Saint Georges Patrimoine

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Les abbés

Les abbés de Saint Georges

Vers 1150, Macé du Plessis décide de construire une abbaye à Saint Georges sur Loire pour les chanoines régulier de l’ordre de Saint Augustin. Il fait don de terres, contigües à l’église paroissiale, plus ancienne, pour y faire bâtir maisons et jardins. Il offre aussi douze fermes situées dans un environnement proche. Les seigneurs locaux donnent également des bois et des domaines ainsi que des rentes et des collectages de dimes, impôts sur les récoltes et les productions. Les seigneurs de Brie et de Serrant vont également offrir des métairies. Au cours des années, les revenus de l’abbaye deviennent de plus en plus importants. Ces biens qui apportent les revenus à l’abbaye, forment le temporel de l’abbaye, les biens terrestres en opposition au spirituel.

gravure d'un genovéfain

Chanoine génovéfain en habit de choeur d’été

Les abbés, chefs de la communauté constituée d’une douzaine d’hommes, sont choisis par les religieux jusqu’en 1534. A partir de cette date, l’abbaye tombe en commende. Cela signifie que n’importe qui, un religieux et parfois même un laïc, gère l’abbaye sans être obliger d’y habiter. Les chanoines tenteront de résister à ce mode de gestion : ils constituent le petit couvent, ou petit chapitre, et acquièrent collectivement des biens afin de louer pour garantir une rente.

En 1624, la réforme de l’ordre de Saint Augustin est décidée afin de lutter contre les dérives mercantiles de la gestion des communautés religieuses. Le pape Grégoire XV missionne le cardinal de la Rochefoucault de moderniser les règles de vie des chanoines. Cette demande est motivée par la poussée du protestantisme qui prône des valeurs strictes et une rigueur religieuse. Un supérieur sera alors élu à la tête des réformés. On impose une tenue sobre aux religieux et une prudence sur le recrutement des novices. La réforme est actée le 27 avril 1624, à l’abbaye royale de Saint Geneviève à Paris.

Les Réformés vont alors parcourir la France, d’abbayes en monastères, pour introduire la Réforme. Celle-ci arrive à l’abbaye de Saint Georges le 9 juillet 1658. Jacques de Grignan, évêque d’Uzès et abbé de Saint Georges signe la transaction avec François Blanchard, abbé de Sainte Geneviève.

La transaction ne fait aucunement allusion à une réforme de la vie religieuse. Elle acte seulement une répartition des revenus et des charges. Jusqu’alors, les abbés percevaient la totalité des revenus de l’Abbaye. Les chanoines réguliers ne recevaient que les revenus de leur propre patrimoine, des biens du petit couvent et des chapelles claustrales. L’abbé reconnaît désormais l’existence du Petit Couvent et y affecte 2000 livres chaque année de ses propres revenus. Il paie également les religieux responsables des offices : le curé, le sous-sacriste et le chantre.

dessin du complexe abbatial en 1680

L’abbaye en 1699

 L’abbé garde tous les revenus des prieurés et des chapelles. Il se décharge de tout l’entretien courant des bâtiments, ne conserve que les réparations du gros œuvre. Les chanoines assurent collectivement l’entretien courant des bâtiments et les frais liés aux offices religieux. Tous leurs revenus doivent être mis en commun. Ils doivent donc renoncer aux revenus des chapelles claustrales et autres rentes.

Cette répartition va conduire à une lutte continuelle entre l’abbé et les chanoines. Par exemple, en 1672, l’abbé Jacques Adhémar de Grignan, décide de couper une partie des bois de Boyau pour en faire une terre labourable. Les chanoines perdent une source importante de bois de chauffage et négocient une compensation annuelle de 200 livres que l’abbé devra prendre sur ses propres revenus. Pour couvrir ces dus, l’abbé cède des propriétés aux chanoines : des métairies, des chapelles et des prieurés deviennent ainsi les biens de la mense conventuelle.

La transaction prévoit également que 10 chanoines habitent l’abbaye. En réalité, ils ne sont que sept ou huit ce qui contrarient les seigneurs du Plessis Macé qui ont fondés l’abbaye. Ainsi Guillaume Bautru, propriétaire du château de Serrant va exiger l’application de la transaction. Les religieux lui répondront que les revenus de l’abbaye sont insuffisants pour survenir aux besoins de 10 personnes.

Les relations entre l’abbé et les chanoines se dégradent encore au début du XVIIIème siècle. En 1695, quand Jean Louis Caton de Court est nommé abbé, une expertise estime à plus de 20 000 livres les réparation nécessaires, somme que lui remet son prédécesseur Jean-Baptiste Lully qui a poursuivi la construction de la nouvelle maison conventuelle(l’actuelle mairie). Mais en 1715, Caton de Cour est ruiné et les travaux ne sont pas réalisés : il a fait construire le palais abbatial et a dépensé sans compter. Il organise une loterie, vente aux enchères pour combler ses dettes. Les chanoines obtiennent que seul un tiers des biens aillent à l’abbé. Un autre sera affecté à l’entretien des bâtiments et le dernier aux chanoines qui pourront en disposer librement. Quand Nicolas de Vaubrun devient abbé, les travaux sont encore estimés à près de 15 000 livres. L’abbé intente un procès à Charles Roger, héritier de Caton de Cour. Sans grand succès : à la mort de l’abbé de Vaubrun, le montant des réparations est estimé à 30 000 livres.

Yriex de Beaupoil de Saint Aulaire, son successeur nommé en 1746, traine au tribunal l’héritière de Nicolas de Vaubrun, la duchesse d’Estrée. Elle est condamnée en 1747 à financer les réparations. Peut-être est-ce pour cela qu’elle vend le château de Serrant à Antoine Walsh. En 1748, elle sera déchargée de sa condamnation.

En 1766, Luc de Salles devient abbé de Saint Georges. Il constate que la réforme de 1624 est loin d’avoir été appliquée : les abbés ont continué de percevoir l’ensemble des revenus de l’abbaye, les chanoines n’ont pas mis en commun leurs revenus notamment leurs chapelles claustrales. Vont s’en suivre de nombreux procès entre les chanoines et l’abbé. Mais Luc de Salles obtiendra l’application de la Réforme.

Les différends financiers se poursuivront cependant jusqu’à la Révolution, les chanoines accusant le prieur Gournay d’avoir détourné l’argent du couvent pour financer les réparations de son propre prieuré !

Source :Abbaye de Saint Georges sur Loire, Le temporel, Denis Mercier

La liste des abbés est difficile à établir. Les noms et les dates varient souvent selon les sources.

