Saint Georges Patrimoine

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Antoine Sconin

Antoine Sconin

1608-1689

Portrait d'Antoine Sconin

Protrait d’Antoine Sconin

Antoine Sconin est né le 27 septembre 1608 à la Ferté-Milon dans l’Aisne. Il est le fils de Marguerite Chéron et de Pierre Sconin, procureur du Roi en la juridiction des Eaux et Forêts de Villers-Coterets. En 1628, il entre chez les génovéfains, ordre de Saint Geneviève, la patronne de Paris. Il est ordonné prêtre en 1632. Son influence au sein de la congrégation grandit car Antoine Sconin a le soutien de Charles Faure, l’abbé de Paris, supérieur de l’ordre des génovéfains.

Le 14 septembre 1650, reconnu pour ses talents, il est élu pour trois ans comme supérieur général de la Congrégation de France des génovéfains au détriment de François Blanchart qui souffrant, n’est pas rééulu et de François Boulart qui succèdera à Sconin en 1653.  Sconin veut moderniser l’ordre : il donne le droit aux chanoines de s’exprimer et plus d’autonomie aux supérieurs locaux. Il veut aussi clarifier le statut des curés prieurs, à la fois sous les ordres de l’abbé de Sainte Geneviève et de l’évêque. Le 11 juin 1652, il est aux côtés de l’archevêque de Paris pour la procession de la chasse de Saint Geneviève. La Fronde frappe le royaume de France : le peuple se révolte contre la dérive autoritaire du régime monarchique alors que Louis XIV est encore mineur. La procession est des reliques de la patronne de Paris, est censé ramener la paix. C’est Louis II de Bourbon-Condé, cousin de Louis XIV qui est l’instigateur de la manifestation, souhaitant chassé Mazarin du pouvoir.

Sconin n’est pas réélu en 1653 : on lui propose le diocèse de Mont-Argis, qu’il refuse. Il va alors être envoyé par la congrégation à Uzès. L’évêque y est en conflit avec les chanoines de la congrégation. Antoine Sconin qui s’est fait de nombreux ennemis durant son règne à la tête de la congrégation, va prendre la place du prieur d’Uzès, un exil forcé. Monseigneur Jacques de Grignan, évêque d’Uzès le fait vicaire général et official avant de devenir prieur des chanoines réformés de la cathédrale d’Uzès et prieur de Saint-Etienne et de Saint-Maximin où il possédait une maison familiale.

gravure de la processeion de sainte genviève à paris en 1652 avec l'abbé sconin

Procession de la chasse de Sainte Geneviève en 1652. L’abbé Sconin au premier plan aux côtés de l’archevêque de  Paris

En 1661, Antoine Sconin accueille à Uzès le jeune fils de sa sœur Jeanne, Jean Racine, qui deviendra quelques années plus tard, le célèbre dramaturge. Jean Racine est né en 1639 à la Ferté Milon comme son oncle. Sa mère, née Jeanne Sconin décède lorsqu’il avait 13 mois. 11 avait trois ans quand Jean Racine, son père meurt. Le voici orphelin. Il est élevé par ses grands-parents paternels. Il  10 ans lorsque son grand-père meurt. Sa grand-mère se retire au couvent de Port Royal. C’est là que le jeune Racine fit ses premières études. Il les poursuivra au collège-de Beauvais puis à Paris au collège d’Flarcourt. Il commence à écrire. Mais, cela ne nourrit point son homme et les dettes s’accumulent. Sa famille songe alors à I’oncle Antoine Sconin qui jouit à Uzès d’une belle situation et qui pourra I’aider à obtenir un bénéfice ecclésiastique. (revenu attaché à une fonction religieuse).

Antoine Sconin enseigne à son neveu la théologie, espérant le voir entrer dans la prêtrise. Il souhaite lui offrir une situation mais le contexte à Uzès n’est pas favorable. Un conflit oppose génovéfains et chanoines de Saint Augustin et la population refuse de voir les bénéfices ecclésiastiques passer entre des mains étrangères si bien qu’Antoine Sconin est dans l’incapacité à fournir à son neveu le bénéfice de la moindre chapelle.

Antoine Sconin a obtenu le bénéfice du prieuré de l’Epinay à Saint Georges sur Loire en 1661, de Jacques Adhémar alors évêque d’Uzès et abbé de l’abbaye de Saint Georges. Celui-ci s’élève alors à 400 livres. Sconin, toujours préoccupé par la situation de son neveu offre son bénéfice à Jean Racine en 1666.

Mais, à Paris, Jean Racine écrit. Sa première tragédie « La Thébaïde ou les Frères ennemis », est représentée au Palais Royal par la troupe de Molière en 1664. Le privilège de la première édition d’Andromaque du 28 décembre 1667 est accordé au « sieur Jean Racine, prieur de l’Epinay ». Il possède enfin un bénéfice, pas pour longtemps. A peine eut-il obtenu ce bénéfice, qu’un régulier, Valéran Leferron, nommé par l’évêque d’Angers, Henri Arnaud, frère du Grand Arnaud abbé de Port Royal, vint lui disputer son titre de prieur. En effet pour obtenir un bénéfice ecclésiastique, il faut être religieux, ce qui n’est pas le cas de Racine. Fatigué enfin du procès, las de voir des avocats et de solliciter des juges, Racine abandonna le bénéfice, et se consola de cette perte par une comédie contre les juges et les avocats : Les plaideurs, seule comédie du répertoire du dramaturge.

