Saint Georges Patrimoine

Catégories
portraits

Théobald Walsh

Théobald Walsh

1796-1836

signature du comte Théobald Walsh de Serrant

La signature de Théobald Walsh, comte de Serrant, tirée des registres d’état civil

Archives départementales du Maine et Loire

Tableau de louis hersent de Théobald Walsh

Portrait de Théobald Walsh par Louis Hersent (château de Serrant)

Théobald Walsh est le fils d‘Antoine Joseph Walsh et de Louise de Rigaud de Vaudreuil. Il naît en 1796 à Dublin alors que ses parents sont en exil, fuyant la Révolution. A la mort d’Antoine Walsh en 1817, Théobald, âgé de 17 ans, hérite du château de Serrant alors que son demi-frère Edouard, né d’un premier mariage avec Renée de Choiseul et infirme, s’installe au château d’Eculard.

Le 19 juillet 1823, il épouse Sophie Legrand qui, grâce à sa fortune considérable, fait restaurer le château et  aménager le parc qui lui doit ses principales beautés.

Il est élu maire de Saint Georges sur Loire en 1826 et conseiller général de Maine et Loire en 1833.

En 1831, par lettre patente, il est fait quatrième comte de Serrant en remplacement de son frère Edouard.

Sous la monarchie de juillet, il est nommé à la Chambre des pairs par Louis-Philippe le 11 septembre 1835.

Théobald Walsh meure en 1836 à Paris de la tuberculose. Il est inhumé dans la chapelle du château de Serrant, construite en 1704 par J.H. Mansart, entouré de son épouse Sophie Legrand et de leurs 4 enfants, tous décédés jeunes, de la tuberculose.

Catégories
article

La crue de 1910

La crue de 1910

1910 La Belle époque

une du petit courrier : désastre !

Une du Petit Courrier de 1910

la route de chalonnes s'effondre lors de la crue de 1910

Début de brèche, route de Chalonnes-sur-Loire à Saint-Georges-sur-Loire en 1910 (ADML)

Dans tout l’espace ligérien on se souvient de la crue de 1910, la plus connue, parce qu’elle s’est produite en même temps que les débordements de la Seine, de la Garonne, du Rhône, et parce qu’elle a suscité de nombreux témoignages écrits et photographiques. Pourtant, elle n’est pas unique ; elle fait partie d’une longue série d’inondations qui, de tous temps, ont marqué l’histoire de la vallée. A la fois bienfaisantes et dévastatrices, attendues et redoutées depuis toujours, elles transforment la Loire, si inoffensive à l’étiage des mois d’été, en un flot énorme qui charrie des eaux boueuses et meurtrières.

Dès le moyen âge, les hommes avaient essayé de construire des barrages de terre, les turcies, pour contenir le fleuve, mais ces derniers étaient discontinus. Ceux-ci sont remplacés progressivement par des levées, digues érigées pour protéger le val. La levée de Savennières qui va de l’Alleud à Montjean va subir à partir du XVIIIème siècle de nombreux travaux de consolidation et de renforcement malheureusement souvent insuffisants, pour lutter contre le fleuve en crue.

En février 1844, celle qui protège la vallée de Saint-Georges se rompt à La Croix Verte, en Saint-Germain-des-Prés, et l’eau emporte la maison de Jacques Delaunay, le laissant seul et démuni avec 6 enfants !

En juin 1856, la crue se déclenche soudainement, avec une rare violence : elle accuse 6,33m à l’échelle de Montjean.  A Saint-Georges, durement touché « le conseil municipal encore ému des ravages de la dernière inondation, et désireux de prévenir de nouveaux désastres, contre lesquels l’état actuel des digues présente peu de garanties » propose des enrochements jusqu’au sommet pour en accroître la solidité.

Chaque fois, on déplore la perte des cultures (froment, chanvre, lin, choux) et celle de bovins qu’on n’a pas eu le temps de déplacer. Alors, bien sûr, on répare, on construit, on surélève.

A l’hiver 1910, à cause des pluies particulièrement abondantes sur l’ensemble de la France, la Loire menace les protections qui longent son cours. L’eau monte inexorablement, le courant est violent. La peur s’installe « sur toute la longueur, la levée de la Loire est sillonnée de charretiers et d’habitants qui transportent leur fourrage, leur mobilier, redoutant une catastrophe, à la recherche d’un abri plus hospitalier ». (Le Petit Courrier 1er décembre 1910)

La route n° 15, celle qui prolonge le pont de Montjean en direction de Champtocé, et ferme la levée dite de Savennières, protégeant ainsi toute la vallée de Saint-Georges, est coupée ce même jour. On donne l’ordre à toute personne présente de s’enfuir au plus vite. Terreur ! Il faut évacuer les hameaux les plus menacés de La Possonnière, de Saint-Georges, de Saint-Germain-des-Prés.

