Saint Georges Patrimoine

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Accident de bateau en 1772

Avarie à la Guibrette

1772 : le siècle des lumières

C’est Jean Hiérosme Guyard, notaire royal résidant à Saint-Georges, qui dresse le procès-verbal de l’accident survenu le 24 août 1772, entre 10 et 11 heures du matin, face à La Guibrette, paroisse de Saint-Georges-sur-Loire. Georges Dauvesse (ou Dauvès) « marchand voiturier par eau » de Savennières dirigeait » un train de bateaux  » venant de Nantes et allant à Orléans. La Loire était alors la grande voie de communication, que l’on pouvait remonter à la voile.

C’est l’été ; les eaux sont basses, et les difficultés de navigation, importantes toute l’année sur le fleuve royal, s’en trouvent accrues : les seuils (c’est à dire les sables) et les mouilles (ou les profonds) se déplacent fréquemment, et les premiers sont à peine recouverts d’eau. De plus, un autre danger défie l’œil pourtant exercé du marinier qui conduit l’ensemble : le bâton de quartier ! Chaque bateau en était équipé : grosse pièce de bois cylindrique, ferrée à une extrémité, il permettait de faire pivoter l’embarcation, pour la remettre dans le courant. Or, il arrivait souvent que ces bâtons de quartier cassent, et qu’une partie reste fichée dans le sable, menaçant d’éperonner les gabarres. A partir de 1809, ils devront porter, gravé, le nom de leur propriétaire, afin que ce dernier puisse être retrouvé et puni d’amende, après un accident.

 

carte des avaries en loire au XVIIIème

Avaries en Loire entre 1689 et 1792 (c) Emmanuel Brouard

Dauvesse a quitté Nantes avec un train de trois bateaux, en même temps qu’un certain Pierre Bourrigault, qui a, lui aussi, trois bateaux. L’un et l’autre travaillent pour les mêmes commanditaires : Messieurs Guinebaut et Jahan, négociants à Orléans. Le chargement s’est fait sous le contrôle de leurs représentants à Nantes, Froust, et un autre Guinebaut. Cette cargaison est précieuse : deux bateaux, dans chacun des convois, sont chargés de sucre, sans doute la  » moscouade  » extraite de la canne, probablement transportée dans des tonneaux, alimentant les raffineries d’Angers, et surtout d’Orléans, dont elle fit la prospérité.

On y comptait, en 1776, 16 raffineries ! Le sucre, venu de Saint-Domingue, débarqué à Nantes, premier port sucrier au XVIIIe siècle, est l’aboutissement de ce commerce triangulaire, qui fit des armateurs de la cité bretonne, de si puissants bourgeois. Leurs navires, chargés de pacotilles, d’armes, de poudre à fusil se rendaient sur les côtes africaines, afin d’y acheter des esclaves noirs revendus ensuite aux Antilles. Ils rentraient en France remplis de denrées exotiques. Loin des préoccupations humanitaires, les classes aisées raffolaient des pâtisseries, des glaces, des sorbets que ce commerce permettait.

Le dernier des bateaux des deux trains, était chargé de chanvre teillé, c’est-à-dire débarrassé de sa deuxième écorce, et prêt à être travaillé dans les corderies et les fabriques de toiles à voile : celles de Beaufort, et d’Angers où la principale est dirigée par Bonnaire, bientôt allié à son gendre Joubert. La production angevine de chanvre ne suffit pas, car la vallée, encore mal protégée par ses  » turcies » ou levées de terre, est trop souvent inondée. Alors, d’où vient ce chanvre ? Nous ne le savons pas, mais nous pouvons supposer qu’il arrive de Bretagne, alors grande productrice.

échanges commerciaux sur la Loire au XVIIIème

Circulation des marchandises sur la Loire au XVIIIème en Anjou (c) Emmanuel Brouard

Nos trains de bateaux remontent donc la Loire. A hauteur de la Guibrette, les mariniers prennent soin de naviguer « a plus de cinq cent pas au-dessus dudit lieu en montant ». Mais « le troisième et dernier bateau de derrière chargé de chanvre a rencontré un morceau de bâton de quartier cassé et piqué dans le milieu du passage de ladite rivière de Loire qui n’était point visible même à fleur d’eau, lequel aurait défoncé le côté gauche du bateau en deux différents endroits en sorte que l’eau serait entrée en abondance et a mouillé la majeure partie desdites marchandises ».

dessin d'un bateau de loire

Bateau de Loire

Catastrophe ! On ne peut poursuivre la route et le chanvre est trempé, avec le risque de pourrir ! Tout l’équipage se précipite, car il faut sauver ce qui peut l’être. Vingt-cinq personnes sont à pied d’œuvre, dit maître Guyard, ce qui paraît un chiffre bien important, pour seulement trois bateaux ! L’accident a eu lieu près de la Guibrette « où se tient un corps de garde d’employés de gabelle » Il y a là six employés chargés de faire respecter la législation sur le sel, et de traquer les faux-saulniers qui empruntent le fleuve. Ce sont Louis Abline, Nicolas Derouet, Maurice Barault, Jean Demazière, Mathurin Chevalier, le sous-brigadier André Boutin, placés sous l’autorité du brigadier Pierre Lamoureux. Nous apprenons ainsi que ce dernier réside dans le corps de garde.

Le bateau est amarré le long de la rive, à l’endroit dit : pierre de Boyau. Il faut faire dresser un constat, et pour cela, on va chercher le notaire de Saint-Georges, qui arrive suivi des moines de l’abbaye, car la terre de Boyau leur appartient. En attendant, les hommes ont commencé à décharger le chanvre, de manière à le faire sécher.

carte du cadastre napoléonien de la guibrette

Cadastre napoléonien de 1835 au niveau de la Guibrette (ADML)

chaland de Loire au XVIIIème

Chaland de Loire au XVIIIème

Le pêcheur François Racapé, le « laboureur domestique » François Besnard sont venus prêter main forte à l’équipage et aux gabelous qui œuvrent de concert. Il faut évaluer précisément les dégâts, et pour cela J.H. Guyard entre « à la faveur d’une planche posée d’un bout à terre et de l’autre sur le bord dudit bateau », dans l’embarcation éperonnée.

On observe « côté gauche, une rupture considérable (de) la douzième courbe a compter par le devant, un trou environ six pieds de long » (soit 2 m environ). Déjà, « des charpentiers en bateaux » sont au travail.

Ils font partie d’un autre « train », celui « du sieur Choisnard qui passe au même instant ». Ces charpentiers, les Maugin habitent Les-Ponts-de-Cé, paroisse de Saint-Aubin.