AbbéAnnée de nomination
Herbert1152
Jean1163
Daniel1177
Guillaume I1180
Guérin1189
Mathieu1202
Guillaume II 
Giraud 
Pierre1275
Robert Thomas1290
Nicolas de Aula ou de la Salle1334
Jean Mabier ou Mahier1347
Maurice Mernotte ou Mervotte1356
Nicolas de Chazé 
Hugues1363
Guillaume Guillopé1389
Pierre d’Andigné1400
Guillaume Brient1410
Pierre Bonhomme1439
Maurice de Saint Quentin 
Auger de Brie1445 ou 1468
Antoine de Brie1499
Payen ou Péan de Brie (meurt en mai 1504)1504
Louis Samson1517 ou 1522
Auger Samson1526
Mise en commende de l’Abbaye
Jean ou Jehan Chauderon1534
Guillaume Millet1547
Antoine Millet1574
Jean de Vassé1576
Silvin Thabault1594
Antoine Pot de Rodes1605
Nicolas Pot de Rhodes1610
Nicolas Tudert1613
Gabriel Boylesve de Malnoue1650
Roger d’Aumont1651
Jacques Adhémar de Grignan1654 à 1674
Louis Joseph Adhémar de Grignan1681
Jean Baptiste de Lully1687
Jean Louis Caton de Court1695
Nicolas de Vaubrun1732
Yriex De Beaupoil de Saint Aulaire1747
Luc de Salles1766
Jean François de Maillan1787
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La Libération

La Libération : les résistants de la Soulouze

1944 : Seconde Guerre Mondiale

Après le Débarquements des Alliés, le 6 juin 1944, les forces armées américaines arrivent dans le Maine et Loire dès le 7 août. Angers est libérée le 10 Août 1944 par les forces du général Patton. La rive Nord dont Saint Georges est rapidement libérée également. Un canon Allemand de 400 sur voie ferrée positionné sur la ligne de chemin de fer Angers-La Jumelière-Chemillé, tire depuis Chaudefonds sur Layon sur les Américains arrivés et positionnés à la Butte Sanson. Quelle est leur cible ?  Les ponts ont déjà été détruits. Chalonnes ? Rochefort ? Nous n’avons pas de précisions sur ce sujet. Dans la nuit du 15 août un obus d’un tir trop court est tombé dans une ferme celle de Mr Oger, située rue du Général Faugeron, ne faisant que des dégâts matériels : dégâts qu’il déclara en mairie le 16 aout 44. En mémoire de cet événement, il fut décidé quelques années plus tard, la paix retrouvée, de commémorer ce bombardement tous les 15 aout en tirant un coup de canon au réveil par le comité des fêtes de l’époque dans les jardins de l’abbaye avec une bombe de feux d’artifices. S’en suivait le défilé musical au réveil dans les rues par la fanfare de St Germain les Prés, pour ouvrir les festivités de la fête communale annuelle de St Georges.

ferme de la soulouze sur l'ile de Chalonnes

La ferme de la Soulouze sur l’île de Chalonnes avec la plaque commémorative posée en 2013

Le 18 Août 1944, les troupes allemandes évacuent l’île de Chalonnes pour constituer une zone tampon les éloignant des forces américaines. Alors qu’une partie de l’armée allemande se replie, des unités restent en position défensive sur la rive sud de la Loire réalisant régulièrement des incursions sur l’autre rive.

Les Américains chargent les Forces Françaises de l’Intérieur constituées de volontaires, principalement des Résistants, de sécuriser la rive nord. Ainsi Pierre Nédélec, jeune de 17 ans, s’engage dans les FFI. Il est né à Angers. Son père, issu d’une famille des Côtes d’Armor, est mort alors que Pierre n’est qu’un enfant. Depuis, il vie avec sa mère qui est commerçante à Angers.

Le 26 août 1944, peu après minuit, la section de Pierre Nédélec, quitte la caserne d’Espagne à Angers en direction de Saint Georges. L’objectif est de réaliser une patrouille sur l’île de Chalonnes pour repérer la présence des forces allemandes. Ils font une halte, au cœur de la nuit, dans une maison abandonnée du village non loin du Grand Bras.  Puis, au petit matin, un passeur les aide à traverser la Loire à la barque au lieu-dit du Boyau. Sur la rive Nord de la Loire, les troupes américaines ont installé une automitrailleuse multitubes afin de sécuriser la traversée.

Les jeunes Résistants installent leur camp dans deux fermes abandonnées de l’île, la Soulouze et l’Orfraie : les habitants ont depuis longtemps quitté les lieux. Mais, depuis le clocher de l’église Saint Maurille, les Allemands ont repéré les FFI qui sont surpris par un groupe de soldats sur l’île. Les Allemands vont faire quatre prisonniers. Trois jeunes sont tués.

tombes dans le cimetière de saint georges

Les tombes des de Roger Perez Moreyra et Julien Ferté dans le cimetière de Saint Gerges

Roger Perez Moreyra, âgé de 18 ans, venait de Strasbourg. Sa famille, expulsée par l’administration civile, s’était réfugiée à Angers. Roger Perez Moreira n’a que 15 ans quand il s’engage aux côtés de ses parents dans le réseau de Résistance Honneur et Patrie, en 1941. Très engagé dans le scoutisme, il fut impliqué dans la libération d’Angers, les scouts servant de guide aux forces américaines.

Julien Ferté avait 19 ans. Il était originaire de Normandie. Sa famille s’était réfugiée à Angers en juin 1944 pour fuir les bombardements. Roger Perez Moreyra et Julien Ferté étaient placés en sentinelles à la Petite Soulouze. Ils furent tués d’une rafale d’arme automatique. Pierre Nédélec est mortellement blessé alors qu’il tente de retraverser la Loire à la nage. Son corps est emporté par le courant.

Roger Perez Moreyra et Julien Ferté furent inhumés dans le cimetière de Saint Georges deux jours plus tard. Le corps de Pierre Nédélec ne sera retrouvé qu’un mois plus tard, le 5 octobre 1944, à Montjean. Ils furent honorés du statut de morts pour la France et décoré à titre posthume de la Croix de Guerre.

Une plaque commémorative a été installé sur l’île de Chalonnes en 2013.

Les forces allemandes quittèrent la région le 29 août 1944. Les quatre prisonniers de la Soulouze embarqués vers Bourges pour y être fusillés réussiront à s’évader suite au mitraillage de leur train par des avions américains. Les autres membres ayant réussi à s’enfuir ce jour-là, rejoignirent la caserne et continuèrent de combattre. Il y eut une cinquantaine de morts dans ce régiment. La plupart était très jeunes comme les trois résistants tombés à Chalonnes.

 

Source : Serge Guillet, Geoffroi Crunelle

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sites

La boule d’or

L'hôtel de la Boule d'or

Photographie de la maison rue tuboeuf, ancienne auberge

L’ancien hôtel de la Boule d’or

Le grand chemin royal reliant Paris à Nantes traversa Saint Georges sur Loire à compter du XVIIIème siècle. De nombreux voyageurs faisaient halte dans le village qui comptait de nombreuses auberges.

Dès 1675, on trouve dans la rue Tuboeuf des auberges comme l’enseigne du Chapeau Rouge appartenant à un certain Toublanc qui sera ensuite détruite pour construire le presbytère.

Le 3 juillet 1748 le prêtre et prieur (Matthieu Peyre) de l’abbaye de Saint Georges déclare la construction neuve d’un corps de logis composé de plusieurs chambres et d’un jardin sur la rue Tuboeuf. Son propriétaire, Pierre Hillaire TOUBLANC écuyer, conseiller du roi, auditeur de la chambre des comptes de Bretagne à Nantes décède ; leur fille Renée TOUBLANC, dame de Montreau, épouse de René-Pierre CASSIN DE LA LOGE, hérite de l’ensemble.