Le Petit Courrier titre « Un grand désastre : l’Anjou inondé ».

Dans la nuit du 1er au 2 décembre, la pression exercée par le fleuve est si forte que la digue cède à hauteur de Saint-Germain. L’eau se répand dans la vallée, où elle monte de 2m. Toutes les maisons au nord du fleuve sont inondées. A la Basse Villette par exemple, les flots boueux vont jusqu’au manteau des cheminées. A son tour, la route n° 15 est emportée sur une longueur de 80 mètres. La route nationale 161, entre Saint-Georges et Chalonnes, submergée, empêche toute communication avec le Grand Bras.

6,78 m sont atteints à l’échelle des crues de Montjean, établissant ainsi un record historique, et le débit atteint 6300m3/ seconde. La vallée, de La Possonnière à Montjean, est devenue un immense lac ! L’eau lèche le parc du château de l’Epinay, vient jusqu’à Coutances, La Grenouillère, Les Goguelets, chaque fois sous les ponts du chemin de fer. 756 hectares, soit 22% de la surface communale, sont noyés.

plan de l'inondation de 1910 à Saint Georges

Zones inondées lors de la crue de 1910 à Saint Georges sur Loire

subvention de l'état suite à l'inondation de 1910

Subventions de l’État au département de Maine et Loire suite à la crue de 1910 pour notamment restaurer les levées

crue de 1910 à Montjean

La crue de 1910 à Montjean, le 6ème régiment du Génie porte secours

travaux sur la levée au début du xxème siècle

Travaux sur la levée au début du XXème siècle

En amont et en aval, la situation est aussi tragique. Angers et Nantes sont inondées. Et le constat n’est pas meilleur dans les autres régions : de nombreuses maisons s’effondrent en Touraine, Paris est sous les eaux, le Rhône déborde…

Que faire ? Dès les premières menaces, 200 soldats du 6eme Génie, sous le commandement du général Bizos et équipés de 40 bateaux, ont été affectés aux secours. Ils ne cesseront d’évacuer hommes, bêtes et récoltes quand c’est possible, et de réparer. Ils sont aidés par des habitants réquisitionnés dans les communes concernées, qui, avec leurs bicyclettes, assureront entre autres les liaisons ! Les gendarmes sont également mis à contribution.

La Croix Rouge, dont la vicomtesse de Jousselin est la déléguée saint georgeoise, se dévoue sans compter et assure la distribution de vivres.

Et tout cela va finir par poser problème aux finances de la commune. En effet, il faut loger et nourrir tous ces gens, en plus de s’occuper des sinistrés ! Les commerçants du bourg ont fourni pain, viande, vin, épicerie et demandent à être payés. Or, dit le conseil municipal alors présidé par Louis Cotte de Jumilly, dans sa délibération du 8 janvier 1911, les secours n’ont pas été demandés par l’assemblée communale, mais envoyés par le préfet. Une somme de 800 francs est votée, que l’on espère bien se faire rembourser ! Il faudra faire appel à l’Etat. D’ailleurs, le maire d’Angers, qui n’est autre que le Saint-Georgeois Ambroise Monprofit a demandé à Louis Puech, ministre des travaux publics de venir constater les dégâts.

Le phénomène n’a pas été meurtrier, et on ne déplore la disparition d’aucune vie, mais le bilan est lourd : les pertes mobilières se montent à 645 francs ; 133 chefs de famille ont été sinistrés, parmi lesquels 9 ne sont pas imposés. Une aide d’urgence doit être apportée aux « perdants nécessiteux », et les habitants touchés réclament une réduction d’impôt.

L’histoire des crues ne s’arrête pas là : le niveau de la Loire sera de nouveau une menace bien des fois au XXème siècle.

Catégories
article

La levée

La levée de Savennières

plan du port girault au XVIIIème

Le port-Girault au XVIIIème siècle

carte du bord de loire en 1764

La levée dite de Savennières ou de Saint-Georges-sur Loire, est une digue partant du village de l’Alleud à La Possonnière ; elle ferme, au bout de 15 km, un val de 2400 ha et environ 500 habitants, par la RD 15, reliant le pont de Montjean à Champtocé.

carte de la levée de savennières

Dès la fin du XVe, à la place de la turcie, construction en bois et sable, le nom de levée apparait. Plus solide, constituée de terres, de pieux, de pierres et d’arbres plantés pour consolider le tout, les levées ont vocation à protéger les terres agricoles. En 1680, à la demande de Guillaume III Bautru, comte de Serrant, Colbert, ministre de Louis XIV, fait réaliser des travaux  sur la levée de Boyau à Saint Georges. D’autres phases de consolidation auront lieu tout au long du XVIIIe siècle. En 1715, les religieux de l’abbaye demande l’autorisation au roi de couper du bois, privilège royal, pour réparer des brèches causées par les débordements de la Loire. En 1759, les riverains réparent eux-mêmes la levée du Port Girault.

