Saint Georges Patrimoine

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Les De Brie

La famille de Brie

Portrait de Jean de Brie III

Jean de Brie III

Tombeau de Jean de Brie

Cénotaphe de Jean de Brie III

Jeanne de Dreux

Jeanne de Dreux

Portrait d'Anger de Brie

Anger de Brie

La famille de Brie est une longue lignée de chevaliers et de seigneurs d’origine bretonne. Ses membres s’illustrèrent auprès du Roi dans de nombreux épisodes de l’Histoire de France. Le château de Serrant fut la propriété d’une branche de cette famille, du XIVème au XVIème siècle. Avant de vendre ces terres, ils y entreprirent des travaux importants transformant la forteresse médiévale en château de la Renaissance que nous connaissons aujourd’hui.

Au début du XIVème siècle, Jean de Brie, deuxième du nom, fils de Jean de Brie et de Marguerite de Goulaine, prend possession du château, en épousant Françoise de Serrant, héritière des seigneurs de Serrant d’Anjou. Son fils Jean III de Brie épouse Jeanne de Dreux, fille de Robert de Dreux, grand maitre de France, issu de la famille royale. Il est tué le 30 septembre 1356 à la bataille de Poitiers sans descendance. Son tombeau se trouvait dans le cloître des jacobins à Poitiers.

Anger de Brie revendique alors les terres de Serrant. Son fils, Raoul de Brie, né de son union avec Perronnelle Courtet, est chevalier à la cour du Roi René. Il épouse Jeanne de Couësme, issue de la noblesse bretonne, avec qui il a un fils, Jean IV de Brie. Celui-ci devient Maître d’hôtel et grand chambellan du roi Charles VII en 1433. Les terres de Serrant sont érigées en châtellerie par lettres patentes données par Gilles de Raie, seigneur de Champtocé (célèbre chevalier, compagnon d’arme de Jeanne d’Arc qui a contribué au mythe de barbe bleue) Jean de Brie IV épouse Isabeau de Maillé de Brézé et meurt en 1441.

gravure représentant jean de Brie

Jean de Brie IV (ADML)

Portrait d'Isabeau de Maillé de Brézé

Isabeau de Maillé de Brézé, épouse de Jean de Brie IV

Gilles de Brie, fils de Jean IV, soutient le siège de Chatillon en Bourgogne. Il est fait chevalier à la bataille de Fromigny en 1450 où il bat les armées anglaises commandées par le général Talbot. Il reçoit le surnom de fléau des Anglais. Il devient vassal du seigneur de Champtocé le 3 août 1456 et meurt peu de temps après. Anger de Brie, abbé de Saint Evroult en Normandie et évêque d’Angers sous Louis XI, son frère, atteste de la volonté de ce dernier de voir son second fils né de son union avec Anne Giffart lui succéder, François de Brie.

C’est pourtant le fils ainé, Ponthus de Brie, Chambellan du Roi Louis XI qui hérite des terres de Serrant. En décembre 1481, il obtient du Roi l’autorisation d’ériger une fortification autour du château. De grands travaux sont entrepris ; la chapelle seigneuriale, vouée à St-Michel, est consacrée en février 1497. Il reçoit également du Roi les terres de la Roche-de-Serrant (aujourd’hui la Roche aux moines à Savennières). Il épouse Anne de Mathefelon. Son fils Péan de Brie épousa sa cousine Jeanne de Mathefelon puis Renée de Surgères. De son premier mariage naquirent Madelon et Françoise, tous deux morts sans descendance. En 1539, Péan, dépêche l’architecte angevin Jean Delespine pour construire un corps de logis bâti autour d’un escalier à double volée contrariée. Les travaux sont poursuivis à la mort de Péan par son fils ainé, Madelon.

Charles, fils né du second mariage, devient seigneur de Serrant à la mort de son frère Madelon, assassiné en 1564. Il se marie par trois fois avec Marie Thierry qui meurt en 1568 sans enfant, avec Guillemette de Vassé et enfin avec Marguerite de Beauvau-Tigné. Il est assassiné le 17 avril 1593 à Saint Georges laissant sa femme et ses cinq enfants, nés de son deuxième mariage : Claude, Claudine, Marquise, Charles et Marie. Charles meurt ruiné par ces travaux commencés en 1546 et aussi par un long procès contre les assassins de son demi-frère aîné : Madelon de Brie a été tué le 6 janvier 1565 et Charles de Brie accuse de ce meurtre le procureur royal Jean Le Maçon, descendant de Jacques Le Maçon, frère cadet de Robert Le Maçon, chancelier du Roi Charles VII. Charles de Brie a donc laissé les travaux de construction des deux ailes du château de Serrant débutés par son père Péan et poursuivis par son frère, Madelon, inachevés.

Portrait de Perronnelle Courtet

Perronnelle Courtet, épouse d’Anger de Brie

Gilles de Brie

Gilles de Brie

Anne Giffard

Anne Giffart, épouse de Gille de Brie

Portrait de Charles de Brie

Charles de Brie

signature de Charles de Brie

A la mort de Charles de Brie, le seigneur de Chevigné, membre de la Ligue du Nord,  s’empare du château, il est chassé par le gouverneur d’Anjou Antoine de Silly comte de La Rochepot, resté fidèle au Roi. Marguerite de Beauvau-Tigné est contrainte de céder le château de Serrant au banquier italien de la cour de Catherine de Médicis, Scipion Sardini, en 1598.

Mais, en 1603, Madeleine de Maillard, fille de François de Maillard et Renée de Brie, fille tour à tour de Charles de Brie et de sa seconde épouse Guillemette Groignet de Vassé, exerce son droit de retrait lignager. En effet, le droit féodal permet à un membre d’un lignage de reprendre un bien héritable qui a fait l’objet d’une vente à un membre d’un autre lignage en remboursant l’acquéreur au prix d’achat de celui-ci. Elle récupère donc le château de Serrant qu’elle vendra de nouveau en 1620 à Hercule de Rohan, duc de Montbazon.

Sources :

Dictionnaire de la noblesse, Volume 3

De François-Alexandre Aubert de La Chesnaye Des Bois

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Scipion Sardini

Scipion Sardini

1526-1609

portrait de scipion sardini par benjamin foulon

Portrait de Scipion Sardini par Benjamin Foulon (musée de l’Hermitage)

Né à Lucques en Italie en 1526, Scipion Sardini est un banquier de la cours de Catherine de Médicis.