En 1837, par tirage au sort, leur fille Renée CASSIN DE LA LOGE épouse de Jean Louis LE TELLIER, conseiller à la cour d’Appel  d’Angers, en devient propriétaire. Elle loue cet héritage verbalement à Antoine Ducazeau tonnelier et Jeanne Augereau son épouse qui ouvrent le CAFE DU BON SOUVENIR.

En 1859,  la Veuve Renée LE TELLIER vend à Lucien FROGER, aubergiste grainetier et sa Dame Rose Desprès, le CAFE DU BON SOUVENIR et jardin dépendant, situés rue « Tuebeuf ». Voilà la description qui en est faite  :

– la maison: un grand et principal bâtiment distribué de diverses pièces au premier étage, avec greniers au-dessus

une cour vers ouest de ce bâtiment

au nord de ce dit bâtiment principal une ruelle ou couloir, et dans ce couloir puits commun avec les propriétés de MM Bréchet, Gaubert et Roulin

au rez-de chaussée, une grande salle et petit salon sur la rue, cuisine avec grenier au dessus et cave vers Nord, cinq chambres au premier étage et grenier mansardé au-dessus, cabinet d’aisance et puits, ledit puits commun avec Madame Portais

une écurie séparée de la maison par un couloir avec grenier,

– un jardin de l’autre côté de la rue avec volière, buanderie, hangar, cellier avec grenier, douve, pompe . »

détail du cadastre napoléonien du bourg

La rue Tuboeuf sur le cadastre napoléonien de 1835 (ADML)

Le CAFE DU BON SOUVENIR change d’enseigne et devient, l’hôtel de la BOULE D’OR .

En 1896, Lucien Froger et Rose Desprès vendent l’HOTEL DE LA BOULE D’OR  à Pierre CAILLEAU jardinier et son épouse Marie RETIF, lingère et aubergiste.

En 1918, la veuve Marie CAILLEAU et sa fille Marie Louise épouse PAVIE tonnelier, vendent à Alexandre PICHERIT, cultivateur, époux Marie BEHIER, qui transforme l’HOTEL DE LA BOULE D’OR  en maison à usage d’habitation.

Cette maison retrouve le calme de la rue Tuboeuf après ces cent soixante dix ans  d’occupation commerciale.

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Jean-Baptiste Lully fils

Jean-Baptiste Lully fils

1655-1743

signature de jean-baptiste lully fils

Signature de Jean-Baptiste Lully dans le registre de 1685 de Saint Georges (ADML)

Jean-Baptiste Lully est le deuxième fils du célèbre musicien de Louis XIV, Jean-Baptiste Lully, qui mit en musique notamment les pièces de Molière. Sa mère, Madeleine Lambert, était fille du compositeur Michel Lambert. Jean-Baptiste Lully souhaitait voir son fils aîné, Louis, prendre sa succession musicale. A l’âge de quatre ans, ce dernier reçoit du Roi, la survivance des charges de surintendant et de maître de la musique de Chambre, en 1668. Jean-Baptiste fils, est destiné à devenir ecclésiastique comme c’était souvent le cas à cette époque. Il entre au séminaire du Saint Sulpice. En 1678, il reçoit alors de Louis XIV le bénéfice de l’abbaye bénédictine de Saint-Hilaire, située dans l’Aude, près de Narbonne, alors qu’il n’a que douze ans. Ces abbayes sont alors en commende. Cela signifie que l’abbé n’est plus élu par ses pairs mais c’est un ecclésiastique parfois un laïc qui est nommé et qui perçoit personnellement les revenus de l’abbaye, que l’on appelle le bénéfice.

Le 19 juin 1684, Jean-Baptiste Lully démissionne de ses fonctions. Le roi lui accorde alors le bénéfice de l’abbaye de Saint Georges sur Loire. Il entre alors dans les ordres et devient aumônier du frère du Roi.

Mais Louis, le fils aîné de la fratrie, présente une grande instabilité psychologique : il est interné à Charenton, dans un asile, en 1686. Jean-Baptiste Lully père le déshérite. A sa mort en 1687, c’est le benjamin de la fratrie, Jean-Louis qui va hériter de la charge de surintendant de la musique de Chambre. Mais Jean-Louis meurt brutalement en 1688 et la charge revient alors à Michel-Richard de Lalande. 

En 1690, Jean-Baptiste Lully fils aide son frère, Louis, à terminer une tragédie lyrique autour du mythe d’Orphée sur un livret de Michel du Boulay. Louis a déjà signé avec son frère Jean-Louis un opéra, en 1687, Zéphire et Flore. Mais le mince succès de l’œuvre fut entaché par le scandale qui s’en suivit : Pierre Vignon, compositeur, intenta un procès qu’il gagna aux deux frères pour non-paiement de son travail. Alors que les charges royales lui ont échappé, Orphée est comme une dernière chance pour Louis Lully. L’unique représentation a lieu le 21 février 1690 en présence du Dauphin. C’est un échec : le public commence à siffler. La police intervient pour interdire les sifflets. Le marquis de Dangeau note dans son journal où il inscrit quotidiennement les faits et gestes de la cour de Versailles : « Le sifflet défendu ! quelle horrible injustice !  Quoi donc ? Impunément un poète novice, Un musicien fade, un danseur éclopé, Attraperont l’argent de tout Paris dupé ; Et je ne pourrai pas contenter mon caprice ! » Louis Lully ne signera que deux œuvres après cette débâcle, Alcide en 1693, écrit avec Marin Marais, célèbre musicien de la cour de Louis XIV et Le ballet des Saisons, écrit avec Pascal Colasse, élève de son père, en 1695.

Pour Jean-Baptiste Lully fils, cette expérience dans la musique est un véritable révélateur. En 1695, Jean-Baptiste Lully cède le bénéfice de l’abbaye de Saint Georges à l’abbé Caton de Court et renonce à sa charge d’aumônier. Il abandonne toute carrière ecclésiastique, bien décidé à prendre la suite de son père. Le 7 février 1695, il devient surintendant de la musique du roi, titre qu’il portera jusqu’en 1719.

Il compose le triomphe des brunes en 1695, un divertissement musical joué à Toulon, puis en 1696, une pastorale en sept actes, Le Triomphe de la raison sur l’amour, qui est joué à Fontainebleau. L’accueil est semble-t-il bien meilleur que l’œuvre de son frère ainé, en témoigne la note du marquis de Dangeau dans son journal : « Le fils de Lully, surintendant de la musique, fit hier chanter devant le roi et toute la cour un divertissement dans le goût et la manière de son père ; le roi en parut très content et le loua fort. ».

En 1707, il obtient du roi, le privilège de réimprimer l’œuvre de son père. La même année, il compose son œuvre la plus célèbre : le Concert pour le souper du roi est une suite pour orchestre. Il accompagnera l’un des fameux soupers du roi, rituel caractéristique de l’étiquette de Versailles, véritable mise en scène du pouvoir royal lors d’un dîner accompagné en musique.

Jean-Baptiste Lully meurt en 1743 à Paris.

partition du triomphe des brunes de jean baptiste lully

La partition de Jean-Baptiste Lully fils de 1695.

