Saint Georges Patrimoine

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L’orgue Cavaillé-Coll

L'orgue Cavaillé-Coll

photographie de l'orgue à l'intérieur de l'église
photographie du clavier de l'orgue de l'église

L’orgue de l’église a été acquis par la fabrique paroissiale en 1874 pour un investissement d’environ 10 000 francs. L’Etat a participé au financement : 1000 francs en 1874, 300 francs en 1876, puis encore 300 francs en 1877. Les aides sont accordées par le vicomte Arthur de Cumont, alors ministre de l’Instruction et des Cultes sous Louis-Philippe. Propriétaire du château de l’Epinay, il sera élu maire de Saint Georges de 1887 à 1897. Cet orgue, construit entièrement par Cavaillé-Coll, est venu directement de ses ateliers à l’église en 1874. Il fut inauguré par Bouleau-Neldy, un organiste de la Cathédrale d’Angers le 2 décembre 1874.

La production industrielle de ces orgues est estimable à hauteur de cinq cents instruments et sont des oeuvres admirées tant en France qu’à l’étranger. En Anjou, seulement six églises sur 80 paroisses environ en sont dotées : la Cathédrale et les églises Notre-Dame et Saint-Joseph à Angers, celle de Segré et du Lion-d’Angers, et celle de Saint-Georges-sur-Loire.
C’est donc une grande chance pour l’église de Saint-Georges-sur-Loire d’avoir un orgue Cavaillé-Coll.

En façade de l’orgue, on peut compter 23 tuyaux, mais l’intérieur en contient plusieurs centaines de différentes tailles. Le buffet est en chêne de bonne qualité, ainsi que le pédalier. Le clavier, manuel, a une particularité car il est rétractable : il s’ouvre et se ferme, un peu comme un tiroir, et est ensuite
fermé à nouveau par deux petites portes à deux battants, en chêne également.
Les huit jeux et les notes du clavier sont en très bel ivoire d’origine. Tout l’ensemble d’ailleurs est resté dans son état d’origine, à part la ventilation électrique au moteur, mais même là, la manette est toujours présente, alors en cas de panne d’électricité, on pourrait encore pomper comme l’ont fait jadis de nombreux jeunes aux tribunes !

Aristide Cavaillé-Coll  est né à Montpellier le 3 février 1811, dans une famille de générations de facteurs d’orgue. L’association des deux noms, Cavaillé et Coll, avait commencé lors du mariage de ses grands-parents, Jean-Pierre Cavaillé et Maria Francesca Coll. Ces noms associés ont suivi cette génération familiale. Aristide avait un frère, Vincent, avec lequel il a beaucoup travaillé, ainsi qu’avec son père Dominique. Doué d’une intelligence et de dons exceptionnels, Aristide eut la chance de bénéficier d’un enseignement scolaire spécialisé sous l’impulsion d’Urbain Vitry, architecte à l’Industrie Nationale, et avait reçu les conseils de nombreux polytechniciens, dont ceux de l’École de Saint-Cyr.
Fondateur en 1826 d’un enseignement de géométrie et de mécanique appliqué aux arts et professions industrielles, le jeune Aristide, à 16 ans, est dans un climat favorable pour appliquer les capacités de ses dons et de son intelligence. Il réalise alors un orgue de choeur et offre ses services au gouvernement. Son orgue a accompagné les obsèques de Victor Hugo. Il allait devenir le plus célèbre facteur d’orgue en France et à l’étranger. Dans un discours prononcé lors de ses obsèques en octobre 1899, Gustave Lyon, président de la Chambre syndicale, déclarait : « Cavaillé-Coll ! Quel nom français aimé et respecté, que celui-là ! Ce nom, synonyme d’art parfait, de science consommée, de génie créateur, de bonté, de désintéressement et de modestie, honorera dans les siècles, notre cher pays, au même titre que celui de Stradivarius honore l’Italie. »

Aidé de son père et son frère, il réalisa six instruments en Maine-et-Loire.

portrait de cavailler coll, facteur d'orgue
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La fabrique

La fabrique

Carte postale de la place de l'église au début du XXème siècle

L’église fin du XIXe, début du XXe

Qu’est-ce que la fabrique ? Ce n’est ni un atelier ni une usine. Aujourd’hui, nous appellerions cette structure, le « Conseil Economique Paroissial ». C’est de fait, la structure de gestion des biens d’une paroisse. Composée de clercs et de laïcs élus, elle va collecter des fonds pour entretenir les édifices religieux et les mobiliers de la paroisse. Ses revenus proviennent des quêtes, des dons mais également de loyers et fermages.

Trois périodes se distinguent dans l’histoire de ces « fabriques ». D’abord, sous l’ancien régime, jusqu’à la Révolution, la paroisse était la structure administrative sous l’ancien régime. Puis, de la Révolution à la séparation de l’église et de l’état en 1905, l’état va financer en partie le fonctionnement des paroisses et en contrepartie de quoi, les paroisses devront rendre des comptes à l’état. Enfin, depuis 1905 à nos jours, les associations cultuelles sont les organes de gestion des biens paroissiaux.

Au XVIIIème siècle, 34 actes notariés nous permettent d’avoir un aperçu de ce conseil à Saint Georges sur Loire. Parmi les procureurs, c’est-à-dire les membres laïcs de la fabrique, nous avons un panel de professions diverses : chirurgien, maçon, marchand, closier (petit paysan), tailleur d’habit, tailleur de pierre, vigneron, filassier, laboureur (paysan propriétaire d’un train de labour), boulanger, menuisier, maréchal en œuvres blanches (outils coupants), aubergiste, laboureur à bras, bourgeois, cordonnier. Ici, au XVIIIème, la plupart des « procureurs » sont originaires du « tiers état ». Ces derniers cogéraient donc la paroisse aux côtés des membres du clergé.

Les procureurs ou l’évêque demandaient au curé de convoquer l’assemblée générale. Cette convocation était annoncée, plusieurs fois, au prône de la messe du dimanche. L’assemblée se tenait sous le « ballet » (auvent selon Verrier-Onillon), au-devant de la porte principale de l’église. Tous les paroissiens avaient le droit de vote durant l’assemblée. A priori et en conformité avec les coutumes de l’époque, les femmes ne votaient pas et étaient encore moins élues !

fabrique2

Nomination au conseil de la fabrique de 1809

Comme dans toute gestion financière, il y a des recettes et des dépenses. A Saint Georges, les recettes provenaient de la location des bancs à l’église et des recettes des propriétés « baillées » (louées).

L’emplacement des bancs témoignait du pouvoir de la noblesse et de la bourgeoisie locale : le seigneur possédait le banc le plus près de l’autel. Suivaient ceux des personnages importants. Les pauvres qui ne pouvaient rien payer, apportaient leur tabouret !  D’ailleurs, les archives nous content une querelle de préséance dans l’attribution de banc à Mme de l’Estoile, seigneur des Touches Quatreboeufs. C’est un problème de riches. Les pauvres ne veulent pas payer : en 1768, la fabrique fait carreler la nef de l’église et installer des bancs neufs. Lors de l’adjudication des places, 17 paroissiens s’y opposent et menacent de brûler les bancs neufs.