Il va d’abord travailler pour le duc de Florence, Cosme de Médicis, auprès de Charles Quint. Il arrive en France en 1548, s’installant d’abord à Lyon puis à Paris. En 1560, en mission pour le duc de Florence, il est remarqué par la reine, Catherine de Médicis, qui décide d’en faire son conseiller. Ses activités de financeurs vont alors lui permettre d’accumuler une fortune considérable avec laquelle il va acquérir un somptueux hôtel à Paris.

En 1567, il épouse Isabeau de la Tour d’Auvergne, cousine et dame de la cour de Catherine de Médicis, avec qui il aura deux fils, Alexandre et Paul. Isabeau de Limeuil a connu de nombreux prétendants, le poète Pierre de Ronsard qui lui dédit de nombreux sonnets et le Prince de Condé parmi les plus célèbres. La liaison d’Isabeau avec ce dernier provoqua un scandale à la cours. Catherine de Médicis va en effet provoquer la rencontre comptant sur le charme de sa cousine pour séduire le Prince de Condé afin d’influencer ce dernier. Mais Isabeau tombe enceinte. Craignant d’être éclaboussée par le scandale, la Reine va alors accuser Isabeau de Limeuil de régicide pour justifier son enfermement dans un couvent. Mais apprenant un rapprochement du Prince avec la veuve du duc de Guise dont elle craint l’influence, la Reine va changer de stratégie et favoriser le projet d’évasion d’Isabeau. Celle-ci rejoint le père de son enfant durant plusieurs mois dans le château de Valéry dans l’Yonne.  Le Prince de Condé finit par céder aux pressions de son entourage qui se méfie de la suivante de la Reine : il quitte Isabeau de Limeuil pour se marier avec Françoise d’Orléans-Longueville, âgée de seulement 16 ans. Isabeau retrouve dès lors sa place à la cour de la Reine. C’est alors qu’elle rencontre Scipion Sardini.

Sardini est nommé vicomte de Buzancy et percepteur de taxes, ce qui lui permet d’accroître encore sa fortune : il devient banquier du roi, Henri III et de nombreux personnages importants. Sardini finance directement certains bataillons, en pleine guerre de religion et bénéficie ainsi régulièrement de la protection royale.

Mais la fortune qu’il a accumulée le rend impopulaire et lui attire des ennemis.

En 1575, son frère est assassiné. Des émeutes éclatent à Paris contre ces riches italiens : une tentative d’assassinat contre Scipion est déjouée par le pouvoir royal mais ses demeures sont pillées.

En 1590, Scipion Sardini est enlevé sur la route d’Angers à Tour par les frères Saint Offange qui l’enferment dans le château de Rochefort-sur-Loire. Sa libération n’a lieu qu’après le paiement d’une lourde rançon.

Scipion Sardini se retire des affaires sous Henri IV qui ne le soutient plus. Il achète le château de Chaumont-sur-Loire qui a appartenu un temps à Catherine de Médicis, en 1600. Il se consacre alors  au mécénat artistique.

Scipion Sardini va aussi acquérir un hôtel particulier à Blois ainsi que les seigneuries de Beaufort et de Rochefort.

En 1596, il devient propriétaire du château de Serrant. La veuve de Charles de Brie, Marguerite de Beauvau-Tigné doit en effet céder le domaine pour payer les dettes contractées pour réaliser les travaux d’agrandissement du château. Le banquier italien ne le conservera que sept années : en 1603, Madeleine de Maillard, issue de la famille De Brie fait valoir son droit de retrait lignager. Scipion Sardini est remboursé et le château revient dans le giron de la famille De Brie. Le château sera de nouveau vendu en 1620 à Hercule de Rohan, duc de Monbazon.

Scipion Sardini meurt en 1609 à Paris. Isabeau de Limeuil décède quelques mois plus tard.

Portrait d'isabeau de la Tour d'Auvergne

Portrait d’Isabeau de Limeuil, femme de Scipion Sardini

illustration d'isabeau de limeuil
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Antoine Vincent Walsh

Antoine Vincent Walsh

1703-1763

Tableau représentant Antoine Vincent Walsh recevant les ordres de Charles-Edouard Stuart

Antoine Vincent Walsh recevant les ordres du prince Charles-Edouard Stuart

signature antoine walsh

Signature d’Antoine Vincent Walsh

Né en 1703 à Saint Malo, Antoine Vincent Walsh est le fils de Philippe Walsh. Ce-dernier est un immigré irlandais arrivé en France en 1688 suite à la Glorieuse Révolution anglaise. Il rejoint son père Jacques Walsh qui était déjà naturalisé français depuis 1670. En 1685, Jacques II Stuart accède au trône d’Angleterre. Catholique, il est fortement contesté dans une Angleterre anglicane. Profitant du désordre politique, Guillaume d’Orange débarque et prend la couronne en 1688. Jacques II fuit l’Angleterre, se réfugie en France où il est accueilli par Louis XIV. Jacques II gagne l’Irlande majoritairement catholique et jacobite, c’est-à-dire qui soutient Jacques II. Mais les armées de Guillaume d’Orange marchent sur Dublin et les jacobites irlandais sont contraints de fuir en France. C’est dans ce contexte, que la famille Walsh, soutien de Jacques II, s’installe en France. Philippe Walsh s’illustre comme corsaire la dernière décennie du XVIIème, sillonnant les mers. Il va avoir quatre fils : Patrice-Marc, Antoine-Vincent, François-Jacques et Philippe, dont les trois premiers sont nés à Saint Malo et qui vont s’installer respectivement à Morlaix, Nantes et Cadix en Espagne.

Antoine Walsh s’installe à Nantes au début des années 1730. Le port est alors en pleine croissance économique grâce au commerce triangulaire (du commerce avec les îles d’Amérique sur lesquelles se sont installés des Français à partir de 1620 vers la traite d’esclaves sur les côtes africaines) et attire de nombreux négociants cherchant la fortune. Antoine Walsh est de ceux-là : en 1734, il arme deux navires : Le Fort de Morlaix en direction de Saint-Domingue et Le Dauphin vers l’Angola. Le 10 janvier 1741, Antoine-Vincent épouse Marie O’Shiell, dont le père réfugié irlandais est arrivé en France en 1689 et est devenu l’un des principaux armateurs de Nantes. La fortune qu’il amasse lui permet d’acheter en 1740 d’acheter une charge de secrétaire du Roi, titre de noblesse qu’il pourra transmettre à sa descendance. Issu de la noblesse irlandaise, il s’inscrit désormais dans l’élite de France.

Antoine Vincent Walsh est un investisseur : outre sa flotte qu’il développe, il est un riche propriétaire foncier. Il achète à Saint Domingue des plantations de sucre, de cacao ou d’indigo ainsi que des habitations.