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Prisonnier pendant la 2eme guerre mondiale

Prisonnier de guerre dans une ferme en Allemagne

1939-1945 : Seconde Guerre Mondiale

En 2011, Joseph Roynard, résidant à la Maison de retraite de Saint-Georges-sur-Loire, avait été interviewé pour le magazine municipal. Cet ancien combattant et prisonnier de guerre de la Seconde Guerre mondiale avait reçu en mai 2010, le diplôme d’honneur d’ancien combattant 1939-1945. De manière à sauvegarder ce témoignage précieux,  Marie-Hélène Chevalier, responsable des témoignages oraux aux Archives départementales de Maine-et-Loire, avait guidé l’entretien et l’avait enregistré.

Photographie de Joseph Roynard

Joseph Roynard en uniforme

M-H Chevalier : Monsieur Roynard, pouvez-vous vous présenter ?

J. Roynard : Je suis né le 14 juillet 1909 à Beaucouzé. Mes parents étaient cultivateurs dans une ferme près de Saint-Jean-de-Linières. En 1913, nous sommes partis pour nous installer à Saint-Martin-du-Fouilloux, j’avais alors 4 ans. En 1914, la Première Guerre mondiale a éclaté. Mon père, mobilisé, a pris le Petit-Anjou pour rejoindre le 7ème Génie. En Belgique, il a été fait prisonnier et resté 4 ans en captivité en Allemagne. Moi et ma sœur, nous allions à l’école, mais comme je n’étais pas très bon, je suis devenu salarié agricole. J’ai fait mon service militaire dans le 5ème régiment de cuirassiers à Pontoise. Une aubaine pour moi, qui adore m’occuper des chevaux.

Après un an de service, je me suis marié, en 1933. A partir de là, j’ai travaillé chez un châtelain à Savennières. Ensuite, le temps a passé, et les événements se sont précipités…

 

M-H Chevalier : Vous souvenez-vous d’événements qui ont précédé la déclaration de guerre ?

J. Roynard: Hitler était un homme qui faisait du bruit. Il disait beaucoup de mensonges. En 1938, je me rappelle de la signature des accords de Munich (Les accords de Munich ont été signés entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie en règlement de la crise des Sudètes et marque la fin de la Tchécoslovaquie comme état indépendant, en échange de vagues promesses de paix d’Hitler) . Hitler ne respectait rien du tout, il voulait dominer l’Europe.

J’ai été rappelé chez les hussards, à Saumur… En 1939, il y a eu la mobilisation, et je me suis retrouvé dans la cavalerie, à Niort, avant de rejoindre Lunéville (en Meurthe-et-Moselle), où nous étions entre 300 et 400 hommes à nous occuper des chevaux de réquisition (la Remonte), c’est-à-dire des chevaux de labour… pas vraiment faits pour les courses à Longchamp !

Mon état d’esprit au moment de la mobilisation, je ne sais pas quoi vous dire. Au gouvernement, on n’avait que des patates. On n’avait pas de de Gaulle à ce moment là. On nous racontait que la Ligne Maginot était infranchissable, que l’Allemagne n’avait personne pour les commander, qu’on était les plus forts…

Au dépôt, il ne se passait pas grand-chose. Moi, je passais mon temps à m’occuper des chevaux, on les sortait, on les promenait. Et puis, j’ai eu une permission. Je me souviens que pour la première fois, j’ai assisté à une pièce de théâtre, jouée par des soldats qui étaient comédiens.

En mai 1940, Hitler envahit la France, il y a eu des bombardements, les gens de Belgique et les Français sur la frontière ne faisaient pas le poids face à des Allemands qui avaient des équipements incroyables, des avions… Très vite, les Allemands ont pris Paris, vers le 14 juin, je crois bien.

 

M-H Chevalier : Avez-vous vu des réfugiés

J.Roynard: Oui, des trains entiers. A Epinal, on leur donnait manger : des gosses qui n’avaient rien, des gens du nord qui allaient dans le sud… Certains sont passés en Suisse.

 

M-H Chevalier : Pouvez-vous nous raconter comment vous avait été fait prisonnier ?

J.Roynard: Il y avait 2 millions d’hommes qui se tenaient derrière la Ligne Maginot, censée nous protéger. Moi j’étais dans les Vosges. On était installé dans une ancienne briqueterie, un bâtiment immense, ouvert à tous vents, sans porte ni fenêtre. On n’avait pas eu chaud pendant l’hiver ! Il faisait très froid.

J’ai été fait prisonnier un après-midi, nous étions une quarantaine. En très peu de temps, nous avons été ramassés comme des lapins ! Dans la forêt, ils ont tiré quelques coups de fusil, et on est sorti de nos planques. N’étant pas dans une unité combattante, on n’avait pas d’armes !

Sur les routes, il y avait beaucoup de prisonniers dans des camions. Au sommet du col du Bonhomme, on a passé la nuit dans un terrain vague. On était abruti, on n’avait pas dormi. On est reparti, et le soir nous étions à Colmar (situé en zone annexée).

Je suis resté à Colmar pendant 1 mois, d’où des convois de trains de prisonniers partaient pour l’Allemagne. C’était la période des moissons, et il leur fallait de la main d’œuvre.

C’est comme ça que je me suis retrouvé dans une ferme, quelques jours après mon arrivée au stalag (camp de prisonniers).

Le stalag VII A

Le Stalag VIIA de Moosburg

Les miradors du Stalag VIIA

Un des miradors du Stalag VIIA

Plaque de matricule du Stalag VIIA

M-H Chevalier : Comment se passait la vie au camp ?

J. Roynard: On a pris le train de nuit à Neuf-Brisach (Haut-Rhin), et le lendemain on arrivait à Munich. Là on nous a donné de l’eau, puis nous sommes partis pour le stalag (Stalag VII A, Moosburg, situé en Bavière Rhénane, au nord-est de Munich).

Ça, ce n’était pas drôle, je me souviens des rassemblements, et surtout des chiens… J’avais plus peur d’eux que des Allemands ! Le camp était drôlement organisé, très équipé, avec des miradors. C’était pas la joie. On nous a identifié et donné un matricule. Moi, j’étais le matricule 34.090, c’est dire s’il y en avait eu plein d’autres avant moi.

Ils ont formé un groupe de 25 hommes, on est partis en train, puis on a marché à travers la campagne jusqu’au village. Beaucoup se déclaraient cultivateur, pour aller en ferme plutôt qu’à l’usine. Ils pensaient qu’il y aurait plus à manger.

Au village, nous avons été accueillis par le Maire et un garde champêtre dans une salle des fêtes. Des paysans sont venus voir la gueule qu’on avait, et faisait leur choix. Il y en a un qui m’a tapé sur l’épaule pour me désigner. On était 2, j’étais avec un jeune instituteur.

 

M-H Chevalier : Comment s’organisait votre vie ?

J.Roynard: Notre kommando de travail était composé de 2 groupes de 12 hommes. Ça se passait bien, je n’ai pas eu d’histoires. Moi, j’ai eu de la chance, le patron où je travaillais était au-dessus de la normale, c’était « quelqu’un » ! Il ne m’a jamais embêté. C’est le rythme de la nature et le climat qui commandaient nos tâches à la ferme. Là encore, Je m’occupais des chevaux. Quelques temps plus tard, d’autres prisonniers, des Yougoslaves, nous ont rejoints. J’avais pour eux beaucoup d’estime. Par commodité pour l’administration, nous n’étions pas mélangés. Les relations entre prisonniers n’étaient pas mauvaises. On était là par la force des choses, mais on n’avait pas les mêmes idées.

