Saint Georges Patrimoine

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Louis Monprofit

Louis Monprofit

1821-1893

Louis Monprofit est né en 1821 à Beaufort en Vallée. Son père Jacques Monprofit est tisserand.

Il se destine d’abord à l’enseignement. Il fait ses études à l’école Normale d’Angers et devient instituteur d’abord à Gennes puis à Saint Georges sur Loire.

Il se marie le 3 octobre 1848 avec Françoise Elisabeth Soubre. Le couple emménage à Saint Georges sur Loire sur la place du champ de foire (l’actuelle place Monprofit). C’est dans cette maison que naît, en 1857, leur second fils, Jacques-Ambroise Monprofit, qui deviendra un chirurgien célèbre et maire d’Angers.

Louis Monprofit prend alors la charge d’huissier et devient conseiller municipal. Suite au décès de Jean de la Tourette, Louis Monprofit est élu maire de la commune, le 14 mai 1871, par le conseil, largement devant Marie-Hylas Suaudeau et Arthur de Cumont . Mais quelques semaines plus tard, Louis Monprofit démissionne. On procède à une nouvelle élection : c’est Marie-Hylas Suaudeau qui lui succède, le 18 juin 1871.

En 1873, la famille Monprofit déménage alors à Angers, dans le quartier de la Doutre. Louis Monprofit revient à la politique : il devient très vite conseiller municipal puis premier adjoint. A la démission de Jules Guitton, en 1883, il remplit les fonctions de maire d’Angers jusqu’aux élections de mai 1884. Réélu à son mandat de conseiller municipal en 1888, Louis Monprofit reste premier adjoint jusqu’en 1892. Son fils, Jacques-Ambroise, prendra son relais en étant élu conseiller municipal à la ville d’Angers en 1893, conseiller général en 1904 puis maire d’Angers en 1908.

Républicain convaincu, Louis Monprofit sera également reconnu comme administrateur des hospices et de l’asile de vieillards de Saint Nicolas, fonctions dans lesquelles il fait preuve de dévouement et d’esprit pratique. Il sera élevé au rang d’Officier de la Légion d’Honneur.

A sa mort en 1893, le conseil municipal de la ville d’Angers décide d’honorer sa mémoire en nommant une place de la Doutre, quartier pour lequel il aura beaucoup œuvré. La place Monprofit porte toujours son nom aujourd’hui.

signature de Louis Monprofit

signature de Louis Monprofit

Extrait du registre de délibérations du conseil municipal de Saint Georges : élection de louis monprofit comme maire en 1871

Election de Louis Monprofit le 14 mai 1871 (extrait du registre de délibérations du conseil municipal de Saint Georges)

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Beausite en l’an VI

Beausite en l'an VI

1798

Durant la Révolution, on cherche à faire disparaître toute référence à la religion. Saint- Georges prend le nom de Beausite le 18 avril 1794, et cela pour 4 années. Le calendrier a également changé. Le calendrier révolutionnaire est institué le 24 octobre 1793 par la Convention nationale. Le début de la nouvelle ère est fixé à l’équinoxe de l’automne précédent, le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la République, qui devient ainsi le 1er vendémiaire an I. L’an VI, c’est donc l’année 1798. La Révolution va fêter sa première décennie.

signature de pierre gourdon

La signature de Pierre Gourdon (ADML)

signature du vicaire coudroy

La signature de Coudroy (ADML)

Au mois d’avril de l’an VI de la république, Pierre Gourdon, saint-georgeois fils de tonnelier devenu bourgeois influent avec la Révolution, est nommé comme commissaire du canton de Beausite. Il rédige un rapport sur la situation du canton à destination du commissaire central à Angers. Ce rapport nous éclaire sur le Saint Georges de la fin de la période révolutionnaire.

Gourdon note d’abord que les habitants de Beausite restent plutôt favorables à la Révolution. Les cinq chanoines qui occupaient l’abbaye et le curé ont tous prêté serment à la République. Le curé Gournay a ainsi renoncé à ses fonctions religieuses et est devenu agent municipal jusqu’en l’an IV avant de démissionner et de se retirer. Le vicaire Coudroy avait suivi le même chemin mais proche des armées vendéennes des chouans, il est condamné par l’Administration à six mois de prison et part dans la région du Plessis Macé où il poursuit « ses abominables projets », selon Gourdon.

A Beausite, on célèbre les fêtes nationales qui viennent ponctuer le nouveau calendrier et se substituer aux fêtes religieuses. Par exemple, lors de la fête des époux, célébrée le 29 avril ; on assiste dès 7h du matin à un défilé des troupes républicaines à pied et à cheval suivies par tous les fonctionnaires publics. Puis on se rend au pied de l’arbre de la liberté, entendre discours et hymnes. Puis on se rend à la maison commune pour de nouveau un moment institutionnel avant de rejoindre un bal ouvert de 2h à 9h du soir au son des violons. Gourdon note que 500 citoyens et citoyennes ont participé à la fête dans un esprit fraternel.

Gourdon fait un état des lieux de l’instruction. L’école publique pour les garçons est conduite par le citoyen Louis Poisson, ancien vicaire. Celui-ci faisant l’objet de nombreuses plaintes sera remercié durant l’année par le conseil municipal qui lui préférera le citoyen Corbineau, « connu pour son civisme et son amour pour la patrie ». Il y a également deux écoles de filles : celles-ci sont privées. Marguerite Letheule enseigne dans l’une d’elles. Gourdon considère qu’elle reste attachée aux valeurs de l’ancien régime, mais, pratiquant des tarifs bas, elle conserve un certain succès notamment chez les moins fortunés. En effet, si l’école est publique, elle n’est pas gratuite et l’instituteur a des demandes que seuls les plus aisés peuvent couvrir. Gourdon explique que le logement de l’instituteur a été vendu par le département ce qui lui occasionne des dépenses supplémentaires.

