été inauguré le 2 décembre 1874. Le montant de l’investissement se situait aux environs de 10 000 francs. L’Etat a participé au financement : 1000 francs en 1874, 300 francs en 1876, puis encore 300 francs en 1877. Les aides sont accordées par le vicomte Arthur de Cumont, alors ministre de l’Instruction et des Cultes. Propriétaire du château de l’Epinay, il sera élu maire de Saint Georges de 1887 à 1897.

Le deuxième financement extraordinaire s’est produit en 1901. En 1900, une tempête a provoqué de gros dégâts sur l’église et le presbytère. Dès 1901, la fabrique fait faire les premières réparations sur l’église et les finance sur fonds propres à hauteur de 724 francs. Pour continuer ces réparations, la fabrique négocie un emprunt de 4000 francs auprès de la Caisse des dépôts et Consignations. Cette dernière ne l’accorde qu’à condition que le conseil municipal se porte caution. Le remboursement se fera sur 25 ans avec des annuités de 244 francs.

lettre officielle du ministère

Lettre du ministère de l’instruction publique et des cultes pour une subvention de 1 000 francs à la fabrique pour l’achat de l’orgue

La loi du 28 décembre 1904 retire aux fabriques et consistoires et donne aux communes le monopole de l’organisation des funérailles. Par la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, les fabriques sont supprimées. La loi prévoit la création, au niveau communal, d’associations cultuelles de fidèles, pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public du culte. À ces associations seront confiés les bâtiments destinés au culte appartenant à la Nation et la part des biens des fabriques relatives exclusivement à l’exercice du culte. L’Église catholique refusera de créer les associations cultuelles telles que prévues dans la loi de 1905.  Il faudra attendre 1924 et l’accord sur les associations diocésaines pour débloquer la situation.

A compter de 1907, à Saint Georges, la fabrique devient le conseil paroissial. Les conseillers ne sont plus élus, mais recrutés par le curé.  On y trouve principalement des notables. Au chapitre des dépenses, les gages des employés subsistent : sacristains, chantres, organistes, enfants de chœur. Il semble qu’en 1928, ce conseil paroissial a fait un gros emprunt pour les écoles, car les premiers remboursements apparaissent en 1929. Au chapitre des recettes, la location des chaises constitue la partie la plus importante. Cette location perdurera jusque dans les années 1950.

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L’école de filles

L'école de filles

1901

photographie de l'école de fille en 2024

L’ancienne école de filles, aujourd’hui propriété privée

En 1901, la rentrée scolaire dans le village se fait sous le signe de la nouveauté : une école de filles, laïque, va ouvrir ses portes à Saint Georges. Certes, la majorité des filles étaient déjà scolarisées depuis longtemps : la première école les accueillant avait vu le jour en 1714 lorsque Marguerite Bautru avait exaucé le vœu de son père Guillaume III Bautru, propriétaire du château de Serrant, de créer « une petite école tenue par deux filles de charité ».

Depuis la moitié du XVIIIe siècle, l’enseignement s’était développé, essentiellement sous la houlette de l’église catholique. Les lois Guizot de 1833 et Falloux en 1850 avaient tenté d’étendre l’instruction primaire à une majorité de petits Français, et même de petites Françaises. Les premières dues à François Guizot, historien membre de l’Académie Française et ministre de l’instruction sous la monarchie de juillet, rendaient obligatoire la création d’une école primaire par commune. Les secondes, dues à l’angevin Alfred de Falloux, ministre de l’instruction sous Louis Napoléon Bonaparte, ajoutaient l’obligation pour les communes de plus de 800 habitants d’avoir une école de filles. Ces lois donnaient également une place importante à l’enseignement privé dit « libre » : si les maîtres dans l’enseignement public se devaient d’être formés dans les écoles normales et recrutés par les communes, il suffisait d’un baccalauréat pour un congréganiste et d’une simple lettre d’obédience pour une religieuse pour ouvrir une école libre.

