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Saint Georges Patrimoine

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Emile Faugeron

Emile Faugeron

1829-1911

portrait d'émile faugeron

Histoire

Emile Faugeron est né le 24 mai 1829 à Saint Georges sur Loire. Son père, Julien Faugeron, médecin, meurt la même année. Emile Faugeron est élevé par sa mère, Alix Lefebvre. Emile Faugeron entre en 1848 à l’Ecole Polytechnique. Sous-lieutenant élève à l’Ecole d’application de Metz, il est nommé en 1852, lieutenant au 3ème régiment du génie à Montpellier avant d’être bientôt détaché en Algérie.

Durant la campagne d’Italie, il est capitaine du corps d’élite du génie de la garde impériale. En 1859, les armées de l’Empire français et du royaume de Sardaigne affrontent celles de l’empire d’Autriche. Il se distingue durant la bataille de Magenta, le 4 juin 1859 opposant l’armée de Napoléon III aux autrichiens. Emile Faugeron en sort distingué de la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Emile Faugeron se marie le 10 novembre 1863 à Saumur avec Caroline Ratouis avec qui il aura trois enfants.

Officier d’ordonnance du général Prudon depuis 1867, Emile Faugeron devient commandant de l’armée de Metz en 1870 pendant la guerre franco-prussienne. Ce conflit va opposer,  la France à une coalition d’États allemands dirigée par la Prusse, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871. Emile Faugeron est alors fait prisonnier en Allemagne.

A son retour de captivité, il prend part à la campagne contre la Commune, l’insurrection populaire des Parisiens contre le gouvernement, qui ébranla Paris durant 72 jours du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année. Il conduit ses troupes à l’assaut du fort d’Issy et reçoit la rosette d’officier de la Légion d’honneur.

Après la guerre, il travaille à la réfection des fortifications en particulier du fort de Palaiseau en Ile de France et est promu lieutenant-colonel en 1875 puis colonel à Orléans en 1879. En 1881, il est appelé à Montpellier au commandement du 2ème régiment du génie.

signature du général Faugeron (ADML)

Du commandement militaire à la vie publique locale

Général de brigade d’infanterie à Perpignan en 1885 et ensuite gouverneur de la ville de Grenoble, où il reçoit la croix de commandeur, il est appelé au commandement supérieur de la place de Lyon et promu général de division en 1890 et grand officier de la Légion d’honneur en 1893.

En 1893, Emile Faugeron est veuf : sa femme meurt à l’âge de 49 ans. Passé réserviste, il vient se fixer à Saint Georges sur Loire dans sa maison familiale de la Géronière. Il est bientôt élu conseiller municipal puis, en 1898, maire, suivant ainsi les traces de son grand-père Julien Alexis Faugeron, maire de 1809 à 1815 et de son oncle Séréné Faugeron, maire de 1848 à 1869.

En 1900, la mort d’Arthur de Cumont, lui permet de remporter le siège de conseiller général du canton de Saint Georges sur Loire sans concurrent. Il est réélu en 1901 et 1907 et prend part aux travaux de l’Assemblée départementale dont il devient l’un des vice-présidents.

Attaché aux valeurs catholiques, il n’est pas sans montrer une frilosité contre les lois imposant un enseignement laïc mais doit malgré tout ouvrir une école publique de filles en 1901.

Il meurt le 3 février 1911 à Saint Georges sur Loire. Ses obsèques ont lieu à Saint Georges le 6 février dans une simplicité voulue par le général Faugeron. Les habitants de Saint Georges mais également de toutes les communes du canton ainsi que d’Angers, se rassemblent pour lui rendre un dernier hommage en présence du maire, Louis Cotte de Jumilly mais également d’un sénateur, de députés, du préfet. Simple, courtois, l’homme de 81 ans avait le respect et l’affection de tous.

lettre distinguant émile faugeron au rang de grand officier de la légion d'honneur

En 1893, le général Faugeron est promu grand officier de la Légion d’honneur

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Le monument aux morts

Le monument aux morts

photographie du monument aux morts dans le cimetière de la commune

Le monument aux morts dans le cimetière de la commune

Histoire de la construction

A Saint-Georges comme dans de nombreux villages de France, le conseil municipal décide le 27 avril 1919 d’élever un monument « à la mémoire des braves enfants de la commune tombés au champ d’honneur, pendant la Grande Guerre qui, grâce à Dieu, touche à sa fin ». II sera en granit, de forme pyramidale, avec une décoration extrêmement simple, une croix pour rappeler la foi des habitants du lieu. Le conseil municipal souhaite que les noms de toutes les victimes y figurent, surmontés de l’inscription « aux enfants de Saint-Georges morts pour la France ». Il définit même le lieu qui l’accueillera : dans le cimetière, une petite place face à l’entrée.

Le travail est confié à l’entreprise Warnier-Humeau d’Angers, spécialisée dans la construction de monuments funéraires en « pierre, marbre, granit et bronze », annonce l’en-tête de son papier à lettres. Le marché est passé pour 3 617,20 francs (soit un peu plus de 3000 euros), pour un socle en granit de Bécon, et une stèle en granit de Belgique, pierre calcaire très employée en marbrerie funéraire et plus facile à buriner que le granit. Le 20 novembre 1919, en adressant sa facture, Warnier-Humeau précise qu’il a inscrit et doré sur le monument 642 lettres, formant les noms de ceux dont on veut sauver la mémoire : 78 noms seront gravés.

Y a-t-il eu vraiment 78 tués sur une population qui s’élevait, en 1901, à 2344 habitants, soit près de 3,5% ? Il semble que ce chiffre ne corresponde pas à la réalité. Certes, comme partout ailleurs, le bilan est très lourd mais la liste soigneusement gravée comporte quelques erreurs.

Ainsi, certains des hommes inscrits sur le monument sont morts de maladie contractée dans leur village, et non au front (tuberculose, cancer…). C’est le cas pour Joseph Gohard, Joseph Pineau et René Devy. D’autres, comme Jean Audoin ou Louis Barbin, figurent sur 2 monuments : le premier à La Possonnière, le second à Paris dans le 18e arrondissement. Treize de ces combattants ont ainsi les honneurs de plusieurs villages ou villes : en plus de Saint-Georges, on les trouve à Chalonnes-sur-Loire, Sablé, le Mesnil-en-Vallée, Les Ponts-de-Cé, Le Bourg-d’Iré, Angers, Montreuil-sur-Maine, Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde, Saint-Augustin-des-Bois.