tableau montrant la garde nationale en 1791

Officier et soldats de la garde nationale en 1791

Gourdon affirme ensuite que Beausite est un village sûr et protégé. Ce n’a pas toujours été le cas : on se souvient certainement encore de la période où le village était frappé par les pillages des milices de chouans cachées dans les bois de Saint Augustin. Les rondes de polices sont régulières empêchant les rassemblements suspects, on patrouille sur les routes et dans la campagne et l’on contrôle les passeports strictement dans ce bourg fréquenté par de nombreux voyageurs s’arrêtant dans les auberges, malgré des routes et des chemins en très mauvais état. Cependant, le transfert de la brigade de gendarmerie à Ingrandes depuis peu inquiète : Gourdon juge son rétablissement à Beausite souhaitable. Il y a une prison à Beausite qui semble bien peu efficace à maintenir enfermé qui que ce soit : il n’y a ni gardien, ni concierge…

Depuis la loi du 29 septembre 1791, les communes se doivent d’organiser une garde nationale chargée de suppléer les forces de l’ordre dans la sécurité intérieure. Cette milice sert également d’outil répressif et de renseignement. Gourdon est commandant de la garde-nationale et chargé de donner les ordres pour sa mise en place. Mais en l’an V (1797), les compagnies peinent à se constituer à Beausite et Gourdon est rappelé à l’ordre. En l’an VI, Gourdon fait état d’une garnison de 25 hommes d’infanterie et de 8 cavaliers qui assurent un service lorsque la troupe est absente.

Beausite est entouré de bois, de forêts et de campagne : les gardes champêtres ont fort à faire et sont assez nombreux. Deux d’entre eux, Lapierre et Grandin, travaillent au château de Serrant et ont un passif dans la chouannerie. Gourdon les a à l’œil et envisage de les désarmer. Les forêts qui appartenaient à l’abbaye ont été nationalisées puis vendues par l’administration. Elles fournissent un bois de chauffage mais inutilisable pour la construction. Les gardes forestiers, négligents, ferment les yeux sur des coupes inappropriées qui dévastent les bois. Le garde des bois de la nation, un certain René Daunereau, que Gourdon juge « paresseux car il n’a dressé aucun procès-verbal », semble aussi faire preuve d’un certain laxisme.

On célèbre de nouveau des offices dans l’église. Mais Gourdon juge que « la religion qu’on y sert ne nuit pas aux intérêts de la République ». On est averti des cérémonies au son d’une petite cloche qu’on actionne à la main : le clocher a été détruit et les cloches descendues.

Au niveau de la santé, Beausite possédait une maison de charité, un hospice avec trois officiers de Santé : Constant Leroy, Jacques-Louis-Marie Granger et Jean Renou. Ce dernier, chirurgien ayant pris une part active dans l’administration suite à la Révolution, deviendra maire de Saint Georges deux ans plus tard. Mais, le département a vendu ce bâtiment qui servait également d’école et qui était tenue par des sœurs ayant refusé de prêter serment. Cette maison, située rue nationale, qui avait eu pour enseigne « Le chapeau rouge », a par la suite abrité la bibliothèque paroissiale avant d’être détruite dans les années 1990. En l’an VI, un bureau de bienfaisance vient donc de se constituer pour ouvrir un établissement du même type. Gourdon note aussi la présence d’une guérisseuse qui « tire les cartes et séduit les esprits faibles ». Cependant et par chance, aucune épidémie ne frappe la commune : la police a soin d’empêcher les dépôts d’ordure trop souvent vecteurs de maladies.

Il semble que la population de Beausite souffre d’une certaine pauvreté. Suite aux guerres, de nombreuses femmes, veuves, sont réduites à la mendicité. Gourdon donne pour exemple Anne Huteau dont le mari, Pierre Bernard est mort fusillé par des chouans dans bois de Jaulnay à Saint Augustin des Bois alors qu’il guidait les armées républicaines. Il avait auparavant fait trois campagnes comme canonnier. La voilà, seule, sans revenu, avec quatre enfants à nourrir, « infortunée dans la plus affreuse détresse ».

la signature de Jean Renou

La signature de Jean Renou (ADML)

Chateau de serrant au XVIIIème

Le château de Serrant au XVIIIème siècle

Qu’en est-il de l’administration ? Gourdon note que les contributions de l’an passé sont loin d’avoir toutes été acquittées. Le receveur, qui « tient un peu à l’ancien régime », manque de fermeté pour collecter les impôts. Le juge de paix, Jean-Baptiste-Maurice Sortant, dont l’oncle, René-Guy Sortant, avait tenu le relais postal, est un homme de cœur mais « il ne traite les affaires qu’à l’auberge, où souvent l’appât de la bouteille lui donne de la partialité ». Ce sont ses assesseurs qui assurent le traitement des affaires.

Le 21 frimaire an VI (11 décembre 1797), ce même Jean-Baptiste Maurice Sortant, avait exécuté l’ordre du  « commissaire de directoire exécutif près l’administration centrale du département de Maine et Loire » d’apposer les scellés « en la maison de Serrant », c’est à dire au château de Serrant. Serrant est alors vide de ses propriétaires.  Le comte, Antoine Walsh, est parti à l’étranger depuis juillet 1789.  La comtesse, Renée de Choiseul qui a fait face aux tourments de la Révolution seule, est morte. Le domaine, château et terres, n’a été ni vendu ni démantelé, mais gardé, surveillé à distance par les enfants Walsh : Edouard, qui habite Eculard, et Sophie-Mélanie, mariée à César-Xavier de Schomberg, neveu d’un célèbre général, qui, malgré des rivalités, préservent leurs biens. Le château avait déjà fait l’objet d’une mise sous scellés en 1794, suite à sa nationalisation. Mais au retour de Sophie-Mélanie d’exil en 1795, le Département avait jugé que le domaine lui revenait. Elle doit cependant verser à l’état, une rente de 833 louis d’or. En l’an VI, Sophie-Mélanie, partie vivre à Paris, ne tient pas cet engagement et l’administration ordonne la saisie.  Il faudra 5 jours à Jean-Baptiste Maurice Sortant pour mener à bien la visite des lieux et noter tout ce qu’ils renferment.