Aux archives municipales, nous avons un état financier et nominatif des bancs et chaises en 1777. Les bancs, dont le tarif était d’au moins une livre, étaient réservés à la noblesse et à la bourgeoisie. Pour avoir les chaises bien placées, il fallait débourser 10 sols soit la moitié d’une livre et les chaises moins bien placées, le long d’un mur ou derrière un pilier, valaient cinq sols. Au total, en 1777, la vente des bancs a rapporté 74 livres 16 sols.

Les propriétés de la fabrique étaient bien pauvres. En 1760, elle possède une maison appelée « le jeu de paume » (louée 41 sols) , des prés loués (40 livres 5 sols), des terres louées (106 livres 15 sols), des vignes louées (28 livres 10 sols) et une boutique contiguë à l’église louée (30 sols). Le petit et le grand cimetière sont également loués pour 26 livres : on y fait paître du bétail et les arbres et épines sont exploitées. La fabrique prête aussi de l’argent et perçoit des remboursements de rentes pour 31 livres 15 sols. Au total, en 1760, les recettes des propriétés de la fabrique s’élevaient à 206 livres 12 sols. Mais ces revenus varient beaucoup d’une année à l’autre. En 1777, les locations des prés sont divisées par deux et celles des terres par cinq. Les recettes sont alors amputées de moitié.  Dans un registre des comptes « abrégés », de 1775 à 1787, les recettes varient de 100 à 260 livres, sauf en 1780 avec seulement 19 livres de recettes.

A la Révolution, par le décret du 2 novembre 1789, les biens ecclésiastiques sont mis à la disposition de la Nation. Les fabriques demeurent cependant administrées comme par le passé par les conseils.  En 1793, les biens des fabriques deviennent également propriété nationale. La loi de 1802, établit que les fabriques veilleront à l’entretien des lieux de culte et le décret de 1804 leur confie également l’organisation des services funéraires. Le décret du 30 décembre 1809 organise le fonctionnement des fabriques dans chaque paroisse. Elles deviennent alors des établissements publics du culte, et ce jusqu’en 1905. Le conseil de fabrique comprend alors le curé, le maire et cinq à neuf membres élus.

Au XIXe siècle, on trouve, au conseil de fabrique de Saint Georges, des familles actives à la fin de la Révolution : Faugeron (dont trois membres seront maires de la commune), Greneron Ternant (Jean Jacques Greneron Ternant fut le second maire de Saint Georges), Thierry, Hortode, Granger, Gourdon, Lemée. Dans la seconde moitié de ce siècle, on voit en permanence les deux grandes seigneuries de Saint Georges présentes : le comte Walsh de Serrant et le vicomte de Cumont propriétaire de l’Epinay. D’autres familles apparaissent : Séchet, Pasquier, Hudon, Bachelot, Rabineau Bourrigault, Blond…

Au cours du XIXe siècle, la location des bancs rapporte au moins 90 % des recettes. L’organisation des obsèques, une des compétences dévolues à la fabrique, complète ses revenues. Dans les budgets prévisionnels, les traitements du personnel ( vicaires, chantres, sacristains, suisse, enfants de chœur, organistes) représentent la moitié des dépenses. L’autre moitié correspond à des frais de fonctionnement. Le coût de l’entretien des bâtiments est négligeable : il faut dire que l’église est neuve.

A partir de 1894, les archives sont plus précises : la location des bancs représente 94 % des recettes ;  des dépenses de fonctionnement (49 %) deviennent plus importantes que celles des traitements  (41 %). Notons l’apparition d’un prélèvement pour la caisse de secours des prêtres âgés ou infirmes, l’ancêtre des caisses de retraites.

Durant cette période, deux financements apparaissent dans les budgets extraordinaires. Tout d’abord l’achat d’un orgue pour l’église. Cet orgue, un Cavaillé-Coll, a été inauguré le 2 décembre 1874. Le montant de l’investissement se situait aux environs de 10 000 francs. L’Etat a participé au financement : 1000 francs en 1874, 300 francs en 1876, puis encore 300 francs en 1877. Les aides sont accordées par le vicomte Arthur de Cumont, alors ministre de l’Instruction et des Cultes. Propriétaire du château de l’Epinay, il sera élu maire de Saint Georges de 1887 à 1897.

Le deuxième financement extraordinaire s’est produit en 1901. En 1900, une tempête a provoqué de gros dégâts sur l’église et le presbytère. Dès 1901, la fabrique fait faire les premières réparations sur l’église et les finance sur fonds propres à hauteur de 724 francs. Pour continuer ces réparations, la fabrique négocie un emprunt de 4000 francs auprès de la Caisse des dépôts et Consignations. Cette dernière ne l’accorde qu’à condition que le conseil municipal se porte caution. Le remboursement se fera sur 25 ans avec des annuités de 244 francs.

lettre officielle du ministère

Lettre du ministère de l’instruction publique et des cultes pour une subvention de 1 000 francs à la fabrique pour l’achat de l’orgue

La loi du 28 décembre 1904 retire aux fabriques et consistoires et donne aux communes le monopole de l’organisation des funérailles. Par la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, les fabriques sont supprimées. La loi prévoit la création, au niveau communal, d’associations cultuelles de fidèles, pour subvenir aux frais, à l’entretien et à l’exercice public du culte. À ces associations seront confiés les bâtiments destinés au culte appartenant à la Nation et la part des biens des fabriques relatives exclusivement à l’exercice du culte. L’Église catholique refusera de créer les associations cultuelles telles que prévues dans la loi de 1905.  Il faudra attendre 1924 et l’accord sur les associations diocésaines pour débloquer la situation.

A compter de 1907, à Saint Georges, la fabrique devient le conseil paroissial. Les conseillers ne sont plus élus, mais recrutés par le curé.  On y trouve principalement des notables. Au chapitre des dépenses, les gages des employés subsistent : sacristains, chantres, organistes, enfants de chœur. Il semble qu’en 1928, ce conseil paroissial a fait un gros emprunt pour les écoles, car les premiers remboursements apparaissent en 1929. Au chapitre des recettes, la location des chaises constitue la partie la plus importante. Cette location perdurera jusque dans les années 1950.

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L’école de filles

L'école de filles

1901

photographie de l'école de fille en 2024

L’ancienne école de filles, aujourd’hui propriété privée

En 1901, la rentrée scolaire dans le village se fait sous le signe de la nouveauté : une école de filles, laïque, va ouvrir ses portes à Saint Georges. Certes, la majorité des filles étaient déjà scolarisées depuis longtemps : la première école les accueillant avait vu le jour en 1714 lorsque Marguerite Bautru avait exaucé le vœu de son père Guillaume III Bautru, propriétaire du château de Serrant, de créer « une petite école tenue par deux filles de charité ».