 

M-H Chevalier : Vous avez une anecdote à ce sujet ?

J.Roynard: On recevait des colis de la Croix-Rouge, dont on n’avait pas vraiment besoin, car la nourriture qu’on nous donnait n’était pas si mauvaise. Les colis, c’était pour tout le monde. Après la distribution des boîtes de sardines, comme il en restait, on s’est demandé ce qu’on pouvait en faire. Moi, j’étais de ceux qui voulaient en donner aux Yougoslaves, qui ne recevaient pas encore de colis à ce moment là. Mais comme certains ne voulaient pas, alors on leur a rien donné.

Peu de temps après, ils ont eu aussi des colis, et l’un d’entre eux, un copain, a coupé du jambon fumé et posé un morceau sur chaque lit. Ceux qui leur avaient refusé les sardines, ils l’ont bien accepté et mangé ! Il y avait des égoïstes, c’est un mauvais souvenir…

 

M-H Chevalier : Y a-t-il eu des tentatives d’évasion ?

J.Roynard: Oui, 2. Mais elles ont échoué. Il y avait beaucoup de neige sur les Alpes bavaroises, et les passages étaient très surveillés. Mais je sais aussi qu’il y avait des Allemands qui s’en foutaient, qui aidaient des Français à s’évader. Des soldats nous proposaient aussi d’écrire des lettres à nos familles, des lettres qui ne seraient pas censurées comme à l’habitude. Je pensais « Si j’étais à leur place, est-ce que j’en aurais fait autant ? »

M-H Chevalier : Aviez- vous des informations sur ce qui se passait en France ou sur des événements qui vous ont marqué ?

J.Roynard: Au bout d’un certain temps, j’ai commencé à demander des nouvelles au patron du café devant lequel je passais tous les matins. Comme il avait confiance en moi, il me laissait écouter la BBC dans sa cuisine. Il fallait faire attention de ne pas se faire prendre ! Après ça, mon patron a accepté que nous ayons une radio. On avait alors une idée de ce qui se passait. Pendant longtemps, ça ne bougeait pas beaucoup, puis il y a eu la Russie. On a senti que c’était un coup dur pour les Allemands. Le jour où j’ai appris l’entrée en guerre des Etats-Unis, je me souviens que je plantais des betteraves ! Avec le débarquement de Normandie, beaucoup d’Allemands ont reçu des ordres et sont partis. Il y a eu du changement, on nous a demandé si on voulait être libres, sans surveillance du gardien. On a refusé, car cela libérait des soldats pour aller faire la guerre !

 

M-H Chevalier : Quel souvenir gardez-vous de l’avancée de troupes alliées ?

J.Roynard : Moi, je l’avais vécu, la déroute des troupes françaises. Et là, j’étais un spectateur de la déroute des Allemands ! Hitler s’est suicidé en avril, et j’étais libéré en mai. Ce sont les Américains qui nous ont libérés, sans un seul coup de fusil. Ils ont envoyé des imprimés dans les kommandos nous demandant de continuer à travailler, mais on s’en foutait. Pendant 15 jours, on ne faisait plus rien. Il était temps que ça arrive, on ne supportait plus l’autorité allemande. Je suis rentré en France par avion. On a mis 3 heures.

 

M-H Chevalier : Comment s’est passé votre retour en France ?

J.Roynard: Un bon accueil. Il y avait des formalités à remplir, et le train a mis un temps infini, à cause des ponts coupés…Je suis arrivée en Anjou le jour de la Pentecôte, au moment des communions. Personne ne m’attendait. A la gare, on nous a emmenés en camion et on nous a offert des gâteaux. Après, avec mon baluchon, je suis parti par la rue Saint-Jacques et j’ai fait du stop. Un homme qui allait à un repas de famille à Saint-Jean-de-Linières m’a pris en charge jusqu’à chez moi. C’était fermé. Sur la route, j’ai croisé ma fille en communiante. Le garçon, je ne le reconnaissais pas, même si j’avais eu des photos de temps en temps.

 

M-H Chevalier : Quelle est votre opinion sur cette guerre ?

J.Roynard: Elle est complètement inutile pour moi, mais ça devait être comme ça. Hitler est responsable, c’était un malin. On a donné notre jeunesse, mais il y en a qui ont donné encore plus que ça ! J’avais un copain qui, avec 2 ans de service, la mobilisation et sa captivité, qui a fait 8 ans d’affilée !

 

M-H Chevalier : Quels sont vos sentiments vis-à-vis de l’Allemagne ?

J.Roynard: Je ne sais pas quoi dire. Je n’ai aucune haine. Mais j’ai eu la chance de tomber dans un milieu exceptionnel. Mon patron avait du bon sens. Je n’ai pas de haine, la politique je ne sais pas ce que c’est.

La réconciliation ? Je suis pour. Ma grand-mère, elle a connu la guerre de 1870 ! Ils sont venus en Sarthe quand elle avait une quinzaine d’années. Moi, je n’ai entendu parler que de guerre : 1870, 1914, la Drôle de guerre, puis l’Algérie par mes enfants.

Moi, je voulais la paix.

Est-ce que je suis pacifiste ? Je crois que oui.

 

Photographie de Joseph Roynard en 2011 lors de l'interview

Joseph Roynard en 2011

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Jacques Adhémar

Jacques Adhémar 1615-1674

1615-1674

Portrait de Jacques adhémar

Portrait de Jacques Adhémar

Jacques Adhémar de Monteil de Grignan est né en 1615 dans une illustre famille originaire du Dauphiné. Il est dès son plus jeune âge destiné à faire une carrière ecclésiastique. Il fut un acteur de la réforme catholique ou contre-réforme entreprise au XVI et XVIIème siècle par l’Eglise. Il s’agit pour les prêtres de faire reculer le protestantisme et de reconquérir des régions où le catholicisme a perdu son influence.

En 1630, il fonde au couvent des Capucins avec Henri de Levis, Henri de Pichery (officier de Louis XIV)  et Philippe d’Angoumois, la Compagnie du Saint Sacrement. Cette société secrète avait pour but de protéger les intérêts de l’Eglise avec le soutien de Louis XIII. Opposée au protestantisme, elle encourageait une moralité chez les laïcs comme dans le clergé. Elle oeuvra également contre Mazarin. Poursuivant toutes les œuvres se moquant de la religion, elle fut la principale organisation à demander la censure du Tartuffe de Molière dont la version complète sera jouée seulement en 1669, trois ans après la dissolution de la Compagnie qu’un décret royal de Louis XIV aura rendu illicite après un scandale pour diffamation.

Le 28 septembre 1631, Jacques reçoit sa lettre de tonsure des mains de son frère aîné, François Adémar, évêque de Saint Paul Trois Château, dans l’église de Saint sauveur de Grignan.

Le 11 février 1641, à Mantes, il siège à l’assemblée générale du clergé de France pour l’assemblée provinciale d’Arles. A partir du XVIème siècle, elle se réunissait tous les cinq ans dans le but de suivre les rapports financiers entre l’Eglise et le Roi.  L’Eglise participait financièrement au remboursement de la dette de l’état à travers un don gratuit. En retour, le Roi garantissait la protection de l’Eglise. Ces réunions duraient de 3 mois jusqu’à un an et demi. Lors de cette assemblée, les débats furent particulièrement houleux. L’Archevêque de Toulouse, Charles de Montchal témoignait : « …il se dit alors des choses contre les droits de l’Église qui firent hérisser le poil de ceux qui avaient des sentiments vraiment ecclésiastiques.» L’accord sur le montant versé au roi ne fut obtenu qu’après l’éviction d’une opposition féroces : six évêques furent expulsés par la force et exilés dans leur diocèse !