A cette période, la levée s’arrête au niveau de l’actuel pont du grand Bras laissant place à l’ouest à des marais.

A la Révolution, la gestion et l’entretien de digues sont abandonnés. Il n’est pas rare de voir des riverains venir prendre la terre au pied de la levée ou de creuser caves et puits qui vont fragiliser toute la digue. Pourtant les cahiers de doléances de Savennières en 1789 soulignent la nécessité de la levée alors que La Possonnière et le village de l’Alleud sont régulièrement inondés du fait de ruptures.

Au début du XIXe siècle, il y a une suite de levées privées de La Possonnière à Montjean avec de nombreuses brèches qui correspondent souvent à une boire (c’est-à-dire un bras mort de la Loire) sans doute créée lors d’une rupture.

carte de la levée en 1810

carte de la levée en 1810 (ADML)

En 1807, Napoléon va s’intéresser alors à la levée à la demande du comte de Serrant, Antoine Walsh et de son épouse, Louise de Vaudreuil, dame de compagnie de l’impératrice Joséphine. De la terre est prélevée dans la vallée pour être entasser sur une portion allant de l’Alleud au lieu-dit Les Sablons.

Il faudra attendre 1825 pour que commence la construction d’une digue plus solide. La réalisation de ces travaux ont pour but d’assainir les marais qui s’étendent du Port Girault jusqu’à Saint Germain des Prés où règne la fièvre paludéenne. En 1835, de grandes portions sont terminées mais il reste à faire notamment à l’ouest où le val reste grand ouvert entre Montjean et Champtocé.

Un premier pont s’ouvre entre Saint-Georges-sur-Loire et Chalonnes en 1841 et celui de Montjean est inauguré en 1855. Jusqu’à la construction des trois ponts en 1841, il n’y a pas de passage direct Saint-Georges – Chalonnes. Il y a trois possibilités : passer par les Ponts de Cé, utiliser le bac de Boyau ou passer à gué en été au Port-Girault. Avec la construction du pont du Grand Bras, la levée devient un chemin de circulation qui désenclave tout un territoire. En 1873, le chemin est empierré et il devient route départementale goudronnée en 1953 : c’est l’actuel RD 210.

A partir de 1844, de grands travaux sont entrepris sur la levée : on construit des murs de soutènement, on charge la levée avec des enrochements, on construit des « perrés », c’est-à-dire un mur de pierres en pente douce du coté du fleuve… Les travaux sont inaugurés en grande pompe avec le pont de Montjean en 1855.

Hélas, en juin 1856, a lieu l’une des plus grandes crues du XIXe siècle, 6,26 m à Montjean. La belle levée craque en plusieurs endroits.

plan cadastral du port girault en 1835

Plan cadastral du Port Girault en 1835, le contournement du hameau semble réalisé

 

schéma du projet de levée vers 1844

Schéma du projet de levée au milieu du XIXe siècle

crue de 1910 à Montjean

La crue de 1910 à Montjean

travaux sur la levée au début du xxème siècle

Travaux sur la levée au début du XXème siècle

De 1856 à 1897, 7 crues autour de 6 mètres à Montjean, ébranlent la levée. Déjà en 1864, une première étude est faite pour consolider cette levée. C’est dans la dernière décennie que l’on refait des perrés, en particulier au Port Girault, la Guibrette et au Coeur du Roi. En 1897, on refait le pont sous la RD 15 avec les portes qui isolent le val.

En février 1906, la levée est jugée « insuffisante » et « l’aménagement de la Loire navigable » fait craindre le pire aux riverains (construction du barrage de l’Alleud).

En décembre 1910, deux affluents de la Loire, la Vienne d’une part, la Maine d’autre part sont en très forte crue. La conjonction des deux crée une onde de crue énorme en aval des Ponts de Cé : la Loire atteint la cote 6,78 m à Montjean. La levée ou plutôt la RD 15 craque en face Montjean. L’eau se précipite dans le val : il se remplira en 12 heures.