En 1850, le conseil municipal de Saint Georges, novateur, décide que tous les garçons de la commune doivent être admis gratuitement. Jusque là, seuls les enfants les plus pauvres dont la liste était établie par la municipalité bénéficiaient de la gratuité de l’enseignement. En 1852, cette mesure s’applique aussi aux filles.

En 1881, Jules Ferry, ministre de l’instruction publique, fait voter les textes imposant dans toute la France un enseignement obligatoire, gratuit et laïque. C’est un tournant important qui écarte les autorités religieuses des écoles de la République. Quelques années plus tard, l’Etat prendra en charge le traitement des instituteurs : il n’incombe plus, alors, aux municipalités ni de recruter ni de rémunérer les enseignants. C’est le début d’une éducation nationale. Ne restent plus à la charge des communes que l’achat et l’entretien des bâtiments et des fournitures scolaires comme aujourd’hui.

extrait de la délibération du conseil municipal de 1901

C’est dans ce contexte, qu’au beau milieu de l’été 1901, le conseil municipal décide d’acquérir une maison dans le bourg de Saint Georges pour en faire une école laïque de filles. Cette maison appartient à madame Gatine, née Eugénie Toupelin de la Doilière qui en a hérité. La demeure est située sur la grande rue (aujourd’hui la rue nationale) et sa cour fait l’angle avec la rue brutale (aujourd’hui la rue des parements). Le général Faugeron, maire de Saint Georges et l’inspecteur d’académie l’ont visitée le 12 mai et l’ont trouvée parfaitement adaptée pour l’installation de l’école communale de filles à condition que la fourniture d’eau y soit assurée. Il y a en effet une pompe au coin de la rue (toujours visible) mais l’école n’a pas d’eau courante comme bon nombre d’habitations à cette époque.

Monsieur Dussauzel, architecte départemental, est chargé d’établir un projet de travaux et un devis afin que les locaux puissent être utilisés dès la rentrée. Le 20 octobre 1901, l’inspecteur chargé de l’enseignement primaire écrit « le nouveau local répond à sa destination. Il y a lieu de le présenter tel qu’il est, sans proposer de modifications » Quelques semaines auparavant, Mademoiselle Bouquinat, l’institutrice nouvellement nommée, avait remercié le maire pour l’achat des dix tables d’écolières à deux places, le bureau de maîtresse et les deux tableaux sur chevalets. Elle demandait également trois autres tables et des bancs pour faire asseoir les enfants qui déjeunaient à l’école.

Mais la création de l’école n’est pas du goût de tous. Dès le 15 août, Jeanne Pichaud informe le maire qu’elle va ouvrir une école catholique primaire de filles puisque celle qu’elle dirigeait jusqu’alors vient de perdre son titre d’école communale. Dans le même temps, Jean-Baptiste Meignan fait la même démarche et ouvre chemin de la Varenne (aujourd’hui rue de l’abbaye) une école catholique de garçons. Une rivalité entre enseignement public et privé s’installe dans un bourg qui compte alors 2 354 habitants.

La municipalité doit également faire face à des frais imprévus pour les travaux : il a fallu creuser jusqu’à 14 mètres un puits alors qu’on pensait trouver de l’eau à 9 mètres, les murs de clôture se sont révélés en mauvais état, il a fallu installer des latrines, etc… La facture initialement prévue à hauteur de 8 800 francs, s’élève désormais à 12 450 francs. Le conseil municipal demande à l’Etat une subvention pour couvrir ces dépenses dues à « une laïcisation qu’il n’avait ni désirée, ni prévue ». La situation financière est compliquée : l’année précédente, une grave tempête a provoqué d’importants dégâts qui ont coûté très cher à la commune !

Les premiers mois de l’école ne satisfont pas les parents. Le 28 août 1902, Monsieur Hamard, viticulteur et marchand de vin en gros de la commune, s’énerve dans un courrier à la municipalité. Dès l’ouverture, il a inscrit sa fille dans l’école laïque, créée d’après lui dans « des conditions déplorables ». Il parle d’une salle de classe ayant hébergé précédemment des poitrinaires, c’est-à-dire des personnes souffrant de tuberculose et qui n’a pas été désinfectée avant d’accueillir les enfants. Il relève aussi le fait que certaines séances d’enseignement aient dû se dérouler dans la cour, faute de place suffisante. L’école a-t-elle été victime de son succès à son ouverture ? Hamard sollicite pour les fillettes plus d’égard.