Que s’est-il passé ? L’acte de décès a été adressé par l’autorité militaire à la commune du dernier domicile du soldat. Mais celle qui l’a vu naître a souhaité aussi honorer un des siens. C’est, parfois, plus complexe : Henri Delaunay, né à Saint-Florent-le-Vieil, a épousé en 1912 et en première noce une Saint-Georgeoise. Il est tué dans la forêt de Saint-Gobain, dans l’Aisne, en octobre 1918. L’acte de décès est envoyé à Paris dans le  7e arrondissement, le 23 décembre 1919. Et puis, il y a le mystère concernant J.Réthoré : aucun acte officiel d’état civil, dans la commune, ne le concerne. Pourtant… il figure sur le monument.

délibération du conseil municipal en 1919 pour la construction du monument aux morts

La délibération du conseil municipal d’avril 1919

Les destins des soldats de Saint‑Georges

C’est en 1914 que la saignée pour les Saint-Georgeois, a été la plus importante : 21 morts dans ces combats de cinq mois qui se stabilisent sur la Marne, si proche de Paris. C’est l’année du désastre français. Les trois premières victimes saint-georgeoises disparaissent, au sens strict du mot, le 23 août 1914 à Bièvre, dans les Ardennes belges où se déroule un affrontement sans précédent « Un ouragan de fer et de mitraille », peut-on lire dans le Journal de Marche et d’Opération de l’armée. Ils s’appelaient Charles Borgne (25 ans), Gustave Lépine (26 ans), Joseph Ourie (23 ans). Ils faisaient partie du 135e Régiment d’infanterie dont 1500 hommes et 17 officiers, ont ce jour-là, été mis hors de combat ! (tués, blessés ou disparus)

Au cours de ces longues années de guerre, l’un des combattants, René Esnault, a été évacué, blessé et malade, sur Foix, où il meurt de la tuberculose, si loin de chez lui ! Ils sont quelques-uns à finir comme lui leurs jours d’après combat dans des hôpitaux auxiliaires répartis à travers la France entière, et au-delà : Angers, Segré, Chalonnes, Sées, Béziers, Lesneven, Tréguier, A Paris, une maison de santé fondée au 7 rue de la Chaise par le docteur Bonnet, médecin né à Saint-Georges, devient hôpital auxiliaire 49, et le Petit Courrier, quotidien régional, suggère aux blessés angevins de demander à y être transférés pour respirer « un peu de l’air natal » Vaines suggestions, si l’on en croit les lieux de décès recensés !

Les hommes succombent à des infections dues à leurs blessures de guerre, à des dysenteries, des typhoïdes, des septicémies, à l’exposition aux gaz de combat, le chlore dès avril 1915, puis à partir de 1917 l’ypérite ou gaz moutarde, la terrible et nouvelle arme, qui brûle la peau et ronge les poumons. René Daviault, lui, meurt le 27 octobre 1918 en Macédoine, province grecque, puisque depuis 1915 les batailles ravageaient cette région sensible des détroits méditerranéens, convoitées par toutes les puissances, empire ottoman compris. C’est à l’hôpital militaire d’Excisson, qu’il a terminé son existence, emporté par une maladie contractée au front, précise sa fiche militaire, sans donner plus de détails.

Pour certains, l’anxiété familiale se poursuivra bien après la guerre. Il faudra attendre les années 1921-1922 pour connaître leur sort. Chaque fois que l’autorité militaire adresse au maire de Saint-Georges, un acte de décès, on peut lire le nom de ces lieux devenus si tristement célèbres : Verdun, la Somme, Craonne, le fort de Vaux…Combien de fois, Louis de Jumilly, premier magistrat, aura-t-il dû prévenir les familles ? Parfois, à quelques mois d’intervalle, pour des frères, comme les fils Ourie, Joseph et Louis, tous deux portés disparus à un an d’intervalle, de même Louis et René Esnault, 21 et 27 ans, ce dernier marié. Il y a aussi les deux fils Gas, morts l’un en 1915, l’autre en 1917. Est-il encore possible d’imaginer la détresse de leurs parents ?

En réalité, Saint-Georges compte 64 victimes reconnues de cette grande guerre, dont les actes de décès ont été envoyés à la commune….Les corps de certains d’entre eux ont été ramenés petit à petit et inhumés dans le cimetière du village. Pour ceux dont les familles ne possèdent pas de concession, le Conseil municipal, dans sa réunion d’août 1922, décide de leur en accorder une gratuitement. Ainsi, reposent près des leurs : Jean-Baptiste Raimbault, Maurice Peltier, Alexandre Guillot, Jacques Oger et René Desbois

D’autres soldats, les plus nombreux, restent à jamais dans les cimetières, où les ossuaires des zones de combat. Ils sont quinze dans ce cas. Et que dire des « disparus » dont on ne retrouve aucune trace matérielle ? Il y en a douze à Saint-Georges : ce sont Charles Borgne, Pierre Burgevin, René Frotté, Pierre Gautier, Jean Godard, Gustave Lépine, les frères Joseph et Louis Ourie, Eugène Plessis, Alexandre Pouzeau, Jean-Baptiste Raimbault, Henri Renier.

Après plusieurs années, le « jugement déclaratif de décès » permettra à leurs veuves, à leurs enfants devenus orphelins, de bénéficier des mêmes prestations sociales (pensions, prise en charge de la scolarité …), que les familles des « morts pour la France »Il faudra attendre un siècle pour s’apercevoir que des erreurs ont été commises sur la stèle commémorative : l’initiale d’un prénom marquée deux fois parce qu’on l’a confondue avec celle d’un autre, ou une erreur de prénom, ou bien encore l’inscription de ce G. Musset, né à Angers, démobilisé le 13 janvier1919. Il n’a pas été blessé et il se retire à Saint-Georges, bien vivant, sans doute heureux de son sort. Pourtant, son nom figure sur le monument. L’a-t-on confondu avec ce Musset Pierre, malade et réformé, puis rappelé à la fin de la guerre et mort de tuberculose en décembre 1918 dans son village ?

acte de décès d'henri renier

Acte de décès d’Henri Renier

On note aussi le cas de Henri Renier, domicilié à Saint-Georges lors de son incorporation, mais qui n’avait plus de famille. Disparu dès 1914, il n’est pas mentionné sur le monument car la commune n’a été avertie de son décès qu’en 1921, alors que ce dernier était déjà érigé.

Le Conseil municipal du 25 janvier 1920 nous dit qu’une quête, faite le jour de l’inauguration, a permis de recueillir une somme de onze francs pour chaque orphelin de guerre. Ils étaient 13 ! Ce même jour un vin d’honneur a été offert aux « poilus », à ceux qui sont revenus, et la municipalité y a consacré un crédit de mille francs.

monument aux morts

Inauguration du monument aux Morts

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L’orgue Cavaillé-Coll

L'orgue Cavaillé-Coll

photographie de l'orgue à l'intérieur de l'église
photographie du clavier de l'orgue de l'église

L’orgue de l’église a été acquis par la fabrique paroissiale en 1874 pour un investissement d’environ 10 000 francs. L’Etat a participé au financement : 1000 francs en 1874, 300 francs en 1876, puis encore 300 francs en 1877. Les aides sont accordées par le vicomte Arthur de Cumont, alors ministre de l’Instruction et des Cultes sous Louis-Philippe. Propriétaire du château de l’Epinay, il sera élu maire de Saint Georges de 1887 à 1897. Cet orgue, construit entièrement par Cavaillé-Coll, est venu directement de ses ateliers à l’église en 1874. Il fut inauguré par Bouleau-Neldy, un organiste de la Cathédrale d’Angers le 2 décembre 1874.

La production industrielle de ces orgues est estimable à hauteur de cinq cents instruments et sont des oeuvres admirées tant en France qu’à l’étranger. En Anjou, seulement six églises sur 80 paroisses environ en sont dotées : la Cathédrale et les églises Notre-Dame et Saint-Joseph à Angers, celle de Segré et du Lion-d’Angers, et celle de Saint-Georges-sur-Loire.
C’est donc une grande chance pour l’église de Saint-Georges-sur-Loire d’avoir un orgue Cavaillé-Coll.

En façade de l’orgue, on peut compter 23 tuyaux, mais l’intérieur en contient plusieurs centaines de différentes tailles. Le buffet est en chêne de bonne qualité, ainsi que le pédalier. Le clavier, manuel, a une particularité car il est rétractable : il s’ouvre et se ferme, un peu comme un tiroir, et est ensuite
fermé à nouveau par deux petites portes à deux battants, en chêne également.
Les huit jeux et les notes du clavier sont en très bel ivoire d’origine. Tout l’ensemble d’ailleurs est resté dans son état d’origine, à part la ventilation électrique au moteur, mais même là, la manette est toujours présente, alors en cas de panne d’électricité, on pourrait encore pomper comme l’ont fait jadis de nombreux jeunes aux tribunes !