Depuis la moitié du XVIIIe siècle, l’enseignement s’était développé, essentiellement sous la houlette de l’église catholique. Les lois Guizot de 1833 et Falloux en 1850 avaient tenté d’étendre l’instruction primaire à une majorité de petits Français, et même de petites Françaises. Les premières dues à François Guizot, historien membre de l’Académie Française et ministre de l’instruction sous la monarchie de juillet, rendaient obligatoire la création d’une école primaire par commune. Les secondes, dues à l’angevin Alfred de Falloux, ministre de l’instruction sous Louis Napoléon Bonaparte, ajoutaient l’obligation pour les communes de plus de 800 habitants d’avoir une école de filles. Ces lois donnaient également une place importante à l’enseignement privé dit « libre » : si les maîtres dans l’enseignement public se devaient d’être formés dans les écoles normales et recrutés par les communes, il suffisait d’un baccalauréat pour un congréganiste et d’une simple lettre d’obédience pour une religieuse pour ouvrir une école libre.

En 1850, le conseil municipal de Saint Georges, novateur, décide que tous les garçons de la commune doivent être admis gratuitement. Jusque là, seuls les enfants les plus pauvres dont la liste était établie par la municipalité bénéficiaient de la gratuité de l’enseignement. En 1852, cette mesure s’applique aussi aux filles.

En 1881, Jules Ferry, ministre de l’instruction publique, fait voter les textes imposant dans toute la France un enseignement obligatoire, gratuit et laïque. C’est un tournant important qui écarte les autorités religieuses des écoles de la République. Quelques années plus tard, l’Etat prendra en charge le traitement des instituteurs : il n’incombe plus, alors, aux municipalités ni de recruter ni de rémunérer les enseignants. C’est le début d’une éducation nationale. Ne restent plus à la charge des communes que l’achat et l’entretien des bâtiments et des fournitures scolaires comme aujourd’hui.

extrait de la délibération du conseil municipal de 1901

C’est dans ce contexte, qu’au beau milieu de l’été 1901, le conseil municipal décide d’acquérir une maison dans le bourg de Saint Georges pour en faire une école laïque de filles. Cette maison appartient à madame Gatine, née Eugénie Toupelin de la Doilière qui en a hérité. La demeure est située sur la grande rue (aujourd’hui la rue nationale) et sa cour fait l’angle avec la rue brutale (aujourd’hui la rue des parements). Le général Faugeron, maire de Saint Georges et l’inspecteur d’académie l’ont visitée le 12 mai et l’ont trouvée parfaitement adaptée pour l’installation de l’école communale de filles à condition que la fourniture d’eau y soit assurée. Il y a en effet une pompe au coin de la rue (toujours visible) mais l’école n’a pas d’eau courante comme bon nombre d’habitations à cette époque.

Monsieur Dussauzel, architecte départemental, est chargé d’établir un projet de travaux et un devis afin que les locaux puissent être utilisés dès la rentrée. Le 20 octobre 1901, l’inspecteur chargé de l’enseignement primaire écrit « le nouveau local répond à sa destination. Il y a lieu de le présenter tel qu’il est, sans proposer de modifications » Quelques semaines auparavant, Mademoiselle Bouquinat, l’institutrice nouvellement nommée, avait remercié le maire pour l’achat des dix tables d’écolières à deux places, le bureau de maîtresse et les deux tableaux sur chevalets. Elle demandait également trois autres tables et des bancs pour faire asseoir les enfants qui déjeunaient à l’école.

Mais la création de l’école n’est pas du goût de tous. Dès le 15 août, Jeanne Pichaud informe le maire qu’elle va ouvrir une école catholique primaire de filles puisque celle qu’elle dirigeait jusqu’alors vient de perdre son titre d’école communale. Dans le même temps, Jean-Baptiste Meignan fait la même démarche et ouvre chemin de la Varenne (aujourd’hui rue de l’abbaye) une école catholique de garçons. Une rivalité entre enseignement public et privé s’installe dans un bourg qui compte alors 2 354 habitants.

La municipalité doit également faire face à des frais imprévus pour les travaux : il a fallu creuser jusqu’à 14 mètres un puits alors qu’on pensait trouver de l’eau à 9 mètres, les murs de clôture se sont révélés en mauvais état, il a fallu installer des latrines, etc… La facture initialement prévue à hauteur de 8 800 francs, s’élève désormais à 12 450 francs. Le conseil municipal demande à l’Etat une subvention pour couvrir ces dépenses dues à « une laïcisation qu’il n’avait ni désirée, ni prévue ». La situation financière est compliquée : l’année précédente, une grave tempête a provoqué d’importants dégâts qui ont coûté très cher à la commune !

Les premiers mois de l’école ne satisfont pas les parents. Le 28 août 1902, Monsieur Hamard, viticulteur et marchand de vin en gros de la commune, s’énerve dans un courrier à la municipalité. Dès l’ouverture, il a inscrit sa fille dans l’école laïque, créée d’après lui dans « des conditions déplorables ». Il parle d’une salle de classe ayant hébergé précédemment des poitrinaires, c’est-à-dire des personnes souffrant de tuberculose et qui n’a pas été désinfectée avant d’accueillir les enfants. Il relève aussi le fait que certaines séances d’enseignement aient dû se dérouler dans la cour, faute de place suffisante. L’école a-t-elle été victime de son succès à son ouverture ? Hamard sollicite pour les fillettes plus d’égard.

Les choses n’ont pas dû s’arranger tout de suite. En 1907, monsieur Gatine, l’ancien propriétaire, rédige une lettre au nom des parents qui l’ont, dit-il, sollicité. Il y note que « le bâtiment est dans un état déplorable. Les ouvertures ne ferment pas. Le papier se décolle par l’humidité. Il n’y a pas de parquet. Le piétinement des enfants fait une poussière infecte. L’institutrice n’a point ou presque pas de charbon ». Il sollicite une entrevue avec le préfet.

Malgré ces premiers pas difficiles, l’école communale et laïque de filles a tenu bon. Elle a offert durant une grande partie du XXe une instruction publique et gratuite aux petites filles de Saint Georges. C’est dans cette école que sera raflée la petite Irène Keller en 1944. En 1972, cette école si difficilement ouverte, est redevenue un bâtiment privé. Cette année-là, la municipalité ouvre un groupe scolaire mixte, l’école Jean-Baptiste Lully, du nom du fils du célèbre musicien qui fut abbé commendataire de Saint Georges à la fin du XVIIe.