Les choses n’ont pas dû s’arranger tout de suite. En 1907, monsieur Gatine, l’ancien propriétaire, rédige une lettre au nom des parents qui l’ont, dit-il, sollicité. Il y note que « le bâtiment est dans un état déplorable. Les ouvertures ne ferment pas. Le papier se décolle par l’humidité. Il n’y a pas de parquet. Le piétinement des enfants fait une poussière infecte. L’institutrice n’a point ou presque pas de charbon ». Il sollicite une entrevue avec le préfet.

Malgré ces premiers pas difficiles, l’école communale et laïque de filles a tenu bon. Elle a offert durant une grande partie du XXe une instruction publique et gratuite aux petites filles de Saint Georges. C’est dans cette école que sera raflée la petite Irène Keller en 1944. En 1972, cette école si difficilement ouverte, est redevenue un bâtiment privé. Cette année-là, la municipalité ouvre un groupe scolaire mixte, l’école Jean-Baptiste Lully, du nom du fils du célèbre musicien qui fut abbé commendataire de Saint Georges à la fin du XVIIe.

Extrait de la lettre à la municipalité de Monsieur Hamard, parent d’élève mécontent en 1902

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La tempête de 1900

La tempête de 1900

13 février 1900

une du petit courrier de 1900 annonçant un cyclone à Angers

Une du 15 février 1900 du petit Courrier (ADML)

Mardi 13 février 1900, l’après-midi est calme, dans la continuité d’un mois de janvier extrêmement doux, presque printanier. Les saint georgeois sont préoccupés par la présence de deux fugitifs, Tissier et Sauvestre, évadés de prison l’avant-veille et soupçonnés d’être les auteurs de plusieurs vols commis dans des fermes dans la région de Saint Georges. Mais à cinq heures les nuages s’amoncellent à l’horizon et un large arc-en-ciel nimbe la direction de l’Ouest. En même temps, un vent violent s’élève, grossissant la Loire, gagnant en intensité de minute en minute en intensité ; c’est-à-peine si les piétons peuvent se tenir en équilibre. A dix heures du soir, la tourmente bat son plein.

Cette violente tempête, précédée par de nombreux orages, touche la côte Atlantique et l’intérieur du pays dans la nuit du 13 jusque dans la matinée du 14 février 1900. Elle s’accompagne de pluie et de neige, poussée par des vents d’Ouest, Sud-Ouest. Aucune région n’est épargnée par la tempête qui balaie la France. A Paris les rafales maximales mesurées entre le 13 et le 14 à la Tour Eiffel sont de 158 km/heure.  L’échelle de vent mesurée les 13 à 18 h et 14 à 7 h annonce cette tempête classée 9 suivant l’échelle de Beaufort. Tout l’ouest de la France est particulièrement éprouvé.

Cette tempête appelée cyclone dans le « Petit Courrier » s’abat sur Angers et détruit complètement le Jardin des plantes, la chapelle de l’Hôpital et l’église Sainte Thérèse en partie. Les cheminées, oscillant sous la violence du vent, s’abattent en quelques minutes avec un fracas effroyable. Les ardoises dévalent les toits, les toitures sont arrachées, les maisons détruites, de nombreux arbres déracinés. Plusieurs bateaux-lavoirs sont fortement endommagés ou ont coulé, les lames en Loire atteignant un mètre cinquante de haut.

Dans les gares, les dégâts sont importants et les différents services subissent un retard considérable. La liaison entre Nantes et Angers a été fortement retardée par ce terrible ouragan. Certains trains sont restés en panne à la Pointe, près d’Angers, par suite d’impuissance de la machine ; le vent prenant de front la locomotive, la locomotive a patiné sur place.

carte météorologique de la tempête de 1900

Relevés météorologiques de février 1900

Toutes les communes de Maine et Loire sont concernées. Dans le « Petit Courrier » du 16 Février 1900, on relate que Saint Georges, comme les communes voisines, a été durement touché.