Antoine Sconin meurt à Uzès en 1689, assassiné.

blason d'Antoine Sconin

Blason d’Antoine Sconin

Portrait de Jean Racine

Portrait de Jean Racine

Document attribuant la gabelle de l'épinay à Jean Racine en 1669

Accusé de réception de la gabelle pour le prieuré de l’Epinay à Jean Racine en qualité de prieur en 1669

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Gotfried Bolinger

Gotfried Bolinger

1792-1865

acte de mariage de gotfried bolinger

Extrait de l’acte de mariage de Bolinger (ADML). Autorisation de mariage de G.Bolinger par son père. Traduit de l’allemand par un interprète assermenté.

La consultation des actes de l’état civil de Saint Georges sur Loire, numérisées par les Archives Départementales de Maine et Loire, réserve parfois quelques informations inattendues. Le 12 janvier  1852, le perruquier du bourg marie sa fille Constance-Julie Bolinger à Sébastien Robin, né à Montrelais (44) et huissier à St.Georges (Cf AD49, Saint-Georges-sur-Loire, NMD 1852-1855, page 3/169).

La curiosité pousse à remonter la généalogie des conjoints.

Constance-Julie Bolinger, née le 20 mai 1830 à Saint Georges sur Loire est la fille de Charles Bolinger et de Anne-Désirée Bobet. Charles Bolinger est âgé de 59 ans et perruquier dans le bourg. Les tables décennales de la commune n’y mentionnent pas son mariage. Son patronyme, peu angevin, laisse à penser qu’il a pu s’établir à partir d’Angers en provenant de l’est de la France. Les tables décennales d’Angers livrent la date de son mariage avec Anne-Désirée, marchande dans le faubourg Saint-Jacques : le 23 novembre 1825 (Cf AD49, Angers,3ième. Arrond. , M 1825, page 93-97/108).

C’est dans cet acte de mariage que l’on trouve les informations le concernant.

Charles ou plus exactement Gotfried Bolinger est né en décembre 1792 à Niedenbur en Prusse Orientale. Après la seconde guerre mondiale, la ville a pris le nom de Nidzica ; elle est située en Pologne. Il n’a pu produire d’acte de naissance car les archives de la ville ont été détruites en 1806 lors du passage de l’armée napoléonienne en guerre contre le Royaume-Uni, la Russie, la Prusse et la Suède. C’est son père Mathias, âgé de 77 ans et maître tourneur, qui donne la date approximative de sa naissance et celle du décès de sa mère Louise Herder. Il y indique, de plus, que son fils a quitté la ville en 1806 en suivant un officier général jusqu’en France. Faute de plus amples détails, son parcours se perd ; son père nous apprend qu’il ne lui a écrit qu’une seule lettre vers 1817, mais il réside déjà à St.Georges en 1825 selon la mention faite dans son acte de mariage. Son arrivée à St Georges ne résulte probablement pas du hasard. Il n’est sans doute pas arrivé avec les troupes d’occupation prussiennes mais plus vraisemblablement avec le retour au pays d’un officier de l’armée napoléonienne dont l’identité n’est pas connue.

Le couple aura 4 enfants : Flavie-Joséphine (1826-1828), Claire (1827-1827), Constance-Julie (1830-1890) et Adolphe (1833-?). Les deux premières filles décèdent en bas âge, la troisième a quitté St.Georges rapidement après son mariage pour s’établir à Nantes. Adolphe ne laisse aucune trace à St.Georges : pas de mariage ou de décès. En l’état, il est difficile de savoir ce qu’il est devenu.

Gotfried décède dans le bourg le 25 juillet 1865 ; sans être divorcé, il vivait séparément de son épouse Anne-Désirée qui décède le 5 avril 1874.

Il apparaît à plusieurs reprises comme témoin dans des actes de naissance et de mariage, montrant sa bonne intégration dans la commune.

acte de décès de gotfried bolinger

Acte de décès de Gotfried Bolinge

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Une vie pour un seau

Une vie pour un seau

1890 : de la restauration aux années folles

article du petit courrier du 12 décembre 1890

L’article du 12 décembre 1890 dans le Petit Courrier relatant les faits

acte de mariage de Langevin en 1887

acte de mariage de Langevin en 1887

Il fait froid ce dimanche 7 décembre 1890 à la ferme des Grandes Touches, propriété de M. Suaudeau Alfred-Marie-Ernest, fils de Marie-Hylas Suaudeau, ancien Maire de Saint Georges sur Loire de 1871 à 1887. Le nommé Langevin Pierre-René, journalier, travaille dans cette ferme.

A trois heures de l’après-midi, par inadvertance, un seau tombe dans le puits ; sans réfléchir il se propose d’aller le récupérer. Il descend en se tenant d’abord à la margelle, continue à descendre en s’appuyant aux parois avec les pieds et les mains. Quelques pierres se détachent sous ses pieds, d’autres tombent, le mur du puits s’écroule sur lui. Dimanche soir, le puits est comblé jusqu’au bord.

Depuis plusieurs heures, des travailleurs s’activent pour déblayer et les travaux durent toute la nuit. Lundi matin il reste une vingtaine de pieds à enlever, le puits atteignant environ quarante pieds de profondeur. (1 pied : 30 cm ou 4 pieds = 1 mètre)

Pendant les travaux de sauvetage, le Sieur Paul Baranger, maréchal ferrant et débitant dans le bourg, fournit aux travailleurs plusieurs litres d’eau de vie à la demande d’Alfred Suaudeau en accord avec le Maire, Arthur de Cumont.

Plusieurs personnes affirment ou croient entendre les appels du malheureux Langevin.

Peu de chances de le sauver, le pauvre journalier est mort noyé ou broyé de suite à l’âge de 25 ans.