Le constat est dressé dans le corps de garde, car, écrit le notaire, « n’ayant pas d’endroit pour écrire et étant gêné du vent et des travailleurs ». Il est, note-t-il, 7 heures du soir. Une journée entière s’est écoulée.

Quand pourront-ils repartir avec leur chargement, ces mariniers, dont J. et C. Fraysse décrivent ainsi le costume : « une culotte de droguet épais, étoffe faite de laine et de coton, le plus souvent tissée avec un fil blanc et un fil bleu, très peu perméable, protégeait leurs jambes de l’humidité… Leur chef s’ornait d’un chapeau de feutre épais à larges bords muni d’un fort galon, précaution indispensable pour une coiffure offrant tant de prise au vent. Ils avaient des sabots, mais dédaignaient ceux de chêne ou noyer. Leur préférence allait à ceux de saule, bien résistants aux chocs, et à ceux de peuplier, dont le bois adhère aux planches humides » ?

La remontée de la Loire jusqu’à Orléans, de gabares chargées, pouvait prendre quinze jours, et même plus, selon les conditions météorologiques et les difficultés de la navigation. Les vicissitudes du voyage n’étaient donc pas terminées…

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Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun

Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun

1661-1746

portail de l'église saint ephrem à Paris construite par l'abbé de Vaubrun

Portail de l’église saint Ephrem à Paris construite par l’abbé de Vaubrun en 1738

l'abbaye de Cormery dont l'abbé de Vaubrun fut l'abbé

L’abbaye de Cormery dont l’abbé de Vaubrun fut l’abbé

Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun, dit l’abbé de Vaubrun, est le fils de Marguerite Thérèse Bautru, elle-même fille de Guillaume III Bautru, et de son époux-cousin Nicolas Bautru de Vaubrun

Il est le frère de Diane Bautru de Vaubrun, duchesse d’Estrée, seule héritière du domaine de Serrant après la mort de l’abbé.

Saint-Simon décrit ainsi l’abbé de Vaubrun :  « Il avait pris le collet pour se cacher. Il était tout à fait nain, en avait la laideur et la grosse tête, et il s’en fallait d’environ un pied que ses jambes tordues ne fussent égales. Il se fourrait partout ». Montesquieu dans ses pensées dit de lui : « Avec un caractère grave et un air sérieux il fut l’homme de son siècle le plus frivole. Il n’eut aucune des singularités qui font plaisir mais tous les ridicules qui font pitié. Avec le corps d’un homme difforme il eut toutes les flatteries d’une femme.« 

Joseph Grandet (historien de l’Anjou) 1646-1724, dit de lui : » En 1696, il acquiert du marquis de Breteuil, la charge de lecteur qui lui donnait ses entrées chez le roi. Il se compromit dans les affaires du cardinal de Bouillon ( ce dernier avait pris le parti de l’ennemi lors de la guerre de succession d’Espagne, et était donc considéré comme un traitre). Le 9 mai 1700, l’abbé de Vaubrun fut renvoyé de la cour et envoyé à Serrant.« 

En 1709, il est autorisé à revenir à Paris et en 1710 peut reparaitre à Versailles, où il reprend son service le 29 janvier 1711.

Il vendit sa charge le 7 avril 1720.  D’après les archives de Serrant citées par l’Anjou Historique 1902.

De juin 1680 à novembre 1746, il fut abbé commendataire de l’abbaye de Cormery en Touraine, et il obtint en 1732 l’abbaye de Saint Georges sur Loire. Il obtient en 1737, la création d’un marché hebdomadaire dans le bourg et de trois foires dans sa châtellerie de Saint Georges sur Loire. L’abbaye est dans un piteux état. Son prédécesseur, Jean Louis Caton de Court, n’a réalisé aucuns travaux préférant construire le logis abbatial. Quand Nicolas de Vaubrun devient abbé, les travaux sont encore estimés à près de 15 000 livres. L’abbé intente un procès à Charles Roger, héritier de Caton de Cour. Sans grand succès : à la mort de l’abbé de Vaubrun, le montant des réparations est estimé à 30 000 livres.

Il fut également prieur de Chemillé de 1699 à 1704. (d’après Célestin Port)

En 1738, l’abbé de Vaubrun confie à l’architecte Pierre Boscry la reconstruction du collège des Lombards à Paris. Des bâtiments ainsi qu’une nouvelle chapelle sont édifiés. C’est l’église Saint-Ephrem-le-syriaque dont le tympan portait jusqu’à la révolution les armes de l’abbé.

L’abbé Bautru de Vaubrun était un familier de la duchesse du Maine et de la cour de Sceaux, animée par cette dernière. Avec le titre de Roi de la Nuit donné par la duchesse, l’abbé fut l’organisateur de certaines Grandes nuits de Sceaux, qui mit en scène des opéras baroques, en particulier, en 1714 :  La déesse de la nuit (texte de Nicolas de Malézieu, musique de Mouret),   Les amours de Ragonde, opéra ballet de Destouche,  Les héritiers, La noce et le charivari.

La duchesse du Maine disait de l’abbé de Vaubrun qu’il était « le sublime du frivole ».

Mr de Gavaudun trouvant Mme la duchesse du Maine  aux Tuileries après souper avec l’abbé de Vaubrun à ses genoux composa ces vers satiriques :

A l’heure où selon la nature

Chacune cherche son chacun,

Un abbé prêt à conclure

Fuyait tout objet importun,

Quand Gavaudun

S’écria : voyez la posture

Où se met l’abbé de Vaubrun.

L’abbé de Vaubrun meurt le 14 novembre 1746 à Paris.

Sources :

Les Mémoires de Saint-Simon, chap 2 tome 9, et les Mémoire du président Hérault, chap 11.

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Charles de Boissard

Charles de Boissard

1751-1823

signature de De Boissard dans un registre d'état civil ADML

Signature de Charles de Boissard (ADML)

Château de la Chauvière à Saint Germain des Prés au début du XXème

Charles César Louis de Boissard, Seigneur de La Chauvière, est né à Saint-Germain-des-Prés le 10 avril 1751 du mariage de Jacques-César de Boissard de la Rigauderie et de Catherine-Françoise Le Page. En 1783, à Loiré, il épouse Agathe-Françoise-Marie de Hellaud de Vallière. Le couple aura trois enfants : Marie-Agathe, Joseph qui sera maire du Ménil et conseiller général et Charles qui sera lui aussi maire de Saint Germain des Prés en 1843 et de 1848 à 1872.