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Pierre Gourdon

Pierre Gourdon

1752-1814

Pierre François Gourdon, fils de Pierre Gourdon tonnelier au Viciou, et de Renée Gaultier, naquit à Saint Georges sur Loire le 9 avril 1752. Il fut baptisé le lendemain : parrain François Gaultier demeurant au Fresne et marraine Jeanne Gourdon demeurant au Viciou. Il était l’ainé de 5 enfants.

Fils d’un humble artisan tonnelier, républicain convaincu, payant de sa personne pour défendre avec armes et paroles la république, il va devenir l’un des grands bourgeois de Saint Georges.

De son premier mariage avec Marthe Boisneau décédée le 27 février 1783, il eut sept enfants.

Il se remaria le 21 juin 1784 avec Jeanne Françoise Greneron Ternant, fille du notaire de la juridiction de Serrant et de Jeanne Chalain. Jeanne Françoise est la nièce de Jean-Jacques Greneron Ternant, notaire et maire de Saint Georges pendant la Révolution.

Il est intéressant de s’attarder sur les signataires de l’acte de mariage, on trouve la bourgeoisie locale : Louis et Jacques Greneron Ternant (notaires), dont le fils Jean-Jacques deviendra maire de Saint Georges durant la période révolutionnaire, Jean et Marie Granger (chirurgiens), Jeanne Perrine et Marie Hardouin, Jean Gourdon, Jeanne Boinaut, Jeanne et Françoise Chesnon, Louise Revelière et le chanoine Tourtois.

Cinq enfants naquirent de ce second mariage. Au fil des actes, il est répertorié comme marchand fermier, puis boucher. En 1790, il était secrétaire greffier de la justice de paix : « J’ai eu le bonheur, dit-il, de me faire aimer et de me faire craindre. En voici la raison : depuis vingt ans, j’ai occupé des emplois publics dans la commune ou je suis né. »

Il organisa le 1er mars 1793, de son propre mouvement, un bataillon de volontaires de Maine et Loire, composé d’hommes de bonne volonté, dont, du consentement unanime, il fut élu commandant. Il fit, à la tête de son bataillon, deux campagnes dans la Vendée et deux autres aux armées du Rhin et de la Moselle. Je pense que c’est le 4 ème bataillon dit des pères de famille.  Les références et archives manquent pour développer cet aspect du personnage.

Il revint à Saint Georges au moment de l’occupation par les chouans ( fin 1797 ) et réorganisa une compagnie franche avec laquelle il réussit à les mettre en fuite jusqu’à leur reddition.

« Ce sont là, dit-il, les puissants motifs qui ont donné lieu à m’attirer l’estime des bons citoyens et la haine des malveillants. Et dans les uns comme dans les autres, je crois être à l’abri d’aucun moyen de reproche dans la conduite que j’ai tenue. »

acte de baptême de pierre gourdon

Acte de baptême de Pierre Gourdon (ADML)

Au mois d’avril de l’an VI de la république, comme commissaire du canton de Beausite, nom que porta Saint Georges sur Loire durant quatre années pendant la Révolution, nous lui devons un rapport sur la situation du canton à destination du commissaire central à Angers. Ce rapport nous éclaire sur le Saint Georges de la fin de la période révolutionnaire.

Bénéficiant de la nationalisation des biens de l’abbaye, Pierre Gourdon acquière des terres et des immeubles à Saint Georges.

Le 13 avril 1791, il achète la métairie de la Thiellerie, ancienne propriété de l’abbaye, située à proximité du Port Girault.

La maison conventuelle et l’église abbatiale sont vendues le 18 messidor an IV à J.P.Puny et Pierre Gourdon. Ils se partagent le bâtiment conventuel, aujourd’hui mairie, le 7 thermidor an IV, c’est-à-dire le 7 juillet 1795.

En l’an V, il fut nommé commissaire du Directoire et mourut le 1er novembre 1814, âgé de 62 ans.

Nous n’avons trouvé aucune trace de l’activité de Pierre Gourdon de 1798 à sa mort. La partie de la maison conventuelle qui lui appartenait a été profondément modifiée.

Son épouse Jeanne Greneron-Ternant décède le 28 novembre 1818.

Les quatre enfants du deuxième mariage, Jean Julien, Auguste Frédéric, Jeanne Louise et Aimée Palmire vendent à Jacques Puizot propriétaire de la plus grosse auberge de la commune, le Lion d’or, l’ensemble de la partie est de la maison conventuelle. Acte du notaire Oger le 13 janvier 1819.

Références :

Revue de l’Anjou.

Archives municipales.

acte de décès de Pierre Gourdon

Acte de décès de Pierre Gourdon (ADML)

signature de pierre gourdon

Signature de Pierre Gourdon pour son mariage (ADML)

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Louis Delaunay

Louis Delaunay

1880-1915

photographie de Louis Delaunay

Photographie de Louis Delaunay

acte de naissance de Louis Delaunay

Acte de naissance de Louis Delaunay (ADML)

Dans le courant de l’année 1900, l’autorité militaire constate l’absence du matricule 1334 au bureau de recrutement d’Angers. Absent du 15 novembre 1901 au 1 janvier 1902 il est déclaré insoumis. Mais qui peut bien être ce Louis Delaunay qui manque ainsi à tous ses devoirs et quelles sont les raisons de son absence ?

Louis Delaunay est né à Saint-Georges-sur-Loire le 1 mai 1880 et plus précisément à Gravereuil à 1 heure du matin au domicile de ses parents, Jean Delaunay et Louise-Célestine Chevalier. Son père est domestique, originaire de Saint-Georges, sa mère est originaire de Savennières. On ne sait rien de sa jeunesse si ce n’est qu’il a reçu une formation de menuisier.

Par sa fiche matricule, on apprend qu’il mesure 1,75 mètre, ce qui est relativement grand pour l’époque ; il a le visage allongé, un menton rond, un front haut, des cheveux et sourcils bruns ainsi que des yeux clairs. Son degré d’instruction générale est noté 3 ce qui signifie qu’il sait lire et écrire mais qu’il n’a pas atteint le niveau du brevet de l’enseignement. Sur la même fiche, il est déclaré « résidant à Paris ».

