Saint Georges Patrimoine

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Maurice Lair

Maurice Lair

1872-1960

Portrait de Maurice Lair

Maurice Lair

Jaurès et l’Allemagne, livre de Maurice Lair paru en 1934

Maurice Lair naît à Angers le 24 juin 1872. Son père est Adolphe Lair, célèbre homme de droit angevin et sa mère Louise Talbot qui ont fait construire le château de la Comterie à la fin du XIXème siècle. En avril 1892, il est diplômé à la Faculté de Rennes. Poursuivant des études de lettres, Maurice Lair est élève de l’Ecole libre de sciences politiques, l’ancêtre de Sciences Po.  Il devient spécialiste des questions allemandes et publie de nombreux articles et ouvrages sur la question. Son essai intitulé “L’impérialisme allemand” en 1902 reçoit d’excellentes critiques dans les revues spécialisées en géopolitique. Maurice Lair y analyse la stratégie d’infiltration  allemande dans la politique mondiale. L’ouvrage est salué en 1903 par le Prix Marcelin Guérin de l’académie française qui récompense les livres qui “honorent la France et ses valeurs”.

En 1905, il se marie à Paris avec Suzanne Emilie Etienne avec qui il a deux filles, Christine en 1905 et Monique en 1908.

Maurice Lair contribue à de nombreuses revues politiques : La revue économique internationale, la revue bleue, la revue politique et littéraire, Les annales des Sciences politiques… Dans cette dernière, il publie en 1909 une étude sur Proudhon, père de l’anarchie. 

En 1913, il publie un roman La Reprise, d ‘abord en épisodes dans Le Correspondant, puis chez Grasset.

Pendant la Première Guerre Mondiale, Maurice Lair part comme lieutenant de réserve avec le 335ème régiment d’infanterie. Il combat à Champenoux, Nomémy, Xon. Il est successivement affecté au 325ème régiment puis au 68 ème régiment d’infanterie dans lequel il devient capitaine de la cinquième compagnie. Il combat dans la campagne de l’Yser durant laquelle il est grièvement blessé le 10 mai 1915.  Il reçoit la croix de la Légion d’honneur en 1916 pour saluer son héroïsme et ses états de service. La même année, il reçoit de nouveau le prix Marcelin Guérin.

Il est élu maire de Saint Georges sur Loire en 1922. L’année suivante il est décoré de la médaille d’argent remise par Henry Chéron, ministre de l’agriculture, pour son ouvrage “Le socialisme et l’agriculture française”. Critique des idées du socialisme, il s’intéresse pourtant au problème de justice social et notamment à la pauvreté dans le monde agricole.

En 1934, il publie un article sur le National Socialisme allemand dans la revue Bleue. En 1935, son essai  “Jaurès et l’Allemagne” analyse le rapprochement de l’homme d’état français avec la pensée allemande à la fin du XIXème (en particulier les idées socialistes et marxistes) et les influences qu’il juge néfastes pour la France. L’ouvrage fait l’objet de nombreuses critiques.

Maurice Lair restera maire jusqu’en 1945. Il décède à Saint Georges sur Loire le 23 février 1960.

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Pierre-Eloi Lalesse

Pierre-Eloi Lalesse

1752-1827

signature de pierre-éloi lalesse

Signature de Pierre-Eloi Lalesse

Pierre Eloi Lalesse est né le 1er décembre 1752 à Barbonne, petit village de la Marne. Sa mère Marie Angélique Diguelon meurt 21 jours plus tard probablement des suites de couche. Elle a 45 ans et a enfanté 15 fois en 23 ans et au moins sept de ses enfants sont décédés avant d’atteindre cinq ans. Pierre Eloi grandit donc avec son père, Pierre, laboureur. Ses frères et sœurs sont plus âgés : Pierre Antoine, né en 1736, est receveur général du district de Melun. Pierre Nicolas, né en 1738, est marchand.