Antoine Walsh est approché en 1744 par les soutiens de Charles-Édouard Stuart, petit fils de Jacques II, qui souhaitent rétablir une monarchie catholique en Angleterre. Il contribue, tout comme ses frères, à armer des navires en 1745 destinés à débarquer en Angleterre. Au cours de l’été 1745, Antoine Vincent embarque aux côtés du Prince. Ce dernier débarque en Ecosse tandis qu’Antoine rejoint la Hollande.

En octobre 1745, le royaume de France apporte son soutien aux jacobites débarqués en Ecosse. Louis XV convoque Antoine Vincent Walsh pour préparer une opération militaire de grande ampleur. Malgré l’avancée des préparatifs, l’aventure tourne court : en Ecosse, le prince Charles-Edouard est défait et ses troupes massacrées. Le projet de débarquement en Angleterre est abandonné. Après une ultime défaite en 1746, le prince Charles-Edouard fuira en France.

Malgré l’échec, reconnaissant, le Roi Louis XV anoblit Antoine Vincent Walsh.  La volonté de ce dernier est maintenant d’être reconnu comme une famille noble de France. C’est dans cet objectif qu’il achète en 1749 le château de Serrant et ses terres à la duchesse d’Estrées, veuve et sans héritier. Elle cède un vaste domaine allant d’Ingrandes au Plessis Macé en passant par Champtocé, Segré, Bécon et Savennières. Antoine Vincent Walsh cède dès 1751 toutes ses terres d’Anjou exceptées celles de Bécon à son frère François Jacques.

charles edouard suart

Portrait du prince Charles Edouard Stuart

carte de Saint Domingue en 1789

Carte de Saint Domingue en 1789

Antoine Walsh organisera 48 voyages de commerce triangulaire dont 7 rien que pour l’année 1751. Avec une mortalité de 25% parmi les esclaves, les derniers aller-retours sont semés de déconvenues. Les investisseurs se retirent. La société d’Angola fait faillite et disparaît en 1753 sans véritablement nuire à Antoine Vincent Walsh qui cesse alors toute activité commerciale.

En 1753, Antoine Vincent Walsh fait reconnaître par le Roi la noblesse de ses ancêtres irlandais : il passe ainsi du statut de négociant récemment anobli à celui de descendant d’une illustre famille irlandaise. Louis XV érige alors une partie des terres angevines acquises par les Walsh en comté de Serrant. François-Jacques devient le premier comte de Serrant (titre usurpé autrefois par Guillaume Bautru) et sa descendance portera le nom de Walsh de Serrant.

Antoine Walsh habite alors le Palais du Luxembourg à Paris. Il tente d’y construire un réseau jacobite, gardant l’espoir de voir un jour le prince Charles Edouard prendre la couronne d’Angleterre. En 1758, Antoine Walsh quitte la France pour Saint Domingue où il passe les dernières années de sa vie. Il meurt à Cap François en avril 1763.

Source :

D’un exil à l’autre, l’insertion d’une famille irlandaise dans la noblesse de France : les Walsh (1741-1798), Etienne Pouly

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Chasse aux loups

Les loups menacent Saint Georges

1682 : Le Grand siècle

La chasse au loup, toile d'Alexandre-François Desportes, 1725

La chasse au loup, toile d’Alexandre-François Desportes, 1725

1682, les loups sont là, tout près, menaçants pour le bétail et les hommes, et cela n’a rien d’exceptionnel. Comme tous les autres dangers naturels, ils constituent (qu’ils soient sains ou enragés) un fléau pour la province. Ils sont très nombreux dans nos forêts aux XVIIe et XVIIIe siècles, âges aux cours desquels retentit comme un tocsin dans les villages, le cri d’épouvante «au loup/ au loup ! ». Ils vivent en meute et sèment la terreur, s’attaquant aux animaux d’élevage, mais aussi aux hommes. Les bois touffus les abritent, les nourrissent.

Certaines années, lorsque la pitance leur fait défaut ils en sortent, affamés et dangereux. Les loups mangent gloutonnement écrit La Fontaine (Le loup et la cigogne). François Lebrun, dans « Les hommes et la mort en Anjou aux XVIIe et XVIIIe siècles », cite cet animal qui dans la région de Craon, a dévoré 10 personnes. Au cours de l’âge classique, ils ont alimenté toutes les terreurs, rôdeurs maléfiques des contes de Perrault, ou terrible Loup Garou qui s’incarna un peu plus tard dans la bête du Gévaudan. La toponymie même de notre région atteste de cette présence : nos communes ont souvent une «rote (sentier)  aux loups», nom qui garde le souvenir du passage de ces hordes.

Donc, en 1682, ils rôdent autour de Saint-Georges, et s’attaquent aux troupeaux, provoquant de « nombreuses pertes et préjudices ». Alors le comte de Serrant décide d’agir. C’est Guillaume Bautru III, le fils de Guillaume Bautru qui, en 1636, a acheté le château de Serrant  et son vaste domaine où les forêts du Petit et Grand-Fouilloux occupent une place importante, de St-Georges aux portes d’Angers. Il va donc réunir les habitants des paroisses concernées, St-Georges, Savennières, St-Martin,  Le Petit-Paris, le 22 septembre 1682, jour de la Saint-Maurice, à Bourdigal, près de Chevigné, au cœur du massif forestier d’alors. Si les loups sont nombreux, tous ces hommes ne seront pas de trop pour faire le «hut» c’est-à-dire débusquer et rabattre vers eux les prédateurs.

Tableau de chasse au loup du XVIIIème

Chasse au loup en forêt, toile de Jean-Baptiste Oudry, 1748

L’opération commence tôt, en ce mois de septembre aux matinées fraîches : 7 heures, et chacun doit amener ce qui peut servir d’arme : bâtons/ outils de toutes sortes, et armes à feu pour ceux qui en possèdent, qui en ont le droit. Le comte, ou son représentant, dirigera la battue, à laquelle tous doivent participer, sous peine d’une amende de 60 sols. C’est bien parce que le danger est manifeste que les paysans vont prendre part à la chasse : il y a là une dérogation importante à la Grande Ordonnance de 1669 sur les Eaux et Forêts, qui les excluait de toute poursuite de gibier et assimilait la moindre prise à du braconnage. On imagine qu’ils sont là, tous ceux dont les noms figurent sur les registres qu’apportent, afin de vérification, les « procureurs de fabrique », c’est à dire les représentants des paroisses, chargés de la gestion des biens de ces dernières. En cas d’absence, l’amende sera versée pour une moitié à la paroisse, pour l’autre servira à réparer l’«auditoire», autrement dit la nef de l’église. La règle, stricte, est rappelée : seuls, les loups pourront être tirés. Il ne faudrait pas profiter de l’occasion pour abattre n’importe lequel de ces animaux dont la forêt giboyeuse regorge…! « Défense  de tirer sur autres animaux que les dits loups». Et là encore, on menace d’amende et de confiscation de son arme, celui qui se risquerait à contrevenir. La convocation doit être lue au prône des messes, le dimanche précédant la battue, afin que personne n’en ignore l’existence et les modalités.