Un jour de janvier 1902, le maire de Saint-Georges, le Général Faugeron, reçoit de la Préfecture un « Avis Essentiel » daté du 9 lui demandant de bien vouloir transcrire un acte de naissance reçu de l’étranger. L’acte, enregistré au Consulat de France à Barcelone, concerne la naissance de Mimosa-Espérance Delaunay !!!

La petite fille est née le 25 novembre 1901 à minuit et demi au 49 rue Consejo de Ciento à Barcelone (Espagne). Un certain Louis Delaunay, menuisier, demeurant auparavant à Saint-Georges-sur-Loire l’a déclarée comme étant son père. Sa mère est Anna-Léontine-Victoire Quesnel. Les deux témoins, Gaston Lance, mécanicien, et Pierre Vidal, marchand de vin résident tous deux à Barcelone. Louis Delaunay et Léontine Quesnel ne sont pas mariés car, un mois plus tard, la mère  doit signer un acte de reconnaissance de sa fille.

Mais, s’agit-il du même Louis Delaunay décrit dans la fiche matricule ? Plusieurs faits plaident en ce sens : menuisier, originaire de Saint-Georges, en âge d’avoir des enfants. L’examen de la base ‘poilus’ répertoriant les actes d’état-civil de la commune montre qu’un seul Louis Delaunay correspond à ces critères.

Après cet épisode, on perd la trace de Louis en Espagne pour la retrouver en Angleterre comme il est mentionné sur sa fiche matricule. Anna Quesnel l’a-t-elle suivi ?

Elle est originaire de Bolbec en Seine-Maritime, mais on la retrouve en septembre 1904 à Paris où elle épouse Edouard Groc, également menuisier, dont elle aura deux enfants et dont elle divorcera en 1911. Cet acte de mariage ne fait référence ni à Louis ni à Mimosa.

A Hitchin, une ville du comté de Hertfordshire, au nord de Londres, Louis rencontre une jeune française, Yvonne Vigneron, qui, en France, s’occupait des enfants d’une famille anglaise qu’elle a suivi en Angleterre. Il l’épouse le 26 juin 1905. Une fille naît en Angleterre et la famille rentre en France en septembre 1906 ; deux autres enfants vont naître à Saint-Georges. Louis est finalement amnistié et inscrit dans la réserve de l’armée. Il effectuera deux périodes d’exercice en 1907 et en 1911.

A la mobilisation générale, il est affecté à l’intérieur du 5 septembre au 30 novembre 1914 puis à l’armée du 1er décembre 1914 au 29 mai 1915. Blessé le 29 avril 1915, il décède à Neuville-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais le 30 mai 1915.

Yvonne Vigneron et ses enfants restent à Saint-Georges. Elle travaille au Château de Serrant  jusqu’en 1921. Elle quitte alors Saint-Georges pour retourner dans le Pas-de-Calais dont elle est originaire. Ses deux filles se marient à Noeux-les-Mines, son fils à Nieppe dans le Nord.

Remerciements à Madame S. de Coninck à Chavignon (Aisne) pour la fourniture d’informations et d’illustrations.

certificat de mariage de Louis Delaunay

Certificat du mariage de Louis Delaunay établi par la ville d’Hitchin en 2022

dossier militaire de Louis Delaunay
Dossier militaire de Louis Delaunay

Dossier militaire de Louis Delaunay (ADML)

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Premières traces

Premières traces d'occupation

6000-2200 av Jc. Néolithique

Photographie du polissoir

Découvert dans les années 1980, dans les jardins au pied de l’Abbaye, ce bloc de granit montre six excavations, résultant du polissage d’autres pierres. Il date vraisemblablement du néolithique (époque la plus récente de la préhistoire, appelé aussi âge de la pierre polie).

Cette période qui correspond aux premières sociétés de paysans, et comprise entre 6000 et 2200 avant JC. On venait y dégrossir et lisser longuement les outils de pierre, comme des haches, que l’on emmanchait ensuite sur un support de bois.

Le polissoir est, avec six bassins, la deuxième pièce la plus rare de la région des Pays de la Loire.

Nous n’avons que peu de traces des populations vivant au cours de la Préhistoire à ce qui allait devenir Saint-Georges-sur-Loire. A l’époque de la pierre polie, vers 3000 avant JC, la forêt couvre toute la région, mais la Loire a sans doute été une voie de passage et d’échanges. Des traces de vie sont relevées sur le territoire dans plusieurs lieux-dits : un site de taille de silex au nord-est de Mazé, des haches en pierres polies à La Varenne au sud-ouest. Trois haches en bronze, datées d’environ 2200 avant JC., ont été découvertes, près d’Éculard, au clos du Fresne sous une pierre enfouie à 80 cm de profondeur, peut-être dans un vase de céramique. Sur l’autre rive de la Loire, le site paléolithique de Roc-en-Paille à Chalonnes-sur-Loire a été découvert en 1868.

haches de bronze trouvées à Saint Georges
hache plate de l'age de fer trouvée à saint georges

Hache plate à surface rugueuse et section rectangulaire trouvée à Saint Georges sur Loire

À cette période

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La gabelle en 1690

La collecte de la gabelle

1689-1690

gravure d'un radeur de sel

Le radeur de sel était chargé de mesurer la taille des grains de sel (Gravure tirée de l’Encyclopédie)

Durant l’année 1689, les paroissiens de Saint Georges sur Loire, assemblés sous l’auvent de la porte principale de l’église, ont désigné les « collecteurs » du sel à distribuer aux habitants. A partir du 4 octobre, Charles Lebec, Jean Paillaud, Pierre Frémy, Georges Bron et Mathurin Biettry vont constituer le « rôle » de 1690, c’est-à-dire la répartition par « feu », donc par famille.

De quoi s’agit-il ? C’est la collecte de l’impôt le plus contesté d’avant la Révolution : la gabelle. Le pouvoir royal, impose aux habitants une quantité de sel qu’ils doivent obligatoirement acheter, et bien sûr au prix fort. La quantité pour la paroisse de Saint Georges est fixée par l’intendant de la banalité de Tours, le Marquis de Miromesnil et les officiers du « grenier à sel d’Ingrandes ».