Le 31 août, 1643, il devient évêque du diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme, succédant à son frère, François Adhémar qui devient archevêque d’Arles.

En 1648, Jacques Adhémar devient abbé commendataire d’abord de l’abbaye de Fontdouce dans le Saintonge puis en 1653, de l’abbaye de Saint Georges sur Loire : ces abbayes sont alors en commende. Cela signifie que l’abbé n’est plus élu par ses pairs mais c’est un ecclésiastique (parfois un laïc) qui est nommé et qui  perçoit personnellement les revenus de l’abbaye, en exerçant une juridiction sur la discipline des moines sans pour autant être présent.

En 1657, il rejoint Uzès et est nommé coadjuteur, c’est-à-dire évêque auxiliaire d’un évêque diocésain avec droit de succession immédiate. Il s’agit là de préparer la succession de l’évêque d’Uzès, sans interruption pour éviter tout recul de l’influence du catholicisme dans la région.

En 1658, Jacques Adhémar négocie avec François Blanchart, abbé de Saint Geneviève, l’entrée de l’abbaye de Saint Georges dans la congrégation génovéfine afin d’appliquer la réforme. L’abbaye, jusqu’alors occupée par des chanoines réguliers respectant la règle de saint Augustin, adhère désormais à la Congrégation de Sainte Geneviève dont le siège est à Paris.

En 1660, il succède à Nicolas de Grillié et devient le 59ème évêque d’Uzès.

En 1661, il offre le bénéfice du prieuré de l’Epinay de Saint Georges sur Loire à Antoine Sconin, vicaire d’Uzès. Celui-ci en fera don à son neveu, l’illustre Jean Racine.

Dans ses célèbres lettres, la marquise de Sévigné dont la fille a épousé le petit-neveu de l’abbé, évoque sa rencontre avec Jacques Adhémar :

« J’ai été une heure avec M. d’Uzès; mon oncle l’abbé y était aussi; nous avons fort discouru de toutes vos affaires; je suis plus satisfaite que jamais de la prudence et du bon esprit de ce prélat; vous n’avez qu’à lui envoyer vos pensées toutes crues; en deux heures de réflexion, il voit tout ce qu’il faut faire ou pas faire, etc. »

En 1663, il consacre la cathédrale d’Uzès dont les travaux viennent de s’achever.

En 1672, il visite l’abbaye de Saint Georges et fait construire le palais épiscopal à Fontdouce. Il meurt le 13 septembre 1674 au château de Grignan.

Portrait de François Adhémar, archevêque d'Arles

Portrait de François Adhémar, frère de Jacques Adhémar et archevêque d’Arles

les jardins de l'abbaye de fontdouce dans le

L’abbaye de Fontdouce dans le Saintonge

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Antoine Sconin

Antoine Sconin

1608-1689

Portrait d'Antoine Sconin

Protrait d’Antoine Sconin

Antoine Sconin est né le 27 septembre 1608 à la Ferté-Milon dans l’Aisne. Il est le fils de Marguerite Chéron et de Pierre Sconin, procureur du Roi en la juridiction des Eaux et Forêts de Villers-Coterets. En 1628, il entre chez les génovéfains, ordre de Saint Geneviève, la patronne de Paris. Il est ordonné prêtre en 1632. Son influence au sein de la congrégation grandit car Antoine Sconin a le soutien de Charles Faure, l’abbé de Paris, supérieur de l’ordre des génovéfains.

Le 14 septembre 1650, reconnu pour ses talents, il est élu pour trois ans comme supérieur général de la Congrégation de France des génovéfains au détriment de François Blanchart qui souffrant, n’est pas rééulu et de François Boulart qui succèdera à Sconin en 1653.  Sconin veut moderniser l’ordre : il donne le droit aux chanoines de s’exprimer et plus d’autonomie aux supérieurs locaux. Il veut aussi clarifier le statut des curés prieurs, à la fois sous les ordres de l’abbé de Sainte Geneviève et de l’évêque. Le 11 juin 1652, il est aux côtés de l’archevêque de Paris pour la procession de la chasse de Saint Geneviève. La Fronde frappe le royaume de France : le peuple se révolte contre la dérive autoritaire du régime monarchique alors que Louis XIV est encore mineur. La procession est des reliques de la patronne de Paris, est censé ramener la paix. C’est Louis II de Bourbon-Condé, cousin de Louis XIV qui est l’instigateur de la manifestation, souhaitant chassé Mazarin du pouvoir.

Sconin n’est pas réélu en 1653 : on lui propose le diocèse de Mont-Argis, qu’il refuse. Il va alors être envoyé par la congrégation à Uzès. L’évêque y est en conflit avec les chanoines de la congrégation. Antoine Sconin qui s’est fait de nombreux ennemis durant son règne à la tête de la congrégation, va prendre la place du prieur d’Uzès, un exil forcé. Monseigneur Jacques de Grignan, évêque d’Uzès le fait vicaire général et official avant de devenir prieur des chanoines réformés de la cathédrale d’Uzès et prieur de Saint-Etienne et de Saint-Maximin où il possédait une maison familiale.

gravure de la processeion de sainte genviève à paris en 1652 avec l'abbé sconin

Procession de la chasse de Sainte Geneviève en 1652. L’abbé Sconin au premier plan aux côtés de l’archevêque de  Paris

En 1661, Antoine Sconin accueille à Uzès le jeune fils de sa sœur Jeanne, Jean Racine, qui deviendra quelques années plus tard, le célèbre dramaturge. Jean Racine est né en 1639 à la Ferté Milon comme son oncle. Sa mère, née Jeanne Sconin décède lorsqu’il avait 13 mois. 11 avait trois ans quand Jean Racine, son père meurt. Le voici orphelin. Il est élevé par ses grands-parents paternels. Il  10 ans lorsque son grand-père meurt. Sa grand-mère se retire au couvent de Port Royal. C’est là que le jeune Racine fit ses premières études. Il les poursuivra au collège-de Beauvais puis à Paris au collège d’Flarcourt. Il commence à écrire. Mais, cela ne nourrit point son homme et les dettes s’accumulent. Sa famille songe alors à I’oncle Antoine Sconin qui jouit à Uzès d’une belle situation et qui pourra I’aider à obtenir un bénéfice ecclésiastique. (revenu attaché à une fonction religieuse).

Antoine Sconin enseigne à son neveu la théologie, espérant le voir entrer dans la prêtrise. Il souhaite lui offrir une situation mais le contexte à Uzès n’est pas favorable. Un conflit oppose génovéfains et chanoines de Saint Augustin et la population refuse de voir les bénéfices ecclésiastiques passer entre des mains étrangères si bien qu’Antoine Sconin est dans l’incapacité à fournir à son neveu le bénéfice de la moindre chapelle.