C’est un militaire, officier au Corps Royal d’artillerie et Capitaine du Régiment de Strasbourg.

En 1789, à Angers, il siège avec la noblesse aux Etats Généraux. Il est maire de Saint-Germain des-Prés de Janvier 1808 à Février 1813 et de Saint-Georges-sur-Loire entre Avril 1808 et Novembre 1809.

Il décède à Saint-Germain des Prés le 13 Septembre 1823.

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maitre poste

La faillite du maitre de poste

1774 : le siècle des Lumières

La « Poste aux chevaux » a été créée par Louis XI en 1464. Ce dispositif, réservé à la Poste Royale, est constitué de relais disposés de place en place, capables de fournir chevaux et postillons pour acheminer le courrier royal. Étendu petit à petit, à d’autres transports, tels que des voyageurs, ce sera le service de la Poste jusque vers 1850. Un relais est sous la responsabilité d’un Maitre de Poste nommé par le roi, rétribué par le roi et plus tard par les utilisateurs. Il possède chevaux et postillons aptes à acheminer le courrier jusqu’au relais suivant.

Nous connaissons le nom des maitres de poste de Saint Georges depuis 1584: François Millet d’abord, puis le sieur Fourrier et les Sortant qui ont rendu la charge héréditaire. René Sortant originaire de Savennières s’était installé à la fin du XVIIème comme fermier du château de Serrant. Son fils, René, né en 1689 devient maître poste. Il est alors locataire de la closerie de la Barre à la sortie ouest du bourg et de la Thibauderie, où il parque ses chevaux. À sa mort en 1747, c’est son fils René-Guy qui lui succède. Mais le relais postal est une affaire de famille : ses frères, Jean-Baptiste et Philippe, sont respectivement postillon (il conduit les voitures en montant le cheval) et sellier. Son beau-frère, Jean Juret, demeure au prieuré de l’Epinay et contribue à l’affaire familiale en tant que marchand fermier. Quant au beau-frère de Philippe, Nicolas Delaitre, fils d’une esclave affranchie de Saint Domingue, il sera un temps conducteur, c’est-à-dire perché à l’arrière de la voiture pour assurer le bon déroulement du voyage. René-Guy possède également l’auberge de la Boule d’or dans le bourg (aujourd’hui aux  33 et 35 de la rue nationale) de qui permet d’accueillir les voyageurs et que gère son frère, Jean-Baptiste. L’affaire a tout pour réussir mais, criblé de dettes suite à une série de déconvenues, René-Guy va faire faillite en 1774.

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acte notarial de l'affaire sortant en 1774

Extrait de l’acte du notaire Jean-Hérosme Guyard en 1774

La situation est tellement critique en ce printemps 1774 pour René-Guy Sortant, qu’il en est réduit à vendre tous ses biens. Et encore ! Selon l’acte notarié dressé par maître Jean Hiérosme Guyard, notaire du comté de Serrant, cela ne permettra pas d’apurer les comptes. Il restera beaucoup à payer et notre homme est acculé à la ruine.

Comment en est-il arrivé là ?

Nommés par décision royale, les maîtres de poste tiennent des relais le long de routes importantes, comme l’est la route royale Paris- Angers-Nantes qui traverse Saint-Georges-sur-Loire. Ils doivent fournir des chevaux frais aux courriers qui transportent la correspondance, de même qu’aux voitures de messageries. Ils peuvent aussi être requis pour des services extraordinaires exigés par le roi.

René-Guy Sortant a occupé, en ce règne de Louis XV, la situation enviable de maître de la poste aux chevaux. Il a pris place dans une dynastie fondée par son père René en 1733, et dirige le relais depuis 1747. Cela est courant. Les familles « tiennent » la poste de nombreuses années, et les fils succèdent généralement aux pères. Pourtant, il y a trois ans déjà, il a été destitué. Il n’en continue pas moins à occuper la closerie de la Barre, centre de son activité, située à l’extrémité ouest du bourg de Saint-Georges. Cette dernière dépend de l’abbaye de Saint Georges.

En 1769, soit cinq ans avant l’acte qui nous occupe, il possédait 18 chevaux, révélateurs d’une belle progression de l’activité, puisque le même relais n’en proposait que 7 au début du siècle, en 1727. Mais voilà, certains ont été malades, de « la maladie du feu » dit-il. Comme la morve, autre affection chevaline, c’est une maladie grave, liée à l’empoisonnement que provoque l’ergot du seigle, et sans doute à une mauvaise conservation des grains.

C’est aussi un coup dur, car, par peur de la contamination, l’administration royale impose que cesse l’activité du relais, jusqu’à la guérison du cheptel. Et pendant ce temps, il faut nourrir et soigner les bêtes sans rien gagner. La perte s’accroît encore lorsqu’un cheval meurt.

signature de rené guy sortant

Signature de René Guy Sortant dans les registres (ADML)

plan du bourg en 1786

Le bourg en 1786. A l’ouest, le relai de poste, La Barre.

écuries de la poste à cheval au XVIIIème siècle
Ecuries de la Poste au XVIIème siècle 
Gravure de Moyreau, 1753

Un an après, il est requis pour le « voyage de madame la Dauphine », avec cinq chevaux. Il s’agit des festivités organisées pour le mariage du futur Louis XVI avec Marie-Antoinette d’Autriche. La jeune fille de 15 ans vient de quitter son pays pour entrer dans sa nouvelle patrie. Elle est entourée d’équipages somptueux, de bagages, et elle est fêtée tout le long du trajet, jusqu’à Versailles. Il faut beaucoup de chevaux. Or, nous dit René-Guy Sortant, il n’a reçu pour ce service que peu de chose en guise de paiement, et pas suffisamment en tous cas pour payer les frais occasionnés.

Et cette année-là est particulièrement difficile en Anjou, marquée par la cherté des grains, la disette, voire la famine.  D’ailleurs, si tout le XVIIIe siècle a connu des crises de subsistance, la situation a empiré depuis 1768 avec des hivers et des printemps trop humides, suivis d’étés exceptionnellement secs. La hausse des prix a été continue. René-Guy Sortant, lui, estime ses frais à 15 livres par jour, soit 675 livres pour 45 jours, alors qu’il n’a été défrayé que de cent sols par jour pendant un mois et demi, soit 225 livres. La perte qu’il annonce est bel et bien de plus de deux cent livres.