A-t-on pu ; après cette Saint-Maurice, chanter « Promenons-nous dans les bois tant que le loup n’y est pas » ? Une faim de loup ; se jeter dans la gueule du loup ; hurler avec les loups ; une peur de loup ; à pas de loup ; un froid de loup ; crier au loup ; enfermer le loup clans la bergerie ; faire sortir le loup du bois ; un jeune loup ; être connu comme un loup blanc ; jouer à loup caché ; quand on parle du loup…

Autant d’expressions du langage populaire qui portent l’empreinte de la présence et de la crainte ancestrale du loup.

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Le Grand Prix Automobile

Le grand Prix automobile de l'Anjou annulé

1909 : La Belle époque

Etienne van Zuylen van Nyevelt, Jules Albert  de Dion et le journaliste Paul Meyan fondent en 1895, l’Automobile Club de France, l’ACF. Ce club organise,  en 1899, le premier Tour de France Automobile. Il est plus connu pour les Grands Prix organisés chaque année. On citera 1905, le circuit des Ardennes ; 1906, le circuit de la Sarthe ; 1907, le circuit de la Seine Inférieure et 1908, le circuit de Dieppe. L’Anjou est retenu pour le Grand Prix de 1909.

Le Comité Central de L’Anjou était porté par M. Monprofit, maire d’Angers ; MM. Mitonneau et Labesses, adjoints ; M. Cointreau, secrétaire général ; M. Richau, trésorier ; M. Bessonneau, responsable de la commission sportive. Un de ses membres, M. Motais, était l’artisan du tracé.

 Ce comité avait le soutien politique de M. Dupeyrat préfet de Maine-et-Loire et MM. Gauvin, Gioux, Ferdinand et Laurent Bougère, tous quatre députés du même département.

Fin octobre 1908, le Comité Central de l’Anjou, muni de la précieuse promesse de subvention de 100 000 francs, se retrouva place de la Concorde pour déposer officiellement le projet du circuit d’Anjou. Le 29 octobre 1908, la Commission sportive de l’ACF se réunit à Candé.

Le circuit est défini : Saint-Georges-sur-Loire, tribunes et ligne de départ à Saint-Germain-des-Prés, Champtocé-sur-Loire, La Riottière, La Cornuaille, Candé, le Louroux-Béconnais, Bécon-les-Granits, La Croix de Lorraine et Saint-Georges. Au total 73,5 km.

réunion de la commission sportive à Paris

réunion de la commission sportive à Paris

carte du tracé du grand prix automobile de l'anjou de 1909

Tracé du grand prix automobile de l’Anjou de 1909

carte postale de 1908 : la commission de l'ACF en visite à Candé pour le grand prix automobile de l'Anjou

1908 : la commission de l’ACF en visite à Candé

On construisait désormais des machines spécifiquement dédiées à la course, qui n’avaient souvent qu’un lointain rapport avec la série, donc difficiles à identifier.

Entretenir un tel service de compétition, qui éloignait les ingénieurs des voitures de tourisme, coûtait fort cher. Au surplus, ces « autos spéciales » ne servaient qu’une fois dans l’année, chaque automobile-club national promulguant son propre règlement.

Dans le cas du grand-prix de l’ACF, il était même différent d’une année sur l’autre !

Ce fut certainement une bonne excuse pour 17 grandes maisons françaises (parmi lesquelles Renault, Darracq, Mors, Brasier, Panhard, de Dietrich …), autrefois engagées en compétition qui, fin 1908, s’associèrent dans un grand boycott de la course de vitesse.

Elles furent même rejointes par Benz et Mercedes, trop heureuses de rester sur leurs lauriers de Dieppe.

L’ACF ne pouvait ignorer ce mouvement, alors même que certains de leurs administrateurs siégeaient précisément dans les commissions de la place de la Concorde ! Mais on trouva une astuce pour tenter de faire bonne figure: le règlement spécifia que le Grand Prix 1909 ne pourrait se tenir que si 40 engagements étaient parvenus avant le 31 décembre.

Sachant la défection de la plupart des constructeurs et que Dieppe avait accueilli 49 autos au départ pour une année jugée fastueuse, il était facile de deviner que le Grand-Prix ne se ferait pas.

Mais on laissa croire au comité angevin qu’il aurait bien lieu, jusqu’au communiqué officiel de janvier 1909.

En janvier, seuls quatre constructeurs étaient inscrits : Mors, Cottin-Desgouttes, Rolland-Pilain et Le Gui. Le Grand Prix de l’Anjou était reporté sine die.

Il nous reste ces cartes postales, témoins de la vie de nos communes en 1909.

carte postale pour le grand prix automobile de l'Anjou en 1909, arrivée au moulin de la salle
carte postale de 1909 du grand prix automobile d'Anjou

Les cartes postales étaient  pour la plupart des montages photographiques où les voitures ont été rajoutées.

carte postale illustrant le grand prix automobile de 1909, entrée ouest de la ville
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Nicolas Bautru de Vaubrun

Nicolas Bautru de Vaubrun

1632-1675

Blason de Nicolas Bautru de Vaubrun et MArguerite Bautru
carte de la bataille d'Altenheim en 1675

Carte de la bataille d’Altenheim publiée en 1782 

Nicolas Bautru de Vaubrun est le fils de Nicolas Bautru, frère de Guillaume II Bautru, comte de Serrant. Il épouse sa cousine, Marguerite-Thérèse Bautru, petite fille de son oncle. 

Marguerite Bautru est la fille de Guillaume III Bautru qui lui a légué le château de Serrant. Le couple va avoir quatre enfants : Nicolas Guillaume, abbé de Vaubrun, Madeleine-Diane, duchesse d’Estrées. Les deux autres filles deviendront religieuses. Marie-Gabrielle de Bautru de Vaubrun  prendra le voile en 1678 et deviendra prieur de la chapelle du Bois Garand à Sautron en Loire Atlantique en 1725. La dernière fille, connue comme Mademoiselle de Vaubrun, entrera également au couvent après une affaire de mariage secret et d’enlèvement impliquant le comte de Béthune en 1689.

Le marquis de Vaubrun fut lieutenant-général des armées du Roi. Il entre au service en 1653, dirige un régiment à compter de 1656. Il devient gouverneur de Philippeville et est envoyé en mission à Berlin, en Suède, à Mayence.