Antoine Sconin a obtenu le bénéfice du prieuré de l’Epinay à Saint Georges sur Loire en 1661, de Jacques Adhémar alors évêque d’Uzès et abbé de l’abbaye de Saint Georges. Celui-ci s’élève alors à 400 livres. Sconin, toujours préoccupé par la situation de son neveu offre son bénéfice à Jean Racine en 1666.

Mais, à Paris, Jean Racine écrit. Sa première tragédie « La Thébaïde ou les Frères ennemis », est représentée au Palais Royal par la troupe de Molière en 1664. Le privilège de la première édition d’Andromaque du 28 décembre 1667 est accordé au « sieur Jean Racine, prieur de l’Epinay ». Il possède enfin un bénéfice, pas pour longtemps. A peine eut-il obtenu ce bénéfice, qu’un régulier, Valéran Leferron, nommé par l’évêque d’Angers, Henri Arnaud, frère du Grand Arnaud abbé de Port Royal, vint lui disputer son titre de prieur. En effet pour obtenir un bénéfice ecclésiastique, il faut être religieux, ce qui n’est pas le cas de Racine. Fatigué enfin du procès, las de voir des avocats et de solliciter des juges, Racine abandonna le bénéfice, et se consola de cette perte par une comédie contre les juges et les avocats : Les plaideurs, seule comédie du répertoire du dramaturge.

Antoine Sconin meurt à Uzès en 1689, assassiné.

blason d'Antoine Sconin

Blason d’Antoine Sconin

Portrait de Jean Racine

Portrait de Jean Racine

Document attribuant la gabelle de l'épinay à Jean Racine en 1669

Accusé de réception de la gabelle pour le prieuré de l’Epinay à Jean Racine en qualité de prieur en 1669

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Gotfried Bolinger

Gotfried Bolinger

1792-1865

acte de mariage de gotfried bolinger

Extrait de l’acte de mariage de Bolinger (ADML). Autorisation de mariage de G.Bolinger par son père. Traduit de l’allemand par un interprète assermenté.

La consultation des actes de l’état civil de Saint Georges sur Loire, numérisées par les Archives Départementales de Maine et Loire, réserve parfois quelques informations inattendues. Le 12 janvier  1852, le perruquier du bourg marie sa fille Constance-Julie Bolinger à Sébastien Robin, né à Montrelais (44) et huissier à St.Georges (Cf AD49, Saint-Georges-sur-Loire, NMD 1852-1855, page 3/169).

La curiosité pousse à remonter la généalogie des conjoints.

Constance-Julie Bolinger, née le 20 mai 1830 à Saint Georges sur Loire est la fille de Charles Bolinger et de Anne-Désirée Bobet. Charles Bolinger est âgé de 59 ans et perruquier dans le bourg. Les tables décennales de la commune n’y mentionnent pas son mariage. Son patronyme, peu angevin, laisse à penser qu’il a pu s’établir à partir d’Angers en provenant de l’est de la France. Les tables décennales d’Angers livrent la date de son mariage avec Anne-Désirée, marchande dans le faubourg Saint-Jacques : le 23 novembre 1825 (Cf AD49, Angers,3ième. Arrond. , M 1825, page 93-97/108).

C’est dans cet acte de mariage que l’on trouve les informations le concernant.

Charles ou plus exactement Gotfried Bolinger est né en décembre 1792 à Niedenbur en Prusse Orientale. Après la seconde guerre mondiale, la ville a pris le nom de Nidzica ; elle est située en Pologne. Il n’a pu produire d’acte de naissance car les archives de la ville ont été détruites en 1806 lors du passage de l’armée napoléonienne en guerre contre le Royaume-Uni, la Russie, la Prusse et la Suède. C’est son père Mathias, âgé de 77 ans et maître tourneur, qui donne la date approximative de sa naissance et celle du décès de sa mère Louise Herder. Il y indique, de plus, que son fils a quitté la ville en 1806 en suivant un officier général jusqu’en France. Faute de plus amples détails, son parcours se perd ; son père nous apprend qu’il ne lui a écrit qu’une seule lettre vers 1817, mais il réside déjà à St.Georges en 1825 selon la mention faite dans son acte de mariage. Son arrivée à St Georges ne résulte probablement pas du hasard. Il n’est sans doute pas arrivé avec les troupes d’occupation prussiennes mais plus vraisemblablement avec le retour au pays d’un officier de l’armée napoléonienne dont l’identité n’est pas connue.

Le couple aura 4 enfants : Flavie-Joséphine (1826-1828), Claire (1827-1827), Constance-Julie (1830-1890) et Adolphe (1833-?). Les deux premières filles décèdent en bas âge, la troisième a quitté St.Georges rapidement après son mariage pour s’établir à Nantes. Adolphe ne laisse aucune trace à St.Georges : pas de mariage ou de décès. En l’état, il est difficile de savoir ce qu’il est devenu.

Gotfried décède dans le bourg le 25 juillet 1865 ; sans être divorcé, il vivait séparément de son épouse Anne-Désirée qui décède le 5 avril 1874.

Il apparaît à plusieurs reprises comme témoin dans des actes de naissance et de mariage, montrant sa bonne intégration dans la commune.

acte de décès de gotfried bolinger

Acte de décès de Gotfried Bolinge

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Une vie pour un seau

Une vie pour un seau

1890 : de la restauration aux années folles

article du petit courrier du 12 décembre 1890

L’article du 12 décembre 1890 dans le Petit Courrier relatant les faits

acte de mariage de Langevin en 1887

acte de mariage de Langevin en 1887

Il fait froid ce dimanche 7 décembre 1890 à la ferme des Grandes Touches, propriété de M. Suaudeau Alfred-Marie-Ernest, fils de Marie-Hylas Suaudeau, ancien Maire de Saint Georges sur Loire de 1871 à 1887. Le nommé Langevin Pierre-René, journalier, travaille dans cette ferme.

A trois heures de l’après-midi, par inadvertance, un seau tombe dans le puits ; sans réfléchir il se propose d’aller le récupérer. Il descend en se tenant d’abord à la margelle, continue à descendre en s’appuyant aux parois avec les pieds et les mains. Quelques pierres se détachent sous ses pieds, d’autres tombent, le mur du puits s’écroule sur lui. Dimanche soir, le puits est comblé jusqu’au bord.

Depuis plusieurs heures, des travailleurs s’activent pour déblayer et les travaux durent toute la nuit. Lundi matin il reste une vingtaine de pieds à enlever, le puits atteignant environ quarante pieds de profondeur. (1 pied : 30 cm ou 4 pieds = 1 mètre)

Pendant les travaux de sauvetage, le Sieur Paul Baranger, maréchal ferrant et débitant dans le bourg, fournit aux travailleurs plusieurs litres d’eau de vie à la demande d’Alfred Suaudeau en accord avec le Maire, Arthur de Cumont.

Plusieurs personnes affirment ou croient entendre les appels du malheureux Langevin.

Peu de chances de le sauver, le pauvre journalier est mort noyé ou broyé de suite à l’âge de 25 ans.

Pierre-René Langevin était né le 21 décembre 1865 à Montrelais, s’est marié à St Georges sur Loire le 6 septembre 1887 à Jeanne-Michelle Florentin, lingère, née à St Georges le 3 juillet 1866. Le couple a eu deux enfants : René-Louis-Gabriel, né à St Georges le 30 mai 1889 et Elie-Clément, né à St Georges le 30 mars 1891, après le décès de son père.

acte de décès de pierre langevin en 1890

Acte de décès de Pierre Langevin le 7 décembre 1890

Le Sieur Baranger, fournisseur d’eau de vie, présente alors sa note s’élevant à 170 francs. M. Suaudeau accepte de prendre à sa charge 80 francs.