La paroisse de Saint Georges doit, chaque année, acheter obligatoirement 112 « minots » de sel pour le pôt. A cette époque, le sel, comme aujourd’hui, est une denrée nécessaire et vitale tant pour les hommes que pour le bétail. Il a une autre utilité : on conserve les aliments dans le sel. Qui n’a pas entendu parler du lard salé ? Mais les Saint Georgeois devront acheter le sel de salaison en plus de celui du pôt, sur le marché.

Que représente ce sel imposé ? Un minot, a une contenance d’environ 52 litres, soit en poids de l’ordre de 64 kilos. Donc 112 minots font plus de 7 tonnes. C’est énorme. Le prix à payer est d’environ 39 livres le minot. Soit au total 4368 livres. On peut difficilement comparer cette somme à la monnaie d’aujourd’hui. Disons que 4000 livres, c’est tout le patrimoine d’un bourgeois à cette époque, un notaire par exemple, maison et terres.

photographie d'un boisseau

Un boisseau

Donc, nos cinq collecteurs vont se mettre au travail. Ils vont faire cinq listes de 89 boisseaux. Il y a 4 boisseaux par minot, soit 13 litres par boisseau. On voit de suite le risque de contestation, puisqu’il s’agit de volume : le sel est tassé ou non, il est arasé correctement ou pas, c’est-à-dire à ras bord avec un peu plus ou un peu moins. Le travail du « collecteur » ou du distributeur, ne sera pas toujours simple.

Comment va s’effectuer la répartition. Les collecteurs vont devoir estimer la composition de chaque feu et y affecter une quantité de sel. On parle bien de feu, car le nombre de personnes varie d’une, à un nombre important. Par exemple, dans une métairie, il faut compter les tenanciers et leurs enfants, mais aussi les domestiques et leurs familles. Cela peut faire beaucoup de monde. Il y a de nombreux feux imposés à un demi-boisseau et le métayer de la Bouvière, lui, est imposé à 5 boisseaux, soit une variation de 1 à 10.

Il y a des exceptions. En cette année 1690, 311 feux seront imposés. Il y a deux sortes d’exemptés : d’abord 10 pauvres qui ne peuvent pas payer. Nous ne savons pas comment est apprécié le niveau de pauvreté. Et puis, les « gens d’église », à l’évidence les chanoines de l’abbaye de Saint Georges. La noblesse : Haut et puissant seigneur de Serrant, Guillaume III Bautru ; Madame Louise Chalopin veuve Racapé, seigneur de Chevigné ; Christophe d’Andigné seigneur de l’Epinay ; Françoise, seigneur de l’Aubinière ; Michel Grané, seigneur du Petit Serrant ; Marcel Jullien maitre des postes.

Devant l’importance de cet impôt, on se doute que beaucoup tentent d’y échapper. Il faut dire que le royaume de France n’est pas un modèle d’égalité. Ci-dessous la carte des gabelles. La Bretagne ne paye pas la gabelle : les bretons produisent du sel pour eux et exportent. Une partie importante du centre de la France est soumise à la grande gabelle. A Ingrandes, quand on franchit la rue de la « pierre de Bretagne », le prix du sel est divisé par plus de dix. La contrebande ne peut être que florissante.

Tous les moyens sont bons, d’un côté comme de l’autre, pour développer ou restreindre cette contrebande. Les contrebandiers, appelés les « faux sauniers » ont plein de ruses pour transporter ce sel : les enfants rapides et lestes, les femmes soi-disant enceintes, les chevaux sauvages et cependant dressés, les chiens harnachés, j’en passe et des meilleures.

A Ingrandes, il y a une caserne de « gabelous » chargés de poursuivre les « faux sauniers ». Ils ont le droit de perquisitionner les maisons pour chercher le sel de contrebande. Ils sont armés et tirent sans sourciller sur les fuyards. A Ingrandes, il y a en permanence un bateau, sur la Loire, armé d’un canon et prêt à tirer sur une barque suspecte. Les capturés sont emprisonnés dans la prison d’Ingrandes et les peines sont importantes. Elles varient d’une forte amende à des peines de prison. Les récidivistes sont marqués au fer rouge avec la lettre G, et envoyés aux galères.

carte des gabelles

Carte des Gabelles de France

Dessin du port d'Ingrandes au XVIIème par Gaignère

Le port d’Ingrandes au XVIIème par Gaignère

On ne se fait aucun cadeau. La caserne des gabelous est à Ingrandes, mais à la Guibrette à Saint Georges, il y a un poste de surveillance où plusieurs hommes montent la garde jour et nuit. La Guibrette est un port sur la Loire où les mariniers se mettent à l’abri quand la Loire est mauvaise et la navigation dangereuse. Le 7 janvier 1666, on enterre le capitaine des gabelous, tué d’un coup de fusil. On ne connaît pas l’auteur !

Le 25 septembre 1674, on enterre deux Saint Georgeois : chargés de sel de contrebande, poursuivis par les gabelous, ils se sont noyés. Le 9 octobre  1678, on enterre un enfant, mort à la prison d’Ingrandes : il était emprisonné avec sa mère, faux-saunière condamnée. 31 janvier 1774, une jeune fille de 17 ans, condamnée pour faux-saunage, meurt dans la prison d’Ingrandes.

On comprend pourquoi, la suppression de la gabelle, arrivait en tête de tous les cahiers de doléances en 1789.

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La maison des Chenambault

La maison des Chenambault

Cette maison fait partie des maisons les plus anciennes de la commune ; elle existait déjà au XVème siècle. Située dans l’ancienne rue de La Fontaine aux Asnes, elle est devenue dès 1860 école du Sacré Cœur, établissement catholique, destiné à l’enseignement des filles.

On connaît les propriétaires successifs de cette maison :

En 1474 Jean Neveu

 En 1494 Mathurin Bruneau

 En 1502 Maurice Bouet.

 En 1762 Le sieur Lusson

 En 1727 et 1732, Claude Lusson sieur de la Villette (bourgeois de la ville d’Angers).