Aristide Cavaillé-Coll  est né à Montpellier le 3 février 1811, dans une famille de générations de facteurs d’orgue. L’association des deux noms, Cavaillé et Coll, avait commencé lors du mariage de ses grands-parents, Jean-Pierre Cavaillé et Maria Francesca Coll. Ces noms associés ont suivi cette génération familiale. Aristide avait un frère, Vincent, avec lequel il a beaucoup travaillé, ainsi qu’avec son père Dominique. Doué d’une intelligence et de dons exceptionnels, Aristide eut la chance de bénéficier d’un enseignement scolaire spécialisé sous l’impulsion d’Urbain Vitry, architecte à l’Industrie Nationale, et avait reçu les conseils de nombreux polytechniciens, dont ceux de l’École de Saint-Cyr.
Fondateur en 1826 d’un enseignement de géométrie et de mécanique appliqué aux arts et professions industrielles, le jeune Aristide, à 16 ans, est dans un climat favorable pour appliquer les capacités de ses dons et de son intelligence. Il réalise alors un orgue de choeur et offre ses services au gouvernement. Son orgue a accompagné les obsèques de Victor Hugo. Il allait devenir le plus célèbre facteur d’orgue en France et à l’étranger. Dans un discours prononcé lors de ses obsèques en octobre 1899, Gustave Lyon, président de la Chambre syndicale, déclarait : « Cavaillé-Coll ! Quel nom français aimé et respecté, que celui-là ! Ce nom, synonyme d’art parfait, de science consommée, de génie créateur, de bonté, de désintéressement et de modestie, honorera dans les siècles, notre cher pays, au même titre que celui de Stradivarius honore l’Italie. »

Aidé de son père et son frère, il réalisa six instruments en Maine-et-Loire.

portrait de cavailler coll, facteur d'orgue
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La fabrique

La fabrique

Découvrez cette structure de gestion des biens de la paroisse

Carte postale de la place de l'église au début du XXème siècle

L’église fin du XIXe, début du XXe

Qu’est-ce que la fabrique ?

Ce n’est ni un atelier ni une usine. Aujourd’hui, nous appellerions cette structure, le « Conseil Economique Paroissial ». C’est de fait, la structure de gestion des biens d’une paroisse. Composée de clercs et de laïcs élus, elle va collecter des fonds pour entretenir les édifices religieux et les mobiliers de la paroisse. Ses revenus proviennent des quêtes, des dons mais également de loyers et fermages.

Trois périodes se distinguent dans l’histoire de ces « fabriques ». D’abord, sous l’ancien régime, jusqu’à la Révolution, la paroisse était la structure administrative sous l’ancien régime. Puis, de la Révolution à la séparation de l’église et de l’état en 1905, l’état va financer en partie le fonctionnement des paroisses et en contrepartie de quoi, les paroisses devront rendre des comptes à l’état. Enfin, depuis 1905 à nos jours, les associations cultuelles sont les organes de gestion des biens paroissiaux.

Au XVIIIème siècle, 34 actes notariés nous permettent d’avoir un aperçu de ce conseil à Saint Georges sur Loire. Parmi les procureurs, c’est-à-dire les membres laïcs de la fabrique, nous avons un panel de professions diverses : chirurgien, maçon, marchand, closier (petit paysan), tailleur d’habit, tailleur de pierre, vigneron, filassier, laboureur (paysan propriétaire d’un train de labour), boulanger, menuisier, maréchal en œuvres blanches (outils coupants), aubergiste, laboureur à bras, bourgeois, cordonnier. Ici, au XVIIIème, la plupart des « procureurs » sont originaires du « tiers état ». Ces derniers cogéraient donc la paroisse aux côtés des membres du clergé.

Les procureurs ou l’évêque demandaient au curé de convoquer l’assemblée générale. Cette convocation était annoncée, plusieurs fois, au prône de la messe du dimanche. L’assemblée se tenait sous le « ballet » (auvent selon Verrier-Onillon), au-devant de la porte principale de l’église. Tous les paroissiens avaient le droit de vote durant l’assemblée. A priori et en conformité avec les coutumes de l’époque, les femmes ne votaient pas et étaient encore moins élues !

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Nomination au conseil de la fabrique de 1809

Comme dans toute gestion financière, il y a des recettes et des dépenses. A Saint Georges, les recettes provenaient de la location des bancs à l’église et des recettes des propriétés « baillées » (louées).

L’emplacement des bancs témoignait du pouvoir de la noblesse et de la bourgeoisie locale : le seigneur possédait le banc le plus près de l’autel. Suivaient ceux des personnages importants. Les pauvres qui ne pouvaient rien payer, apportaient leur tabouret !  D’ailleurs, les archives nous content une querelle de préséance dans l’attribution de banc à Mme de l’Estoile, seigneur des Touches Quatreboeufs. C’est un problème de riches. Les pauvres ne veulent pas payer : en 1768, la fabrique fait carreler la nef de l’église et installer des bancs neufs. Lors de l’adjudication des places, 17 paroissiens s’y opposent et menacent de brûler les bancs neufs.

Aux archives municipales, nous avons un état financier et nominatif des bancs et chaises en 1777. Les bancs, dont le tarif était d’au moins une livre, étaient réservés à la noblesse et à la bourgeoisie. Pour avoir les chaises bien placées, il fallait débourser 10 sols soit la moitié d’une livre et les chaises moins bien placées, le long d’un mur ou derrière un pilier, valaient cinq sols. Au total, en 1777, la vente des bancs a rapporté 74 livres 16 sols.

Les propriétés de la fabrique étaient bien pauvres. En 1760, elle possède une maison appelée « le jeu de paume » (louée 41 sols) , des prés loués (40 livres 5 sols), des terres louées (106 livres 15 sols), des vignes louées (28 livres 10 sols) et une boutique contiguë à l’église louée (30 sols). Le petit et le grand cimetière sont également loués pour 26 livres : on y fait paître du bétail et les arbres et épines sont exploitées. La fabrique prête aussi de l’argent et perçoit des remboursements de rentes pour 31 livres 15 sols. Au total, en 1760, les recettes des propriétés de la fabrique s’élevaient à 206 livres 12 sols. Mais ces revenus varient beaucoup d’une année à l’autre. En 1777, les locations des prés sont divisées par deux et celles des terres par cinq. Les recettes sont alors amputées de moitié.  Dans un registre des comptes « abrégés », de 1775 à 1787, les recettes varient de 100 à 260 livres, sauf en 1780 avec seulement 19 livres de recettes.

A la Révolution, par le décret du 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation. Les fabriques demeurent cependant administrées comme par le passé par les conseils.  En 1793, les biens des fabriques deviennent également propriété nationale. La loi de 1802, établit que les fabriques veilleront à l’entretien des lieux de culte et le décret de 1804 leur confie également l’organisation des services funéraires. Le décret du 30 décembre 1809 organise le fonctionnement des fabriques dans chaque paroisse. Elles deviennent alors des établissements publics du culte, et ce jusqu’en 1905. Le conseil de fabrique comprend alors le curé, le maire et cinq à neuf membres élus.