Les grosses réparations, liées à la rupture de 1910 se feront en face de Montjean et au Port-Girault. 1990 verra la dernière réalisation de gros travaux sur la levée :
• nettoyage de toute la végétation et donc réparation du perré que cette dernière a endommagé,
• réparation du muret (1980),
• projection de béton sur la totalité de la surface du perré (1996),
• élargissement de 5 mètres du corps de la levée (1992).

Depuis 2018, la Communauté de Communes Loire Layon Aubance a pris la compétence de Gestion des Milieux aquatiques et Prévention des Innondations. Un grand projet de restauration de la digue est en cours. L’objectif  est de fortifier la levée et ce afin de lui permettre de résister aux humeurs de la Loire.

Catégories
portraits

Jean Renou

Jean Renou

1760-1841

la signature de Jean Renou

La signature de Jean Renou tirée des registres d’état civil

Archives départementales du Maine et Loire

Jean Renou naît à Angers le 3 juin 1760 ; il est le fils de Denis Renou, maître coutelier, et de Perrine-Charlotte Gillier (ou Gislier).

Alors qu’il est chirurgien au May-sur-Evre, il épouse Germaine Brun, originaire de Chalonnes-sur-Loire, le 9 juillet 1788. De cette union vont naître :

Jean, né en 1789 à Saint-Quentin-en Mauges, auteur d’une thèse en médecine soutenue en 1813 sous le titre  « Des passions, considérées sous le rapport de l’age, du tempérament, du sexe, du climat et de l’éducation ».

Eugénie, née en 1791, qui, en épousant Joseph-Julien Daviers, fait de lui le grand-père de Eugène-Joseph Daviers (1815-1871), médecin et directeur de l’école de médecine à Angers. Ce célèbre médecin avait pour maison de campagne la demeure d’Eculard.

En 1823, veuf de Germaine Brun, il épouse Cécile-Marie Bâtard, également originaire de Chalonnes-sur-Loire. De cette union va naître en 1825, au May-sur-Evre, Cécile-Jeanne.

D’après Célestin Port, Jean Renou, ancien chirurgien, est percepteur (1789-1790) puis procureur (1792) de la commune de Saint-Quentin-en-Mauges ; en 1794, il devient juge au tribunal militaire d’Angers, agent municipal à Chalonnes-sur-Loire.

En 1798, l’an VI de la Révolution, il exerce dans la maison de charité, l’hospice de Sain Georges.

Il devient maire de Saint-Georges-sur-Loire pendant près de 8 ans du 10 messidor de l’an 8 (29 juin 1800) au 25 avril 1808.

Il décède chez son frère Étienne, médecin à Rochefort-sur-Loire, le 28 octobre 1841.

Catégories
article

Braconnage à Serrant

Braconnage à Serrant

1686 - 1789 Le Siècle des Lumières

Chateau de serrant au XVIIIème

Le chateau de Serrant au XVIIIème siècle

Aux XVII° et XVIII° siècles, de grandes forêts enserrent le domaine de Serrant. Au plus près du château on peut citer celles du Grand et Petit Fouilloux, des Echats, de Linières, de Longuenée, et de l’autre côté de la Loire, près des Ponts de Cé, la belle forêt de Bellepoule.

Elles recèlent nombre de richesses dont le propriétaire, comte de Serrant fait grand cas, et usage marchand. Elles sont donc aussi une tentation permanente pour tous ceux qui ne peuvent prétendre en profiter. Les vols de bois y sont fréquents, attestés par les nombreux procès verbaux que contiennent les archives de Serrant. On y abat des arbres clandestinement, on s’empare de branches et de fagots auxquels on n’a pas droit. Les recherches de coupables sont vives et les châtiments se veulent dissuasifs : emprisonnement, saisie des biens du contrevenant par exemple.

Le braconnage, entreprise illicite,  y prospère aussi malgré les avertissements, les menaces, les amendes, les emprisonnements occasionnels. En effet, la chasse est un privilège royal ou seigneurial. Les gens du peuple n’ont le droit de prendre aucun animal. Toute prise est considérée comme un vol.

Dans les archives de Serrant, on découvre une injonction du comte de Serrant Guillaume III Bautru, interdisant « à tous les bourgeois, marchands, artisans, habitants des villes et des hameaux de chasser quelque gibier de poil ou de plume. La peine encourue est une amende, doublée en cas de récidive. La troisième faute s’accompagne d’une mise au pilori pour trois heures aux heures de marché.