En 1672, les armées de Louis XIV envahissent la Hollande. Vaubrun combat sous les ordres du maréchal de Rochefort.  Entrainant des alliances, la guerre va s’étendre des Flandre jusqu’en Alsace. Turenne, général des armées de Louis XIV, passe ainsi le Rhin avec 7 000 hommes en 1674 pour repousser les armées impériales autrichiennes. Le 27 juillet 1675, Turenne est tué d’un coup de canon. Les impériaux crient à la victoire mais les soldats français veulent se venger. « Lâchez la pie (la jument de Turenne), elle saura nous mener à la victoire ! », s’exclament ils.

Tombeau de Nicolas Bautru de Vaubrun dans la chapelle du château de Serrant

Tombeau de Nicolas Bautru de Vaubrun dans la chapelle du château de Serrant

Dessin du tombeau de Nicolas Bautru de Vaubrun par Charles Le Brun

Deux hommes se disputent le commandement : il s’agit du comte de Lorges, neveu de Turenne, et du marquis de Vaubrun. Vaubrun se rend en chaise portée au conseil de guerre car il a été blessé quelques jours auparavant au pied par un tir de mousquet. Il veut conduire l’armée à la bataille. Son avis est écarté. De Lorges, plus âgé de deux années et par conséquent légitime à commander, choisit de repasser le Rhin et de retourner en Alsace.

Pendant deux jours, on organise la retraite, les deux armées se faisant face et échangeant quelques coups de canon sans en venir aux mains. Les troupes se replient finalement vers les ponts d’Altenheim.

Mais le 1er août 1675, au moment où elles passent la rivière, les troupes sont attaqués par l’armée de Montecuculli. De Lorge fait front. Mais le marquis Vaubrun aillant désobéi aux ordres a fait passer ses hommes sur la rive gauche. L’armée française est coupée en deux. Comprenant sa faute, le marquis tente de remener son régiment sur l’autre rive. La jambe blessée arnachée à la selle, il prend la tête de la charge. Il est tué d’une balle mais la bataille est gagnée. Trois milles soldats français et cinq milles impériaux périrent dans la bataille. Turenne est vengé, le marquis de Vaubrun efface par son héroïsme le désastre que son indiscipline a provoqué.

Marguerite Bautru, inconsolable, fait construire une chapelle dans le château de Serrant. En 1680, elle charge Sébastien Simoneau, architecte, qui conduira par la suite la fin des travaux de l’abbaye, de réaliser le bâtiment. Le tombeau est l’œuvre de Antoine Coysevox, sculpteur qui officie à la cour du Roi, sur des dessins de Charles Le Brun, peintre de renom. Le mausolée est en marbre noir entouré de deux colonnes en marbre également, surmontées de chapiteau en bronze. Sur les faces du sarcophage, des bas-reliefs en plomb doré montrent le récit de la bataille dans laquelle le marquis perdit la vie. La statue montre le marquis en train de mourir, le bâton de commandement toujours en main, avec la marquise à ses genoux. Au dessus, une victoire descend du ciel tenant un trophée et une couronne.

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Accident de bateau en 1772

Avarie à la Guibrette

1772 : le siècle des lumières

C’est Jean Hiérosme Guyard, notaire royal résidant à Saint-Georges, qui dresse le procès-verbal de l’accident survenu le 24 août 1772, entre 10 et 11 heures du matin, face à La Guibrette, paroisse de Saint-Georges-sur-Loire. Georges Dauvesse (ou Dauvès) « marchand voiturier par eau » de Savennières dirigeait » un train de bateaux  » venant de Nantes et allant à Orléans. La Loire était alors la grande voie de communication, que l’on pouvait remonter à la voile.

C’est l’été ; les eaux sont basses, et les difficultés de navigation, importantes toute l’année sur le fleuve royal, s’en trouvent accrues : les seuils (c’est à dire les sables) et les mouilles (ou les profonds) se déplacent fréquemment, et les premiers sont à peine recouverts d’eau. De plus, un autre danger défie l’œil pourtant exercé du marinier qui conduit l’ensemble : le bâton de quartier ! Chaque bateau en était équipé : grosse pièce de bois cylindrique, ferrée à une extrémité, il permettait de faire pivoter l’embarcation, pour la remettre dans le courant. Or, il arrivait souvent que ces bâtons de quartier cassent, et qu’une partie reste fichée dans le sable, menaçant d’éperonner les gabarres. A partir de 1809, ils devront porter, gravé, le nom de leur propriétaire, afin que ce dernier puisse être retrouvé et puni d’amende, après un accident.

 

carte des avaries en loire au XVIIIème

Avaries en Loire entre 1689 et 1792 (c) Emmanuel Brouard

Dauvesse a quitté Nantes avec un train de trois bateaux, en même temps qu’un certain Pierre Bourrigault, qui a, lui aussi, trois bateaux. L’un et l’autre travaillent pour les mêmes commanditaires : Messieurs Guinebaut et Jahan, négociants à Orléans. Le chargement s’est fait sous le contrôle de leurs représentants à Nantes, Froust, et un autre Guinebaut. Cette cargaison est précieuse : deux bateaux, dans chacun des convois, sont chargés de sucre, sans doute la  » moscouade  » extraite de la canne, probablement transportée dans des tonneaux, alimentant les raffineries d’Angers, et surtout d’Orléans, dont elle fit la prospérité.

On y comptait, en 1776, 16 raffineries ! Le sucre, venu de Saint-Domingue, débarqué à Nantes, premier port sucrier au XVIIIe siècle, est l’aboutissement de ce commerce triangulaire, qui fit des armateurs de la cité bretonne, de si puissants bourgeois. Leurs navires, chargés de pacotilles, d’armes, de poudre à fusil se rendaient sur les côtes africaines, afin d’y acheter des esclaves noirs revendus ensuite aux Antilles. Ils rentraient en France remplis de denrées exotiques. Loin des préoccupations humanitaires, les classes aisées raffolaient des pâtisseries, des glaces, des sorbets que ce commerce permettait.

Le dernier des bateaux des deux trains, était chargé de chanvre teillé, c’est-à-dire débarrassé de sa deuxième écorce, et prêt à être travaillé dans les corderies et les fabriques de toiles à voile : celles de Beaufort, et d’Angers où la principale est dirigée par Bonnaire, bientôt allié à son gendre Joubert. La production angevine de chanvre ne suffit pas, car la vallée, encore mal protégée par ses  » turcies » ou levées de terre, est trop souvent inondée. Alors, d’où vient ce chanvre ? Nous ne le savons pas, mais nous pouvons supposer qu’il arrive de Bretagne, alors grande productrice.