Au XIXe siècle, on trouve, au conseil de fabrique de Saint Georges, des familles actives à la fin de la Révolution : Faugeron (dont trois membres seront maires de la commune), Greneron Ternant (Jean Jacques Greneron Ternant fut le second maire de Saint Georges), Thierry, Hortode, Granger, Gourdon, Lemée. Dans la seconde moitié de ce siècle, on voit en permanence les deux grandes seigneuries de Saint Georges présentes : le comte Walsh de Serrant et le vicomte de Cumont propriétaire de l’Epinay. D’autres familles apparaissent : Séchet, Pasquier, Hudon, Bachelot, Rabineau Bourrigault, Blond…

Au cours du XIXe siècle, la location des bancs rapporte au moins 90 % des recettes. L’organisation des obsèques, une des compétences dévolues à la fabrique, complète ses revenues. Dans les budgets prévisionnels, les traitements du personnel ( vicaires, chantres, sacristains, suisse, enfants de chœur, organistes) représentent la moitié des dépenses. L’autre moitié correspond à des frais de fonctionnement. Le coût de l’entretien des bâtiments est négligeable : il faut dire que l’église est neuve.

A partir de 1894, les archives sont plus précises : la location des bancs représente 94 % des recettes ;  des dépenses de fonctionnement (49 %) deviennent plus importantes que celles des traitements  (41 %). Notons l’apparition d’un prélèvement pour la caisse de secours des prêtres âgés ou infirmes, l’ancêtre des caisses de retraites.

Durant cette période, deux financements apparaissent dans les budgets extraordinaires. Tout d’abord l’achat d’un orgue pour l’église. Cet orgue, un Cavaillé-Coll, a été inauguré le 2 décembre 1874. Le montant de l’investissement se situait aux environs de 10 000 francs. L’Etat a participé au financement : 1000 francs en 1874, 300 francs en 1876, puis encore 300 francs en 1877. Les aides sont accordées par le vicomte Arthur de Cumont, alors ministre de l’Instruction et des Cultes. Propriétaire du château de l’Epinay, il sera élu maire de Saint Georges de 1887 à 1897.

Le deuxième financement extraordinaire s’est produit en 1901. En 1900, une tempête a provoqué de gros dégâts sur l’église et le presbytère. Dès 1901, la fabrique fait faire les premières réparations sur l’église et les finance sur fonds propres à hauteur de 724 francs. Pour continuer ces réparations, la fabrique négocie un emprunt de 4000 francs auprès de la Caisse des dépôts et Consignations. Cette dernière ne l’accorde qu’à condition que le conseil municipal se porte caution. Le remboursement se fera sur 25 ans avec des annuités de 244 francs.

lettre officielle du ministère

Lettre du ministère de l’instruction publique et des cultes pour une subvention de 1 000 francs à la fabrique pour l’achat de l’orgue

La loi du 28 décembre 1904 retire aux fabriques et consistoires et donne aux communes le monopole de l’organisation des funérailles. Par la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, les fabriques sont supprimées. La loi prévoit la création, au niveau communal, d’associations cultuelles de fidèles, pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public du culte. À ces associations seront confiés les bâtiments destinés au culte appartenant à la Nation et la part des biens des fabriques relatives exclusivement à l’exercice du culte. L’Église catholique refusera de créer les associations cultuelles telles que prévues dans la loi de 1905.  Il faudra attendre 1924 et l’accord sur les associations diocésaines pour débloquer la situation.

A compter de 1907, à Saint Georges, la fabrique devient le conseil paroissial. Les conseillers ne sont plus élus, mais recrutés par le curé.  On y trouve principalement des notables. Au chapitre des dépenses, les gages des employés subsistent : sacristains, chantres, organistes, enfants de chœur. Il semble qu’en 1928, ce conseil paroissial a fait un gros emprunt pour les écoles, car les premiers remboursements apparaissent en 1929. Au chapitre des recettes, la location des chaises constitue la partie la plus importante. Cette location perdurera jusque dans les années 1950.

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L’école de filles

L'école de filles

1901

photographie de l'école de fille en 2024

L’ancienne école de filles, aujourd’hui propriété privée

Un air de nouveauté

En 1901, la rentrée scolaire dans le village se fait sous le signe de la nouveauté : une école de filles, laïque, va ouvrir ses portes à Saint Georges. Certes, la majorité des filles étaient déjà scolarisées depuis longtemps : la première école les accueillant avait vu le jour en 1714 lorsque Marguerite Bautru avait exaucé le vœu de son père Guillaume III Bautru, propriétaire du château de Serrant, de créer « une petite école tenue par deux filles de charité ».

Depuis la moitié du XVIIIe siècle, l’enseignement s’était développé, essentiellement sous la houlette de l’église catholique. Les lois Guizot de 1833 et Falloux en 1850 avaient tenté d’étendre l’instruction primaire à une majorité de petits Français, et même de petites Françaises. Les premières dues à François Guizot, historien membre de l’Académie Française et ministre de l’instruction sous la monarchie de juillet, rendaient obligatoire la création d’une école primaire par commune. Les secondes, dues à l’angevin Alfred de Falloux, ministre de l’instruction sous Louis Napoléon Bonaparte, ajoutaient l’obligation pour les communes de plus de 800 habitants d’avoir une école de filles. Ces lois donnaient également une place importante à l’enseignement privé dit « libre » : si les maîtres dans l’enseignement public se devaient d’être formés dans les écoles normales et recrutés par les communes, il suffisait d’un baccalauréat pour un congréganiste et d’une simple lettre d’obédience pour une religieuse pour ouvrir une école libre.

En 1850, le conseil municipal de Saint Georges, novateur, décide que tous les garçons de la commune doivent être admis gratuitement. Jusque là, seuls les enfants les plus pauvres dont la liste était établie par la municipalité bénéficiaient de la gratuité de l’enseignement. En 1852, cette mesure s’applique aussi aux filles.

En 1881, Jules Ferry, ministre de l’instruction publique, fait voter les textes imposant dans toute la France un enseignement obligatoire, gratuit et laïque. C’est un tournant important qui écarte les autorités religieuses des écoles de la République. Quelques années plus tard, l’Etat prendra en charge le traitement des instituteurs : il n’incombe plus, alors, aux municipalités ni de recruter ni de rémunérer les enseignants. C’est le début d’une éducation nationale. Ne restent plus à la charge des communes que l’achat et l’entretien des bâtiments et des fournitures scolaires comme aujourd’hui.

Extrait de la délibération du conseil municipal de 1901

Une rivalité des écoles qui s'installe

C’est dans ce contexte, qu’au beau milieu de l’été 1901, le conseil municipal décide d’acquérir une maison dans le bourg de Saint Georges pour en faire une école laïque de filles. Cette maison appartient à madame Gatine, née Eugénie Toupelin de la Doilière qui en a hérité. La demeure est située sur la grande rue (aujourd’hui la rue nationale) et sa cour fait l’angle avec la rue brutale (aujourd’hui la rue des parements). Le général Faugeron, maire de Saint Georges et l’inspecteur d’académie l’ont visitée le 12 mai et l’ont trouvée parfaitement adaptée pour l’installation de l’école communale de filles à condition que la fourniture d’eau y soit assurée. Il y a en effet une pompe au coin de la rue (toujours visible) mais l’école n’a pas d’eau courante comme bon nombre d’habitations à cette époque.