La forêt et l’intégralité de ce qui la constitue, c’est-à-dire tous les animaux qui y vivent appartiennent  donc au seigneur propriétaire. Il en est de même pour les cervidés, les sangliers, qui sortent des bois, traversent champs et prés, piétinent les terres, labourent les parcelles cultivées ou les pigeons qui s’abattent sur les semailles. Un document de 1722 précise, « il y a des particuliers qui tuent les pigeons des fuies (pigeonniers) à coup de fusil ce qui est défendu ».

Et les garde-chasses veillent ! Ils sont nombreux, nommés par le seigneur, d’abord les Bautru père et fils, puis à partir de 1750 les Walsh. Ils sont armés, affichant ainsi ostensiblement leur pouvoir, alors qu’aucun paysan, artisan, journalier n’a le droit de porter un fusil… qui le rendrait potentiellement dangereux.

manuscrit de la plainte de Guillaume III Bautru

Manuscrit des archives du château de Serrant

Les archives du château de Serrant sont riches de procès-verbaux ou de plaintes auprès du tribunal royal, ayant pour objets les méfaits commis par les braconniers. Ainsi en 1687, Guillaume III Bautru, comte de Serrant, accuse un groupe de chasser à pied et à cheval de jour comme de nuit, aux chiens et au fusil, sur ses terres. Des cerfs, des biches, des chevreuils, des sangliers et des lièvres ont été tués. Les braconniers ont été vus faisant le guet le soir et le matin au bord d’étangs et dans des bois. Les bêtes sont mangées ou bien vendues, rapportant un joli butin. Le braconnage semble alimenter tout un commerce. Ainsi à noël, un cerf est tué, écorché et découpé. La viande, la peau mais également les bois, tout a été vendu. On évoque aussi des renards, des lièvres et un grand nombre de perdrix. Le comte obtient du grand maitre des Eaux et Forest délégation pour rechercher des coupables et les châtier.

Aussi, la recherche initiée par le comte de Serrant vise un champ large : on recherche des individus braconniers, des donneurs d’ordre, des complices. On veut dresser la liste des différents lieux où les délits ont été accomplis, celle des époques de traque, celle des animaux chassés, et on assure que ceux qui ne dénoncent pas ces agissements alors qu’ils en ont connaissance sont également coupables.

Les appels à témoin sont vains : personne n »a rien vu… ou l’on ne souhaite pas que l’enquête aboutisse. Peut-on y voir une première défiance au pouvoir seigneurial ?

Quelques mois plus tard, dans le cahier de doléances de la paroisse de Saint Georges, rédigé avant la convocation des Etats Généraux de mai 1789, les habitants du village réclament « qu’il soit permis à tout particulier d’empêcher les dévastations de ses champs faites par les cerfs, biches, sangliers, lapins et pigeons, pourvu qu’il ne serve pas d’armes à feu et que les fuies (pigeonniers) ouvertes soient prohibées et que les seigneurs ne puissent les faire ouvrir qu’après la révolte et après que les grains soient levés. »

En octobre 1789, une foule en colère se rassemble dans la cour du château de Serrant. Les paysans réclament le remboursement d’amendes infligés pendant de nombreuses années par les gardes forestiers et garde chasses, pour des prélèvements de bois et de gibier. Terrifiée par ces comportements nouveaux, et pour elle déconcertants, la comtesse obtempère !

Catégories
portraits

Joseph-Pierre Péan

Joseph-Pierre Péan

1759 - 1812

extrait du registre des mariages de 1786

Registre d’état civil de 1786, mariage de Joseph-Pierre Péan et de Victoire-Perrine de la Chesnaie

registre d'état civil de 1812, décès de Pierre-joseph Péan

Registre d’état civil de 1812, décès de Joseph-Pierre Péan

Registre d’état civil de 1799 signé par Joseph-Pierre Péan alors maire de Saint Georges : il est ici question de la 7ème année de la République car le calendrier révolutionnaire est en cours et la commune est alors renommée Beausite pour effacer toutes références religieuses.

Archives départementales du Maine et Loire

Joseph-Pierre Péan est né vers 1759 à Doué la Fontaine. Il est le fils de Gilles Péan, tonnelier et de Marguerite Gouin.

Le 2 mai 1786, il épouse Victoire-Perrine Bertrand de La Chênaie  à Saint-Georges-sur-Loire. Ils auront deux filles, Mathilde, née le 8 mai 1787 et qui meurt à l’âge de 5 ans, et Victoire-Joséphine, née le 30 novembre 1789 qui, célibataire comme l’atteste la table des successions et absences, décède le 20 juillet 1865. Cette dernière, institutrice, occupera la maison Mondain jusqu’à sa mort au début du XIXème.