Extrait de la lettre à la municipalité de Monsieur Hamard, parent d’élève mécontent en 1902

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La tempête de 1900

La tempête de 1900

13 février 1900

une du petit courrier de 1900 annonçant un cyclone à Angers

Une du 15 février 1900 du petit Courrier (ADML)

Mardi 13 février 1900, l’après-midi est calme, dans la continuité d’un mois de janvier extrêmement doux, presque printanier. Les saint georgeois sont préoccupés par la présence de deux fugitifs, Tissier et Sauvestre, évadés de prison l’avant-veille et soupçonnés d’être les auteurs de plusieurs vols commis dans des fermes dans la région de Saint Georges. Mais à cinq heures les nuages s’amoncellent à l’horizon et un large arc-en-ciel nimbe la direction de l’Ouest. En même temps, un vent violent s’élève, grossissant la Loire, gagnant en intensité de minute en minute en intensité ; c’est-à-peine si les piétons peuvent se tenir en équilibre. A dix heures du soir, la tourmente bat son plein.

Cette violente tempête, précédée par de nombreux orages, touche la côte Atlantique et l’intérieur du pays dans la nuit du 13 jusque dans la matinée du 14 février 1900. Elle s’accompagne de pluie et de neige, poussée par des vents d’Ouest, Sud-Ouest. Aucune région n’est épargnée par la tempête qui balaie la France. A Paris les rafales maximales mesurées entre le 13 et le 14 à la Tour Eiffel sont de 158 km/heure.  L’échelle de vent mesurée les 13 à 18 h et 14 à 7 h annonce cette tempête classée 9 suivant l’échelle de Beaufort. Tout l’ouest de la France est particulièrement éprouvé.

Cette tempête appelée cyclone dans le « Petit Courrier » s’abat sur Angers et détruit complètement le Jardin des plantes, la chapelle de l’Hôpital et l’église Sainte Thérèse en partie. Les cheminées, oscillant sous la violence du vent, s’abattent en quelques minutes avec un fracas effroyable. Les ardoises dévalent les toits, les toitures sont arrachées, les maisons détruites, de nombreux arbres déracinés. Plusieurs bateaux-lavoirs sont fortement endommagés ou ont coulé, les lames en Loire atteignant un mètre cinquante de haut.

Dans les gares, les dégâts sont importants et les différents services subissent un retard considérable. La liaison entre Nantes et Angers a été fortement retardée par ce terrible ouragan. Certains trains sont restés en panne à la Pointe, près d’Angers, par suite d’impuissance de la machine ; le vent prenant de front la locomotive, la locomotive a patiné sur place.

carte météorologique de la tempête de 1900

Relevés météorologiques de février 1900

Toutes les communes de Maine et Loire sont concernées. Dans le « Petit Courrier » du 16 Février 1900, on relate que Saint Georges, comme les communes voisines, a été durement touché.

A SAINT-GEORGES-SUR-LOIRE

« les cheminées tombées par suite de l’ouragan ne se comptent plus. L’église est presque partout à jour tellement sa toiture a été endommagée. Dans plusieurs fermes, il y a eu des toits entiers d’enlevés. Le parc de Serrant est complètement mutilé. De nombreux massifs, de vieux arbres sont dévastés. C’est un spectacle navrant. »

A CHALONNES-SUR-LOIRE

« l’orage de l’après-midi de mardi s’est terminé par un terrible ouragan qui a jonché le sol des rues de tuiles et d’ardoises. Les dégâts matériels sont considérables, cheminées, toitures, devantures, volets, ardoises, arbres, rien n’a résisté, les deux églises, le cimetière et la mairie n’ont pas été épargnés et très approximativement ces dégâts peuvent atteindre le chiffre de 200.000 fr. »

Partout, des travaux urgents de réparations de toitures sont décidés. Couvreurs, charpentiers et maçons et les patrons ne peuvent donner satisfaction aussi vite qu’ils le voudraient aux demandes qui affluent. Beaucoup d’entre eux manquent d’ouvriers, en particulier les ouvriers couvreurs qui demandent une augmentation de salaire. Le ministre de la Guerre accorde alors des permissions exceptionnelles aux ouvriers du bâtiment sous les drapeaux.

A Saint-Georges-sur-Loire, lors de la séance du conseil municipal du 18 février 1900, le général de division Emile Faugeron, maire, liste, devant le conseil municipal, les dégâts occasionnés dans tous les bâtiments communaux : église, mairie, cure, cimetière et voirie ont été touchés. Ce constat est d’autant plus désolant que ces mêmes bâtiments viennent d’être rénovés !

En effet, deux ans auparavant, le 20 février 1898, la commune avait contracté deux emprunts sur quinze ans pour un montant total de 12 000 francs dont un auprès de la Fabrique, le Conseil économique paroissial, Ainsi, le 14 août 1898, ont été réalisés par les ouvriers locaux la réfection de la toiture du bâtiment annexe à la cure et du dôme de l’église, le remplacement du cadran en cuivre émaillé de l’église, le rétablissement de la girouette sur le clocher à la tige du paratonnerre, le remplacement des persiennes du clocher avec treillage en fil de fer pour empêcher les oiseaux de passer ainsi que la réparation du plafond intérieur et de la charpente du plancher de l’église. Le 24 août 1899, le mur du cimetière est consolidé par des contreforts.

Suite à l’ouragan, une commission composée du maire et des conseillers municipaux Granger, Thierry et Houdebine ainsi que de monsieur Mazé, agent voyer, est nommée pour constater les dégâts dans tous les bâtiments communaux et pour évaluer les travaux et leur urgence. Le 14 octobre 1900, la commission communale estime le montant des dégâts sur Saint-Georges-sur-Loire à 100 000 francs suite au cyclone.

photographie du parc de la flêche dévasté par la tempête de 1900

Le parc de la Flêche en Sarthe après le passage de la tempête de 1900

article de journal de 1900

Article du Bonhomme angevin de 1900 (ADML)

Devant l’état de l’église, fortement endommagée, le curé P. Bompas de Saint-Georges-sur-Loire adresse en mars 1900 un devis des réparations au chanoine Thibault, secrétaire de l’évêché d’Angers, d’un montant de 3 000 francs. Le conseil de la Fabrique dans sa délibération du 7 avril 1900 vote un emprunt de 4 000 francs à la Caisse des dépôts et consignations amortissable en 20 années. Il permettra de financer les travaux extérieurs à hauteur de 2 000 francs, l’autre moitié permettant de couvrir les dépenses pour réparer les dégâts intérieurs (achat de 200 chaises, réfection de 100 chaises, réparation des persiennes et des gouttières).

La municipalité, déjà endettée suite aux travaux de 1898, doit faire face à ces dépenses considérables. En 1901, d’autres frais viennent s’ajouter : André de Joly, demande à la commune d’ouvrir une école laïque de filles. Le conseil municipal de Saint Georges sur Loire fait alors appel au préfet afin d’obtenir une subvention, justifiée par l’état très préoccupant de la situation budgétaire.

Les dégâts occasionnés par la tempête de 1900 pèseront encore longtemps sur les finances de la commune. Ainsi, trois ans après, dans sa séance extraordinaire du 23 avril 1904, le conseil municipal de la commune de Saint-Georges-sur-Loire vote à nouveau une dépense pour consolider une poutre à la cure, brisée suite à la chute d’une cheminée lors de la tempête de 1900. Ces travaux doivent être entrepris d’urgence car tout un pan de toiture menace de s’effondrer !