Les soucis, les malheurs s’enchaînent pour notre maître de poste. En 1771, René-Guy perd sa femme Louise Jouan. Il est obligé, pour la remplacer, d’engager des domestiques. Et ces derniers n’ont pas su gérer avec la même efficacité qu’elle, la maisonnée composée de 7 enfants, 3 domestiques habituels, et 4 autres pour remplacer l’épouse décédée.

Le maître de poste continue d’énumérer la liste des dépenses auxquelles il est impossible de se soustraire : l’entretien des chevaux,  les impôts dus aux Fermiers du roi, et qui n’ont pas été payés à cause de récoltes trop médiocres, l’entretien et la nourriture des enfants et des domestiques, l’obligation de payer l’apprentissage de ses fils auprès de maîtres artisans : l’un sera sellier, un autre menuisier, le troisième fabriquant de « bar au métier ». Et voilà une formation qui revêt bien des mystères pour nous…

A cela, il faut ajouter l’absence de gains pendant la fermeture du relais, et les investissements malheureux : par exemple, la location d’une petite exploitation agricole, dont il n’a pu payer le loyer à cause de productions insuffisantes.

On serait effondré à moins ! René -Guy Sortant, qui égrène ses malheurs afin, semble-t-il, d’apitoyer ses créanciers, paraît presque victime d’une malédiction !

Mais ils sont là, ces créanciers, bien décidés à récupérer, sinon leur dû, tout au moins une partie, la plus importante possible. Et ils sont nombreux : 30, parmi lesquels on trouve ses enfants à qui il doit l’héritage de leur mère, sa sœur, un boulanger, un tailleur d’habits, des marchands, un éleveur de cochons, un notaire, un maréchal, des charpentiers, un meunier, un domestique, des collecteurs de l’impôt, et d’autres dont on ne connaît que le lieu de domicile : Saint-Germain-des- Prés, Savennières, Candé, Angers, Nantes…

Bref, René-Guy est un homme aux abois, dont la dette se monte à « plus de sept mil cinq livres ». Que faire ? Eh bien, il a « pris le parti de faire vente de majeure partie de ses effets mobiliers… dont le montant est de six cent quatre vingt dix neuf livres mobiliers… » Si on y ajoute la vente de ses bestiaux, chevaux, charrettes et équipages, plus des « meubles meublants », des ustensiles de cuisine, la vente d’une maison, on arrive à « cinq mil trois cents livres. » On est loin du compte ! Et il propose à ses créanciers de recevoir « de ladite vente chacun d’eux au marc la livre », c’est-à-dire de recevoir le dividende calculé en faisant le rapport entre le montant de la créance et le montant global de la somme qui reste à distribuer.

Il voudrait bien aussi qu’on lui accorde un « delay de cinq ans pour leur (les créanciers) » payer le surplus à quatre ou cinq termes différents qui seraient fixés « entre eux ».

Mais, ventre affamé n’a pas d’oreille, dit le proverbe, et plus personne ne veut faire confiance à notre maître de poste. « N’ayant pu obtenir cet acte d’humanité…il se trouva forcé de faire l’abandon autour de ses biens et de… donner l’état entier et sincère de ses affaires ».

C’en est fini pour René-Guy Sortant. Il ne sera plus jamais solvable. Empêtré dans des difficultés familiales, fâché avec ses enfants, il mourra indigent en 1792, à l’Hôtel-Dieu d’Angers.

L’activité du relais de poste est alors reprise. Mathurin Claude Avril exerce peu de temps en 1789, installé au Petit Serrant.

Marin Abafour originaire de Champtocé devient maitre de poste en 1789 et s’installe dans la closerie du prieuré à l’angle de la rue Tuboeuf. Il meurt et sa femme Jeanne Guiter poursuit l’activité. On lui vole 11 chevaux, soit la moitié de son cheptel. Elle meurt criblée de dettes en 1797 à 37 ans.

Pierre François Oger, notaire et maire, est maitre de poste jusqu’en 1827. Le relais est établi dans le bâtiment de la Tête Noire actuel.

La concurrence et le chemin de fer auront raison du dernier relais de Saint Georges sur Loire.

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Pierre-Louis Collet

Pierre-Louis Collet

1774-

soldat à la révolution

soldat à la Révolution

entrée des français à Chambéry en 1792

Entrée des français à Chambéry en 1792

Pierre-Louis Collet est né le 7 juin 1774. Son père, Mathurin, est laboureur à La Villette, un hameau important de la vallée de Saint-Georges, proche de la Loire. Laboureur : le terme était utilisé sous l’ancien régime pour désigner un paysan possédant en propre, instruments et animaux de labour.

Engagé dans l’armée révolutionnaire, il écrit, le 7 juin 1793, à ses parents, pour les rassurer sur son sort et leur raconter SA guerre, les exploits de sa demi-brigade, composée de l’ancien 28e régiment du Maine, et de volontaires recrutés à partir de 1791, puis de conscrits dès 1793. La troupe est commandée par François Gilles Guillot, officier angevin.

Pierre a 19 ans lorsqu’il écrit cette lettre. Il fait partie depuis 5 mois, c’est-à-dire depuis le début de l’année 93, d’un régiment de chasseurs, et il raconte fièrement l’avancée des troupes en Savoie, afin de repousser celles du royaume de Piémont-Sardaigne. S’est-il enrôlé volontairement en 1791, fuyant peut-être la misère des temps ? Est-il de ceux qui furent tirés au sort en février 1793, parmi les célibataires de plus de 18 ans de chaque commune, lors de la levée des 300 000 hommes ?

En janvier 1793, Louis XVI est guillotiné. Rien qui puisse rassurer ses voisins ! Le roi de Sardaigne, qui possédait aussi le Piémont au nord de la péninsule italienne, fait partie de la première coalition opposée à la France. En 1792, l’armée révolutionnaire est entrée dans Nice, ville italienne dont elle s’est emparée, et en Savoie, dont elle a fait le département du Mont-Blanc. Les Autrichiens ont envoyé une division pour soutenir les Piémontais-Sardes dans leur effort de reconquête, et c’est à l’affrontement avec eux que participe Pierre Collet. Il y a 4 mois, dit-il, que sa demi-brigade a quitté Nice pour s’enfoncer dans les Alpes. Après avoir connu la douceur méditerranéenne, il découvre une région montagneuse enneigée (plus de 6 pieds de neige, c’est-à-dire à peu près 1,80 m). On imagine la stupéfaction du jeune Angevin, peu habitué à ces extrêmes, et la difficulté de la progression.