Il est notaire à St-Georges entre 1787 et 1812. Seul son acte de décès mentionne sa profession.

En 1789, il est désigné comme notaire du comte de Serrant dans le cahier de doléance du Petit-Paris, lieu-dit de Saint Martin du Fouilloux. Ses liens avec le château de Serrant sont d’ailleurs étroits. L’un des témoins de son mariage est Jean-Baptiste Walsh et le parrain de sa fille Mathilde est Antoine Joseph Walsh, comte de Serrant.

Après la nationalisation des biens du clergé le 2 novembre 1789, les bâtiments, leur mobilier ainsi que les terres et les fermes sont vendues progressivement. Le 23 février 1791, Joseph-Pierre Péan achète, au prix de 15600 livres, le palais  abbatial, l’ancien logis abbatial devenu des cuisines, le réfectoire des moines, les jardins, le verger et des terres entre le jardin et l’étang d’Arrouët. Il devient également propriétaire de l’étang  de la métairie de la Thibauderie et de la closerie du Petit Arrouët ainsi que de vignes et de terres notamment sur l’île de Guesse.

Suite à l’arrêté de Francastel du 27 novembre 1793, Joseph-Pierre Péan devient maire de Chalonnes du 11 décembre 1793 jusqu’au 18 octobre 1795 alors qu’il ne réside pas sur la commune qui traverse une période particulièrement sombre : les guerres de Vendée coûtent la vie à de nombreux chalonnais. Joseph-Pierre Péan devient ensuite maire de Saint Georges sur Loire d’août 1795 jusqu’au 30 juin 1800.

Il est décédé à Saint Georges le 23 août 1812.

Bibliographie :

* Table des successions et absences : Cf AD49,Table des successions et absences, Saint-Georges-sur-Loire, 1860-1867, page 157/205

* Vente des biens : (Archives Dép. de Maine-et-Loire cote 1 Q 355)

Catégories
article

La moto-pompe

La moto-pompe S.A.M.D.I.

1930 Entre deux Guerres

motopompe samedi de 1930

La moto-pompe avant la restauration

devis de la motopompe de 1930

Devis de la motopompe daté de 1930

En 1930, le corps des Sapeurs-pompiers de Saint Georges sur Loire ne possède encore qu’une pompe à bras datant de 1842 ainsi qu’une pompe portative acquise en 1844, des moyens un peu archaïques pour des pompiers qui, à l’époque, n’ont vocation que d’éteindre les feux.

En août 1930, la centrale électrique de Joseph Pageot située place du champ de foire (actuelle place Monprofit) qui alimente toute la commune en électricité, est complètement détruite par les flammes.

Le matériel des pompiers s’étant avérés inefficaces en la circonstance, le Conseil Municipal décide de doter le Corps communal d’une moto-pompe. Ce sera une des premières du département.

Après plusieurs consultations auprès des fabricants, le choix se porte sur une moto-pompe S.A.M.D.I. (Société Auxiliaire de Matériel D’Incendie alors située boulevard Gaston Dumesnil à Angers) à pistons multiples et parallèles, fabriquée en partie à Angers. Elle est équipée d’un moteur SCAP de 12 CV très réputé à l’époque pour être celui des voitures Bugatti, capable de fournir un débit de 60 m3 par heures.

La commande qui comprend 500 mètres de tuyaux, 6 lances ainsi qu’une sirène électrique fut signée fin décembre 1930 par Maurice Lair, maire de Saint Georges. Le montant total de la facture s’élève à 43 127 francs dont 23750 francs pour la moto-pompe.

C’est un investissement conséquent pour la commune et c’est pourquoi, le conseil municipal lance une souscription auprès de la population. C’est un succès sans précédent : 28 087 francs sont récoltés et permettent de couvrir plus de la moitié de l’investissement.

Le préfet du Maine et Loire annonce alors à monsieur le maire que le ministre de l’Intérieur accorde à la commune une subvention exceptionnelle de 13 000 francs.

Au mois de novembre 1931, le matériel est livré au Corps des pompiers alors sous le commandement du lieutenant Paul Marcel. Cette moto-pompe sera en service jusque dans les années 70/80.

N’étant plus utilisée et entretenue, son état se dégrade avec le temps. Un groupe de pompiers retraités et passionnés décide alors de la restaurer. Défi audacieux au vu de l’état du matériel. Les travaux débutent en novembre 2009 et s’achèvent fin 2010 à raison d’une demi-journée de travail par semaines. La pompe, le moteur, les roues, le capot et tous les accessoires ont été démontés, poncés, remis en état, peints. Certaines pièces ont été sablées. Gilles Perrouin, Jean-Noël Richard, Gérard Voisine  et Roger Ouvrard ont ainsi sauvé la moto-pompe.