Pierre-René Langevin était né le 21 décembre 1865 à Montrelais, s’est marié à St Georges sur Loire le 6 septembre 1887 à Jeanne-Michelle Florentin, lingère, née à St Georges le 3 juillet 1866. Le couple a eu deux enfants : René-Louis-Gabriel, né à St Georges le 30 mai 1889 et Elie-Clément, né à St Georges le 30 mars 1891, après le décès de son père.

acte de décès de pierre langevin en 1890

Acte de décès de Pierre Langevin le 7 décembre 1890

Le Sieur Baranger, fournisseur d’eau de vie, présente alors sa note s’élevant à 170 francs. M. Suaudeau accepte de prendre à sa charge 80 francs.

Invoquant la transaction intervenue lors du sauvetage, il réclame le solde au Maire, Arthur de Cumont.

Le Maire refuse de payer et consulte son conseil municipal le 24 mai 1891 ; celui ci rejette le paiement au motif que la livraison d’eau de vie n’est pas liée sur réquisition du Maire.

Baranger n’en reste pas là ; le Conseil municipal après délibération des 16 août et 8 novembre 1891 déclare approuver l’arrangement conclu entre M. le Maire et M. Suaudeau.

Sources :

Le Petit Courrier du 12 décembre 1890

Archives municipales : DCM des 24 mai, 16 août et 8 novembre 1891

 

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Occupation prussienne

L'occupation prussienne

1815 : Premier empire

Portrait du général Thielmann

Portrait du général Thielmann

Bien avant l’occupation allemande de 1940, Saint Georges sur Loire avait connu dès le XIXème siècle la présence de soldats venus de Berlin. C’était en 1815. Les saint-georgeois venaient de traverser une période très sombre avec la Révolution.

En avril 1814, l’empereur Napoléon 1er, dont les armées avaient conquis, puis perdu une bonne partie de l’Europe, avait été contraint d’abandonner le pouvoir et d’accepter l’exil à l’île d’Elbe, en Méditerranée. Il n’y était pas resté longtemps. Dès mars 1815, évadé de son île, trop petite pour lui, il s’était à nouveau emparé du pouvoir impérial pendant trois mois : ce sont les Cent Jours. Puis, les Anglais et leurs alliés européens l’avaient battu à Waterloo, avant de l’envoyer sur l’île brumeuse de Sainte-Hélène, perdue dans les brouillards atlantiques. Il devait y mourir. Les frères de Louis XVI occupèrent alors, l’un après l’autre, le trône de France.
Ah qu’il était difficile d’affirmer une fidélité politique en ces temps troublés, propices aux retournements, aux serments contradictoires ! Le conseil municipal de Saint-Georges, présidé par Julien Alexis Faugeron, officier de santé, n’a pas échappé à ces reniements. Lui qui s’était empressé d’adresser « sa soumission et sa reconnaissance aux Bourbons » et de renouveler « son serment de fidélité au Roy » Louis XVIII, monarque pendant le premier exil de Napoléon, réaffirme sa loyauté à l’empereur à nouveau maître du pays, le 18 avril 1815, c’est à dire pendant les Cent Jours ! Il va sans dire qu’au bout de cette période, et l’empereur à jamais déchu, il proteste de son attachement et de son absolue soumission à Louis XVIII revenu définitivement au pouvoir.
Les alliés, vainqueurs des armées impériales, avaient été indignés par ces gesticulations politiques, et, persuadés qu’ils ne pouvaient faire confiance à ces diables de Français, avaient décidé d’occuper une partie de la France, prenant aussi leur revanche sur ce pays si longtemps conquérant. Une nouvelle insurrection serait alors impossible. La coalition, composée d’Anglais, d’Autrichiens, de Russes et de Prussiens envoya 1 200 000 hommes qui occupèrent 61 départements. Et c’est ainsi que Saint-Georges vit arriver les Prussiens du 3e corps d’armée commandé par le général Thielmann.

Hussard prussien

L’Allemagne alors n’existait pas encore. Elle était composée de petits états indépendants, parmi lesquels la Prusse, forte et militarisée, qui occupait, avec Berlin sa capitale, une position de première importance. Les voilà donc ces soldats qu’il faut loger, nourrir et supporter. Effroi probable de la population ! Il leur faut du pain, du vin, de la viande, de l’eau de vie, du tabac, et de l’avoine, et de la paille, et du fourrage pour leurs chevaux ! Le conseil municipal s’inquiète de l’approvisionnement exigé, et met toutes ces fournitures « au rabais », c’est à dire au prix le plus bas possible. Le boucher Gourdon propose la viande à 14 sols le kg ; le cabaretier Mathurin Rousseau emporte le marché du vin qu’il fournira à 9 sols la bouteille. Quant au pain, c’est le boulanger Lemée qui le propose au prix de la mercuriale.
Pour ce qui est du tabac et de l’eau de vie, on traitera plus tard avec le capitaine qui commande le détachement. Il s’agit de parer au plus pressé, et les accords paraissent clairs. Mais on ne tarde pas à déchanter. Les Prussiens «sont exigeants et emportés.» Il faut encore ferrer leurs chevaux, entretenir leurs équipages, fournir de la lumière. Ils consomment « les viande, vin, tabac et eau de vie au delà de la probabilité, et beaucoup plus que trois hommes ordinaires. »
Les ressources de la commune n’y suffisent pas : elle ne peut même pas fournir tout le vin et l’avoine consommés, qu’il faut acheter ailleurs…

Il faudra, une fois encore utiliser les vieilles recettes, c’est à dire lever un nouvel impôt. La dépense journalière liée à l’occupation s’élève à 150 francs par jour. Après de longues réflexions, avec beaucoup de réticences, le conseil municipal décide de lever « 12 centimes et demi par franc sur l’impôt foncier». La présence des Prussiens pèse de plus en plus.