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Jean de Vassé

Jean de Vassé

1534-1583

champagne

Abbaye de Rouez en Champagne

manoir des alignés à laval

Manoir des alignés à Laval

Jean de Vassé est né en 1534 au Mans. Il est le fils de Jean Groignet de Vassé, baron de la Roche-Mabille et chevalier de l’ordre de Saint Michel.

Dans sa jeunesse, Jean de Vassé porte les armes avant d’embrasser une carrière dans l’église. Il devient abbé de Cahors en 1560.

De 1574 à 1579, il est abbé de Rouez en Champagne dans la Sarthe après la résignation de son frère, Lancelot de Vassé qui en était le premier abbé commendataire. Il réside alors à Laval dans le manoir des Alignés qui sera partiellement détruit en 1944.

Il reçoit en commende l’abbaye Notre-Dame-de-Cormeille à Lisieux et 1574 et celle de Saint Georges sur Loire en 1577.

Jean de Vassé, alors sous-diacre au Mans, est nommé évêque de Lisieux le 4 novembre 1579 succédant à Denis Roussel à qui il cède l’abbaye de Cormeille. Il est ordonné diacre le 20 février 1580 à Paris et entre à Lisieux le 30 mai de la même année. Fidèle au roi Henri II dont il est l’aumônier, il va se retrouver confronter à des chanoines au fort penchant ligueur. En effet, à partir de 1576, la Ligue Catholique va réunir seigneurs et prélats qui veulent défendre les intérêts des catholiques face aux progrès du protestantisme alors que les guerres de religion se succèdent. Alors qu’Henri III n’a pas de descendant, Henri de Bourbon, roi de Navarre, futur Henri IV, est le premier prétendant au trône, mais celui-ci est protestant. La Ligue ne souhaitant pas voir arriver au pouvoir un protestant va donc entrer en lutte avec le Roi. Le diocèse de Lisieux comme le reste du Royaume va alors se partager entre deux camps bien tranchés. Le duc d’Anjou, frère du roi, était très influent à Lisieux. C’est lui qui en 1579, propose Jacques de Bonnechose pour l’évêché. Rome s’inquiète. Cet inconnu est un proche du favori du duc, Fervacques, un homme d’arme. Surtout, on craint qu’il ne soit un peu trop favorable aux idées protestantes. Rome enquête sur le postulant dont les manières frustres ne rassurent pas du tout. Rome, après de nombreuses tractations, finit par écarter Bonnechose. Le pape nomme Jean de Vassé, ecclésiastique de bonne doctrine, « avec qui lequel M de Fervacques a échangé l’évêché contre quelques abbayes ».

En 1581, il assiste au concile de Rouen qui connaîtra une forte affluence. L’Assemblée des prêtres y affirment durant des réunions publiques les décisions du Concile de Trente. Initié en 1542 par le Pape Paul III en réponse aux théories protestantes, le concile confirme les bases du dogme, de la discipline et du culte catholique.

Il meurt le 16 mars 1583 au manoir des Loges près de Lisieux. Il fut enterré dans le chœur de la cathédrale de Lisieux.

publication du concile de Rouen de 1581

Publication du concile de Rouen de 1581

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Jean-François de Maillan

Jean-François de Maillan

1747-1819

le prieuré du perray neuf

Prieuré du Perray-Neuf près de Sablé sur Sarthe

Jean-François de Maillan est né le 12 juin 1747 à Laval du Tarn en Rouergue (Aveyron). Il est le deuxième fils de Jean-Baptiste de Maillan, chevalier du Roi et de Madeleine de Buisson de Bournazel.

Destiné très jeune à l’Eglise, il fait ses études au collège Duplessis à Paris avant d’être diplômé en théologie de la Sorbonne

Le 7 avril 1774, Jean-François de Maillan devient chanoine-comte de l’église royale Saint Julien de Brioude en Auvergne. Si la situation de cette abbaye avait été financièrement compliquée quelques années auparavant, la décision du roi d’y fusionner les revenus de l’abbaye de Charroux assurait un bénéfice confortable à Jean-François de Maillan. Sa situation va devenir encore plus aisée les années qui suivent puisqu’il va cumuler les revenus du prieuré de Saint-Martin en l’église de la Carnourgue (en Lozère)  et du prieuré de l’abbaye de Perray-Neuf à Précigné près de Sablé-sur-Sarthe. Il est nommé abbé commendataire de Saint Georges sur Loire en 1787.

En plus d’être fortuné, l’abbé est quelqu’un d’influent. Présenté à la cour, il va succéder à son oncle, l’abbé de Mostuéjouls comme aumônier de quartier de la chapelle de la comtesse de Provence de 1777 à 1783. Il est même promu premier aumônier, de 1787 à 1789. La comtesse de Provence, Marie-Joséphine de Savoie est la fille du roi de Sardaigne, mariée à Louis-Stanislas-Xavier de France, petit-fils de Louis XV et futur Louis XVIII.  

En 1787, il siège comme député du clergé à l’assemblée provinciale d’Anjou convoquée par le roi Louis XVI aux côtés de représentants de la noblesse dont fait partie Antoine Walsh de Serrant. Jean-François de Maillan n’a certainement pas conscience qu’il participe là au prologue de la Révolution durant laquelle il va tout perdre.

La Révolution va en effet stopper net sa carrière. L’abbé qui jouissait d’un revenu considérable, voit sa fortune disparaître du jour au lendemain. La tempête de 1789 emporte non seulement tous les prieurés et toutes les abbayes mais confisque également tous ses biens, réduisant son train de vie aisé grâce au cumul de tous ses revenus à une existence miséreuse. Les démêlés judiciaires qu’il aura avec le sieur Cabanne, son beau-frère témoignent de ce changement de situation.

En 1788, l’abbé de Maillan déclare dans une lettre contribuer au contrat de mariage de sa sœur à hauteur de 15 000 livres qu’il s’engage à payer en 1790. Le sieur Cabanne va donc réclamer le paiement de cette dot devant le tribunal civil de Mende. Jean-François de Maillan va justifier le manquement à sa promesse en expliquant qu’il ne s’agissait là pas d’une reconnaissance de dette mais bien du souhait d’offrir à sa sœur un présent pour favoriser son installation. L’abbé n’avoue pas la raison première de son désengagement : il est dans l’incapacité à verser une telle somme. Le tribunal retient l’argument et annule la dette. Le sieur Cabanne fait appel de cette décision. Le tribunal de Nimes étudie l’affaire en 1808 et confirmera le premier jugement : l’engagement de 1788 est annulé.