Caractéristiques techniques
Moteur : SCAP
Type : WJV N°22090
Magnéto : SAGA T4 1530
Carburateur : Solex 30 BF DV 231679
Chassis : B42
Pompe N°400698

La moto-pompe a été confiée à la municipalité en 2022. Elle est désormais exposée dans la salle Beausite.

restauration de la motopompe de 1930 en 2010

La restauration de la motopompe en 2010.

lettre du préfet pour une subvention pour l'achat de la motopompe de 1930

Lettre du préfet de 1931 octroyant une subvention pour l’achat de la motopompe

publicité pour la moto-pompe SAMDI
Catégories
portraits

Fançois-Abel Avril

François-Abel Avril

1735-1797

estampe d'un juge de paix pendant la Révolution

Ph.-J. Maillart, graveur (1764-1856). Juge de paix. 1796-1799. BNF

signature du premier maire de saint Georges Abel Avril

La signature de François Abel Avril sur le cahier de doléances de Saint Georges en 1789

François-Abel Avril des Monceaux est le premier maire de la commune. Il est né le 31 mai 1735 à Andard.

Il est le fils de Charles-Robert Avril et de Perrine-Rose Joly (ou Jolly) et petit fils de Louis Avril, conseiller du roi, lieutenant civil et criminel de l’élection d’Angers et de Renée Baillif qui s’étaient mariés à Angers en la paroisse St Jean Baptiste le 12 janvier 1682.

Le 5 août 1760, en la Paroisse St Aignan à Angers, il a épousé Jeanne-Marie-Catherine More (ou Maure), fille de Christophe, contrôleur à St Georges sur Loire, (né vers 1660 et décédé le 27 septembre 1742 à St Georges sur Loire) et de Marie-Catherine De(s)mazières, née vers 1682 et décédée à St Georges sur Loire le 22 novembre 1752.

Au moment de son mariage, il réside à St-Georges-sur-Loire où il est contrôleur des actes rédigés par les notaires et des actes sous seing-privé.

Jeanne-Marie-Catherine décède à l’âge de 64 ans à St Georges sur Loire le 17 septembre 1780.

Veuf, Abel épouse en seconde noce le 16 juillet 1783 à St Georges sur Loire, Gabrielle-Henriette-Pauline-Françoise Maillard, fille de Adam-Michel, conseiller du roi à l’élection de Baugé, et de Françoise-Clémence-Jeanne-Sophie NAU de Cordais.

En 1789, il fait partie des signataires du cahier de doléances de Saint Georges en tant que syndic municipal : il était donc déjà chargé de représenter les villageois et de défendre leurs intérêts. Il fait ensuite partie des cinq députés saint-georgeois envoyés aux états généraux aux côtés de Pierre Gourdon, fils de tonnelier, Blaise Chalain, meunier, René Dauneau, maître-maçon, et François Piron, employé des fermes du Roi. François-Abel désigné comme « bourgeois » semble déjà tenir une place centrale dans l’administration locale.

En 1790, il est élu maire de la commune : une toute nouvelle division territoriale civile qui vient remplacer les paroisses. Son mandat durera jusqu’en mai 1791.

Il est élu juge de paix à Saint-Georges-sur-Loire en 1791 (L’Anjou historique, 01/09/1904, page 198). Les juges de paix avaient pour principale mission de régler les litiges de la vie quotidienne par une démarche conciliatrice : petites affaires personnelles et mobilières, reconnaissances en paternité, conflits bénins entre particuliers, litiges entre voisins, conflits entre locataires et propriétaires (les propriétaires se plaignant qu’ils n’ont pas reçu leur loyer, les locataires se plaignant de charges trop élevées par exemple). Accessible gratuitement, le juge de paix était présent dans chaque canton. L’accès à la fonction ne nécessitait aucune qualification particulière en droit, ni diplômes, mais résultait d’un vote, puis d’une nomination.

Abel décède à St Georges sur Loire le 20 septembre 1797. On ne lui connaît aucun enfant né à St Georges sur Loire.

Louis François Avril des Monceaux, son frère, né en 1727, est un chanoine régulier  génovéfain, comme les religieux de l’abbaye de Saint Georges sur Loire ; il participera activement à la Révolution, jugé en 1793 pour « avoir arboré la cocarde tricolore et monté la garde avec les rebelles » aux Sables d’Olonne.