Et dans ces comptes rendus municipaux ne sont pas évoqués les autres problèmes de la vie quotidienne : les réquisitions, les violences, les vols, les viols qui sont toujours le fait des armées d’occupation. D’ailleurs, les historiens remarquent que ces derniers augmentent au cours de l’été 1815 dans les départements tenus par les Prussiens. L’un d’eux, François Furet note que l’occupation fut si dure qu’elle laissa pour longtemps des sentiments de haine.
Dans « l’état général des charges supportées par l’arrondissement d’Angers résultant de l’occupation des armées étrangères », il est noté qu’« une nourriture extraordinaire » a été fournie aux officiers à l’auberge et que « des voitures et des chevaux » ont été « fournis pour enlever les armes et porter leurs sacko (coiffure militaire haute, faite de feutre et surmontée d’une calotte de cuir, complétée d’une visière, aux couleurs et aux armes du régiment. L’armée prussienne fut la première à le porter. Il fut ensuite adopté par les armées impériales françaises).
Le texte mentionne aussi des frais d’interprète.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, il faut aussi régler des « frais de fortification et de réparation d’armes » qui n’avaient pas été payés. Des fortifications à Saint-Georges ? On croit rêver…. Elles avaient été décidées pendant les Cent Jours par le général Lamarque, fidèle à Bonaparte, et prêt, à la tête de l’armée de Vendée, à mater un soulèvement royaliste. Les ordres n’avaient pas été écrits, Lamarque se contentant, lors de sa venue, de désigner d’un geste de la main, les travaux à accomplir … ! On ne sait pas en quoi ils consistaient, et les fortifications autant que leur emplacement restent encore un mystère.
Les Prussiens devaient occuper la France jusqu’en 1818.
Les archives saint-georgeoises, après 1815, ne mentionnent plus cette invasion qui en préfigurait d’autres.

armées prussiennes en 1813

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La famille Keller

La famille Keller

1944 : Seconde Guerre Mondiale

plaque commémorative du cimetière à la mémoire de Daniel Crétin et de la famille Keller

Plaque commémorative située dans le cimetière de Saint Georges

La rue du Dolmen à Saint Nazaire où la famille Keller séjourna en 1940

En janvier 1944, une femme et ses trois enfants sont arrêtés sous les yeux des saint-georgeois par les gendarmes. Cette famille polonaise s’était installée dans la commune en 1940. Ils partiront pour Auschwitz où ils trouveront la mort.

Naftali Joseph KELLER est né en 1901 à Mostyka, un village de 4600 habitants aujourd’hui à la frontière de l’Ukraine et de la Pologne. Il rencontre Reisel GOLDSTEIN que l’on appelle Rosa dans la ville voisine de Yavoriv. Elle est de 7 ans son aînée mais ils se marient et s’installent à Przemysl, grande cité de plus de 60 000 âmes, où ils ont deux filles, Sara, le 2 mai 1928 et Irène, le 16 décembre 1929.

Il n’y a pas de trace de ce que le couple a traversé durant ces premières années. Ils sont nés et ont grandi au milieu d’un monde aux frontières floues (la Pologne se sépare de l’empire austro-hongrois en 1918 alors que l’Ukraine est sous domination soviétique) dans un climat de violence antisémite constant. Les pogroms (mot d’origine russe signifiant «destruction, pillage») qui frappent les communautés juives de l’Est ont débuté dès la fin du XIXème siècle. On ne sait pas ce qui a motivé les Keller à partir mais comme des milliers de familles juives (près de 400 000 juifs polonais émigreront entre 1921 et 1937), ils quittent la Pologne et sont en France en 1930.

Les Keller arrivent au début des années 30 à Belfort. Ils sont très certainement accueillis par la petite communauté juive de la ville. C’est là que naît leur troisième enfant, un garçon, Michel, le 24 Mars 1935. Naftali développe une activité de marchand de tissus ambulant qui fait vivre toute la famille.

Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne en vertu d’un traité de février 1921 les liant à la Pologne. C’est le début de la seconde Guerre Mondiale.
Naftali Keller s’inscrit sur les listes des engagés volontaires dès le 5 septembre 1939. En effet, un décret d’avril 1939 permet à tous les étrangers de 18 à 40 ans de s’engager dans l’armée française. Plus de 57 000 étrangers feront comme Naftali.
Les Keller décident de quitter Belfort, trop proche de la frontière avec l’Allemagne.

Alors que la guerre s’achève brusquement avec la victoire allemande, les Keller s’installent à Saint Nazaire qui est alors en zone occupée après l’armistice de juin 1940.

Sara qui a tout juste 12 ans obtient son Certificat d’Études en juin avec des notes brillantes. La préfecture de Loire-Inférieure alors sous le joug allemand procède d’abord au recensement des familles juives. Naftali déclare son entrerpise. A l’automne 1940, les autorités allemandes lancent une procédure d’aryanisation qui vise à spolier les commerces et entreprises juives. Les Keller sont chassés de Saint Nazaire le 6 décembre 1940 pour Baugé puis Saint Georges sur Loire.

déclaration des biens des Keller à l'administration allemande

Déclaration des biens des Keller à l’administration allemande

La famille Keller s’installe dans une petite maison discrète, route de Segré, située à l’arrière des autres et aujourd’hui disparue. Les Keller tentent une intégration difficile dans un village qui compte alors moins de 2 000 habitants où les étrangers attirent une certaine curiosité voire une méfiance. Cependant, les enfants vont à l’école publique et tissent des liens d’amitié. Sara, la fille aînée fait des cadeaux de tissu, don de son père, marchandise rare en ces temps de restrictions, sans doute parce qu’elle était généreuse, peut-être aussi pour s’attirer la sympathie des gens. Elle rend souvent visite à une couturière du village, madame Lambin, avec la famille de qui elle noue une amitié profonde. Neftali va jouer à la société de boule. Rosa est plus discrète et reste le plus souvent enfermée chez elle. La famille possède une voiture, un certain signe d’aisance.