Et puis, c’est le combat, de nuit, l’attaque surprise ! Il raconte la fusillade nourrie, un peu à l’aveuglette, et la découverte, au petit matin, des cadavres. Sur le champ de bataille, des bras, des jambes, des fusils, des chapeaux… Huit jours après, s’encourageant mutuellement pour affronter le danger et les tirs qu’ils subissent, c’est la poursuite jusque dans le campement ennemi, qu’on brûle, après avoir renversé la soupe cuisant sur le feu, et s’être emparé du pain. Pierre Collet évoque la peur de ses camarades et la sienne, leur courage pour repousser l’assaillant. L’endroit est mis « à feu et sang » écrit- il. Eternelle furie de la soldatesque.

Il faut imaginer les parents, attentifs, inquiets, qui reçoivent la missive, à qui sans doute il faut la lire. En effet, lors de l’acte de baptême de Pierre, son père Mathurin a déclaré « ne scavoir signer ». Où le jeune homme a-t-il appris à lire et écrire ? A l’école de son village ? A l’armée ? La lettre est riche de renseignements, dépourvue de ponctuation, écrite d’une plume alerte, mais d’une orthographe phonétique. Il signe d’ailleurs Collette, reproduisant ainsi le t final appuyé de la prononciation locale. Il évoque les villes traversées, Sospelo, Lantosque, et se moque des Austro-Sardes qui, affamés, désertent et crient « Vive la Nation » à l’image des Français, pour s’attirer l’impunité.

assignat de la période révolutionnaire

Assignat révolutionnaire

Mais Pierre Collet, en bon paysan, parle aussi des cultures qu’il voit « il y a beaucoup de froman, dit-il, et beaucoup de raisain, ainsi que des figues ». Il s’inquiète de ce que vivent ses parents. Il demande des nouvelles du pays : les assignats, récente monnaie de papier, se déprécient à vue d’œil entraînant une hausse des prix, rendant les denrées de base de plus en plus chères. D’ailleurs, dit-il, en Savoie, ils ont perdu la moitié de leur valeur. Il s’informe aussi de l’état d’esprit de la société de son village angevin et demande « si les aristocrates font toujours leur même train ». Ignore-t-il que le plus puissant d’entre eux, Antoine Walsh comte de Serrant a quitté la France dès la mi-juillet 1789, laissant le château de Serrant entre les mains d’un fils infirme et de serviteurs dévoués ? Sait-il que la comtesse est morte le 12 mars 1793 ? Elle avait dû, en octobre 1789, dans son beau château de Serrant, affronter les paysans menaçants de son comté, venus lui réclamer le remboursement d’amendes jugées abusives, et elle avait été contrainte de céder !

bapteme de pierre-louis collet dans le registre

1793, c’est aussi l’année des périls intérieurs, celle des succès de l’Armée Catholique et Royale, armée des Vendéens, qui pille les principales villes de l’Ouest, avant son échec, en septembre devant Cholet et la désastreuse virée de Galerne. La commune de Saint-Georges, qui, deviendra un peu plus tard Beau-Site, au moment de la déchristianisation des noms, vit cette période troublée dans une tranquillité très relative, marquée davantage par la misère de nombre de ses habitants, par les exactions des troupes qui la traversent, que par des engagements passionnés.

Enfin, le juvénile soldat de la Révolution demande des nouvelles de toute sa famille : mère, frère, sœur, parrain, marraine, à qui il adresse ses compliments. Il prie son père de lui répondre dès la réception de sa lettre, car la correspondance est difficilement acheminée depuis, ou jusqu’à la Savoie occupée par les troupes françaises : il a besoin, le jeune Collet de savoir ce qui se passe chez lui, chez les siens ! Il a besoin d’un peu d’air du pays. Et il donne, fièrement, son adresse : « Citoyen Collette, chasseur au vingt-huitième Regimant ci devant d’humaine Compagnie de Guilliot A Sospelle »

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Diane de Bautru

Madeleine Diane de Bautru, duchesse d'Estrées

1668-1753

Portrait du duc d'Estrées

Le duc d’Estrées

l'hotel de lionne du duc d'estrées

L’hôtel de Lionne à Paris où résidèrent le duc et la duchesse d’Estrées

Madeleine Diane de Bautru est la fille de Marguerite Bautru et de Nicolas Bautru, marquis de Vaubrun, lieutenant général des armées du Roi. A l’âge de 20 ans, le 23 août 1688 1688, elle épouse François Annibal III, duc d’Estrées, de vingt ans son aîné.

Le troisième duc d’Estrées est né en 1648. Il a épousé en première noce Madeleine de Lionne, fille d’Hugues de Lionne, ministre et secrétaire d’état avec qui il a eu 5 enfants. Madeleine de Lionne meurt en 1684.

Le couple réside à Paris, à l’hôtel de Lionne, propriété du duc d’Estrées depuis 1682. La duchesse d’Estrées laisse son frère Nicolas Guillaume de Bautru de Vaubrun, abbé, occuper le château de Serrant aux côtés de son grand-père, Guillaume III Bautru. C’est dans l’hôtel de Lionne qu’a lieu les débuts de l’affaire de l’enlèvement de mademoiselle de Vaubrun par le comte de Béthune, fait divers qui anima la vie parisienne en 1689.

Le couple a trois enfants : César François en 1694, Diane en 1690 et Marie Madeleine.

Le duc d’Estrées meurt le 11 septembre 1698. Les trois enfants meurent également précocement.

Tableau représentant Madeleine Diane de Bautru, duchesse d'Estrées

La duchesse d’Estrées

La duchesse d’Estrées fait construire à Paris un hôtel particulier. Le terrain situé rue de Grenelle est acheté le 1er octobre 1711. Les plans sont réalisé par Robert de Cotte, premier architecte du Roi.Robert de Cotte, beau-frère de l’architecte Jules Hardouin-Mansart à qui il succède en 1708, réalisa de nombreux bâtiments à Paris mais également à Versailles. Il était aussi reconnu pour ses talents de décorateurs Les travaux vont durer deux ans. Le Grand Hôtel d’Estrées est achevé en 1713.

A la mort de son frère, l’abbé de Vaubrun en 1646, la duchesse d’Estrées hérite du château de Serrant. Veuve et sans descendance, contrainte d’éponger les dettes de son frère, elle est contrainte de vendre le domaine de Serrant. C’est Antoine Walsh, armateur nantais d’origine irlandaise, qui achète le château pour l’offrir à son frère François Jacques.