Pierre-Eloi, lui, s’engage dans une carrière religieuse : il entre à l’abbaye de Saint Geneviève à Paris le 3 novembre 1774.  D’abord étudiant à Notre Dame de Ham au nord de Reims, il parcourt la France, Provins, Chartres, Chateaudun, devenant sous-diacre en 1778, puis diacre et prêtre en 1779 avant d’arriver à l’abbaye de Saint Georges sur Loire le 14 mai 1781. Il y exerce la fonction de vicaire jusqu’en 1784. Il est alors nommé prieur-curé de Mée en Mayenne, paroisse sous l’autorité de l’abbaye de Saint Georges sur Loire, suite à la résignation d’Augustin Gournay, qui revient à l’abbaye de Saint Georges sur Loire pour assurer la fonction de prieur. Arrivé le 9 novembre 1784, il n’y reste que peu de temps : dès le 27 janvier 1785, il est nommé prieur-curé à Villemoisan, paroisse dépendant de l’abbaye Toussaint d’Angers, suite au décès de François Dubois. Pierre-Eloi envoie sa réponse favorable deux jours plus tard mais son dossier s’égare dans l’un des quinze bureaux de Rome. Il doit attendre le 14 juin 1785 pour rejoindre sa nouvelle paroisse.

Il est encore à Villemoisan quand éclate la Révolution. Le 27 novembre 1790, les prêtres doivent prêter serment à la constitution civile dans les termes suivants : « Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la paroisse [ou du diocèse] qui m’est confiée, d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par le roi. »  Pierre-Eloi Lalesse refuse d’abord de prêter serment puis concède en y mettant de telles restrictions que son serment est annulé. Il loge à l’abbaye Toussaint d’Angers jusqu’en mai 1792 ; il est alors incarcéré au Séminaire d’Angers. Son frère, Pierre-Antoine, trésorier de Melun, réclame son transfert dans son district. Sans succès : Pierre-Eloi est déporté en septembre 1792, en Espagne. 264 ecclésiastiques angevins et 144 prêtres manceaux, tous réfractaires à la Révolution, prennent la route de Nantes, le mercredi 12 septembre. Les religieux sont encordés et marchent sous la surveillance de 400 gardes nationaux, subissant la chaleur et les quolibets des villageois. Sur le chemin de la déportation, le convoi s’arrête le temps d’une halte de trois heures à Saint Georges sur Loire. On offre du pain et du vin aux prisonniers qui dînent dans le cloître : un bien étrange retour pour Pierre-Eloi qui a quitté ces lieux depuis plus de sept ans.

eglise saint pierre de mée

Eglise Saint Pierre de Mée

prieuré de mée en 2007

Prieuré de Mée

Le 20 septembre, le convoi est à Paimboeuf. Pierre-Eloi Lalesse embarque sur le navire la Didon pour une traversée particulièrement difficile : 184 religieux sont entassés dans un espace exigu, subissant la tempête, nombre d’entre eux souffrent du mal de mer. Il est débarqué à Santander. En janvier 1793, il est à Compostelle où plusieurs prêtres réfractaires ont trouvé refuge : il y restera jusqu’en 1799. En 1800, il retourne à Villemoisan. Après le Concordat établi par Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII en 1801, qui permet aux prêtres catholiques de retrouver une liberté de culte, Pierre-Eloi Lalesse est maintenu dans sa paroisse. Le prêtre porte toujours le grand habit blanc des chanoines réguliers jusqu’à son décès le 24 décembre 1827, à l’âge de 57 ans.

Sources :

Les derniers chanoines de l’abbaye de Saint Georges sur Loire, Denis Mercier

Le clergé du département de Maine et Loire pendant la Révolution, E. Queruau-Lamerie, 1889

Les paroisses du diocèse d’Angers avant le concordat, Anjou Historique volume 4 1903, p 472

Prosopographie génovéfaine : Répertoire biographique des chanoines réguliers de Saint Augustin de la congrégation de France (1624-1789), Nicolas Petit, 2008

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Pierre et Jean Michel Baraudrie

Pierre Baraudrie ou Barauderie

1644-1729

signature de pierre baraudrie

Signature de Pierre Baraudrie

maitre autel de la chapelle Notre dame d'Abrissel

maitre autel de la chapelle Notre dame d’Abrissel réalisé par Pierre Baraudrie

Pierre Baraudrie naît le 1er septembre 1644 à Poitiers sur la paroisse de Sainte Radégonde. Ses parents sont Michel Baraudrie, maçon et Jeanne Escarlatte ou L’Escarlette qui s’étaient mariés le 2 novembre 1643. Ayant perdu sa femme, Michel se remarie le 17 février 1664 avec Marguerite Bonnet avec qui il a trois enfants : des jumeaux nés le 7 août 1665, Pierre qui aura pour parrain son frère aîné, et Renée, petite fille décédée le 8 octobre 1702, suivis de Radegonde-Françoise, baptisée le 30 août 1671. Michel décède le 16 avril 1693.