échanges commerciaux sur la Loire au XVIIIème

Circulation des marchandises sur la Loire au XVIIIème en Anjou (c) Emmanuel Brouard

Nos trains de bateaux remontent donc la Loire. A hauteur de la Guibrette, les mariniers prennent soin de naviguer « a plus de cinq cent pas au-dessus dudit lieu en montant ». Mais « le troisième et dernier bateau de derrière chargé de chanvre a rencontré un morceau de bâton de quartier cassé et piqué dans le milieu du passage de ladite rivière de Loire qui n’était point visible même à fleur d’eau, lequel aurait défoncé le côté gauche du bateau en deux différents endroits en sorte que l’eau serait entrée en abondance et a mouillé la majeure partie desdites marchandises ».

dessin d'un bateau de loire

Bateau de Loire

Catastrophe ! On ne peut poursuivre la route et le chanvre est trempé, avec le risque de pourrir ! Tout l’équipage se précipite, car il faut sauver ce qui peut l’être. Vingt-cinq personnes sont à pied d’œuvre, dit maître Guyard, ce qui paraît un chiffre bien important, pour seulement trois bateaux ! L’accident a eu lieu près de la Guibrette « où se tient un corps de garde d’employés de gabelle » Il y a là six employés chargés de faire respecter la législation sur le sel, et de traquer les faux-saulniers qui empruntent le fleuve. Ce sont Louis Abline, Nicolas Derouet, Maurice Barault, Jean Demazière, Mathurin Chevalier, le sous-brigadier André Boutin, placés sous l’autorité du brigadier Pierre Lamoureux. Nous apprenons ainsi que ce dernier réside dans le corps de garde.

Le bateau est amarré le long de la rive, à l’endroit dit : pierre de Boyau. Il faut faire dresser un constat, et pour cela, on va chercher le notaire de Saint-Georges, qui arrive suivi des moines de l’abbaye, car la terre de Boyau leur appartient. En attendant, les hommes ont commencé à décharger le chanvre, de manière à le faire sécher.

carte du cadastre napoléonien de la guibrette

Cadastre napoléonien de 1835 au niveau de la Guibrette (ADML)

chaland de Loire au XVIIIème

Chaland de Loire au XVIIIème

Le pêcheur François Racapé, le « laboureur domestique » François Besnard sont venus prêter main forte à l’équipage et aux gabelous qui œuvrent de concert. Il faut évaluer précisément les dégâts, et pour cela J.H. Guyard entre « à la faveur d’une planche posée d’un bout à terre et de l’autre sur le bord dudit bateau », dans l’embarcation éperonnée.

On observe « côté gauche, une rupture considérable (de) la douzième courbe a compter par le devant, un trou environ six pieds de long » (soit 2 m environ). Déjà, « des charpentiers en bateaux » sont au travail.

Ils font partie d’un autre « train », celui « du sieur Choisnard qui passe au même instant ». Ces charpentiers, les Maugin habitent Les-Ponts-de-Cé, paroisse de Saint-Aubin.

Le constat est dressé dans le corps de garde, car, écrit le notaire, « n’ayant pas d’endroit pour écrire et étant gêné du vent et des travailleurs ». Il est, note-t-il, 7 heures du soir. Une journée entière s’est écoulée.

Quand pourront-ils repartir avec leur chargement, ces mariniers, dont J. et C. Fraysse décrivent ainsi le costume : « une culotte de droguet épais, étoffe faite de laine et de coton, le plus souvent tissée avec un fil blanc et un fil bleu, très peu perméable, protégeait leurs jambes de l’humidité… Leur chef s’ornait d’un chapeau de feutre épais à larges bords muni d’un fort galon, précaution indispensable pour une coiffure offrant tant de prise au vent. Ils avaient des sabots, mais dédaignaient ceux de chêne ou noyer. Leur préférence allait à ceux de saule, bien résistants aux chocs, et à ceux de peuplier, dont le bois adhère aux planches humides » ?

La remontée de la Loire jusqu’à Orléans, de gabares chargées, pouvait prendre quinze jours, et même plus, selon les conditions météorologiques et les difficultés de la navigation. Les vicissitudes du voyage n’étaient donc pas terminées…

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Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun

Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun

1661-1746

portail de l'église saint ephrem à Paris construite par l'abbé de Vaubrun

Portail de l’église saint Ephrem à Paris construite par l’abbé de Vaubrun en 1738

l'abbaye de Cormery dont l'abbé de Vaubrun fut l'abbé

L’abbaye de Cormery dont l’abbé de Vaubrun fut l’abbé

Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun, dit l’abbé de Vaubrun, est le fils de Marguerite Thérèse Bautru, elle-même fille de Guillaume III Bautru, et de son époux-cousin Nicolas Bautru de Vaubrun

Il est le frère de Diane Bautru de Vaubrun, duchesse d’Estrée, seule héritière du domaine de Serrant après la mort de l’abbé.

Saint-Simon décrit ainsi l’abbé de Vaubrun :  « Il avait pris le collet pour se cacher. Il était tout à fait nain, en avait la laideur et la grosse tête, et il s’en fallait d’environ un pied que ses jambes tordues ne fussent égales. Il se fourrait partout ». Montesquieu dans ses pensées dit de lui : « Avec un caractère grave et un air sérieux il fut l’homme de son siècle le plus frivole. Il n’eut aucune des singularités qui font plaisir mais tous les ridicules qui font pitié. Avec le corps d’un homme difforme il eut toutes les flatteries d’une femme.« 

Joseph Grandet (historien de l’Anjou) 1646-1724, dit de lui : » En 1696, il acquiert du marquis de Breteuil, la charge de lecteur qui lui donnait ses entrées chez le roi. Il se compromit dans les affaires du cardinal de Bouillon ( ce dernier avait pris le parti de l’ennemi lors de la guerre de succession d’Espagne, et était donc considéré comme un traitre). Le 9 mai 1700, l’abbé de Vaubrun fut renvoyé de la cour et envoyé à Serrant.« 

En 1709, il est autorisé à revenir à Paris et en 1710 peut reparaitre à Versailles, où il reprend son service le 29 janvier 1711.

Il vendit sa charge le 7 avril 1720.  D’après les archives de Serrant citées par l’Anjou Historique 1902.

