Le maître de poste continue d’énumérer la liste des dépenses auxquelles il est impossible de se soustraire : l’entretien des chevaux, les impôts dus aux Fermiers du roi, et qui n’ont pas été payés à cause de récoltes trop médiocres, l’entretien et la nourriture des enfants et des domestiques, l’obligation de payer l’apprentissage de ses fils auprès de maîtres artisans : l’un sera sellier, un autre menuisier, le troisième fabriquant de « bar au métier ». Et voilà une formation qui revêt bien des mystères pour nous…
A cela, il faut ajouter l’absence de gains pendant la fermeture du relais, et les investissements malheureux : par exemple, la location d’une petite exploitation agricole, dont il n’a pu payer le loyer à cause de productions insuffisantes.
On serait effondré à moins ! René -Guy Sortant, qui égrène ses malheurs afin, semble-t-il, d’apitoyer ses créanciers, paraît presque victime d’une malédiction !
Mais ils sont là, ces créanciers, bien décidés à récupérer, sinon leur dû, tout au moins une partie, la plus importante possible. Et ils sont nombreux : 30, parmi lesquels on trouve ses enfants à qui il doit l’héritage de leur mère, sa sœur, un boulanger, un tailleur d’habits, des marchands, un éleveur de cochons, un notaire, un maréchal, des charpentiers, un meunier, un domestique, des collecteurs de l’impôt, et d’autres dont on ne connaît que le lieu de domicile : Saint-Germain-des- Prés, Savennières, Candé, Angers, Nantes…
Bref, René-Guy est un homme aux abois, dont la dette se monte à « plus de sept mil cinq livres ». Que faire ? Eh bien, il a « pris le parti de faire vente de majeure partie de ses effets mobiliers… dont le montant est de six cent quatre vingt dix neuf livres mobiliers… » Si on y ajoute la vente de ses bestiaux, chevaux, charrettes et équipages, plus des « meubles meublants », des ustensiles de cuisine, la vente d’une maison, on arrive à « cinq mil trois cents livres. » On est loin du compte ! Et il propose à ses créanciers de recevoir « de ladite vente chacun d’eux au marc la livre », c’est-à-dire de recevoir le dividende calculé en faisant le rapport entre le montant de la créance et le montant global de la somme qui reste à distribuer.
Il voudrait bien aussi qu’on lui accorde un « delay de cinq ans pour leur (les créanciers) » payer le surplus à quatre ou cinq termes différents qui seraient fixés « entre eux ».
Mais, ventre affamé n’a pas d’oreille, dit le proverbe, et plus personne ne veut faire confiance à notre maître de poste. « N’ayant pu obtenir cet acte d’humanité…il se trouva forcé de faire l’abandon autour de ses biens et de… donner l’état entier et sincère de ses affaires ».
C’en est fini pour René-Guy Sortant. Il ne sera plus jamais solvable. Empêtré dans des difficultés familiales, fâché avec ses enfants, il mourra indigent en 1792, à l’Hôtel-Dieu d’Angers.
L’activité du relais de poste est alors reprise. Mathurin Claude Avril exerce peu de temps en 1789, installé au Petit Serrant.
Marin Abafour originaire de Champtocé devient maitre de poste en 1789 et s’installe dans la closerie du prieuré à l’angle de la rue Tuboeuf. Il meurt et sa femme Jeanne Guiter poursuit l’activité. On lui vole 11 chevaux, soit la moitié de son cheptel. Elle meurt criblée de dettes en 1797 à 37 ans.
Pierre François Oger, notaire et maire, est maitre de poste jusqu’en 1827. Le relais est établi dans le bâtiment de la Tête Noire actuel.
La concurrence et le chemin de fer auront raison du dernier relais de Saint Georges sur Loire.