La duchesse d’Estrées meurt en 1753. Sans héritier direct, elle lègue à son neveu, Louis-Antoine de Gontaut, le Grand hôtel d’Estrées. C’est aujourd’hui l’ambassade de Russie à Paris.

grand hotel

Le Grand Hôtel d’Estrées que fit construire la duchesse d’Estrées à Paris

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Grand chemin

La construction du Grand Chemin de Paris à Nantes

1762 Le siècle des Lumières

tableau de Vernet Joseph (1714-1789)de la construction d'un grand chemin, Le Louvre

La construction d’un grand chemin de Joseph Vernet (1714-1789), Le Louvre

Jusqu’en 1508, il n’y avait aucune administration nationale chargée de la voirie. Routes, rues et chemins étaient créés, entretenus par les seigneurs, les villes ou les paroisses. Les finances provenaient souvent des péages. Un péage existait ainsi à Saint Georges. En 1508, Louis XII nommait quatre « Trésoriers de France » chargés de surveiller les voies publiques. Ils étaient 17 en1551. En 1599, Sully créa « l’Office de Grand Voyer de France » et en 1600, dota les Ponts et Chaussées d’un budget. En 1669, Colbert fonda le « Corps des commissaires des Ponts et Chaussées ». Une grande administration de la voirie se mettait en place. En 1747 l’école des Ponts et Chaussées voyait le jour. Dans ce cadre, de 1730 à 1746, le Contrôleur Général Orry développa le service de la construction et de l’entretien des grands chemins. De 1748 à 1769, l’intendant des finances Trudaine avait la charge de la réalisation du détail des Ponts et Chaussées. Ce sont vraisemblablement ces deux hommes, l’instigateur et le réalisateur, qui sont à l’origine de la réalisation du Grand Chemin de Paris à Nantes. Notons que pour ces grands travaux, furent créées les « Corvées Royales », associées à la perception de la taille. Chaque corvéable devait fournir gratuitement des journées de travail. La taille désigne une imposition en argent répartie de manière annuelle sur les contribuables en proportion de leurs biens et moyens. Comme les ordres privilégiés (noblesse et clergé) étaient exemptés, elle pesait surtout sur les paysans. Selon toute vraisemblance, ce sont les paysans de Saint Georges qui ont construit ce grand chemin.

Le plan de cette construction est conservé aux Archives Départementales. Le commerce avec les Antilles est florissant et il est important de relier Paris avec les ports de l’Ouest de la France, tel Nantes.

La route traverse l’agglomération et  bouleverse  les entrées et sorties du bourg de Saint Georges. (Le plan, à l’inverse des habitudes, met le sud vers le haut et le nord vers le bas). Vers l’ouest, on voit le moulin de la Salle. La traversée au niveau de l’église est étroite. La route de Saint Augustin actuelle n’existe pas. On prend la direction de Saint Augustin par l’actuelle rue du Bœuf Couronné. Coté Angers, il y a 2 chemins : l’un au sud prend la direction du château de Serrant, la route du château Chevigné, l’autre au nord, prend la direction de la Douinière, par la rue du stade. Notons que le chemin de Chalonnes ne traverse pas l’étang d’Arrouët, mais emprunte l’actuelle rue de Savennières pour atteindre l’ancienne ferme du Grand Arouet.

A l’ouest, avant 1762, le « Grand Chemin de Paris à Nantes » était au sud de la Nationale. Il passait sur la levée de l’étang de la Salle, étang qui a été séparé en deux parties par la construction de la route. Il rejoignait le lieu dit Petit Boyau sur Saint Germain des Prés.

tracé du grand chemin royal

Tracé du Grand Chemin, le sud est en haut de la carte (ADML)

carte du XVIIème montrant les fermes au nord et à l'ouest

Les fermes au nord et à l’ouest de Saint Georges au XVIIème

Tracé du Grand Chemin à l'est du village

Tracé du Grand Chemin à l’est du village

Profitons-en pour regarder la présence des fermes à l’Ouest du bourg :

Au nord, nous avons Gravereuille, Petit Gravereuil, La Thibauderie, les Grands et Petit Faiteau, Nid de Pie, la Bouvière, le Grand Soucy, la Bénaudière,  la Salle et puis sur Saint Germain, la Goglès, la Palatrie etc… Passons au sud, les deux Comterie et Petit Boyau à Saint Germain. Notons que le château de la Comterie n’existe pas, pas plus que les Prouillais ou l’Ouvière et le Petit Lapin au nord.

A l’est, la construction de la route nationale a complètement modifié la voirie : on voit bien l’allée de Serrant en provenance du bourg, et après le passage devant le château, il est possible de rejoindre le chemin d’Angers. De la rue du stade actuelle, on arrive au nord de la route nationale, on passe devant le parc de Serrant, et on se dirige vers un carrefour important à la Douannière. Il y a trois directions à ce carrefour : au sud, vers l’étang de la Brelaudière, à l’est vers Saint Martin du Fouilloux, en passant au sud de la ferme de Hilbert et au nord est, vers le Petit Paris. Est-ce dans ces chemins que le carrosse de Louis XIV s’est embourbé alors que le roi allait arrêter Nicolas Fouquet à Nantes en septembre 1661 ?

extrait du registre du curé de St Martin du Fouilloux concernant le grand chemin royal

En 1762, le curé Guibert de Saint Germain des Prés consigne dans son répertoire l’avancée des travaux (ADML)

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Hôpital Saint Louis

L'hôpital Saint Louis

l'hopital saint-louis, maison de retraite

En juin 1914, quelques mois avant que ne débutte la Première Guerre Mondiale, Louis Cotte de Jumilly, maire de Saint Georges, fait une lecture émouvante au conseil municipal. Il s’agit du testament de Marie-Joséphine Meslier, sa femme, décédée quelques semaines auparavant. Celle-ci lègue au bureau de bienfaisance de la commune, sa maison natale et les terres qui l’entourent afin de créer un hôpital hospice dénommé «HOPITAL HOSPICE SAINT LOUIS ROI DE FRANCE» et destiné à « servir principalement aux vieillards des deux sexes, aux enfants délaissés et aux malades de la commune quand il y a lieu ».

L’ensemble est accepté avec reconnaissance, au cours d’une séance de conseil municipal du mois de juin.

Mais les temps sont troublés, le vœu de Marie-Jospéhine Meslier ne pourra être immédiatement exhaussé. Il faudra attendre 1921 pour qu’un décret présidentiel, signé par Alexandre Millerand, permette lancer les travaux.