En 1839, Sophie Legrand, veuve de Théobald Walsh, propriétaire du château de Serrant, achète cette maison à Madame Lusson veuve Desbrosses. Ce Desbrosses était négociant à Saint Domingue. Il a fait partie de ces négociants qui ont massivement investi sur Saint Georges sur Loire tout comme Antoine Walsh, armateur nantais qui achèta le château de Serrant au XVIIIème siècle. La même année, l’abbé Banchereau, curé de Saint Georges, fait appel à des religieuses pour venir « instruire et soulager les pauvres de la paroisse ».

La maison fut ensuite cédée, le 13 octobre 1840, aux Sœurs de Chavagnes en Paillers en Vendée pour une somme symbolique. En 1859, les sœurs y établirent un pensionnat. Des cellules dans lesquelles logeaient les jeunes filles, existaient à l’étage. Le curé Banchereau, curé de la paroisse, fit édifier, à ses frais, la chapelle proche. Le 6 novembre 1860, les sœurs -enseignantes investissent le bâtiment et ouvrent les classes dès le 14 novembre dont une classe réservée aux externes, dite « école communale ».

La loi de 1901 interdisant d’enseigner aux congrégations religieuses, les sœurs quittèrent Saint Georges. L’école est laïcisée puis fermée entre 1907 et 1921. Elle ouvre de nouveau ses portes en 1921 avec des religieuses « sécularisées » et des enseignantes non-congréganistes.

En 1950, la Communauté des Ursulines de Chavagnes consent un bail donnant à l’Association d’Education et d’Enseignement de Saint Georges, la jouissance des biens destinés à l’éducation des enfants. La maison des Chenambault est occupée par la Fraternité des Sœurs de la Pommeraye.

L’école privée a occupé ces bâtiments jusqu’en 2009, date de son déménagement pour l’école de l’Abbaye située chemin Marion. La maison des Chenambault fut ensuite vendue en 2013 à l’Association diocésaine qui l’a revendue à un investisseur. C’est aujourd’hui une propriété privée.

photographie du pignon de la maison des chenambault
ecole du sacré coeur
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Henri Renier

Henri Renier

1879-1914

henri renier

Acte de décès d’Henri Renier

Il n’était pas Saint–Georgeois mais Angevin, presque par hasard ; sa mère Marie-Louise venait du Cher où elle était née en 1856 à Ivoy-le-Pré.

L’enfant, de père inconnu a vu le jour le 18 février 1879 à Angers. On ne sait rien de son enfance, de sa jeunesse. Quel métier exerçait sa mère ? Pourquoi est-elle venue en Maine et Loire ? La biographie d’Henri est remplie de blancs…

C’est à Orléans qu’il passe le conseil de révision, à 21 ans, c’est-à-dire plus tard que les garçons de sa classe. Son livret matricule indique qu’il a été « omis-excusé » en 1899, l’année de ses 20 ans. A ce moment là déjà, il n’a plus de famille, sa mère étant décédée, sans qu’on sache où et quand.

Il est ouvrier boulanger et change fréquemment de lieux de résidence : ainsi on le trouve à Angers en 1904, puis à Trélazé en 1906, puis à Saint-Mathurin-sur-Loire, puis à nouveau à Trélazé et, enfin, à partir du 29 septembre 1913 à Saint-Georges-sur-Loire.

Son passage dans la commune sera bref. Appelé aux armées le 2 août 1914, dès la mobilisation générale, il rejoint Orléans où il est incorporé au 76 RI avant d’être rattaché au 131ème régiment alors que les Saint-Georgeois sont pour la plupart au 135 RI. Isolé, une fois encore !

C’est dans la Meuse, au cœur de la forêt d’Argonne, sur un terrain accidenté et difficile, coupé de ravins, gorgé d’eau qu’il va combattre les troupes allemandes dont l’état major veut contenir l’avance. Les débuts de la grande guerre sont particulièrement meurtriers : la butte de Vauquois, au pied de laquelle se trouve le village de Boureilles est sans cesse perdue, puis reprise. Les charges se font à la baïonnette. Et dans cet enfer, le 1er octobre 1914, disparaît au sens propre du terme, le soldat Henri Renier. Il avait 35 ans. Il fait partie des 100 disparus, des 200 tués ou blessés du jour à la bataille de Boureilles.

Il faudra du temps avant qu’on parle à nouveau de lui.

Lorsque le monument aux morts de Saint-Georges est érigé et inauguré à la fin de l’année 1919, tout le monde l’a oublié : il n’a pas de famille, pas de femme, pas d’enfant, et son acte de décès ne parvient à la mairie que le 3 juillet 1921. Le souvenir de ce Saint-Georgeois de passage disparaît.

Cet oubli a été réparé en 2018. Suite au travail minutieux du groupe Beausite composé de passionnés d’histoire locale, on retrouve sa trace et la commune décide d’honorer sa mémoire. Une plaque est ajoutée le 11 novembre 2018 lors de la commémoration des cent ans de la fin de la première guerre mondiale. Saint Georges se souvient d’Henri Renier comme de ses camarades.

photographie de la commémoration du 11 novembre 2018

Le 11 novembre 2018, une plaque portant le nom d’Henri Renier est ajouté sur le monument aux morts

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Emile Faugeron

Emile Faugeron

1829-1911

portrait d'émile faugeron

Emile Faugeron est né le 24 mai 1829 à Saint Georges sur Loire. Son père, Julien Faugeron, médecin, meurt la même année. Emile Faugeron est élevé par sa mère, Alix Lefebvre. Emile Faugeron entre en 1848 à l’Ecole Polytechnique. Sous-lieutenant élève à l’Ecole d’application de Metz, il est nommé en 1852, lieutenant au 3ème régiment du génie à Montpellier avant d’être bientôt détaché en Algérie.

Durant la campagne d’Italie, il est capitaine du corps d’élite du génie de la garde impériale. En 1859, les armées de l’Empire français et du royaume de Sardaigne affrontent celles de l’empire d’Autriche. Il se distingue durant la bataille de Magenta, le 4 juin 1859 opposant l’armée de Napoléon III aux autrichiens. Emile Faugeron en sort distingué de la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Emile Faugeron se marie le 10 novembre 1863 à Saumur avec Caroline Ratouis avec qui il aura trois enfants.