A la Révolution, l’abbé de Maillan est obligé de quitter Brioude comme la plupart des autres chanoines et cherche à gagner sa vie comme il peut. Il se retire à Paris dans la paroisse de Saint Sulpice où il enseigne le catéchisme. La charité dont il a fait preuve des années durant au nom de la Reine et de la princesse de Savoie lui a fait acquérir une bonne réputation au sein du peuple de Paris. Cela lui permet de bénéficier d’un asile plutôt sûr durant les premières heures de la Révolution. Cependant, sous la Terreur, Jean-François de Maillan est contraint de se cacher dans sa famille à La Caze en Lozère ou bien à l’étranger.

Il reste dans l’ombre durant la période napoléonienne, ses attaches restant avant tout royalistes. Il refuse d’être nommé évêque et Napoléon, face à cette défiance, l’écarte de toute responsabilité.

Ce n’est que sous la Première Restauration que Louis XVIII le remet sur le devant de la scène. Le Roi avait nommé, en 1814, à l’évêché de Saint-Flour, M. de Brugier de Rochebrune, vicaire général de ce diocèse mais ce dernier refuse. Le Roi fait alors appel à Jean-François de Maillan par ordonnance en novembre 1817. Mais, le 14 octobre 1819, alors qu’il s’apprête à se rendre à Paris pour être sacré, il est victime d’une crise d’apoplexie et meurt dans son château de la Caze dans les Gorges du Tarn.

château de la caze

Le château de la Caze

article annonçant le décès de Jean-François de Maillan

Annonce de la mort de Jean François de Maillan dans le journal Le véridique du 4 novembre 1819

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Nicolas Tudert

Nicolas Tudert

1564-1651

Photographie de la salle capitulaire de saint andré de mirebeau

Salle capitulaire de saint André de Mirebeau

Issu d’une famille originaire de Mirebeau dans la Vienne, Nicolas Tudert est le fils de Claude Tudert, seigneur de la Bournalière, conseiller au parlement de Paris et de Nicole Hennequin. Claude Tudert fut notamment employé par François 1er pour négocier certaines affaires et Henri III le chargea de l’exécution du traité de pacification avec les protestants dans le Poitou.

Nicolas Tudert est reçu conseiller et rejoint son frère Claude III Tudert, au parlement de Paris le 8 juillet 1604.

Il devient successivement chanoine de Paris, prieur de Saint André de Mirebeau et abbé commendataire de Saint Georges sur Loire en 1613.

En 1631, il est promu à la Grand Chambre de l’assemblée de Paris. Son neveu, Pierre Séguier est nommé garde des sceaux en 1633 par Richelieu. L’oncle et le neveu semblent mené la vie dure à Nicolas Lejay, président du parlement de Paris, si bien que ce-dernier se plaint auprès de Richelieu de l’attitude des deux hommes envers lui.

Suite à la résignation de son neveu, Dominique Séguier devenu évêque d’Auxerre, Nicolas Tudert est élu doyen de la cathédrale Notre Dame de Paris, le 18 juillet 1632

Suite à la résignation de son neveu, Dominique Séguier devenu évêque d’Auxerre, Nicolas Tudert est élu doyen de la cathédrale Notre Dame de Paris, le 18 juillet 1632

En 1637, il démissionne de sa charge de conseiller de la Grand Chambre de l’assemblée de Paris. Le 14 mai 1642, il cède, au nom du chapitre de Notre Dame de Paris, les deux îles Notre-Dame au roi. Nicolas Tudert démissionne de sa charge de doyen au mois d’août 1647, cédant sa place à Jean-Baptiste de Contes. Nicolas Tudert se retire à Poitiers où il meurt le 20 mars 1651.

Nicolas Tudert avait une passion pour les fleurs, en particulier les anémones et les tulipes. Il échangeait une correspondance régulière avec des botanistes dont Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, érudit humaniste qui sera l’avocat de Galilée et le conseiller en Art de Marie de Médicis. Nicolas Tudert développa deux espèces de tulipes, créées vers 1630-1640 : la Flamboyante et la Jaspée.

Planche d'illustration de fleurs

Tulipe Flaboyante de Tudert

Tulipe Jsapée de Tudert

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Roger d’Aumont

Roger d’Aumont

1605-1653

Portrait de l'abbé Roger d'Aumont

Portrait de Roger d’Aumont (parfois identifié comme étant Charles d’Aumont son neveu qui prendra sa suite à l’abbaye d’Uzerches et de Saint Aubin)

Roger d’Aumont, né en 1605, est le troisième fils de Jacques d’Aumont, baron de Chappes et prévôt de Paris. Son frère ainé, Antoine d’Aumont sera enfant d’honneur de Louis XIII et deviendra capitaine de la garde du roi. Après s’être distingué dans la bataille de Rethel, il sera nommé maréchal de France et gouverneur de Paris.

Roger d’Aumont lui est destiné très jeune à l’Eglise. En 1621, il devient abbé commendataire de l’abbaye Saint Pierre d’Uzerche dans le Limousin. Le roi nommait en effet des religieux ou parfois des laïcs qui en recevaient les revenus sans les habiter. En 1625, il devient aumônier du roi.

En 1638, Roger d’Aumont reçoit également les bénéfices de l’abbaye de Notre Dame de Barzelle dans le diocèse de Bourges en 1638, puis de l’abbaye de Beaulieu dans le diocèse de Boulogne. Les chanoines l’élise alors doyen du chapitre de Boulogne mais Roger d’Aumont qui ne souhaite pas résider à Boulogne et qui a certainement déjà des visées plus hautes, décline la charge le 16 février 1639 dans une simple lettre d’excuse. En 1645, il reçoit l’abbaye de Longvilliers en commende.

Roger d’Aumont est nommé évêque d’Avranches en 1644 par Louis XIV et consacré en mai 1645 à Paris. Si le peuple lui est plutôt favorable, l’évêque est en conflit permanent avec le clergé d’Avranches : les chanoines le surnomment « Rodomont »- autrement dit le fanfaron -, certains allant jusqu’à raturer la deuxième syllabe de de son prénom sur sa signature. Il faut dire que Roger d’Aumont est un prélat atypique n’hésitant pas à provoquer en duel les gentilhommes de son diocèse alors que cette pratique est formellement interdite depuis le Concile de Trente. Un jour, au beau milieu d’une procession, il quitte le cortège en habits pontificaux pour asséner des coups de crosse à un certain Monsieur Juvigny qu’il haïssait.