En 1941, l’administration angevine recense les étrangers qui sont «en surnombre dans l’économie nationale». Les juifs réfugiés des départements voisins, frappés de l’interdiction d’exercer leur métier, sont considérés comme coûtant trop cher à la collectivité. Le rapport justifie alors l’arrestation et l’internement au camp de Beaune-la-Rolande de huit personnes le 18 septembre 1941 par le fait que «leur séjour dans un camp de concentration serait moins onéreux que l’hébergement individuel». Naftali Keller fait partie des premiers déportés de Maine et Loire.
Quelques mois plus tard, le convoi n°5 du 26 juin 1942, l’emporte vers Auschwitz. Il rentre alors dans la partie concentrationnaire du camp où il reçoit le matricule 43161. Naftali est décédé un mois après son arrivée le 20 juillet 1942 à l’âge de 41 ans.

Rosa Keller et ses enfants poursuivent à Saint-Georges une existence inquiète, sans argent, sans possibilité d’en gagner. « Mme Keller n’a pour toute ressource que l’allocation des réfugiés. Le conseil donne avis favorable d’assistance médicale gratuite pour ses trois enfants », note le secrétaire de mairie dans un compte rendu de conseil municipal daté du 26 octobre 1941.
Cette vie précaire, pourtant éclairée par quelques amitiés, se poursuit jusqu’en janvier 1944.

Le 26 janvier 1944, des gendarmes français se présentent à l’école publique de filles dirigée par madame Poirier, rue des Parements. Ils emmènent Irène, puis vont chercher Michel, dans la cour de l’école dirigée par monsieur Métivier, rue du Riochet. Ensuite, ils vont prendre Sara chez madame Lambin, effondrée. Rosa, leur mère, est sans doute arrêtée chez elle.
Ils sont tous emmenés à la prison du Pré-Pigeon à Angers. Le 29 janvier, on les transfère au camp de Drancy.
Dans le camp de regroupement, Rosa prend soin de la petite Anja Schaul, 6 ans, arrêtée elle aussi dans son école des Rosiers-sur- Loire.
Ils font ensuite partie du convoi n°68 qui, le 10 février 1944, part pour Auschwitz, où sont morts épuisés, malades, gazés, plus d’un million d’êtres humains.

L‘acte de décès de Michel est daté du 15 février 1944. C’est le seul acte reçu par la municipalité puisque l’enfant était le seul à être né sur le sol français. Il est mort 5 jours après avoir quitté Angers, sans doute dès son arrivée, et de façon à peu près certaine, dans une chambre à gaz. Il n’avait pas encore 9 ans.
La petite Anja a été exterminée le même jour et son acte de décès est aussi daté du 15 février.
Après la guerre, Rosa, 50 ans, Sara, 15 ans, et Irène, 14 ans, sont déclarées mortes en déportation en 1944.

Dans le cimetière, une plaque, apposée par Denis Mercier, maire de Saint Georges, appelle à se souvenir de la famille Keller et de Daniel Crétin, étudiant et résistant saint-georgeois, victime également de la déportation. (photo en couverture)
Le samedi 28 avril 2007, Daniel Froger, maire de Saint Georges dévoilait la plaque du square qui porte le nom de la famille Keller en présence de saint-georgeois venus leur rendre hommage et notamment de Yves Lambin et Serge Bruneau, camarades de classe de Michel Keller. Alain Jacobzone, historien dont une partie du travail est consacrée à la mémoire des Juifs en Anjou, était présent à la cérémonie. Il soulignait l’importance de conserver une trace de la vie de ces gens ordinaires, malheureuses victimes, pour mieux comprendre notre passé et nous prévenir de cette barbarie.

fiche d'internement d'Irène Keller à Drancy

Fiche d’internement du camp de Drancy d’Irène Keller

Sara Keller laisse tombé du convoi qui l’emmène au Pré-Pigeon, ces derniers mots pour la famille Lambin

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Le petit patronage

Le petit patronage

1944 : Seconde Guerre Mondiale

activités physiques au patronage

activités physiques au patronage au début du XXème

Situé sur la terrasse sud de l’Abbaye, le billard des moines qui a longtemps abrité la bibliothèque municipale était connu jusqu’aux années 1970 comme le « petit patronage ». La maison conventuelle, l’actuelle mairie, avait été durant le XXème siècle partiellement abandonnée. Seule l’aile nord, aujourd’hui détruite, qui s’avançait sur la place, était occupée par les services municipaux. Les prêtres de la paroisse étaient hébergés dans la partie ouest de l’Abbaye.

Le petit patronage était surtout le domaine du vicaire qui y organisait les activités concernant les jeunes garçons de la paroisse. C’est ainsi que tous les jeudis après-midi, il proposait des jeux et des sorties en plein air avec les scolaires du bourg. Cela donnait du temps libre aux mamans qui savaient leurs enfants en bonnes mains. Pour les plus grands, ados et jeunes hommes, l’abbé animait des réunions, souvent le soir après la journée de travail.

Pendant la guerre 1939-1945, nous eûmes le bonheur d’être guidés par un vicaire passionné de musique qui avait échappé à la captivité. Il ne se contenta pas de faire survivre la fanfare qui existait depuis de nombreuses années, il mit en place une harmonie qui comprenait une cinquantaine de membres, pour la plupart des jeunes mais aussi quelques anciens et même trois très bons musiciens descendus de Paris pour essayer de satisfaire un peux mieux la faim qui les tenaillait dans la capitale en ces temps de restrictions et de cartes d’alimentation.