Officier d’ordonnance du général Prudon depuis 1867, Emile Faugeron devient commandant de l’armée de Metz en 1870 pendant la guerre franco-prussienne. Ce conflit va opposer,  la France à une coalition d’États allemands dirigée par la Prusse, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871. Emile Faugeron est alors fait prisonnier en Allemagne.

A son retour de captivité, il prend part à la campagne contre la Commune, l’insurrection populaire des Parisiens contre le gouvernement, qui ébranla Paris durant 72 jours du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année. Il conduit ses troupes à l’assaut du fort d’Issy et reçoit la rosette d’officier de la Légion d’honneur.

Après la guerre, il travaille à la réfection des fortifications en particulier du fort de Palaiseau en Ile de France et est promu lieutenant-colonel en 1875 puis colonel à Orléans en 1879. En 1881, il est appelé à Montpellier au commandement du 2ème régiment du génie.

signature du général Faugeron (ADML)

Général de brigade d’infanterie à Perpignan en 1885 et ensuite gouverneur de la ville de Grenoble, où il reçoit la croix de commandeur, il est appelé au commandement supérieur de la place de Lyon et promu général de division en 1890 et grand officier de la Légion d’honneur en 1893.

En 1893, Emile Faugeron est veuf : sa femme meurt à l’âge de 49 ans. Passé réserviste, il vient se fixer à Saint Georges sur Loire dans sa maison familiale de la Géronière. Il est bientôt élu conseiller municipal puis, en 1898, maire, suivant ainsi les traces de son grand-père Julien Alexis Faugeron, maire de 1809 à 1815 et de son oncle Séréné Faugeron, maire de 1848 à 1869.

En 1900, la mort d’Arthur de Cumont, lui permet de remporter le siège de conseiller général du canton de Saint Georges sur Loire sans concurrent. Il est réélu en 1901 et 1907 et prend part aux travaux de l’Assemblée départementale dont il devient l’un des vice-présidents.

Attaché aux valeurs catholiques, il n’est pas sans montrer une frilosité contre les lois imposant un enseignement laïc mais doit malgré tout ouvrir une école publique de filles en 1901.

Il meurt le 3 février 1911 à Saint Georges sur Loire. Ses obsèques ont lieu à Saint Georges le 6 février dans une simplicité voulue par le général Faugeron. Les habitants de Saint Georges mais également de toutes les communes du canton ainsi que d’Angers, se rassemblent pour lui rendre un dernier hommage en présence du maire, Louis Cotte de Jumilly mais également d’un sénateur, de députés, du préfet. Simple, courtois, l’homme de 81 ans avait le respect et l’affection de tous.

lettre distinguant émile faugeron au rang de grand officier de la légion d'honneur

En 1893, le général Faugeron est promu grand officier de la Légion d’honneur

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Le monument aux morts

Le monument aux morts

photographie du monument aux morts dans le cimetière de la commune

Le monument aux morts dans le cimetière de la commune

A Saint-Georges comme dans de nombreux villages de France, le conseil municipal décide le 27 avril 1919 d’élever un monument « à la mémoire des braves enfants de la commune tombés au champ d’honneur, pendant la Grande Guerre qui, grâce à Dieu, touche à sa fin ». II sera en granit, de forme pyramidale, avec une décoration extrêmement simple, une croix pour rappeler la foi des habitants du lieu. Le conseil municipal souhaite que les noms de toutes les victimes y figurent, surmontés de l’inscription « aux enfants de Saint-Georges morts pour la France ». Il définit même le lieu qui l’accueillera : dans le cimetière, une petite place face à l’entrée.

Le travail est confié à l’entreprise Warnier-Humeau d’Angers, spécialisée dans la construction de monuments funéraires en « pierre, marbre, granit et bronze », annonce l’en-tête de son papier à lettres. Le marché est passé pour 3 617,20 francs (soit un peu plus de 3000 euros), pour un socle en granit de Bécon, et une stèle en granit de Belgique, pierre calcaire très employée en marbrerie funéraire et plus facile à buriner que le granit. Le 20 novembre 1919, en adressant sa facture, Warnier-Humeau précise qu’il a inscrit et doré sur le monument 642 lettres, formant les noms de ceux dont on veut sauver la mémoire : 78 noms seront gravés.

Y a-t-il eu vraiment 78 tués sur une population qui s’élevait, en 1901, à 2344 habitants, soit près de 3,5% ? Il semble que ce chiffre ne corresponde pas à la réalité. Certes, comme partout ailleurs, le bilan est très lourd mais la liste soigneusement gravée comporte quelques erreurs.

Ainsi, certains des hommes inscrits sur le monument sont morts de maladie contractée dans leur village, et non au front (tuberculose, cancer…). C’est le cas pour Joseph Gohard, Joseph Pineau et René Devy. D’autres, comme Jean Audoin ou Louis Barbin, figurent sur 2 monuments : le premier à La Possonnière, le second à Paris dans le 18e arrondissement. Treize de ces combattants ont ainsi les honneurs de plusieurs villages ou villes : en plus de Saint-Georges, on les trouve à Chalonnes-sur-Loire, Sablé, le Mesnil-en-Vallée, Les Ponts-de-Cé, Le Bourg-d’Iré, Angers, Montreuil-sur-Maine, Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde, Saint-Augustin-des-Bois.