Pierre Baraudrie arrive à Angers en 1666 et emménage dans la paroisse de la Trinité où se trouvent à l’époque de nombreux ateliers d’artiste. Il travaille sous la direction du célèbre sculpteur Pierre Biardeau aux côtés duquel il apprend l’art de la décoration. Ce-dernier, né au Mans en 1608 d’un père, René, sculpteur, s’est formé à Laval alors célèbre école de retables. Contrairement à son frère René (II) également sculpteur qui a repris l’atelier paternel au Mans, Pierre Biardeau a installé son atelier à Angers dans les années 1630, réalisant les statues et les retables de nombreux bâtiments religieux : l’autel du prieuré de Breuil Bellay, le retable de la chapelle des Calvairiennes de Mayenne, la statue de la Vierge de la cathédrale de Poitiers, le gisant de Robert d’Abrissel à l’abbaye de Fontevraud… Ses travaux pour le couvent des Augustins d’Angers lui ont ouvert les portes de cet ordre : ses œuvres ornent les couvents de la Rochelle, Montmorillon et même de Paris. L’artiste bénéficie d’une célébrité grandissante et fait fortune mais l’homme, de nature charitable, a la réputation de partager ses bénéfices avec les plus pauvres. L’influence de Biardeau, qui réintroduit la mode des statues peintes, est telle que sa présence à Angers est à l’origine de l’émergence d’un véritable foyer artistique qui entre en concurrence avec les ateliers de modelage du Mans. Pierre Baraudrie effectue donc son apprentissage auprès d’un maître influent, poursuivant son œuvre. Mais si le sculpteur inscrit son art dans le style de Biardeau, il développe un goût pour une décoration encore plus foisonnante. Baraudrie prendra toutes les qualités de son maître mais proposera des compositions plus soignées et offrira à ses visages des traits moins figés.

En 1670, Pierre Baraudrie réalise le maître autel et les deux autels collatéraux de l’église Saint Samson d’Angers – aujourd’hui, une remise dans le jardin des plantes – commandés par le curé, Jean Hubert. A la mort de son maître en 1671, il achève le grand autel de la chapelle des Pères Augustins près de l’abbaye du Ronceray dans la Doutre. Si le travail manque encore de précision, l’élève est bien en train de suivre les pas de son maître. Pour preuve, en 1674, Pierre Baraudrie récupère la commande de la décoration du maître-autel de la collégiale Saint-Maimboeuf à Angers – détruite en 1721 lors de la création de la place du Ralliement – initialement passée à François Beauvarlet, sculpteur angevin déjà bien installé mais avec qui le chapitre n’a pu s’entendre. Aujourd’hui disparus, les deux bas-reliefs réalisés pour 86 livres représentent Jésus au jardin des oliviers et l’Ascension sur un support « blanc façon de marbre », auxquels s’ajoute une Vierge tenant le petit Jésus « sur ses bras ». Ces premières réalisations du sculpteur vont asseoir la renommée du sculpteur qui ne fera que grandir dans les années qui suivront.