En mai 1647, Roger d’Aumont entre en conflit avec les moines du Mont Saint Michel. Il existait depuis longtemps une défiance de la communauté du Mont Saint Michel envers les évêques d’Avranches : les religieux revendiquaient une certaine autonomie et esquivaient les visites épiscopales. A la nomination de Roger d’Aumont, les moines semblent vouloir acheter cette liberté : le 13 mai 1646, ils lui font parvenir un esturgeon de 9 pieds et demi, met de choix. Mais l’évêque n’est pas dupe. L’absence du curé du Mont Saint Michel au synode est pour lui un affront qu’il ne peut tolérer. L’évêque déclare au synode du 2 mai 1646 que les religieux du Mont Saint Michel sont incapables d’entendre la confession du peuple.  Souhaitant marquer son autorité, il annonce une visite officielle. C’est donc accompagné de toute une procession qu’il se rend pour la première fois au Mont le 24 mai 1646. Le prieur concède l’accès à l’église de l’abbaye et à l’église paroissiale mais refuse l’accès aux lieux réguliers du monastère. Roger d’Aumont ne l’entend pas ainsi : il se présente à la porte de l’abbaye accompagné d’hommes armés d’épées. Les moines cèdent et accueillent l’évêque avec les honneurs de son rang. Roger d’Aumont s’arrête devant les confessionnaux et demande qui a approuvé les confesseurs. Le prieur se désigne et évoque une tractation passée avec les évêques d’Avranches. Roger d’Aumont déclare interdit les confesseurs. Une querelle éclate. Roger d’Aumont irrité, prononce contre les moines l’excommunication. La visite se poursuit dans un climat de plus en plus hostile : on refuse à l’évêque l’entrée du chapitre. Le prélat fait ouvrir par un serrurier venu d’Avranches les portes de l’église Saint Pierre du Mont et de toutes les portes du Sanctuaire. Il fait renvoyer le curé. Après ce coup d’éclat, il dîne dans une auberge avant de retourner à Avranches. Les bénédictins se plaignent du comportement de l’évêque auprès du Grand Conseil. Le scandale éclabousse l’évêque : il a permis à des hommes en armes de pénétrer dans des lieux saints ce qui est formellement interdit. En 1648, le Grand Conseil rend son jugement après pas moins de neuf audiences : si les églises et l’abbaye doivent être soumises à la visite épiscopale, il est défendu à l’évêque de se rendre dans les lieux réguliers de la congrégation. Le Grand Conseil donne ainsi raison au prieur du Mont Saint Michel. En revanche, le jugement réserve formellement l’approbation des confesseurs à l’évêque. Roger d’Aumont reçoit le prieur du Mont saint Michel le 3 juillet 1648 et tente de le rassurer de ses bonnes dispositions envers la communauté. La réconciliation est actée.

En 1650, Roger d’Aumont doit cependant de nouveau répondre de ses décisions devant la justice. Les moines de l’abbaye de Barzelle dont il est abbé commendataire l’accuse de négligence dans l’entretien : l’abbé touche en effet deux tiers des revenus et se doit de financer les réparations du bâtiment. Mais Roger d’Aumont juge insuffisant le bénéfice et l’état de l’abbaye est très dégradé. Sous la pression des moines, le Grand Conseil ordonne une visite. L’abbé de l’Etoile, Placide Petit, rend son verdict : l’abbé manque à ses devoirs. Roger d’Aumont conteste immédiatement cet avis. S’en suivent des mois de procès. Un an plus tard, une transaction est signée donnant en partie satisfaction aux moines. Si l’abbé de l’Etoile avait certainement noircit le tableau, Roger d’Aumont est contraint de payer des travaux importants.

Affaibli, d’une santé précaire, Roger d’Aumont n’est pas en capacité de faire face aux troubles de la Fronde, ce temps de révolte qui secoue la France entre 1648 et 1653. En 1651, il échange son siège avec Gabriel de Boylesve, abbé de Saint Georges sur Loire et de Saint Aubin des bois dans le diocèse de Saint Brieuc.

Roger d’Aumont se retire dans l’hôtel particulier de son frère à Paris, aujourd’hui le tribunal administratif, où il meurt le 25 mars 1653 à quarante-huit ans.

le tribunal administratif de Paris

L’actuel tribunal administratif de Paris, hôtel particulier dont les plans furent réalisés par Le Vau et où Roger d’Aumont mourut en 1653

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Gabriel de Boylesve

Gabriel de Boylesve

1595-1667

Gravure du portrait de gabriel de boylesve

Portrait de Gabriel de Boylesve

Gabriel de Boylesve de Malnoue nait le 1er mars 1595 dans une famille angevine de magistrats et de juges. Son père est Charles de Boylesve, conseiller aux parlements de Bretagne puis de Paris dont le frère Claude de Boylesve était un fidèle de Mazarin.

Destiné à une carrière ecclésiastique, Gabriel est ordonné prêtre très jeune. Il devient enseignant à la cathédrale Saint Maurice d’Angers. En 1623, il devient aumônier de Charles Miron, évêque d’Angers et deux ans plus tard chancelier de l’université d’Angers. En 1631, il est nommé conseiller au parlement de Bretagne, prenant la suite de son père. Il devient chanoine de la cathédrale de Vannes, obtient deux paroisses parisiennes et devient aumônier et lecteur du roi Louis XIII. En 1637, il reçoit les bénéfices du prieuré de Saint Catherine de la Coûture à Paris et de l’abbaye de Saint Aubin des bois dans le diocèse de Saint Brieuc. En 1638, il siège aux Etats de Bretagne pour l’ordre de l’Eglise.

A la mort du roi, il se démet de ses titres et de ses charges en gage de soumission à Mazarin qui le gratifie de la commende de l’abbaye de Notre Dame de Berdoue dans le diocèse d’Auch et du titre de conseiller clerc au Parlement de Paris en 1645.

Cette allégeance à Mazarin lui attire quelques désagréments. En 1649, alors qu’il s’offusque des propos tenus contre le cardinal par Jacques Carpentier de Marigny, poète et agitateur de la Fronde, Gabriel de Boylesve est violement giflé par ce dernier en public à la sortie du cloître. C’est un véritable scandale qui fait jazzer toute la cour ! Gabriel de Boylesve a bien peu de soutien face au célèbre pamphlétaire dont les bons mots sont appréciés si bien qu’il abandonne sa plainte, renonçant à un procès malgré l’injure dont il a été victime.

En 1650, il accepte malgré tout de céder son abbaye que Mazarin convoite pour un de ses partisans. En compensation, il obtient le bénéfice plus important de l’abbaye de Saint Georges sur Loire dont il devient abbé commendataire.

Rapidement, en 1651, Gabriel de Boylesve échange son titre d’abbé avec celui d’évêque d’Avranches de Roger d’Aumont. Il est sacré à Paris le 10 décembre 1651 et entre à Avranches le 25 août 1652. Mais Gabriel de Boysleve vit principalement à Paris jouissant de ses titres prestigieux. Gabriel de Boylesve a en effet une fortune considérable si bien que la légitimité de ses biens est mise en doute.

En 1657, par un échange avec la baronnie de Longny et Rémalard dans le Perche, il acquiert la baronnie d’Ancenis qu’il revend en 1660 à Armand de Béthune, marquis de Charost, gendre du surintendant Fouquet. Ce-dernier lui intente un procès en 1662 et l’accuse d’avoir touché de l’argent illicite de son frère cadet Claude, intendant des finances. Claude a été condamné et ses meubles ont été saisis, mais l’évêque d’Avranches est intervenu, prétendant en être le propriétaire. Gabriel de Boylesve est condamné à une amende de 12 000 livres et les meubles sont confisqués.