Que s’est-il passé ? L’acte de décès a été adressé par l’autorité militaire à la commune du dernier domicile du soldat. Mais celle qui l’a vu naître a souhaité aussi honorer un des siens. C’est, parfois, plus complexe : Henri Delaunay, né à Saint-Florent-le-Vieil, a épousé en 1912 et en première noce une Saint-Georgeoise. Il est tué dans la forêt de Saint-Gobain, dans l’Aisne, en octobre 1918. L’acte de décès est envoyé à Paris dans le  7e arrondissement, le 23 décembre 1919. Et puis, il y a le mystère concernant J.Réthoré : aucun acte officiel d’état civil, dans la commune, ne le concerne. Pourtant… il figure sur le monument.

délibération du conseil municipal en 1919 pour la construction du monument aux morts

La délibération du conseil municipal d’avril 1919

C’est en 1914 que la saignée pour les Saint-Georgeois, a été la plus importante : 21 morts dans ces combats de cinq mois qui se stabilisent sur la Marne, si proche de Paris. C’est l’année du désastre français. Les trois premières victimes saint-georgeoises disparaissent, au sens strict du mot, le 23 août 1914 à Bièvre, dans les Ardennes belges où se déroule un affrontement sans précédent « Un ouragan de fer et de mitraille », peut-on lire dans le Journal de Marche et d’Opération de l’armée. Ils s’appelaient Charles Borgne (25 ans), Gustave Lépine (26 ans), Joseph Ourie (23 ans). Ils faisaient partie du 135e Régiment d’infanterie dont 1500 hommes et 17 officiers, ont ce jour-là, été mis hors de combat ! (tués, blessés ou disparus)

Au cours de ces longues années de guerre, l’un des combattants, René Esnault, a été évacué, blessé et malade, sur Foix, où il meurt de la tuberculose, si loin de chez lui ! Ils sont quelques-uns à finir comme lui leurs jours d’après combat dans des hôpitaux auxiliaires répartis à travers la France entière, et au-delà : Angers, Segré, Chalonnes, Sées, Béziers, Lesneven, Tréguier, A Paris, une maison de santé fondée au 7 rue de la Chaise par le docteur Bonnet, médecin né à Saint-Georges, devient hôpital auxiliaire 49, et le Petit Courrier, quotidien régional, suggère aux blessés angevins de demander à y être transférés pour respirer « un peu de l’air natal » Vaines suggestions, si l’on en croit les lieux de décès recensés !

Les hommes succombent à des infections dues à leurs blessures de guerre, à des dysenteries, des typhoïdes, des septicémies, à l’exposition aux gaz de combat, le chlore dès avril 1915, puis à partir de 1917 l’ypérite ou gaz moutarde, la terrible et nouvelle arme, qui brûle la peau et ronge les poumons. René Daviault, lui, meurt le 27 octobre 1918 en Macédoine, province grecque, puisque depuis 1915 les batailles ravageaient cette région sensible des détroits méditerranéens, convoitées par toutes les puissances, empire ottoman compris. C’est à l’hôpital militaire d’Excisson, qu’il a terminé son existence, emporté par une maladie contractée au front, précise sa fiche militaire, sans donner plus de détails.

Pour certains, l’anxiété familiale se poursuivra bien après la guerre. Il faudra attendre les années 1921-1922 pour connaître leur sort. Chaque fois que l’autorité militaire adresse au maire de Saint-Georges, un acte de décès, on peut lire le nom de ces lieux devenus si tristement célèbres : Verdun, la Somme, Craonne, le fort de Vaux…Combien de fois, Louis de Jumilly, premier magistrat, aura-t-il dû prévenir les familles ? Parfois, à quelques mois d’intervalle, pour des frères, comme les fils Ourie, Joseph et Louis, tous deux portés disparus à un an d’intervalle, de même Louis et René Esnault, 21 et 27 ans, ce dernier marié. Il y a aussi les deux fils Gas, morts l’un en 1915, l’autre en 1917. Est-il encore possible d’imaginer la détresse de leurs parents ?

En réalité, Saint-Georges compte 64 victimes reconnues de cette grande guerre, dont les actes de décès ont été envoyés à la commune….Les corps de certains d’entre eux ont été ramenés petit à petit et inhumés dans le cimetière du village. Pour ceux dont les familles ne possèdent pas de concession, le Conseil municipal, dans sa réunion d’août 1922, décide de leur en accorder une gratuitement. Ainsi, reposent près des leurs : Jean-Baptiste Raimbault, Maurice Peltier, Alexandre Guillot, Jacques Oger et René Desbois

D’autres soldats, les plus nombreux, restent à jamais dans les cimetières, où les ossuaires des zones de combat. Ils sont quinze dans ce cas. Et que dire des « disparus » dont on ne retrouve aucune trace matérielle ? Il y en a douze à Saint-Georges : ce sont Charles Borgne, Pierre Burgevin, René Frotté, Pierre Gautier, Jean Godard, Gustave Lépine, les frères Joseph et Louis Ourie, Eugène Plessis, Alexandre Pouzeau, Jean-Baptiste Raimbault, Henri Renier.

Après plusieurs années, le « jugement déclaratif de décès » permettra à leurs veuves, à leurs enfants devenus orphelins, de bénéficier des mêmes prestations sociales (pensions, prise en charge de la scolarité …), que les familles des « morts pour la France »Il faudra attendre un siècle pour s’apercevoir que des erreurs ont été commises sur la stèle commémorative : l’initiale d’un prénom marquée deux fois parce qu’on l’a confondue avec celle d’un autre, ou une erreur de prénom, ou bien encore l’inscription de ce G. Musset, né à Angers, démobilisé le 13 janvier1919. Il n’a pas été blessé et il se retire à Saint-Georges, bien vivant, sans doute heureux de son sort. Pourtant, son nom figure sur le monument. L’a-t-on confondu avec ce Musset Pierre, malade et réformé, puis rappelé à la fin de la guerre et mort de tuberculose en décembre 1918 dans son village ?

acte de décès d'henri renier

Acte de décès d’Henri Renier

On note aussi le cas de Henri Renier, domicilié à Saint-Georges lors de son incorporation, mais qui n’avait plus de famille. Disparu dès 1914, il n’est pas mentionné sur le monument car la commune n’a été avertie de son décès qu’en 1921, alors que ce dernier était déjà érigé.

Le Conseil municipal du 25 janvier 1920 nous dit qu’une quête, faite le jour de l’inauguration, a permis de recueillir une somme de onze francs pour chaque orphelin de guerre. Ils étaient 13 ! Ce même jour un vin d’honneur a été offert aux « poilus », à ceux qui sont revenus, et la municipalité y a consacré un crédit de mille francs.

monument aux morts

Inauguration du monument aux Morts