Le 18 septembre 1672, il épouse Louise Toublanc, fille du notaire du château de Serrant. Leur premier fils Jean-Michel naît le 27 avril 1674 à Angers. Le couple s’installe à Saint Georges sur Loire où ils ont six autres enfants : Jean en octobre 1676 et mort l’année suivante le 27 mai, Olivier-Pierre né le 14 avril 1680, Catherine le 1er mars 1682 et décédée à Saint Georges le 29 janvier 1683, Barbe-Louise née le 10 décembre 1683, Marie-Louise née en 1685 et décédée à trois mois, et Renée-Louise le 9 décembre 1686. Devenu veuf suite au décès de Louise vers 1690, Pierre se remarie le 3 juin 1694 à Angers avec Marie Deslandes, fille de Nicolas Deslandes, greffier au présidial d’Angers. Ils ont un fils, Pierre, né le 20 septembre 1695.

extrait de registre pour le mariage de Pierre Baraudrie et Louise Toublanc

Registre de l’église de la Trinité d’Angers, mariage de Pierre Baraudrie et Louise Toublanc, le 18 septembre 1672 (ADML)

maitre autel de l'église saint bomier de fontaine couverte

Maitre-autel de l’église saint Bomier de Fontaine Couverte réalisé par Pierre Baraudrie

autel de l'église Saint Bomier de Fontaine Couverte

Autel de l’église Saint Bomier de Fontaine Couverte, réalisé par Pierre Baraudrie

Le 22 octobre 1694, Pierre Baraudrie reçoit la commande du prieur Guy Doublard de l’église Saint Bomier de Fontaine-Couverte dépendant de l’abbaye de la Röe en Mayenne pour l’autel et le retable pour un montant de 1000 francs. L’ouvrage est en tuffeau enrichi de marbre rouge de Laval pour les colonnes et le tabernacle. Pour le bas-relief présentant l’adoration des bergers sculpté pendant l’hiver, Pierre Barauderie utilise les paysans locaux comme modèle. Le retable, encore visible aujourd’hui, fera l’objet de nombreux ajouts de dorures et de décoration au XIXème siècle. Les bas-reliefs mêlant tuffeau et terre cuite représentent la nativité, l’ensevelissement de la Vierge, sur l’autel méridional et la mise au tombeau et la crucifixion, sur le maître-autel. Les hauts-reliefs représentant Saint Jeanne de Chantal et Saint François de Sales. Enfin, quatre statues de tuffeau sculpté de la Vierge à l’enfant, de Saint Julien, d’un évêque et de Saint Sébastien viennent compléter le retable. En 1715, Henri Hanuche, marbrier de Sablé ayant travaillé sur la marbrerie du château de Versailles, réalise un retable sur le même modèle dans l’église de Saint Caradec dans les Côtes d’Armor, rattachée également à l’abbaye de la Röe.

Quelques années plus tard, Pierre Baraudrie réalise le maitre-autel de la chapelle des Ursulines d’Angers, située derrière l’actuel hôtel de ville ainsi que le cénotaphe de Guillaume Lanier, fondateur de l’église des Ursulines, commandé par sa femme Lucrèce Louet et orné du portrait de ce dernier par Charles Lagoux, aujourd’hui disparu. L’œuvre de Baraudrie sera vendue à la Daguenière où il se trouve encore, à la Révolution alors que la chapelle devient un magasin. Dans l’église Notre Dame de l’Assomption à Arbrissel en Ile-et-Vilaine, il réalise un retable à la forme originale, conçue pour lui donner un parti-pris vertical évident. Deux puissantes colonnes roses et noires bordent un cadre à moulure ornée de motifs végétaux, dans lequel figure une Assomption sculptée en ronde-bosse. Au sommet, repose un grand vase de fleurs d’où retombe guirlandes, draperies et palmes, renforçant la forte verticalité voulue par le sculpteur. Le sculpteur réalise également le maître-autel, le retable et deux statues dans l’église Saint Pierre de Bouchamps-lès-Craon en 1702 ou encore pour les églises de Faye et d’Alençon.

Au début du XVIIIème siècle, le sculpteur est au fait de sa gloire. Pierre Barauderie bénéficie de la reconnaissance des autres maîtres-maçons angevins qui lui demandent régulièrement, à lui ou à sa famille, de parrainer leurs enfants : Pierre est ainsi le parrain de Marie, la fille de Bénigne Mouillet, tailleur de pierre, sa femme, la marraine de Paul, le fils de Macé Gaultier, savant-maçon et son fils aîné Jean-Michel est parrain de François Lointier, fils de Noël Lointier, architecte.