Catégories
article

Electrification

L'arrivée de l'électricité

1889-1913 Belle époque

lettre de Joseph Pageot de 1912 pour l'installation de l'éclairage public

La lettre de Joseph Pageot du 17 octobre 1912 pour candidater à l’installation de l’éclairage public de Saint Georges

Par délibération du conseil municipal de Saint-Georges-sur-Loire du 4 Novembre 1888, le maire est invité à s’occuper de l’éclairage du bourg. Un premier crédit de 400 francs lui est ouvert, il s’agit seulement d’un éclairage au pétrole. La production et la distribution d’électricité n’existent pas encore.

L’installation se fera sur deux années, 1888 et1889, et coûtera au total 518,15 francs. L’installation est réalisée par l’entreprise BOUVIER d’Angers. Les fournitures proviennent des établissements LUCHAIRE de Paris.

Le 1er avril 1912, Joseph Pageot, un mécanicien qui a développé le cinéma itinérant offre ses services pour réaliser l’électrification du bourg ; le marché lui est attribué le 18 août 1912.

L’installation est à la charge de l’entreprise qui percevra 25 francs par an et par lampes ; 20 lampes seront installées. Le contrat définit les heures d’éclairage : le matin de 5h au jour, le soir  du crépuscule à 23 h. S’y ajoutent des prescriptions particulières : Noël, sur réquisition du maire, par temps de brouillard, etc…

Rue de SAint augustin première moitié du XXème

La rue de Saint Augustin dans la première moitié du XXe siècle : les lampadaires sont fixés sur les façades des maisons.

Mais, l’installation va tarder. En effet, le conseil municipal autorise J. Pageot à emprunter les voies publiques pour ses installations, le 25 août 1912, sous réserve d’une autorisation préfectorale appelée permission de voirie. Celle-ci ne sera délivrée que le 16 janvier 1913.

Les travaux seront rapides, puisque le 15 mars 1913, Henri Pageot fils certifie « avoir mis en service ce jour, place du Champ de Foire, un moteur Wintertur d’une puissance de 40 chevaux, actionnant une dynamo délivrant 140 ampères sous120 volts et un survolteur chargeant une batterie d’accumulateurs d’une capacité de 200 ampères-heures ».

Cette installation servira, comme on vient de le voir, à l’éclairage public, mais aussi à l’éclairage des particuliers.

Des contrats de fourniture d’électricité seront également signés avec des particuliers ainsi qu’avec la municipalité pour l’électrification de la mairie, de l’église et du presbytère.

L’entreprise Pageot père et fils œuvrera jusqu’en 1931, année où le Syndicat Intercommunal d’Électricité de Maine-et-Loire (SIEML) prendra la relève.

Catégories
article

La boule de fort

La boule de fort

boule de fort
le jeu de boule de fort du cercle de l'union

La boule de fort se pratique principalement en Anjou. Selon la tradition, ce sont les mariniers de la Loire qui, ayant l’habitude de jouer dans les cales de leur bateau, auraient créé ce jeu. La plus ancienne référence à ce jeu date de 1660. Il se pratique dans des « sociétés », locaux gérés par un groupe de « sociétaires ».

La boule est faite de bois ou de plastique et pèse de 1,3 à 1,5 kg. Elle est cerclée d’une ferrure. Sa forme est arrondie et ses côtés légèrement aplatis. L’une de ses faces plus bombée que l’autre, lui donne ce qu’on appelle « le fort ». Déséquilibrée, elle ne se couche pas systématiquement.

Le jeu était autrefois en terre et à l’extérieur, ils nécessitaient un entretien rigoureux pour être le plus lisses possible. Aujourd’hui abrités, leur revêtement est, pour la plupart, en matière synthétique. Le jeu fait généralement de 21 à 24 mètres de long sur 6 mètres de large. Sa forme incurvée sur la largeur et rectiligne sur la longueur apporte l’intérêt du jeu. Une planche ferme le jeu à chaque extrémité. Les positions des joueur  sont matérialisées par des traits blancs au sol.

Équipé de ses chaussons pour respecter la fragilité du terrain, le joueur doit être stratège et patient. Il est généralement propriétaire de sa paire de boule.
Que le geste soit doux pour placer ou vif pour tirer, la boule doit rouler dès son lancement.
2 équipes de 2 à 4 joueurs avec chacun 2 boules s’affrontent. L’équipe se définit avec un tireur et un rouleur.
Le maître est placé avec le pied, le premier joueur place et la partie commence.
Tout est question de trajectoire et de vitesse de la boule.

Des compétitions sont organisées, les joueurs doivent rapidement apprécier le jeu. Finesse et concentration sont les atouts pour remporter la manche qui se joue en 10 points.