Gabriel de Boylesve meurt le 3 décembre 1667, emporté en cinq jour par une inflammation des poumons. D’autres sources nous disent que son médecin lui avait prescrit des pilules pour une purge, celles-ci devant être prise durant plusieurs jours de suite. Gabriel de Boylesve les aurait avalé en une seule et même fois et mourut empoisonné.  Il est inhumé dans l’église du couvent des Cordeliers à Angers. Sa succession donna lieu à de longs procès entre ses frères et ses neveux.

Portrait de Nicolas Fouquet par Charles le Brun

Portrait de Nicolas Fouquet par Charles le Brun

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Louis Joseph Adhémar

Louis Joseph Adhémar

1650-1722

Portrait de Louis Joseph Adhémar

Portrait de Louis-Joseph Adhémar de Monteil de Grignan par Hyacinthe Rigaud

Louis-Joseph Adhémar de Monteil de Grignan est né en 1650. Cadet d’une famille puissante de Provence, fils du comte de Grignan, il a pour oncles Jacques Adhémar, évêque d’Uzès et abbé de Saint Georges sur Loire de 1654 à sa mort en 1674 et François Adhémar, évêque de Saint Paul Trois Châteaux et archevêque d’Arles. C’est sous la protection de ces derniers que le jeune Louis-Joseph rejoint Paris et débute des études de théologie à la Sorbonne comme son frère, archevêque de Claudiopolis.

Le 28 janvier 1669, il assiste au troisième mariage de son frère, François de Castellane-Adhémar avec Mlle de Sévigné, fille de la célèbre Marquise. Dans ses lettres, celle-ci l’appellera « le plus joli abbé de France ».

En 1670, à peine âgé de 20 ans, Louis-Joseph reçoit le bénéfice du prieuré de Portes dans le diocèse de Saint Paul Trois Châteaux.

Distingué d’un diplôme de maître ès arts en 1671 et licencié de la Sorbonne en 1672, le jeune Louis-Joseph n’a pas les revenus suffisants pour survenir à ses besoins. L’abbé de Coulanges qui l’a pris d’affection fait agir son oncle, l’évêque d’Uzès auprès du roi pour lui obtenir le bénéficie de Livry. Louis XIV reste sourd à cette demande. En 1674, à la mort de son oncle, Louis Joseph reçoit du roi l’abbaye de Saint Georges sur Loire.

Louis Joseph abandonne le quartier de l’Université pour s’installer dans la rue Neuve Saint Honoré, le quartier à la mode de Paris, proche du jardin des Tuileries.

Louis-Joseph est ordonné prêtre le 29 mai 1675. Il représente la province d’Arles comme agent général à l’Assemblée générale du clergé de France, la même année. Louis Alphonse de Valbelle partagera cette tâche avec lui. Il ne s’agit pas là d’un simple titre honorifique. Les agents généraux sont responsables de la convocation des prélats de toute la France et de l’organisation des cérémonies religieuses pendant les trois ou quatre mois que durent l’Assemblée. Les agents généraux sont aussi de véritables diplomates qui vont présenter les demandes de l’Assemblée à la cour du roi et rendent compte de leur mandat de cinq ans devant l’Assemblée. Ces services sont très bien rémunérés. Louis Joseph tout comme l’abbé de Valbelle touche 27 000 livres de gratification puis un traitement annuel de 4 000 livres pour cette mission : une véritable fortune !

Les demandes de l’Assemblée que vont défendre Louis-Joseph et l’abbé de Valbelle sont avant tout des mesures contre les protestants. Ils obtiennent du roi des édits ordonnant la destruction de 32 temples, l’interdiction des rassemblements de protestants lors de la visite d’évêque, l’exclusion des protestants aux métiers municipaux ou dans le domaine de la finance, ect…

Alors que Valbelle est nommé évêque d’Alet en 1677, Louis Joseph, dont la réputation n’est plus à faire, attend à son tour qu’on lui propose un diocèse à son goût avec un revenu suffisant.  Une première occasion se présente en 1680. L’évêque d’Evreux, Henri Cauchon de Maupas du Tour, âgé de 80 ans, fait part au roi de son souhait de résigner son bénéficie. Il lui propose plusieurs successeurs mais Louis XIV choisit de nommer Louis  Joseph, fixant pour condition que ce dernier devra verser une pension de 10 000 livres à Maupas jusqu’à sa mort.  En 1680, le clergé de France, très satisfait de son travail, désigne Louis Joseph comme secrétaire. On félicite le futur évêque et la marquise de Sévigné fait part du plaisir qui inonde toute la famille. Louis Joseph qui doit d’abord terminer ses travaux pour l’Assemblée prévoit de se faire couronner par son oncle à Arles.

Le 10 août 1680, alors qu’il revient de dire la masse à Saint Laurent près d’Evreux, l’évêque de Maupas a un accident de carrosse : le vieillard est projeté et est écrasé par une roue. Malgré la place devenue vacante, Louis Joseph n’est pas pressé d’occuper le siège et à la surprise générale, il est nommé évêque de Carcassonne au mois de mai 1681. Il s’y installe dans un hôtel qu’il loue à Pierre de Roux, syndic général de la province de Languedoc et qui devient le siège de l’évêché. Louis Joseph gagne les faveurs des habitants de Carcassonne en défendant leurs intérêts : ceux-ci sont accablés d’une forte taxe sur le blé et Louis Joseph va plaider leur cause jusqu’à Versailles ce qui va lui valoir une grande popularité. Louis Joseph cherchera régulièrement à obtenir des avantages pour les habitants de Carcassonne s’opposant à un intendant peu scrupuleux qui pratique des tarifs exorbitants, tâchant d’exonérer la cité de la dîme… L’évêque fait preuve d’un dévouement pour le bien public à de nombreuses occasions. On en vient à le nommer Monsieur Carcassonne. Il fait bâtir des écoles, fonde un hôpital et contribue à la construction d’une caserne. L’évêque semble montrer peu d’ambition au grand dame de Madame de Sévigné qui aimerait le voir faire rayonner sa famille et augmenter ses rentes qui ne couvrent pas son train de vie élevé, le couvrant de dettes.

En 1687, Louis Joseph échange le bénéfice de l’abbaye de Saint Georges sur Loire contre celui de Saint Hilaire dans le diocèse de Carcassonne avec Jean-Baptiste Lully, fils du célèbre musicien du même nom de la cour de Louis XIV.

Vieillissant et malade, la jambe droite rongée par la gangrène, Louis-Joseph choisit son neveu Louis Joseph de Rochebonne comme adjuteur. Ilmeurt le 1er mars 1722 à Carcasonne où il est inhumé dans la basilique Saint-Nazaire.

Source : Un évêque de l’ancien régime, article de Léon Charpentier

Portrait de Louis Joseph Adhémar

Portrait de Louis-Joseph Adhémar de Monteil de Grignan

Hôtel roux à Carcassonne

Hôtel Roux à Carcassonne où résida Louis Joseph Adhémar