 

statue d'un évêque dans l'église Saint Bomier de Fontaine Couverte

statue d’un évêque dans l’église Saint Bomier de Fontaine Couverte, réalisée par Pierre Baraudrie

cenotaphe de guillaume lanier dans la chapelle des ursulines à Angers

Cénotaphe de Guillaume Lanier dans la chapelle des Ursulines à Angers, réalisé par Pierre Baraudrie

En 1700, Guillaume III Bautru l’engage avec l’architecte angevin Noël Lointier pour « construite l’allongement de l’aile droite avec les mêmes architectures et ornements par dehors que ceux qui sont à l’autre aile et dans le dit allongement de faire une chapelle» dans son château de Serrant. Le monument est pris d’une fièvre de construction depuis son rachat en 1636 par son père Guillaume II Bautru. Sébastien Simmoneau, maître-maçon originaire du Poitou et installé comme Pierre Baraudrie à Saint Georges sur Loire, travaille également sur le chantier, chargé de donner un pendant au pavillon de gauche et d’élever « le mur de clôture de l’un à l’autre des dits pavillons et [d’ouvrir] un portail au milieu du dit mur ». Ce dernier réalise également la maison conventuelle et le nouveau logis abbatial de Saint Georges sur Loire dans la même période.

De 1705 à 1713, la mairie d’Angers l’emploie pour de nombreux travaux d’ornementation comme les armoiries de la ville et du maire François Jourdan en 1707.  Âgé de plus de 70 ans, Pierre Baraudrie sculpte toujours mais les commandes deviennent plus rares : l’engouement pour les statues peintes commence à passer. Quant son maître Biardeau finit sa vie fortuné, Pierre Baraudrie connaît des derniers jours difficiles financièrement.

Pierre meurt le 2 avril 1729 à Angers, âgé de 86 ans et est inhumé au cimetière de la Trinité. Marie Deslandes décède le 30 décembre 1732.

Maître-autel de l'église Saint Pierre de Bouchamps-lès-Craon, attribué à Pierre Baraudrie

Maître-autel de l’église Saint Pierre de Bouchamps-lès-Craon, attribué à Pierre Baraudrie

acte de mariage de Jean Michel Baraudrie

Acte de mariage de Jean-Michel Baraudrie et Renée Guignard le 3 septembre 1704 à l’église Saint Martin d’Angers (ADML)

Son fils, Jean-Michel, poursuit l’œuvre de son père en devenant lui-même sculpteur, se formant vraisemblablement auprès de son père, signant son premier contrat à l’âge de 14 ans. Il va très probablement travailler sur le chantier du château de Serrant et de l’abbaye. Il est difficile de différencier l’oeuvre du père et du fils, les deux travaillant conjointement. Jean-Michel Baraudrie a très certainement contribué aux oeuvres attribuées à son père à compter des années 1690.

Il se marie avec Renée-Louise Guignard le 3 septembre 1704 à l’église Saint Martin d’Angers. Le couple est installé à la Villette à Saint Georges sur Loire. Ils ont quatre enfants nés à Saint Georges : Marie née en 1705 et décédée en 1709, Charlotte née en 1706, Renée née en 1708, Pierre-Jean né en 1710 qui deviendra laboureur à la Villette puis meunier. Jean-Michel se remarie le 24 août 1711 à la Trinité à Angers avec Marie-Anne Suzanne. Le couple à trois enfants nés à Saint Georges sur Loire : René en 1725, Marie-Thérèse née en 1727 et morte en 1729 et René. Ce-dernier naît le 3 janvier 1729, quatre mois après le décès de son père sur un chantier de l’autel de l’église de Vern d’Anjou détruite en 1875. L’enfant décède en septembre.