Les aménagements sont lourds pour transformer la demeure en établissement de soin. Louis Cotte de Jumilly contribue financièrement par deux fois en 1923 pour  que le projet aboutisse comme d’autres généreux donnateurs dont la duchesse de la Trémoïlle de Serrant. De longues années après le décès de Marie-Joséphine Meslier, la première pensionnaire est enfin accueillie en 1928.

hopital saint louis aujourd'hui
pavillon rue tuboeuf voisin de l'ancien hôpital saint louis

Le pavillon situé rue Tuboeuf fut construit par la famille Grenon qui l’utilisait comme pavillon de chasse. Il fut acheter par la famille Meslier. Il fut loué puis intégré à la maison de retraite avant de servir de logement de fonction.

L’établissement va continuer d’accueillir des personnes âgées. En 1959, il est classé maison de retraite.

En 1969, une extension est construite qui permet d’accueillir 69 résidents. En 1976, il est doté d’un service de médecine. En 1989, une unité de long séjour voit le jour. Le bâtiment retrouve ainsi sa vocation de soin et d’accueil voulu par sa donatrice.

Le bâtiment a sans cesse été modifié, de nouvelles constructions se rajoutant aux anciennes réaménagées pour répondre aux besoins.

Le 28/06/1995, un arrêté préfectoral reconnait le statut de l’établissement comme hôpital local, comprenant un service de médecine de 15 lits, un service de long séjour de 10 lits et une maison de retraite de 91 lits dont 38 lits de section de cure médicale.
Au 01/01/2009, les lits de long séjour sont transformés en lits d’EHPAD.
L’arrêté du 29/03/2013 acte l’arrêt de l’activité de médecine et la transformation de l’établissement public de santé en établissement public médico-social. Il porte la capacité de l’établissement à 105 lits d’hébergement permanent et 6 places d’accueil de jour.

Les locaux devenant vétustes, un projet de reconstruction total sur un nouveau site est lancé en 2012, donnant naissance fin 2016 à la Résidence Art&Loire, située rue Adrien Meslier.

L’ancienne hôpital est alors vendu et transformé en logements privés.

décret présidentiel de 1922 autorisant la création de l'hôpital saint louis

Le décret présidentiel autorisant la création de l’hôpital Saint Louis en 1922

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Guillaume III Bautru

Guillaume III Bautru

1621-1711

portrait de guillaume III Bautru

Portrait de Guillaume III Bautru

Guillaume Bautru est le fils de Guillaume II Bautru, diplomate et poète, membre de l’Académie française, qui acquit le château de Serrant en 1636 et de Marthe Bigot, fille de Louis Bigot, ministre des comptes. Il est né à Angers le 5 mai 1621. Sans doute issu d’un adultère, Guillaume n’est reconnu que tardivement à 18 ans par son père qui n’avait pas d’autre héritier.

A 22 ans, il obtient l’intendance de Touraine puis l’office de chancelier de Philippe d’Orléans. En 1644, il épouse Marie Bertrand, fille de Macé Bertrand de la Bazinière, trésorier de l’Epargne, qui a alors 12 ans. Ce mariage est l’alliance de deux grandes fortunes. De cette union naîtront deux filles. Marguerite-Thérèse Bautru se mariera avec son cousin, Nicolas Bautru, marquis de Vaubrun, lieutenant général des armées du roi. Sa seconde fille, Marie Madeleine épousera, en 1666, Edouard-François de Colbert, frère du ministre de Louis XIV et également lieutenant général des armées. Colbert est propriétaire du château de Maulévrier depuis 1664. En 1677, comme cadeau de mariage, Guillaume III Bautru décide d’offrir à sa fille la construction du nouveau château de Maulévrier confié en 1679 aux architectes Jean Leconte et Michel Guemas, qui œuvre déjà à la reconstruction du château de Serrant. En retour, en 1680, à la demande de Guillaume III Bautru,  Colbert, ministre de Louis XIV, fait réaliser des travaux  sur la levée de Boyau à Saint Georges. 

Après le mariage de son fils, Marthe Le Bigot est autorisée à séjourner au château de Serrant. Elle s’y installe et gère les biens angevins, sous l’autorité d’abord de son mari, puis de son fils. Guillaume II Bautru a fait construire à Paris, sur des plans de Le Vau, un somptueux hôtel particulier, rue Neuve des Petits Champs, au cœur du nouveau quartier élégant qui s’édifie, près du Palais Cardinal (Palais Royal aujourd’hui). Il y réside avec son fils Guillaume III, et revient de temps en temps dans son château saint-georgeois.

La comtesse de Serrant, Marie Bertrand de la Bazinière participe activement à l’agrandissement du château de Serrant. Ses relations avec sa belle-mère sont difficiles. Marthe Le Bigot se retire sur ses terres de Montreuil. Mais la comtesse meurt brutalement en 1655. Guillaume III, dit Monsieur de Serrant a mené jusque-là, la vie d’un grand seigneur entre son hôtel de Paris et son château angevin. Devenu veuf, il quitte la chancellerie et se retire au château de Serrant qu’il continue d’aménager et d’agrandir.

Né en 1585, Guillaume II, vieilli, souffre de crises de goutte de plus en plus fréquentes. Il est presque impotent. Il meurt à Paris le 7 mars 1665. Et lorsqu’on voulut utiliser la chapelle de son hôtel particulier, on la trouva encombrée, en désordre, hors d’usage. Bautru le libertin qui avait si amoureusement commencé la prestigieuse bibliothèque de Serrant, avait négligé le lieu de culte de son hôtel. Peu étonné, Guillaume III, son fils, déclare : « Monsieur de Bautru se souciait aussi peu de sa chapelle qu’il avait soin de sa cuisine et de sa bibliothèque ». Guillaume II Bautru  est enterré à Paris, paroisse Saint Eustache.

Devenue aveugle, souffrant d’escarres, de gangrène à la jambe et au pied, Marthe Le Bigot, qui effectue de longs séjours à Serrant depuis la mort de sa belle-fille,  meurt en juin 1672, rongée sans doute par le diabète. Elle est inhumée dans son château de Mihervé, où elle a vécu ses dernières années, paroisse de Courchamps, près de Montreuil-Bellay.