A SAINT-GEORGES-SUR-LOIRE

« les cheminées tombées par suite de l’ouragan ne se comptent plus. L’église est presque partout à jour tellement sa toiture a été endommagée. Dans plusieurs fermes, il y a eu des toits entiers d’enlevés. Le parc de Serrant est complètement mutilé. De nombreux massifs, de vieux arbres sont dévastés. C’est un spectacle navrant. »

A CHALONNES-SUR-LOIRE

« l’orage de l’après-midi de mardi s’est terminé par un terrible ouragan qui a jonché le sol des rues de tuiles et d’ardoises. Les dégâts matériels sont considérables, cheminées, toitures, devantures, volets, ardoises, arbres, rien n’a résisté, les deux églises, le cimetière et la mairie n’ont pas été épargnés et très approximativement ces dégâts peuvent atteindre le chiffre de 200.000 fr. »

Partout, des travaux urgents de réparations de toitures sont décidés. Couvreurs, charpentiers et maçons et les patrons ne peuvent donner satisfaction aussi vite qu’ils le voudraient aux demandes qui affluent. Beaucoup d’entre eux manquent d’ouvriers, en particulier les ouvriers couvreurs qui demandent une augmentation de salaire. Le ministre de la Guerre accorde alors des permissions exceptionnelles aux ouvriers du bâtiment sous les drapeaux.

A Saint-Georges-sur-Loire, lors de la séance du conseil municipal du 18 février 1900, le général de division Emile Faugeron, maire, liste, devant le conseil municipal, les dégâts occasionnés dans tous les bâtiments communaux : église, mairie, cure, cimetière et voirie ont été touchés. Ce constat est d’autant plus désolant que ces mêmes bâtiments viennent d’être rénovés !

En effet, deux ans auparavant, le 20 février 1898, la commune avait contracté deux emprunts sur quinze ans pour un montant total de 12 000 francs dont un auprès de la Fabrique, le Conseil économique paroissial, Ainsi, le 14 août 1898, ont été réalisés par les ouvriers locaux la réfection de la toiture du bâtiment annexe à la cure et du dôme de l’église, le remplacement du cadran en cuivre émaillé de l’église, le rétablissement de la girouette sur le clocher à la tige du paratonnerre, le remplacement des persiennes du clocher avec treillage en fil de fer pour empêcher les oiseaux de passer ainsi que la réparation du plafond intérieur et de la charpente du plancher de l’église. Le 24 août 1899, le mur du cimetière est consolidé par des contreforts.

Suite à l’ouragan, une commission composée du maire et des conseillers municipaux Granger, Thierry et Houdebine ainsi que de monsieur Mazé, agent voyer, est nommée pour constater les dégâts dans tous les bâtiments communaux et pour évaluer les travaux et leur urgence. Le 14 octobre 1900, la commission communale estime le montant des dégâts sur Saint-Georges-sur-Loire à 100 000 francs suite au cyclone.

photographie du parc de la flêche dévasté par la tempête de 1900

Le parc de la Flêche en Sarthe après le passage de la tempête de 1900

article de journal de 1900

Article du Bonhomme angevin de 1900 (ADML)

Devant l’état de l’église, fortement endommagée, le curé P. Bompas de Saint-Georges-sur-Loire adresse en mars 1900 un devis des réparations au chanoine Thibault, secrétaire de l’évêché d’Angers, d’un montant de 3 000 francs. Le conseil de la Fabrique dans sa délibération du 7 avril 1900 vote un emprunt de 4 000 francs à la Caisse des dépôts et consignations amortissable en 20 années. Il permettra de financer les travaux extérieurs à hauteur de 2 000 francs, l’autre moitié permettant de couvrir les dépenses pour réparer les dégâts intérieurs (achat de 200 chaises, réfection de 100 chaises, réparation des persiennes et des gouttières).