Sources :

Bulletin historique et monumental de l’Anjou, Aimé de Soland, 1868-1869, p171-172

Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest et des musées de Poitiers, Volume 16

Dictionnaire des Sculpteurs sous Louis XIV, Lami

Revue des sociétés savantes, 1873, 1ere partie : Célestin Port, Artistes angevins

Mairie d’Angers registre du 30 janvier 1703 au 30 avril 1703

Congrès archéologique de France, Le château de Serrant par Jean-Marie Perouse de Montclos, p.332 à 351

Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire et de l’ancienne province d’Anjou, Célestin Port.

https://sculpturesdumaine.culture.gouv.fr/fr/latelier-des-biardeau

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Edouard Vannier

Edouard Vannier

1869-1943

portrait d'Edouard Vannier

Edouard Vannier

Edouard Vannier et ses fils, pierre et jean lors de la première guerre mondiale

Edouard Vannier et ses fils, Pierre et Jean, lors de la première guerre mondiale

Edouard VANNIER naît le 20 juillet 1869 à Marigné Peuton en Mayenne. Son père Jean Baptiste Vannier, né à Laval en 1848, est Inspecteur de l’Instruction publique et sa mère Agathe Jouin est née également à Marigné Peuton.

Le jeune Edouard vit avec sa famille à Angers, au 38 rue du Petit Thouars, avant de partir à Paris pour faire des études de médecine. Il effectue son service militaire à Angers du 11 novembre 1890 au 23 septembre 1891, recevant un certificat de bonne conduite. Il accomplit une période d’exercices dans le 135ème régiment d’infanterie du 27 août au 23 septembre 1894 avant d’être dispensé en tant qu’étudiant en médecine.

Il soutient sa thèse de médecine en 1895 avec pour sujet l’amyotrophie Charcot-Marie chez l’adulte. Il s’installe comme médecin à Saint Georges sur Loire et se marie, le 2 septembre 1895, avec Marie-Thérèse Leroy, née en 1872 à Montsoreau. Le couple reste pendant cinq ans à Saint Georges sur Loire où ils vont avoir trois enfants : Jean, né en 1896, Maurice né en 1897 et Edouard Léon, dit Pierre, né en en 1899. La famille quitte Saint Georges sur Loire en 1900 pour emménager à Rouen, au 9 rue Jeanne d’Arc. Ils ont là-bas, trois autres enfants : Marguerite, née en 1901, Suzanne, née en 1903 et Henri Joseph, né en 1905. Maurice décède en 1911 à l’âge de 14 ans.

L’été 1905, Edouard Vannier réalise un stage sans solde dans le 74ème régiment d’infanterie. Quand la première guerre mondiale éclate, il s’engage. Le 16 octobre 1916, il est affecté à sa demande à un groupe d’artillerie lourde comme médecin-major puis comme médecin-chef au dépôt du 24ème régiment d’infanterie puis du 74ème régiment. En 1917, Edouard Vannier est distingué de la croix de guerre avec étoile de vermeil et inscrit au tableau de la légion d’honneur. Le médecin, âgé de 48 ans, qui assure un important service de santé au sein de son groupe, a porté secours à un groupe voisin soumis à un violent bombardement, pour y donner des soins aux blessés, après que le médecin-major de ce groupe a été atteint mortellement.

A l’armistice, Edouard Vannier reprend ses activités à Rouen. Il exerce jusqu’en 1937 ; atteint du mal qui devait l’emporter, il se retire dans son manoir de Canteleu près de Rouen. En 1939, suite à la mobilisation, son village n’a plus de médecin : Edouard Vannier reprend son activité, jusqu’en 1942. Il décède le 23 novembre 1943.

Le docteur Vannier a laissé peu de traces à Saint Georges : quelques articles du Petit Courrier rapportent ses interventions. Le 16 janvier 1896, il prodigue des soins à une malheureuse que son mari, Etienne Vincent, journalier au château de Serrant, retrouve, après sa journée de travail, étendue sur le sol de sa cuisine, gravement brûlée. La femme succombe de ses blessures dans la nuit. Le 10 août de la même année, il est appelé au lieu-dit « La pierre de Boyau ». On y a trouvé un noyé. Le docteur Vannier constate le décès et fait remonter la mort à 48 heures. Le 23 mai 1897, il se rend chez Pierre Bretault, conseiller municipal, résidant au Port Girault. Ce dernier a fait transporter chez lui, le corps inanimé d’un inconnu retrouvé sur la chaussée. Le docteur Vannier constate la mort de l’étranger due à une congestion occasionnée par le froid. Le gendarme également présent fouille le cadavre : il s’agit d’un journalier, sans domicile fixe nommé Joseph Morice, âgé de 57 ans et né à Saint Vincent dans le Morbihan. L’homme est aussitôt inhumé. Ce type de décès ne semble pas rare. Le 28 mars 1898, Edouard Vannier constate le décès d’Auguste Verger, un maçon de 54 ans, mort également de froid. L’homme avait été vu ivre la veille au soir, déambulant dans les rues du village. Le 17 mai 1898, le docteur Vannier est appelé en urgence à Plaisance : il ne peut réanimer la petite Jeanne-Marie-Louis Bénion, 8 ans, qui s’est noyée dans la mare de la ferme de ses parents.