Monsieur Dussauzel, architecte départemental, est chargé d’établir un projet de travaux et un devis afin que les locaux puissent être utilisés dès la rentrée. Le 20 octobre 1901, l’inspecteur chargé de l’enseignement primaire écrit « le nouveau local répond à sa destination. Il y a lieu de le présenter tel qu’il est, sans proposer de modifications » Quelques semaines auparavant, Mademoiselle Bouquinat, l’institutrice nouvellement nommée, avait remercié le maire pour l’achat des dix tables d’écolières à deux places, le bureau de maîtresse et les deux tableaux sur chevalets. Elle demandait également trois autres tables et des bancs pour faire asseoir les enfants qui déjeunaient à l’école.

Mais la création de l’école n’est pas du goût de tous. Dès le 15 août, Jeanne Pichaud informe le maire qu’elle va ouvrir une école catholique primaire de filles puisque celle qu’elle dirigeait jusqu’alors vient de perdre son titre d’école communale. Dans le même temps, Jean-Baptiste Meignan fait la même démarche et ouvre chemin de la Varenne (aujourd’hui rue de l’abbaye) une école catholique de garçons. Une rivalité entre enseignement public et privé s’installe dans un bourg qui compte alors 2 354 habitants.

Des premières années difficiles

La municipalité doit également faire face à des frais imprévus pour les travaux : il a fallu creuser jusqu’à 14 mètres un puits alors qu’on pensait trouver de l’eau à 9 mètres, les murs de clôture se sont révélés en mauvais état, il a fallu installer des latrines, etc… La facture initialement prévue à hauteur de 8 800 francs, s’élève désormais à 12 450 francs. Le conseil municipal demande à l’Etat une subvention pour couvrir ces dépenses dues à « une laïcisation qu’il n’avait ni désirée, ni prévue ». La situation financière est compliquée : l’année précédente, une grave tempête a provoqué d’importants dégâts qui ont coûté très cher à la commune !

Les premiers mois de l’école ne satisfont pas les parents. Le 28 août 1902, Monsieur Hamard, viticulteur et marchand de vin en gros de la commune, s’énerve dans un courrier à la municipalité. Dès l’ouverture, il a inscrit sa fille dans l’école laïque, créée d’après lui dans « des conditions déplorables ». Il parle d’une salle de classe ayant hébergé précédemment des poitrinaires, c’est-à-dire des personnes souffrant de tuberculose et qui n’a pas été désinfectée avant d’accueillir les enfants. Il relève aussi le fait que certaines séances d’enseignement aient dû se dérouler dans la cour, faute de place suffisante. L’école a-t-elle été victime de son succès à son ouverture ? Hamard sollicite pour les fillettes plus d’égard.

Les choses n’ont pas dû s’arranger tout de suite. En 1907, monsieur Gatine, l’ancien propriétaire, rédige une lettre au nom des parents qui l’ont, dit-il, sollicité. Il y note que « le bâtiment est dans un état déplorable. Les ouvertures ne ferment pas. Le papier se décolle par l’humidité. Il n’y a pas de parquet. Le piétinement des enfants fait une poussière infecte. L’institutrice n’a point ou presque pas de charbon ». Il sollicite une entrevue avec le préfet.

Malgré ces premiers pas difficiles, l’école communale et laïque de filles a tenu bon. Elle a offert durant une grande partie du XXe une instruction publique et gratuite aux petites filles de Saint Georges. C’est dans cette école que sera raflée la petite Irène Keller en 1944. En 1972, cette école si difficilement ouverte, est redevenue un bâtiment privé. Cette année-là, la municipalité ouvre un groupe scolaire mixte, l’école Jean-Baptiste Lully, du nom du fils du célèbre musicien qui fut abbé commendataire de Saint Georges à la fin du XVIIe.

Extrait de la lettre à la municipalité de Monsieur Hamard, parent d’élève mécontent en 1902

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La tempête de 1900

La tempête de 1900

13 février 1900

une du petit courrier de 1900 annonçant un cyclone à Angers

Une du 15 février 1900 du petit Courrier (ADML)

Mardi 13 février 1900, l’après-midi est calme, dans la continuité d’un mois de janvier extrêmement doux, presque printanier. Les saint georgeois sont préoccupés par la présence de deux fugitifs, Tissier et Sauvestre, évadés de prison l’avant-veille et soupçonnés d’être les auteurs de plusieurs vols commis dans des fermes dans la région de Saint Georges. Mais à cinq heures les nuages s’amoncellent à l’horizon et un large arc-en-ciel nimbe la direction de l’Ouest. En même temps, un vent violent s’élève, grossissant la Loire, gagnant en intensité de minute en minute en intensité ; c’est-à-peine si les piétons peuvent se tenir en équilibre. A dix heures du soir, la tourmente bat son plein.

Cette violente tempête, précédée par de nombreux orages, touche la côte Atlantique et l’intérieur du pays dans la nuit du 13 jusque dans la matinée du 14 février 1900. Elle s’accompagne de pluie et de neige, poussée par des vents d’Ouest, Sud-Ouest. Aucune région n’est épargnée par la tempête qui balaie la France. A Paris les rafales maximales mesurées entre le 13 et le 14 à la Tour Eiffel sont de 158 km/heure.  L’échelle de vent mesurée les 13 à 18 h et 14 à 7 h annonce cette tempête classée 9 suivant l’échelle de Beaufort. Tout l’ouest de la France est particulièrement éprouvé.

Cette tempête appelée cyclone dans le « Petit Courrier » s’abat sur Angers et détruit complètement le Jardin des plantes, la chapelle de l’Hôpital et l’église Sainte Thérèse en partie. Les cheminées, oscillant sous la violence du vent, s’abattent en quelques minutes avec un fracas effroyable. Les ardoises dévalent les toits, les toitures sont arrachées, les maisons détruites, de nombreux arbres déracinés. Plusieurs bateaux-lavoirs sont fortement endommagés ou ont coulé, les lames en Loire atteignant un mètre cinquante de haut.

Dans les gares, les dégâts sont importants et les différents services subissent un retard considérable. La liaison entre Nantes et Angers a été fortement retardée par ce terrible ouragan. Certains trains sont restés en panne à la Pointe, près d’Angers, par suite d’impuissance de la machine ; le vent prenant de front la locomotive, la locomotive a patiné sur place.

carte météorologique de la tempête de 1900

Relevés météorologiques de février 1900

Toutes les communes de Maine et Loire sont concernées. Dans le « Petit Courrier » du 16 Février 1900, on relate que Saint Georges, comme les communes voisines, a été durement touché.

A SAINT-GEORGES-SUR-LOIRE

« les cheminées tombées par suite de l’ouragan ne se comptent plus. L’église est presque partout à jour tellement sa toiture a été endommagée. Dans plusieurs fermes, il y a eu des toits entiers d’enlevés. Le parc de Serrant est complètement mutilé. De nombreux massifs, de vieux arbres sont dévastés. C’est un spectacle navrant. »

A CHALONNES-SUR-LOIRE

« l’orage de l’après-midi de mardi s’est terminé par un terrible ouragan qui a jonché le sol des rues de tuiles et d’ardoises. Les dégâts matériels sont considérables, cheminées, toitures, devantures, volets, ardoises, arbres, rien n’a résisté, les deux églises, le cimetière et la mairie n’ont pas été épargnés et très approximativement ces dégâts peuvent atteindre le chiffre de 200.000 fr. »

Partout, des travaux urgents de réparations de toitures sont décidés. Couvreurs, charpentiers et maçons et les patrons ne peuvent donner satisfaction aussi vite qu’ils le voudraient aux demandes qui affluent. Beaucoup d’entre eux manquent d’ouvriers, en particulier les ouvriers couvreurs qui demandent une augmentation de salaire. Le ministre de la Guerre accorde alors des permissions exceptionnelles aux ouvriers du bâtiment sous les drapeaux.