En 1675, Nicolas Bautru de Vaubrun, beau-fils de Guillaume III, meurt aux combats. Marguerite Bautru, fille de Guillaume III, fait ériger dans le château de Serrant une nouvelle chapelle sur les plans de Hardouin Mansart. Sébastien Simonneau, qui dirigera les travaux de l’abbaye de Saint Georges, réalise le bâtiment, tandis-que Coysevox sculpte le monument funéraire, sur un modèle de Charles Lebrun, deux artistes de renom.

marie de bautru

Marie Bertrand de la Bazinière, femme de Guillaume III Bautru

le chateau de serrant en 1690

Le château de Serrant en 1795

Guillaume III fait la connaissance de Louise Chalopin, veuve de René de Racapé, qui habite le château voisin de Chevigné. Les deux âmes esseulées se fréquentent. En 1680, le comte de Serrant est présent aux côtés de la jeune veuve pour la bénédiction de la chapelle consacrée à Saint Louis et Saint guillaume sur les terres de Chevigné. Les rumeurs circulent… Le roi Louis XIV, que madame de Maintenon a ramené à la vertu, s’inquiète du relâchement des mœurs dans son royaume. Sur son injonction, Lepelletier, évêque d’Angers vient s’informer au château de Serrant. Monsieur de Serrant lui montre alors l’acte de mariage qui l’unit à Louise Chalopin. Les Annales de la Cour et de Paris pour les années 1697 et 1698 rapporteront cette histoire qui sera, plus tard, largement reprise.

Retiré dans son beau château de la vallée de la Loire, Monsieur de Serrant gére avec un soin méticuleux et exigeant son très vaste domaine. Grand amateur de lettres antiques, il va faire partie de l’Académie royale d’Angers à sa fondation en 1685. Cette institution composée de trente membres issus du clergé, de la noblesse et des notables avait pour objet les sciences, les arts et les belles-lettres. Il en sera le directeur en 1689. Il y côtoiera Jean-Louis Caton de Court, abbé de l’abbaye.

En 1700, son petit-fils, Nicolas Guillaume de Bautru, fils du marquis de Vaubrun, dit l’abbé de Vaubrun, est renvoyé de la cour. Il est assigné au château de Serrant qu’il ne quittera pas durant neuf ans. En 1708, Louise Chalopin meurt. Affecté par tous ces malheurs et par la maladie qui le ronge depuis quatre ans, Guillaume III Bautru meurt à Serrant le 7 septembre 1711, à l’âge de 92 ans. Il est inhumé à l’église abbatial de Saint Georges sur Loire dans le caveau de la chapelle du Rosaire aujourd’hui disparu.

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Marie-Joséphine Meslier

Marie-Joséphine Meslier

1855-1914

portrait de marie-joséphine meslier

Portrait de Marie-Joséphine Meslier

Marie-Joséphine Mesilier est née en 1855. Elle est la fille d’un médecin exerçant à Saint-Georges, et la petite fille d’un autre médecin, Adrien Meslier, qui a été maire de la commune entre 1836 et 1848.

Elle se marie le 12 juin 1877 à Louis Cotte de Jumilly, jeune fonctionnaire qui vient d’être rendu à la vie civile après avoir combattu contre la Prusse. L’union est célébrée à la mairie de St Georges, par Marie-Hylas Suaudeau, alors premier magistrat. C’est un beau mariage, les deux époux occupant une position sociale privilégiée dans leurs villages respectifs.

Élie, le père de la mariée, a une sœur, Julie Magdeleine, mariée à un architecte angevin connu, Pierre-Jacques Tendron. Tendron a du succès et signe de nombreux ouvrages dans la région.  À Saint-Georges, en particulier, il réalise l’aménagement de la mairie-justice de paix, dans un ancien bâtiment de l’abbaye, perpendiculaire au bâtiment central – démoli dans les années 1970 lors de la réhabilitation de l’abbaye –, le creusement du puits sur la place de l’Hôtel de Ville, au centre du bourg, avant de disparaitre sans que personne ne sache ce qu’il est devenu.

Le nouveau ménage s’installe dans la demeure des Meslier, belle maison bourgeoise située dans un grand jardin boisé, au bout de la rue Tubœuf.  La jeune mariée se distingue par sa piété et la charité qu’elle prodigue aux plus démunis. Comme le couple reste sans enfants, Marie-Joséphine entoure d’affection la famille de son cousin Gustave Tendron, devenu architecte lui aussi. La vie s’écoule ainsi, entre bonnes œuvres et engagements politiques pour le mari, aussi dévot que sa femme et fermement conservateur.

En 1908, Louis Cotte de Jumilly est élu maire de Saint-Georges et, au cours des années qui suivent, doit résoudre les problèmes que crée l’inondation de 1910.

Mais en 1914, Marie-Joséphine Meslier meurt brutalement.

Dans son testament, elle lègue à la commune, un ensemble de biens et de terrains, dont sa maison natale qui devra, selon les termes du testament, devenir un hôpital.

Au mois de juin, devant un conseil municipal ému, le maire donne lecture du testament de son épouse.
« Je lègue à la commune de Saint-Georges-sur-Loire : 1° la maison que j’occupe à Saint-Georges-sur-Loire, ses jardins, dépendances, y compris le chalet ; 2° la partie de la ferme d’Arrouët, située entre la route de la Possonnière, le chemin de cette route à la magnanerie et le chemin de la fontaine Bénet à la Lande…..3° le champ dit de Bénet ou Miche Perdue, et le cloteau de Bénet, ainsi que la prairie du même nom se trouvant au sud de la douve du jardin….4° les immeubles que nous pourrions acquérir entre les trois routes et chemins ci-dessus….5° le pré dit de la Salle, les étangs du même nom et leurs accessoires…

Le legs fait à la commune de Saint-Georges-sur-Loire est consenti à la condition formelle que toutes les valeurs qu’il comporte soient destinées à la constitution d’un Hospice-Hôpital (qui) devra servir principalement aux vieillards des deux sexes, aux enfants délaissés et aux malades de la commune quand il y aura lieu »

La généreuse donatrice demande simplement que soient entretenues à perpétuité les tombes de sa famille où reposent son grand-père, ses parents et où elle reposera ainsi que son mari. Elle souhaite aussi que l’établissement hospitalier qu’elle crée, prenne le nom de Saint-Louis.

L’ensemble est accepté avec reconnaissance, au cours d’une séance de conseil municipal du mois de juin. L’hôpital Saint Louis n’ouvrira qu’en 1928 après la mort de Louis Cotte de Jumilly qui aura contribué financièrement par deux fois en 1923 à sa création. Ancienne maison de retraite, il abrite aujourd’hui des logements privés.

portrait de Louis cotte de Jumilly

Portrait de Louis Cotte de Jumilly

acte de mariage de louis cotte de jumilly et marie joséphine meslier

Acte de mariage de Marie Joséphine Meslier et Louis Cotte de Jumilly