portrait d'Agathe Jouin, mère de Edouard Vannier

Agathe Jouin, mère d’Edouard Vannier

Paul Chiron

Léon Vannier

Dans le secteur du soin, le nom de Vannier est connu pour être associé aux premiers pas de l’homéopathie en France. Edouard Vannier et surtout son frère, Léon, ainsi que ses fils, Pierre et Henri, seront les pionniers et les diffuseurs de cette pratique. Depuis le début du XIXème, des écrits décrivent de nouvelles méthodes de soins, en rupture avec les saignements et autres lavements. Samuel Hahnemann, médecin de Saxe, affirme ainsi à partir de 1796 que la prescription d’une substance, faiblement dosée, peut soigner une maladie dont les symptômes sont identiques à ceux que produirait la dite substance à forte dose. C’est la naissance de « l’homœopathie », l’art de soigner par “le même”.

Dans la première moitié du XIXème siècle, des médecins français se déclarent homéopathes. Edouard Vannier est ainsi le disciple de Pierre Jousset. Ce médecin originaire de Nantes a découvert l’homéopathie durant ses études à Paris aux côtés de Jean-Paul Tessier, médecin des hôpitaux parisiens. Dès 1830, ils vont tous les deux pratiquer une démarche thérapeutique mixte, alliant homéopathie et médecine conventionnelle, chaque fois que cela leur parait indispensable. Rejetée par les médecins conventionnels, cette démarche provoque également un schisme chez les premiers homéopathes, les disciples de Hahnemann critiquant cette manière de procéder.

Edouard initie à l’homéopathie, son frère Léon qui fait ses études de médecine à la faculté de Paris. Ils réunissent bientôt autour d’eux un cercle de jeunes médecins, sensibles à ces idées : Charles Mondain, originaire de Rochefort, Paul Chiron, venant de Chemillé, Henry Naveau d’Angers ou encore René Baudry, camarade de classe de Léon.

Avec les découvertes de Louis Pasteur notamment son vaccin contre la rage, la scission au sein des homéopathes va encore s’accentuer. Les frères Vannier et leurs amis vont œuvrer pour intégrer les nouvelles découvertes scientifiques à la pensée homéopathique et diffuser leurs idées dans toute la France. Alors qu’Edouard Vannier s’installe à Rouen, son frère et Paul Chiron ouvrent leurs cabinets à Paris. Henry Naveau s’installe au Mans. Charles Mondain devient secrétaire de Jousset tout en poursuivant une carrière hospitalière à Paris.

René Baudry

René Baudry, pharmacien et ami d’enfance de Léon Vannier, suit les conseils de ce dernier et ouvre en 1911 une officine homéopathique, la Pharmacie Générale Homéopathique Française, 68 boulevard Malesherbes à Paris. Après une période de tension avec Léon Vannier, Baudry quitte Paris en 1922. Léon Vannier crée les Laboratoires Homéopathiques de France à Paris, tandis que Baudry ouvre le Laboratoire Central Homéopathique Rhodanien à Lyon en 1930. Il y embauche les frères Boiron qui, rachetant les différentes officines, fondent les laboratoires Boiron en 1967, entreprise qui fournit encore aujourd’hui des préparations homéopathiques.