A Saint-Georges-sur-Loire, lors de la séance du conseil municipal du 18 février 1900, le général de division Emile Faugeron, maire, liste, devant le conseil municipal, les dégâts occasionnés dans tous les bâtiments communaux : église, mairie, cure, cimetière et voirie ont été touchés. Ce constat est d’autant plus désolant que ces mêmes bâtiments viennent d’être rénovés !

En effet, deux ans auparavant, le 20 février 1898, la commune avait contracté deux emprunts sur quinze ans pour un montant total de 12 000 francs dont un auprès de la Fabrique, le Conseil économique paroissial, Ainsi, le 14 août 1898, ont été réalisés par les ouvriers locaux la réfection de la toiture du bâtiment annexe à la cure et du dôme de l’église, le remplacement du cadran en cuivre émaillé de l’église, le rétablissement de la girouette sur le clocher à la tige du paratonnerre, le remplacement des persiennes du clocher avec treillage en fil de fer pour empêcher les oiseaux de passer ainsi que la réparation du plafond intérieur et de la charpente du plancher de l’église. Le 24 août 1899, le mur du cimetière est consolidé par des contreforts.

Suite à l’ouragan, une commission composée du maire et des conseillers municipaux Granger, Thierry et Houdebine ainsi que de monsieur Mazé, agent voyer, est nommée pour constater les dégâts dans tous les bâtiments communaux et pour évaluer les travaux et leur urgence. Le 14 octobre 1900, la commission communale estime le montant des dégâts sur Saint-Georges-sur-Loire à 100 000 francs suite au cyclone.

photographie du parc de la flêche dévasté par la tempête de 1900

Le parc de la Flêche en Sarthe après le passage de la tempête de 1900

article de journal de 1900

Article du Bonhomme angevin de 1900 (ADML)

Devant l’état de l’église, fortement endommagée, le curé P. Bompas de Saint-Georges-sur-Loire adresse en mars 1900 un devis des réparations au chanoine Thibault, secrétaire de l’évêché d’Angers, d’un montant de 3 000 francs. Le conseil de la Fabrique dans sa délibération du 7 avril 1900 vote un emprunt de 4 000 francs à la Caisse des dépôts et consignations amortissable en 20 années. Il permettra de financer les travaux extérieurs à hauteur de 2 000 francs, l’autre moitié permettant de couvrir les dépenses pour réparer les dégâts intérieurs (achat de 200 chaises, réfection de 100 chaises, réparation des persiennes et des gouttières).

La municipalité, déjà endettée suite aux travaux de 1898, doit faire face à ces dépenses considérables. En 1901, d’autres frais viennent s’ajouter : André de Joly, demande à la commune d’ouvrir une école laïque de filles. Le conseil municipal de Saint Georges sur Loire fait alors appel au préfet afin d’obtenir une subvention, justifiée par l’état très préoccupant de la situation budgétaire.

Les dégâts occasionnés par la tempête de 1900 pèseront encore longtemps sur les finances de la commune. Ainsi, trois ans après, dans sa séance extraordinaire du 23 avril 1904, le conseil municipal de la commune de Saint-Georges-sur-Loire vote à nouveau une dépense pour consolider une poutre à la cure, brisée suite à la chute d’une cheminée lors de la tempête de 1900. Ces travaux doivent être entrepris d’urgence car tout un pan de toiture menace de s’effondrer !

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Jean de Vassé

Jean de Vassé

1534-1583

champagne

Abbaye de Rouez en Champagne

manoir des alignés à laval

Manoir des alignés à Laval

Histoire

Jean de Vassé est né en 1534 au Mans. Il est le fils de Jean Groignet de Vassé, baron de la Roche-Mabille et chevalier de l’ordre de Saint Michel.

Dans sa jeunesse, Jean de Vassé porte les armes avant d’embrasser une carrière dans l’église. Il devient abbé de Cahors en 1560.

De 1574 à 1579, il est abbé de Rouez en Champagne dans la Sarthe après la résignation de son frère, Lancelot de Vassé qui en était le premier abbé commendataire. Il réside alors à Laval dans le manoir des Alignés qui sera partiellement détruit en 1944.

Il reçoit en commende l’abbaye Notre-Dame-de-Cormeille à Lisieux et 1574 et celle de Saint Georges sur Loire en 1577.

Jean de Vassé, alors sous-diacre au Mans, est nommé évêque de Lisieux le 4 novembre 1579 succédant à Denis Roussel à qui il cède l’abbaye de Cormeille. Il est ordonné diacre le 20 février 1580 à Paris et entre à Lisieux le 30 mai de la même année. Fidèle au roi Henri II dont il est l’aumônier, il va se retrouver confronter à des chanoines au fort penchant ligueur. En effet, à partir de 1576, la Ligue Catholique va réunir seigneurs et prélats qui veulent défendre les intérêts des catholiques face aux progrès du protestantisme alors que les guerres de religion se succèdent. Alors qu’Henri III n’a pas de descendant, Henri de Bourbon, roi de Navarre, futur Henri IV, est le premier prétendant au trône, mais celui-ci est protestant. La Ligue ne souhaitant pas voir arriver au pouvoir un protestant va donc entrer en lutte avec le Roi. Le diocèse de Lisieux comme le reste du Royaume va alors se partager entre deux camps bien tranchés. Le duc d’Anjou, frère du roi, était très influent à Lisieux. C’est lui qui en 1579, propose Jacques de Bonnechose pour l’évêché. Rome s’inquiète. Cet inconnu est un proche du favori du duc, Fervacques, un homme d’arme. Surtout, on craint qu’il ne soit un peu trop favorable aux idées protestantes. Rome enquête sur le postulant dont les manières frustres ne rassurent pas du tout. Rome, après de nombreuses tractations, finit par écarter Bonnechose. Le pape nomme Jean de Vassé, ecclésiastique de bonne doctrine, « avec qui lequel M de Fervacques a échangé l’évêché contre quelques abbayes ».

En 1581, il assiste au concile de Rouen qui connaîtra une forte affluence. L’Assemblée des prêtres y affirment durant des réunions publiques les décisions du Concile de Trente. Initié en 1542 par le Pape Paul III en réponse aux théories protestantes, le concile confirme les bases du dogme, de la discipline et du culte catholique.

Il meurt le 16 mars 1583 au manoir des Loges près de Lisieux. Il fut enterré dans le chœur de la cathédrale de Lisieux.

publication du concile de Rouen de 1581

Publication du concile de Rouen de 1581

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Jean-François de Maillan

Jean-François de Maillan

1747-1819

le prieuré du perray neuf

Prieuré du Perray-Neuf près de Sablé sur Sarthe

Histoire

Jean-François de Maillan est né le 12 juin 1747 à Laval du Tarn en Rouergue (Aveyron). Il est le deuxième fils de Jean-Baptiste de Maillan, chevalier du Roi et de Madeleine de Buisson de Bournazel.

Destiné très jeune à l’Eglise, il fait ses études au collège Duplessis à Paris avant d’être diplômé en théologie de la Sorbonne

Le 7 avril 1774, Jean-François de Maillan devient chanoine-comte de l’église royale Saint Julien de Brioude en Auvergne. Si la situation de cette abbaye avait été financièrement compliquée quelques années auparavant, la décision du roi d’y fusionner les revenus de l’abbaye de Charroux assurait un bénéfice confortable à Jean-François de Maillan. Sa situation va devenir encore plus aisée les années qui suivent puisqu’il va cumuler les revenus du prieuré de Saint-Martin en l’église de la Carnourgue (en Lozère)  et du prieuré de l’abbaye de Perray-Neuf à Précigné près de Sablé-sur-Sarthe. Il est nommé abbé commendataire de Saint Georges sur Loire en 1787.