Nous les plus jeunes avons été dans l’obligation d’apprendre les rudiments de solfège, indispensables avant qu’on nous confie un instrument de musique. Trente leçons furent nécessaires à raison de trois par semaine. Ces sorties nocturnes étaient tolérées par les soldats allemands qui faisaient leurs rondes pour que le couvre-feu soit respecté. Ils ne faisaient que de rares apparitions au cours des répétitions parce qu’ils voyaient un rai de lumière passer par la fenêtre. Ils nous obligeaient alors à bien tirer le rideau de camouflage.

L’harmonie Saint Stanislas pendant l’Occupation

Donc, jusqu’à la libération nous n’avons cessé de progresser dans l’apprentissage de la musique. Nos n’avions guère l’occasion  de faire connaître cette progression à la population à part les dimanches de fêtes où nous produisions quelques morceaux à la sortie de la messe sur la place de l’église et aussi lors des kermesses organisées pour permettre d’envoyer des colis aux prisonniers de guerre.

En 1944, lorsque les troupes libératrices débarquèrent en Normandie, notre chef décida de nous faire répéter « La Marseillaise » malgré la présence de l’occupant qui pourtant n’est jamais intervenu pour interdire cette téméraire initiative. Il est difficile d’admettre qu’il n’entendait rien, mais sachant ce qui l’attendait, ne faisait-il pas la sourde oreille ? Toujours est il que dès que nous fûmes libérés, un défilé vers le parc du château de Serrant fut organisé pour aller mettre le feu à un bucher installé par des prisonniers russes cantonnés dans des baraquements près du château. Ils avaient surmonté ce bûcher d’une grande caricature de l’ennemi Hitler. Et c’est joyeusement qu’une ronde franco-russe fut organisée spontanément autour de ce feu de joie. Ce jour là, nous avons vu monsieur le Maire, Maurice Lair, et monsieur le Curé, pour la première fois, dans la même voiture automobile. Nous, les jeunes, espérions voir enfin, avec la fin de la guerre, la fin des querelles de clocher.

Avant de partir pour ce défilé mémorable, sur la place de la mairie, nous avons « exécuté » (dans tous les sens du terme) La Marseillaise avec un tas de fausses notes tant l’émotion était grande !

Témoignage d’Eugène Mercier

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L'occupation de Saint Georges

1939-1945 : Deuxième Guerre Mondiale

défilé militaire de troupes allemandes au château de serrant durant la deuxième guerre mondiale

Défilé de troupes allemandes au château de Serrant

Comme durant le premier conflit mondial, la vie du village est fortement impacté en 1939 alors que commence la Deuxième Guerre Mondiale. Quand est signé l’armistice du 22 juin 1940, Saint Georges sur Loire se retrouve en zone occupée. Si le gouvernement de Vichy dirigé par le maréchal Pétain a autorité sur tout le territoire français, l’Allemagne exerce des droits d’occupation dans un large territoire du nord et de l’ouest de la France obligeant sa population « à se conformer aux réglementions des autorités militaires allemandes et à collaborer ».

De nombreux Saint-Georgeois ont été fait prisonniers. De nombreuses familles sont touchées. Une solidarité  se met en place avec notamment l’envoi de colis aux prisonniers et déportés qui travaillent en Allemagne.

Dans le village, la duchesse de la Trémoille a mis, dès 1939, à la disposition de l’État, le château de Serrant pour y abriter des œuvres d’arts des musées nationaux.

Comme partout en France de nombreux bâtiments publics et privés sont réquisitionnés pour loger les troupes d’occupation et les services de l’administration allemande. A Saint Georges, le château va ainsi héberger durant un an et demi, l’état-major de la Flak (la Défense Contre l’Aviation de l’armée allemande) mais également de nombreux officiers tels que les maréchaux Von Bock, Kesselring, Von Paulus et Dönitz. Le passage de l’occupant laissera peu de traces dans le château : seules deux fresques peintes sur le plafond des cuisines du château par un soldat cherchant à vaincre l’ennui témoignent de cette période.

Photographie du passage de troupe pendant la seconde guerre mondiale au grand bras

Troupes allemandes passant le pont du Grand Bras

Dans le village, le logis abbatial est occupé par des troupes : les dégâts seront plus importants, laissant la demeure dans un piteux état après la Guerre.

La population tente de retrouver une existence normale compte tenu du contexte. Une fanfare répète au petit patronage, sous la direction du vicaire qui cherche a occuper les jeunes garçons. Un nouveau jeu de boule de sable est même construit au cercle de l’union. Mais les drames vont venir traumatiser les villageois.

Le 20 juin 1943, Daniel Crétin, jeune étudiant saint-georgeois, est arrêté alors qu’il allait passé ses examens avec ses camarades de promotion. Participant à un réseau de Résistants, il est accusé, à tort, d’avoir participé quelques jours plus tôt à un raid sur la mairie de Vern d’Anjou, pour y voler des tickets d’alimentation et des tampons qui permettront d’établir de fausses cartes d’identité. Il est emprisonné et meurt en 1944.

Le 26 janvier 1944, la famille Keller, Rosa, la mère, ses deux filles, Irène et Sara, et son jeune fils, Michel, 9 ans, est raflée. Cette famille de confession juive, originaire de Pologne, est arrivée en 1940 dans le village. Le père, Naftali, avait été arrêté dès 1941. Toute la famille Keller meurt en camp de concentration.