Invoquant la transaction intervenue lors du sauvetage, il réclame le solde au Maire, Arthur de Cumont.

Le Maire refuse de payer et consulte son conseil municipal le 24 mai 1891 ; celui ci rejette le paiement au motif que la livraison d’eau de vie n’est pas liée sur réquisition du Maire.

Baranger n’en reste pas là ; le Conseil municipal après délibération des 16 août et 8 novembre 1891 déclare approuver l’arrangement conclu entre M. le Maire et M. Suaudeau.

Sources :

Le Petit Courrier du 12 décembre 1890

Archives municipales : DCM des 24 mai, 16 août et 8 novembre 1891

 

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Occupation prussienne

L'occupation prussienne

1815 : Premier empire

Portrait du général Thielmann

Portrait du général Thielmann

Bien avant l’occupation allemande de 1940, Saint Georges sur Loire avait connu dès le XIXème siècle la présence de soldats venus de Berlin. C’était en 1815. Les saint-georgeois venaient de traverser une période très sombre avec la Révolution.

En avril 1814, l’empereur Napoléon 1er, dont les armées avaient conquis, puis perdu une bonne partie de l’Europe, avait été contraint d’abandonner le pouvoir et d’accepter l’exil à l’île d’Elbe, en Méditerranée. Il n’y était pas resté longtemps. Dès mars 1815, évadé de son île, trop petite pour lui, il s’était à nouveau emparé du pouvoir impérial pendant trois mois : ce sont les Cent Jours. Puis, les Anglais et leurs alliés européens l’avaient battu à Waterloo, avant de l’envoyer sur l’île brumeuse de Sainte-Hélène, perdue dans les brouillards atlantiques. Il devait y mourir. Les frères de Louis XVI occupèrent alors, l’un après l’autre, le trône de France.
Ah qu’il était difficile d’affirmer une fidélité politique en ces temps troublés, propices aux retournements, aux serments contradictoires ! Le conseil municipal de Saint-Georges, présidé par Julien Alexis Faugeron, officier de santé, n’a pas échappé à ces reniements. Lui qui s’était empressé d’adresser « sa soumission et sa reconnaissance aux Bourbons » et de renouveler « son serment de fidélité au Roy » Louis XVIII, monarque pendant le premier exil de Napoléon, réaffirme sa loyauté à l’empereur à nouveau maître du pays, le 18 avril 1815, c’est à dire pendant les Cent Jours ! Il va sans dire qu’au bout de cette période, et l’empereur à jamais déchu, il proteste de son attachement et de son absolue soumission à Louis XVIII revenu définitivement au pouvoir.
Les alliés, vainqueurs des armées impériales, avaient été indignés par ces gesticulations politiques, et, persuadés qu’ils ne pouvaient faire confiance à ces diables de Français, avaient décidé d’occuper une partie de la France, prenant aussi leur revanche sur ce pays si longtemps conquérant. Une nouvelle insurrection serait alors impossible. La coalition, composée d’Anglais, d’Autrichiens, de Russes et de Prussiens envoya 1 200 000 hommes qui occupèrent 61 départements. Et c’est ainsi que Saint-Georges vit arriver les Prussiens du 3e corps d’armée commandé par le général Thielmann.

Hussard prussien

L’Allemagne alors n’existait pas encore. Elle était composée de petits états indépendants, parmi lesquels la Prusse, forte et militarisée, qui occupait, avec Berlin sa capitale, une position de première importance. Les voilà donc ces soldats qu’il faut loger, nourrir et supporter. Effroi probable de la population ! Il leur faut du pain, du vin, de la viande, de l’eau de vie, du tabac, et de l’avoine, et de la paille, et du fourrage pour leurs chevaux ! Le conseil municipal s’inquiète de l’approvisionnement exigé, et met toutes ces fournitures « au rabais », c’est à dire au prix le plus bas possible. Le boucher Gourdon propose la viande à 14 sols le kg ; le cabaretier Mathurin Rousseau emporte le marché du vin qu’il fournira à 9 sols la bouteille. Quant au pain, c’est le boulanger Lemée qui le propose au prix de la mercuriale.
Pour ce qui est du tabac et de l’eau de vie, on traitera plus tard avec le capitaine qui commande le détachement. Il s’agit de parer au plus pressé, et les accords paraissent clairs. Mais on ne tarde pas à déchanter. Les Prussiens «sont exigeants et emportés.» Il faut encore ferrer leurs chevaux, entretenir leurs équipages, fournir de la lumière. Ils consomment « les viande, vin, tabac et eau de vie au delà de la probabilité, et beaucoup plus que trois hommes ordinaires. »
Les ressources de la commune n’y suffisent pas : elle ne peut même pas fournir tout le vin et l’avoine consommés, qu’il faut acheter ailleurs…

Il faudra, une fois encore utiliser les vieilles recettes, c’est à dire lever un nouvel impôt. La dépense journalière liée à l’occupation s’élève à 150 francs par jour. Après de longues réflexions, avec beaucoup de réticences, le conseil municipal décide de lever « 12 centimes et demi par franc sur l’impôt foncier». La présence des Prussiens pèse de plus en plus.

Et dans ces comptes rendus municipaux ne sont pas évoqués les autres problèmes de la vie quotidienne : les réquisitions, les violences, les vols, les viols qui sont toujours le fait des armées d’occupation. D’ailleurs, les historiens remarquent que ces derniers augmentent au cours de l’été 1815 dans les départements tenus par les Prussiens. L’un d’eux, François Furet note que l’occupation fut si dure qu’elle laissa pour longtemps des sentiments de haine.
Dans « l’état général des charges supportées par l’arrondissement d’Angers résultant de l’occupation des armées étrangères », il est noté qu’« une nourriture extraordinaire » a été fournie aux officiers à l’auberge et que « des voitures et des chevaux » ont été « fournis pour enlever les armes et porter leurs sacko (coiffure militaire haute, faite de feutre et surmontée d’une calotte de cuir, complétée d’une visière, aux couleurs et aux armes du régiment. L’armée prussienne fut la première à le porter. Il fut ensuite adopté par les armées impériales françaises).
Le texte mentionne aussi des frais d’interprète.
Et comme si tout cela ne suffisait pas, il faut aussi régler des « frais de fortification et de réparation d’armes » qui n’avaient pas été payés. Des fortifications à Saint-Georges ? On croit rêver…. Elles avaient été décidées pendant les Cent Jours par le général Lamarque, fidèle à Bonaparte, et prêt, à la tête de l’armée de Vendée, à mater un soulèvement royaliste. Les ordres n’avaient pas été écrits, Lamarque se contentant, lors de sa venue, de désigner d’un geste de la main, les travaux à accomplir … ! On ne sait pas en quoi ils consistaient, et les fortifications autant que leur emplacement restent encore un mystère.
Les Prussiens devaient occuper la France jusqu’en 1818.
Les archives saint-georgeoises, après 1815, ne mentionnent plus cette invasion qui en préfigurait d’autres.

armées prussiennes en 1813