En plus d’être fortuné, l’abbé est quelqu’un d’influent. Présenté à la cour, il va succéder à son oncle, l’abbé de Mostuéjouls comme aumônier de quartier de la chapelle de la comtesse de Provence de 1777 à 1783. Il est même promu premier aumônier, de 1787 à 1789. La comtesse de Provence, Marie-Joséphine de Savoie est la fille du roi de Sardaigne, mariée à Louis-Stanislas-Xavier de France, petit-fils de Louis XV et futur Louis XVIII.  

En 1787, il siège comme député du clergé à l’assemblée provinciale d’Anjou convoquée par le roi Louis XVI aux côtés de représentants de la noblesse dont fait partie Antoine Walsh de Serrant. Jean-François de Maillan n’a certainement pas conscience qu’il participe là au prologue de la Révolution durant laquelle il va tout perdre.

La Révolution va en effet stopper net sa carrière. L’abbé qui jouissait d’un revenu considérable, voit sa fortune disparaître du jour au lendemain. La tempête de 1789 emporte non seulement tous les prieurés et toutes les abbayes mais confisque également tous ses biens, réduisant son train de vie aisé grâce au cumul de tous ses revenus à une existence miséreuse. Les démêlés judiciaires qu’il aura avec le sieur Cabanne, son beau-frère témoignent de ce changement de situation.

En 1788, l’abbé de Maillan déclare dans une lettre contribuer au contrat de mariage de sa sœur à hauteur de 15 000 livres qu’il s’engage à payer en 1790. Le sieur Cabanne va donc réclamer le paiement de cette dot devant le tribunal civil de Mende. Jean-François de Maillan va justifier le manquement à sa promesse en expliquant qu’il ne s’agissait là pas d’une reconnaissance de dette mais bien du souhait d’offrir à sa sœur un présent pour favoriser son installation. L’abbé n’avoue pas la raison première de son désengagement : il est dans l’incapacité à verser une telle somme. Le tribunal retient l’argument et annule la dette. Le sieur Cabanne fait appel de cette décision. Le tribunal de Nimes étudie l’affaire en 1808 et confirmera le premier jugement : l’engagement de 1788 est annulé.

A la Révolution, l’abbé de Maillan est obligé de quitter Brioude comme la plupart des autres chanoines et cherche à gagner sa vie comme il peut. Il se retire à Paris dans la paroisse de Saint Sulpice où il enseigne le catéchisme. La charité dont il a fait preuve des années durant au nom de la Reine et de la princesse de Savoie lui a fait acquérir une bonne réputation au sein du peuple de Paris. Cela lui permet de bénéficier d’un asile plutôt sûr durant les premières heures de la Révolution. Cependant, sous la Terreur, Jean-François de Maillan est contraint de se cacher dans sa famille à La Caze en Lozère ou bien à l’étranger.

Il reste dans l’ombre durant la période napoléonienne, ses attaches restant avant tout royalistes. Il refuse d’être nommé évêque et Napoléon, face à cette défiance, l’écarte de toute responsabilité.

Ce n’est que sous la Première Restauration que Louis XVIII le remet sur le devant de la scène. Le Roi avait nommé, en 1814, à l’évêché de Saint-Flour, M. de Brugier de Rochebrune, vicaire général de ce diocèse mais ce dernier refuse. Le Roi fait alors appel à Jean-François de Maillan par ordonnance en novembre 1817. Mais, le 14 octobre 1819, alors qu’il s’apprête à se rendre à Paris pour être sacré, il est victime d’une crise d’apoplexie et meurt dans son château de la Caze dans les Gorges du Tarn.

château de la caze

Le château de la Caze

article annonçant le décès de Jean-François de Maillan

Annonce de la mort de Jean François de Maillan dans le journal Le véridique du 4 novembre 1819

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Nicolas Tudert

Nicolas Tudert

1564-1651

Photographie de la salle capitulaire de saint andré de mirebeau

Salle capitulaire de saint André de Mirebeau

Nicolas Tudert, entre Parlement de Paris et dignités ecclésiastiques

Issu d’une famille originaire de Mirebeau dans la Vienne, Nicolas Tudert est le fils de Claude Tudert, seigneur de la Bournalière, conseiller au parlement de Paris et de Nicole Hennequin. Claude Tudert fut notamment employé par François 1er pour négocier certaines affaires et Henri III le chargea de l’exécution du traité de pacification avec les protestants dans le Poitou.

Nicolas Tudert est reçu conseiller et rejoint son frère Claude III Tudert, au parlement de Paris le 8 juillet 1604.

Il devient successivement chanoine de Paris, prieur de Saint André de Mirebeau et abbé commendataire de Saint Georges sur Loire en 1613.

En 1631, il est promu à la Grand Chambre de l’assemblée de Paris. Son neveu, Pierre Séguier est nommé garde des sceaux en 1633 par Richelieu. L’oncle et le neveu semblent mené la vie dure à Nicolas Lejay, président du parlement de Paris, si bien que ce-dernier se plaint auprès de Richelieu de l’attitude des deux hommes envers lui.

Suite à la résignation de son neveu, Dominique Séguier devenu évêque d’Auxerre, Nicolas Tudert est élu doyen de la cathédrale Notre Dame de Paris, le 18 juillet 1632

Suite à la résignation de son neveu, Dominique Séguier devenu évêque d’Auxerre, Nicolas Tudert est élu doyen de la cathédrale Notre Dame de Paris, le 18 juillet 1632

En 1637, il démissionne de sa charge de conseiller de la Grand Chambre de l’assemblée de Paris. Le 14 mai 1642, il cède, au nom du chapitre de Notre Dame de Paris, les deux îles Notre-Dame au roi. Nicolas Tudert démissionne de sa charge de doyen au mois d’août 1647, cédant sa place à Jean-Baptiste de Contes. Nicolas Tudert se retire à Poitiers où il meurt le 20 mars 1651.

Nicolas Tudert avait une passion pour les fleurs, en particulier les anémones et les tulipes. Il échangeait une correspondance régulière avec des botanistes dont Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, érudit humaniste qui sera l’avocat de Galilée et le conseiller en Art de Marie de Médicis. Nicolas Tudert développa deux espèces de tulipes, créées vers 1630-1640 : la Flamboyante et la Jaspée.

Planche d'illustration de fleurs

Tulipe Flaboyante de Tudert

Tulipe Jsapée de Tudert

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Roger d’Aumont

Roger d’Aumont

1605-1653

Portrait de l'abbé Roger d'Aumont

Portrait de Roger d’Aumont (parfois identifié comme étant Charles d’Aumont son neveu qui prendra sa suite à l’abbaye d’Uzerches et de Saint Aubin)

Histoire

Roger d’Aumont, né en 1605, est le troisième fils de Jacques d’Aumont, baron de Chappes et prévôt de Paris et de Charlotte de Villequiers. Son frère ainé, Antoine d’Aumont sera enfant d’honneur de Louis XIII et deviendra capitaine de la garde du roi. Après s’être distingué dans la bataille de Rethel, il sera nommé maréchal de France et gouverneur de Paris.