Angers est libérée le 10 août 1944 par les troupes américaines du général Patton. La rive nord où se trouve Saint Georges est rapidement libérée mais les villages de la rive attendront les interventions de bataillons de Résistants. C’est le cas de la commune voisine de Chalonnes.

Le 26 août 1944, une section des forces Françaises de l’Intérieur fait halte au cœur de la nuit dans une ferme abandonnée du village. L’objectif de ces combattants est l’île de Chalonnes. Ils traversent la Loire au petit matin au Boyau car le pont du Grand Bras a été détruit. Ils s’installent dans les fermes de La Soulouze et l’Offraie. Les soldats allemands surprennent les Résistants. Trois hommes sont abattus. Ils seront enterrés avec les honneurs militaires dans le cimetière de Saint Georges.

À cette période

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Louis Charles Marie de la Tremoille

Louis Charles Marie de la Trémoille

1863-1921

Portrait de Louis Charles Marie de la Trémoille

Louis Charles Marie de la Trémoille

L’hôtel de la Trémoille à Paris construit par Louis Charles Marie de la Trémoille

Louis Jean Marie de la Trémoille

Louis Charles Marie de la Trémoille est le fils de Louis Charles de la Trémoille, propriétaire du château de Serrant à partir de 1894, et de Marguerite Duchâtel, fille de Charles Marie Tanneguy Duchâtel, ministre de Louis Philippe.

Il épouse Hélène Marie Léonie Pillet Will, le 1er février 1892. Il s’installe en Gironde, région d’origine de sa belle-famille : son beau-père, le comte Frédéric Pillet-Will, banquier célèbre, est le propriétaire du Château Margaux, grands crus bordelais.

Il devient maire de Margaux de 1904 à 1919. Il est élu député de Gironde dans la quatrième circonscription de Bordeaux entre le 6 mai 1906 et le 7 décembre 1919. Il sera également conseiller général.

Républicain de gauche, inscrit à la gauche démocratique, il défendra dans ses différents mandats la cause et les intérêts de sa région.

En 1911, il hérite du château de Serrant. dans le parc duquel il organisera des courses hippiques lors de la Grande fête du 15 août. Une foule élégante s’y presse pour admirer les chevaux de course du duc.

En 1912, il fait construire à Paris, un hôtel particulier. C’est l’architecte Ernest Sanson qui conduit les travaux. C’est un architecte célèbre pour ses constructions privées qui travaillera pour les vieilles familles comme pour les nouvelles fortunes de la fin du XIXème au début du XXème. Les travaux de l’hôtel de la Trémoille sont achevés en 1920, deux ans après le décès de l’architecte : ce sont ses fils qui finiront le chantier.

En 1920, Louis Charles Marie de la Trémoille vend le domaine de Château Margaux. Il meurt quelques mois plus tard, le 17 juin 1921 à Paris.

Hélène Marie Léonie Pillet Will, veuve, habitera l’hôtel de la Trémoille à Paris qui sera vendu en 1936. Il devient alors la demeure de l’ambassadeur de Yougoslavie. Depuis 1990 et l’éclatement de la Yougoslavie, l’hôtel héberge l’ambassadeur de Serbie.

Le couple aura quatre filles : Charlotte qui épousera Henri-Florent Lamorat de Ligne, Marguerite, Hélène et Antoinette.

Ils auront également un fils Louis Jean Marie, né en 1910. A la mort de son père, celui-ci hérite du château de Serrant. Il est jeune officier des Chasseurs d’Afrique, régiment de cavalerie de l’armée de terre française. Il mourra tragiquement à l’age de 23 ans, dans l’incendie du manoir Heronry, propriété de James McCormick dans le Hampshire, le 9 décembre 1933. Sans alliance ni descendance, il n’a pas d’héritier direct. C’est son neveu, Jean-Charles Lamoral, prince de Ligne et fils de sa sœur, Charlotte, qui va alors hériter du patrimoine et notamment du château de Serrant.

portrait photographique du duc de la trémoille

Louis Marie, duc de la Trémoille (archive du château de Serrant)

Louis Jean Marie de la Trémoille et Léandre McCormick (archive du château de Serrant)

Photographie de Louis Jean Marie de la Trémoille devant une automobile

Louis Jean Marie de la Trémoille (archive du château de Serrant)

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La fontaine de la place de la mairie

La fontaine de la place de la mairie

1870 : De l'Empire aux années folles

fontaine de la place de la mairie

La fontaine de la place de la mairie en 2012

Au XIXème siècle, l’histoire de Saint Georges est ponctuée de problèmes hydrauliques. Les besoins en eau potable deviennent de première importance. Le village, construit sur un coteaux rocheux, possèdent des fontaines : la fontaine Bénêt, encore en activité aujou’dhui, à l’entrée est de la commune, la fontaine Boussion, aujourd’hui disparue. Les pompes situées rue des parements et rue de Cumont, sont les témoignages de ces points d’eau. De nombreux puits étaient aussi présents. Pourtant, ce n’était pas suffisant pour répondre aux besoins en eau d’une population avoisinant les 2 500 habitants.

Le 13 février 1870, le conseil municipal, présidé par son maire, Jean-Charles de la Tourette, décide le creusement d’un puits public, place de la mairie. Dès le 24 avril, les lots de travaux sont adjugés à Louis Sauvestre, entrepreneur résidant rue de Brissac à Angers et à Joseph Androuin, plombier à Saint Georges pour un montant total de 1 329,40 francs. L’architecte angevin Tendron, dirigera le chantier.