La municipalité, déjà endettée suite aux travaux de 1898, doit faire face à ces dépenses considérables. En 1901, d’autres frais viennent s’ajouter : André de Joly, demande à la commune d’ouvrir une école laïque de filles. Le conseil municipal de Saint Georges sur Loire fait alors appel au préfet afin d’obtenir une subvention, justifiée par l’état très préoccupant de la situation budgétaire.

Les dégâts occasionnés par la tempête de 1900 pèseront encore longtemps sur les finances de la commune. Ainsi, trois ans après, dans sa séance extraordinaire du 23 avril 1904, le conseil municipal de la commune de Saint-Georges-sur-Loire vote à nouveau une dépense pour consolider une poutre à la cure, brisée suite à la chute d’une cheminée lors de la tempête de 1900. Ces travaux doivent être entrepris d’urgence car tout un pan de toiture menace de s’effondrer !

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Jean de Vassé

Jean de Vassé

1534-1583

champagne

Abbaye de Rouez en Champagne

manoir des alignés à laval

Manoir des alignés à Laval

Jean de Vassé est né en 1534 au Mans. Il est le fils de Jean Groignet de Vassé, baron de la Roche-Mabille et chevalier de l’ordre de Saint Michel.

Dans sa jeunesse, Jean de Vassé porte les armes avant d’embrasser une carrière dans l’église. Il devient abbé de Cahors en 1560.

De 1574 à 1579, il est abbé de Rouez en Champagne dans la Sarthe après la résignation de son frère, Lancelot de Vassé qui en était le premier abbé commendataire. Il réside alors à Laval dans le manoir des Alignés qui sera partiellement détruit en 1944.

Il reçoit en commende l’abbaye Notre-Dame-de-Cormeille à Lisieux et 1574 et celle de Saint Georges sur Loire en 1577.

Jean de Vassé, alors sous-diacre au Mans, est nommé évêque de Lisieux le 4 novembre 1579 succédant à Denis Roussel à qui il cède l’abbaye de Cormeille. Il est ordonné diacre le 20 février 1580 à Paris et entre à Lisieux le 30 mai de la même année. Fidèle au roi Henri II dont il est l’aumônier, il va se retrouver confronter à des chanoines au fort penchant ligueur. En effet, à partir de 1576, la Ligue Catholique va réunir seigneurs et prélats qui veulent défendre les intérêts des catholiques face aux progrès du protestantisme alors que les guerres de religion se succèdent. Alors qu’Henri III n’a pas de descendant, Henri de Bourbon, roi de Navarre, futur Henri IV, est le premier prétendant au trône, mais celui-ci est protestant. La Ligue ne souhaitant pas voir arriver au pouvoir un protestant va donc entrer en lutte avec le Roi. Le diocèse de Lisieux comme le reste du Royaume va alors se partager entre deux camps bien tranchés. Le duc d’Anjou, frère du roi, était très influent à Lisieux. C’est lui qui en 1579, propose Jacques de Bonnechose pour l’évêché. Rome s’inquiète. Cet inconnu est un proche du favori du duc, Fervacques, un homme d’arme. Surtout, on craint qu’il ne soit un peu trop favorable aux idées protestantes. Rome enquête sur le postulant dont les manières frustres ne rassurent pas du tout. Rome, après de nombreuses tractations, finit par écarter Bonnechose. Le pape nomme Jean de Vassé, ecclésiastique de bonne doctrine, « avec qui lequel M de Fervacques a échangé l’évêché contre quelques abbayes ».

En 1581, il assiste au concile de Rouen qui connaîtra une forte affluence. L’Assemblée des prêtres y affirment durant des réunions publiques les décisions du Concile de Trente. Initié en 1542 par le Pape Paul III en réponse aux théories protestantes, le concile confirme les bases du dogme, de la discipline et du culte catholique.

Il meurt le 16 mars 1583 au manoir des Loges près de Lisieux. Il fut enterré dans le chœur de la cathédrale de Lisieux.

publication du concile de Rouen de 1581

Publication du concile de Rouen de 1581