De juin 1680 à novembre 1746, il fut abbé commendataire de l’abbaye de Cormery en Touraine, et il obtint en 1732 l’abbaye de Saint Georges sur Loire. Il obtient en 1737, la création d’un marché hebdomadaire dans le bourg et de trois foires dans sa châtellerie de Saint Georges sur Loire. L’abbaye est dans un piteux état. Son prédécesseur, Jean Louis Caton de Court, n’a réalisé aucuns travaux préférant construire le logis abbatial. Quand Nicolas de Vaubrun devient abbé, les travaux sont encore estimés à près de 15 000 livres. L’abbé intente un procès à Charles Roger, héritier de Caton de Cour. Sans grand succès : à la mort de l’abbé de Vaubrun, le montant des réparations est estimé à 30 000 livres.

Il fut également prieur de Chemillé de 1699 à 1704. (d’après Célestin Port)

En 1738, l’abbé de Vaubrun confie à l’architecte Pierre Boscry la reconstruction du collège des Lombards à Paris. Des bâtiments ainsi qu’une nouvelle chapelle sont édifiés. C’est l’église Saint-Ephrem-le-syriaque dont le tympan portait jusqu’à la révolution les armes de l’abbé.

L’abbé Bautru de Vaubrun était un familier de la duchesse du Maine et de la cour de Sceaux, animée par cette dernière. Avec le titre de Roi de la Nuit donné par la duchesse, l’abbé fut l’organisateur de certaines Grandes nuits de Sceaux, qui mit en scène des opéras baroques, en particulier, en 1714 :  La déesse de la nuit (texte de Nicolas de Malézieu, musique de Mouret),   Les amours de Ragonde, opéra ballet de Destouche,  Les héritiers, La noce et le charivari.

La duchesse du Maine disait de l’abbé de Vaubrun qu’il était « le sublime du frivole ».

Mr de Gavaudun trouvant Mme la duchesse du Maine  aux Tuileries après souper avec l’abbé de Vaubrun à ses genoux composa ces vers satiriques :

A l’heure où selon la nature

Chacune cherche son chacun,

Un abbé prêt à conclure

Fuyait tout objet importun,

Quand Gavaudun

S’écria : voyez la posture

Où se met l’abbé de Vaubrun.

L’abbé de Vaubrun meurt le 14 novembre 1746 à Paris.

Sources :

Les Mémoires de Saint-Simon, chap 2 tome 9, et les Mémoire du président Hérault, chap 11.

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Charles de Boissard

Charles de Boissard

1751-1823

signature de De Boissard dans un registre d'état civil ADML

Signature de Charles de Boissard (ADML)

Château de la Chauvière à Saint Germain des Prés au début du XXème

Charles César Louis de Boissard, Seigneur de La Chauvière, est né à Saint-Germain-des-Prés le 10 avril 1751 du mariage de Jacques-César de Boissard de la Rigauderie et de Catherine-Françoise Le Page. En 1783, à Loiré, il épouse Agathe-Françoise-Marie de Hellaud de Vallière. Le couple aura trois enfants : Marie-Agathe, Joseph qui sera maire du Ménil et conseiller général et Charles qui sera lui aussi maire de Saint Germain des Prés en 1843 et de 1848 à 1872.

C’est un militaire, officier au Corps Royal d’artillerie et Capitaine du Régiment de Strasbourg.

En 1789, à Angers, il siège avec la noblesse aux Etats Généraux. Il est maire de Saint-Germain des-Prés de Janvier 1808 à Février 1813 et de Saint-Georges-sur-Loire entre Avril 1808 et Novembre 1809.

Il décède à Saint-Germain des Prés le 13 Septembre 1823.

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maitre poste

La faillite du maitre de poste

1774 : le siècle des Lumières

La « Poste aux chevaux » a été créée par Louis XI en 1464. Ce dispositif, réservé à la Poste Royale, est constitué de relais disposés de place en place, capables de fournir chevaux et postillons pour acheminer le courrier royal. Étendu petit à petit, à d’autres transports, tels que des voyageurs, ce sera le service de la Poste jusque vers 1850. Un relais est sous la responsabilité d’un Maitre de Poste nommé par le roi, rétribué par le roi et plus tard par les utilisateurs. Il possède chevaux et postillons aptes à acheminer le courrier jusqu’au relais suivant.

Nous connaissons le nom des maitres de poste de Saint Georges depuis 1584: François Millet d’abord, puis le sieur Fourrier et les Sortant qui ont rendu la charge héréditaire. René Sortant originaire de Savennières s’était installé à la fin du XVIIème comme fermier du château de Serrant. Son fils, René, né en 1689 devient maître poste. Il est alors locataire de la closerie de la Barre à la sortie ouest du bourg et de la Thibauderie, où il parque ses chevaux. À sa mort en 1747, c’est son fils René-Guy qui lui succède. Mais le relais postal est une affaire de famille : ses frères, Jean-Baptiste et Philippe, sont respectivement postillon (il conduit les voitures en montant le cheval) et sellier. Son beau-frère, Jean Juret, demeure au prieuré de l’Epinay et contribue à l’affaire familiale en tant que marchand fermier. Quant au beau-frère de Philippe, Nicolas Delaitre, fils d’une esclave affranchie de Saint Domingue, il sera un temps conducteur, c’est-à-dire perché à l’arrière de la voiture pour assurer le bon déroulement du voyage. René-Guy possède également l’auberge de la Boule d’or dans le bourg (aujourd’hui aux  33 et 35 de la rue nationale) de qui permet d’accueillir les voyageurs et que gère son frère, Jean-Baptiste. L’affaire a tout pour réussir mais, criblé de dettes suite à une série de déconvenues, René-Guy va faire faillite en 1774.

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acte notarial de l'affaire sortant en 1774

Extrait de l’acte du notaire Jean-Hérosme Guyard en 1774

La situation est tellement critique en ce printemps 1774 pour René-Guy Sortant, qu’il en est réduit à vendre tous ses biens. Et encore ! Selon l’acte notarié dressé par maître Jean Hiérosme Guyard, notaire du comté de Serrant, cela ne permettra pas d’apurer les comptes. Il restera beaucoup à payer et notre homme est acculé à la ruine.

Comment en est-il arrivé là ?

Nommés par décision royale, les maîtres de poste tiennent des relais le long de routes importantes, comme l’est la route royale Paris- Angers-Nantes qui traverse Saint-Georges-sur-Loire. Ils doivent fournir des chevaux frais aux courriers qui transportent la correspondance, de même qu’aux voitures de messageries. Ils peuvent aussi être requis pour des services extraordinaires exigés par le roi.

René-Guy Sortant a occupé, en ce règne de Louis XV, la situation enviable de maître de la poste aux chevaux. Il a pris place dans une dynastie fondée par son père René en 1733, et dirige le relais depuis 1747. Cela est courant. Les familles « tiennent » la poste de nombreuses années, et les fils succèdent généralement aux pères. Pourtant, il y a trois ans déjà, il a été destitué. Il n’en continue pas moins à occuper la closerie de la Barre, centre de son activité, située à l’extrémité ouest du bourg de Saint-Georges. Cette dernière dépend de l’abbaye de Saint Georges.