Deux ouvriers se mettent au travail : ils se nomment Gasnier et Louis Leblond. Nous connaissons leur identité car ils ont laissé des factures de restauration chez René Tudoux, « débitant » de Saint Georges, que celui-ci adresse à la municipalité. Le 31 mai 1870, les deux ouvriers ont ainsi consommé 3 litres de vin, 4 cafés et de l’eau de vie « pour la goutte ».

Malgré les efforts des deux hommes, l’ouvrage n’avance guère : la roche, très dure, résiste. En septembre, l’entrepreneur Sauvestre demande une augmentation : il a dû payer des réparation d’outils cassés aux frères Lusson, forgerons. Il précise au préfet : « Il fallait tout faire sauter par la mine, avec beaucoup de difficultés ! ».

Le puits est prévu d’un diamètre extérieur de 4 mètres et intérieur de 3,5 mètres, et d’une profondeur de 15 mètres en pierres maçonnées vers le haut et sèches ensuite.

délibération du conseil municipal en 1871 concernant la fontaine de la place de la mairie

Délibération du conseil municipal en 1871 concernant la fontaine de la place de la mairie : le maire Louis Monprofit fait part de sa crainte de ne pas voir Sauvestre finir le chantier.

candélabre de la fontaine de la place de la mairie

la borne est surmontée d’un candélabre, c’est-à-dire d’un couronnement évoquant une torche telle que l’avait souhaité l’architecte Tendron

Les relations de l’entrepreneur avec l’architecte angevin, Pierre Jacques Gustave Tendron sont tendues. Ce dernier lui reproche de ne jamais être sur le chantier. L’entrepreneur semble avoir des soucis financiers. Il déménage à de nombreuses reprises la même année. En 1871, le nouveau maire de Saint Georges Louis Monprofit pense à le dessaisir du chantier qui n’a pas avancé depuis septembre 1870. Sauvestre s’engage à finir de creuser le puits prévu à condition d’être rémunéré à hauteur de 160 francs le mètre creusé au lieu de 150 initialement prévu. Le conseil municipal accepte.  Mais une autre question inquiète l’architecte Tendron : l’eau du puits vient-elle d’une source ou bien des égouts des maisons voisines ? Pour le savoir, il faudrait vider le puits…

Marie Hylas Suaudeau devient maire de Saint Georges et récupère le dossier. Il apprend qu’une partie des travaux de 1870 ont été sous-traités à un certain Lucas, puisatier de Saint Martin du Fouilloux. Des démêlés s’en suivent entre l’entrepreneur et le sous-traitant. La chambre syndicale des entrepreneurs d’Anjou finit par statuer : Sauvestre ne peut poursuivre le chantier.

Le 22 Mai 1873, après trois ans de travaux, le conseil municipal décide de confier la poursuite à Mathurin Merlet, de la rue Tuliballe à Angers. Mais celui-ci va aussi connaître des déboires. Le décès de sa femme va d’abord perturber la conduite du chantier. Puis, c’est l’architecte Tendron qui viendra contester son travail. Le puits atteint finalement 20 mètres.

Un nouveau problème apparaît : la pompe initialement prévue par le plombier Androuin ne convient plus à cette profondeur de forage. L’architecte Tendron a découvert lors d’une exposition à Angers ce qui lui paraît être l’équipement idéal : « une pompe en cuivre à deux corps, borne en fonte, dallage sur le puits en granit rose bleu de Bécon » équipé du « système Piau ». Louis Joseph Androuin réalise l’installation en 1874 pour constater qu’elle ne fonctionne pas…

Marie-Hylas Suaudeau se plaint à l’architecte Tendron qui ne donne plus signe de vie. Son fils parle de voyage, ignorant la nouvelle adresse de son père. Même au décès de son épouse, Tendron ne réapparaît pas. Toujours est-il qu’il faut remplacer la pompe Piau par une autre, plus simple, aspirante, à colonne et à balancier.

Blot, mécanicien à Angers, doit superviser les travaux. Il envoie une description précise du matériel nécessaire au fournisseur Lizolle-Rousseau, installé rue Saint Julien à Angers. Il commande « une pompe élévatoire dont le corps de pompe doit être situé à 10 mètres en contrebas du sol, mais à cette profondeur le corps de pompe sera plus bas que le niveau de l’eau ». Il faudra donc construire une sorte d’échafaudage constitué de pièces de bois entrecroisées qui permettra les réparations nécessaires et au bout duquel sera fixé le corps de pompe. Le fournisseur garantit sa marchandise pour 5 ans.

Mais le 27 avril 1899, le conseil municipal se plaint : la pompe ne fonctionne plus régulièrement. Le problème est d’autant plus préoccupant que la sécheresse sévit et que les fontaines commencent à se tarir. On fait de nouveau venir des ouvriers d’Angers. En août, la pompe fonctionne de nouveau. Mais le duc de la Trémoille, propriétaire du château de Serrant et membre du conseil municipal, « a fait faire à ses frais, l’analyse chimique et bactériologique de l’eau du puits ». Les résultats ne sont pas bons. Il convient d’avertir la population du bourg qu’il est nécessaire de faire bouillir l’eau de la fontaine de la mairie avant de la consommer.De nouveaux travaux sont nécessaires pour que les eaux usées ne se mélangent pas avec celles du puits.

Le 17 juillet 1900, le général Faugeron, maire de la commune, annonce que les pompes de la commune ne seront mises à disposition que de 6 à 8 heure et de 17 à 19 heure. La sécheresse ne permet plus un usage intensif.

Il faudra attendre 1955 et l’arrivée du service d’eau potable avec pompage dans la nappe phréatique de la Loire pour que tous ces problèmes soient résolus.

La fontaine au début du XXème siècle

La fontaine au début du XXème siècle (source : M. Abellard)

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