Roger d’Aumont lui est destiné très jeune à l’Eglise. En 1621, il devient abbé commendataire de l’abbaye Saint Pierre d’Uzerche dans le Limousin. Le roi nommait en effet des religieux ou parfois des laïcs qui en recevaient les revenus sans les habiter. En 1625, il devient aumônier du roi.

En 1638, Roger d’Aumont reçoit également les bénéfices de l’abbaye de Notre Dame de Barzelle dans le diocèse de Bourges, puis de l’abbaye de Beaulieu dans le diocèse de Boulogne. Les chanoines l’élise alors doyen du chapitre de Boulogne mais Roger d’Aumont qui ne souhaite pas résider à Boulogne et qui a certainement déjà des visées plus hautes, décline la charge le 16 février 1639 dans une simple lettre d’excuse. En 1645, il reçoit l’abbaye de Longvilliers en commende.

Roger d’Aumont est nommé évêque d’Avranches en 1644 par Louis XIV et consacré en mai 1645 à Paris. Si le peuple lui est plutôt favorable, l’évêque est en conflit permanent avec le clergé d’Avranches : les chanoines le surnomment « Rodomont »- autrement dit le fanfaron -, certains allant jusqu’à raturer la deuxième syllabe de de son prénom sur sa signature. Il faut dire que Roger d’Aumont est un prélat atypique n’hésitant pas à provoquer en duel les gentilshommes de son diocèse alors que cette pratique est formellement interdite depuis le Concile de Trente. Un jour, au beau milieu d’une procession, il quitte le cortège en habits pontificaux pour asséner des coups de crosse à un certain Monsieur Juvigny qu’il haïssait.

L’évêque va chercher à s’opposer à Jacques de Montgomery, sieur de Lorge, baron d’Ecouché dont l’arrière grand-père, Jacques, est connu pour avoir blessé accidentellement François Ier au menton avec un tison enflammé et son grand-père,  Gabriel pour avoir tuer accidentellement d’un coup de lance le roi Henri II. La famille Montgomery s’est converti au protestantisme en 1590. Elle est depuis en conflit ouvert avec l’Eglise. La légende dit par exemple que Gabriel II, le père de Jacques, faisait boire son cheval dans le bénitier de la cathédrale d’Avranches. Roger d’Aumont décide donc de répondre à ces outrage et dépose des plaintes : il accuse Jacques Montgomery de jouir indûment des trois quarts de la dîme de la paroisse de Moidrey, appartenant à l’abbaye de Savigny. En 1648, l’évêque l’accuse d’avoir fait assassiné Martin Seheu, du curé de Moidrey. Montgomery tente de fuir avec son complice. En janvier 1665, après 16 ans d’instruction, il est emprisonné à la Bastille par lettres de cachet. Il n’est jugé qu’en 1669 et condamné à la prison à vie pour rébellion face à la justice, assassinat et fabrication de fausse monnaie. Il est d’abord emprisonné à For L’évêque avant de rejoindre le Chatelêt. Il fut finalement libéré bien qu’il refusa toute conversion au catholicisme durant tout son enfermement.

En mai 1647, Roger d’Aumont entre en conflit avec les moines du Mont Saint Michel. Il existait depuis longtemps une défiance de la communauté du Mont Saint Michel envers les évêques d’Avranches : les religieux revendiquaient une certaine autonomie et esquivaient les visites épiscopales. A la nomination de Roger d’Aumont, les moines semblent vouloir acheter cette liberté : le 13 mai 1646, ils lui font parvenir un esturgeon de 9 pieds et demi, met de choix. Mais l’évêque n’est pas dupe. L’absence du curé du Mont Saint Michel au synode est pour lui un affront qu’il ne peut tolérer. L’évêque déclare au synode du 2 mai 1646 que les religieux du Mont Saint Michel sont incapables d’entendre la confession du peuple.  Souhaitant marquer son autorité, il annonce une visite officielle. C’est donc accompagné de toute une procession qu’il se rend pour la première fois au Mont le 24 mai 1646. Le prieur concède l’accès à l’église de l’abbaye et à l’église paroissiale mais refuse l’accès aux lieux réguliers du monastère. Roger d’Aumont ne l’entend pas ainsi : il se présente à la porte de l’abbaye accompagné d’hommes armés d’épées. Les moines cèdent et accueillent l’évêque avec les honneurs de son rang. Roger d’Aumont s’arrête devant les confessionnaux et demande qui a approuvé les confesseurs. Le prieur se désigne et évoque une tractation passée avec les évêques d’Avranches. Roger d’Aumont déclare interdit les confesseurs. Une querelle éclate. Roger d’Aumont irrité, prononce contre les moines l’excommunication. La visite se poursuit dans un climat de plus en plus hostile : on refuse à l’évêque l’entrée du chapitre. Le prélat fait ouvrir par un serrurier venu d’Avranches les portes de l’église Saint Pierre du Mont et de toutes les portes du Sanctuaire. Il fait renvoyer le curé. Après ce coup d’éclat, il dîne dans une auberge avant de retourner à Avranches. Les bénédictins se plaignent du comportement de l’évêque auprès du Grand Conseil. Le scandale éclabousse l’évêque : il a permis à des hommes en armes de pénétrer dans des lieux saints ce qui est formellement interdit. En 1648, le Grand Conseil rend son jugement après pas moins de neuf audiences : si les églises et l’abbaye doivent être soumises à la visite épiscopale, il est défendu à l’évêque de se rendre dans les lieux réguliers de la congrégation. Le Grand Conseil donne ainsi raison au prieur du Mont Saint Michel. En revanche, le jugement réserve formellement l’approbation des confesseurs à l’évêque. Roger d’Aumont reçoit le prieur du Mont saint Michel le 3 juillet 1648 et tente de le rassurer de ses bonnes dispositions envers la communauté. La réconciliation est actée.

En 1650, Roger d’Aumont doit cependant de nouveau répondre de ses décisions devant la justice. Les moines de l’abbaye de Barzelle dont il est abbé commendataire l’accuse de négligence dans l’entretien : l’abbé touche en effet deux tiers des revenus et se doit de financer les réparations du bâtiment. Mais Roger d’Aumont juge insuffisant le bénéfice et l’état de l’abbaye est très dégradé. Sous la pression des moines, le Grand Conseil ordonne une visite. L’abbé de l’Etoile, Placide Petit, rend son verdict : l’abbé manque à ses devoirs. Roger d’Aumont conteste immédiatement cet avis. S’en suivent des mois de procès. Un an plus tard, une transaction est signée donnant en partie satisfaction aux moines. Si l’abbé de l’Etoile avait certainement noircit le tableau, Roger d’Aumont est contraint de payer des travaux importants.

Affaibli, d’une santé précaire, Roger d’Aumont n’est pas en capacité de faire face aux troubles de la Fronde, ce temps de révolte qui secoue la France entre 1648 et 1653. Il échange finalement son siège avec Gabriel de Boylesve, abbé de Saint Georges sur Loire et de Saint Aubin des bois dans le diocèse de Saint Brieuc. Le 12 février 1650, le pape Innocent X confère à Roger d’Aumont abbé des deux abbayes. Louis XIV fait don des deux mêmes abbayes le 5 janvier 1651.

Roger d’Aumont se retire dans l’hôtel particulier de son frère à Paris, aujourd’hui le tribunal administratif, où il meurt le 25 mars 1653 à quarante-huit ans.

le tribunal administratif de Paris

L’actuel tribunal administratif de Paris, hôtel particulier dont les plans furent réalisés par Le Vau et où Roger d’Aumont mourut en 1653