En 1769, soit cinq ans avant l’acte qui nous occupe, il possédait 18 chevaux, révélateurs d’une belle progression de l’activité, puisque le même relais n’en proposait que 7 au début du siècle, en 1727. Mais voilà, certains ont été malades, de « la maladie du feu » dit-il. Comme la morve, autre affection chevaline, c’est une maladie grave, liée à l’empoisonnement que provoque l’ergot du seigle, et sans doute à une mauvaise conservation des grains.

C’est aussi un coup dur, car, par peur de la contamination, l’administration royale impose que cesse l’activité du relais, jusqu’à la guérison du cheptel. Et pendant ce temps, il faut nourrir et soigner les bêtes sans rien gagner. La perte s’accroît encore lorsqu’un cheval meurt.

signature de rené guy sortant

Signature de René Guy Sortant dans les registres (ADML)

plan du bourg en 1786

Le bourg en 1786. A l’ouest, le relai de poste, La Barre.

écuries de la poste à cheval au XVIIIème siècle
Ecuries de la Poste au XVIIème siècle 
Gravure de Moyreau, 1753

Un an après, il est requis pour le « voyage de madame la Dauphine », avec cinq chevaux. Il s’agit des festivités organisées pour le mariage du futur Louis XVI avec Marie-Antoinette d’Autriche. La jeune fille de 15 ans vient de quitter son pays pour entrer dans sa nouvelle patrie. Elle est entourée d’équipages somptueux, de bagages, et elle est fêtée tout le long du trajet, jusqu’à Versailles. Il faut beaucoup de chevaux. Or, nous dit René-Guy Sortant, il n’a reçu pour ce service que peu de chose en guise de paiement, et pas suffisamment en tous cas pour payer les frais occasionnés.

Et cette année-là est particulièrement difficile en Anjou, marquée par la cherté des grains, la disette, voire la famine.  D’ailleurs, si tout le XVIIIe siècle a connu des crises de subsistance, la situation a empiré depuis 1768 avec des hivers et des printemps trop humides, suivis d’étés exceptionnellement secs. La hausse des prix a été continue. René-Guy Sortant, lui, estime ses frais à 15 livres par jour, soit 675 livres pour 45 jours, alors qu’il n’a été défrayé que de cent sols par jour pendant un mois et demi, soit 225 livres. La perte qu’il annonce est bel et bien de plus de deux cent livres.

Les soucis, les malheurs s’enchaînent pour notre maître de poste. En 1771, René-Guy perd sa femme Louise Jouan. Il est obligé, pour la remplacer, d’engager des domestiques. Et ces derniers n’ont pas su gérer avec la même efficacité qu’elle, la maisonnée composée de 7 enfants, 3 domestiques habituels, et 4 autres pour remplacer l’épouse décédée.

Le maître de poste continue d’énumérer la liste des dépenses auxquelles il est impossible de se soustraire : l’entretien des chevaux,  les impôts dus aux Fermiers du roi, et qui n’ont pas été payés à cause de récoltes trop médiocres, l’entretien et la nourriture des enfants et des domestiques, l’obligation de payer l’apprentissage de ses fils auprès de maîtres artisans : l’un sera sellier, un autre menuisier, le troisième fabriquant de « bar au métier ». Et voilà une formation qui revêt bien des mystères pour nous…

A cela, il faut ajouter l’absence de gains pendant la fermeture du relais, et les investissements malheureux : par exemple, la location d’une petite exploitation agricole, dont il n’a pu payer le loyer à cause de productions insuffisantes.

On serait effondré à moins ! René -Guy Sortant, qui égrène ses malheurs afin, semble-t-il, d’apitoyer ses créanciers, paraît presque victime d’une malédiction !

Mais ils sont là, ces créanciers, bien décidés à récupérer, sinon leur dû, tout au moins une partie, la plus importante possible. Et ils sont nombreux : 30, parmi lesquels on trouve ses enfants à qui il doit l’héritage de leur mère, sa sœur, un boulanger, un tailleur d’habits, des marchands, un éleveur de cochons, un notaire, un maréchal, des charpentiers, un meunier, un domestique, des collecteurs de l’impôt, et d’autres dont on ne connaît que le lieu de domicile : Saint-Germain-des- Prés, Savennières, Candé, Angers, Nantes…

Bref, René-Guy est un homme aux abois, dont la dette se monte à « plus de sept mil cinq livres ». Que faire ? Eh bien, il a « pris le parti de faire vente de majeure partie de ses effets mobiliers… dont le montant est de six cent quatre vingt dix neuf livres mobiliers… » Si on y ajoute la vente de ses bestiaux, chevaux, charrettes et équipages, plus des « meubles meublants », des ustensiles de cuisine, la vente d’une maison, on arrive à « cinq mil trois cents livres. » On est loin du compte ! Et il propose à ses créanciers de recevoir « de ladite vente chacun d’eux au marc la livre », c’est-à-dire de recevoir le dividende calculé en faisant le rapport entre le montant de la créance et le montant global de la somme qui reste à distribuer.

Il voudrait bien aussi qu’on lui accorde un « delay de cinq ans pour leur (les créanciers) » payer le surplus à quatre ou cinq termes différents qui seraient fixés « entre eux ».

Mais, ventre affamé n’a pas d’oreille, dit le proverbe, et plus personne ne veut faire confiance à notre maître de poste. « N’ayant pu obtenir cet acte d’humanité…il se trouva forcé de faire l’abandon autour de ses biens et de… donner l’état entier et sincère de ses affaires ».

C’en est fini pour René-Guy Sortant. Il ne sera plus jamais solvable. Empêtré dans des difficultés familiales, fâché avec ses enfants, il mourra indigent en 1792, à l’Hôtel-Dieu d’Angers.

L’activité du relais de poste est alors reprise. Mathurin Claude Avril exerce peu de temps en 1789, installé au Petit Serrant.

Marin Abafour originaire de Champtocé devient maitre de poste en 1789 et s’installe dans la closerie du prieuré à l’angle de la rue Tuboeuf. Il meurt et sa femme Jeanne Guiter poursuit l’activité. On lui vole 11 chevaux, soit la moitié de son cheptel. Elle meurt criblée de dettes en 1797 à 37 ans.

Pierre François Oger, notaire et maire, est maitre de poste jusqu’en 1827. Le relais est établi dans le bâtiment de la Tête Noire actuel.

La concurrence et le chemin de fer auront raison du dernier relais de Saint Georges sur Loire.