Ces pionniers de l’homéopathie vont également produire de nombreux écrits pour expliquer et promouvoir leur mode de penser le soin. Léon Vannier crée ainsi la revue « L’homéopathie Française » en 1912, puis, en 1927, il devient président fondateur de la société d’Homéothérapie de France. Il fonde plusieurs cliniques homéopathiques à Paris. Il compte alors parmi ses patients le compositeur Sergei Prokofiev ou encore la femme de Léon Blum, figure du socialisme du front populaire. Il ouvre également le Dispensaire Hahnemann, rue Vergniaud, en 1931 pour rendre l’homéopathie accessible même aux plus démunis et en faire un lieu de formation : les futurs homéopathes peuvent y suivre notamment les conférences de Paul Chiron, son ami d’enfance. Ce dernier fonde en 1932 le Syndicat national des médecins homœopathes français en 1932, ainsi que l’Ecole française d’Homéopathie.

Léon Vannier est fait chevalier de la légion d’honneur en 1928, Officier de l’Instruction Publique en 1956 et il est également titulaire de la Médaille des Epidémies. Il décède en 1963 à Quiberon. Ce sont les fils d’Edouard Vannier, Henri et Pierre qui poursuivent la carrière familiale, en s’installant respectivement à Rouen et à Paris.

Pierre Vannier

portrait d'henri Vannier

Henri Vannier

Pierre qui est né à Saint Georges sur Loire en 1899 a été mobilisé en 1918, rejoignant son père et son oncle sur le front, tout comme son frère ainé Jean, notaire. Après la guerre, il devient étudiant en médecine à Rouen puis interne des hôpitaux de Paris. Il est médecin au dispensaire Hahnemann, fondé par son oncle Léon. Il crée les Cahiers d’Homéopathie et de Thérapeutique comparée en 1945 et est l’auteur de nombreux ouvrages notamment de vulgarisation. Il est décédé en 1986.

Henri Vannier, dernier né de la famille, suivra les pas de son frère, étudiant à la faculté de Médecine de Rouen et devenant interne à Paris. Il est mobilisé durant la deuxième guerre mondiale. Après la guerre, il installe son cabinet d’homéopathie à Rouen. Il est également l’auteur de nombreux articles parus dans la Revue de l’Homéopathie Française. Il est décédé en 1990.

Si les études cliniques n’ont pu mettre en évidence une plus grande efficacité de l’homéopathie que l’effet placébo ou que l’évolution normale de la maladie, nul doute que le docteur Edouard Vannier tout comme ces confrères, cherchait, en explorant ces nouvelles démarches, tout autant à guérir qu’à prendre soin de leurs patients. 

couverture du livre de pierre vannier sur l'homéopathie aux éditions Que sais-je
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Antoine Vallée

Antoine Vallée

1759-1834

Signature d'Antoine Vallée

Signature d’Antoine Vallée dans le registre de Saint Georges sur Loire (ADML)

Antoine Vallée dit La Lande est né à Coutures dans le Maine et Loire le 17 Novembre 1759. Antoine est un enfant plutôt turbulent : en mars 1778, il est expulsé du Petit Séminaire si bien que son père, notaire à Angers, supplie son neveu François-Yves Besnard alors vicaire de l’église Saint Pierre d’Angers de lui trouver un hébergement. Faisant preuve de paresse et d’une insubordination taquine, le fils a déjà changé trois fois de collège. Pour Antoine Vallée, c’est une étape décisive : son cousin, lecteur des Lumières et visiteur assidu des salons progressistes d’Anjou, va avoir une influence considérable sur lui. Le jeune homme menacé d’être interné dans une Maison de force s’il ne change pas d’attitude, fait de belles promesses… qu’il ne tarde pas à oublier ! Antoine préfère lire des romans ou l’Encyclopédie, peindre à la gouache des animaux plutôt que d’étudier. Craignant les réprimandes paternelles, le jeune homme décide de rejoindre la communauté des chanoines de Sainte Geneviève malgré les tentatives de dissuasion de son cousin. Antoine Vallée rejoint donc Paris et entre à l’abbaye de Sainte Geneviève où il prononce ses vœux à la fin de son noviciat. Après des études à Chartres puis à Beauvais, il est en effet ordonné diacre puis prêtre en 1783.

C’est âgé de seulement 26 ans, en 1785, qu’Antoine Vallée arrive à l’abbaye de Saint Georges sur Loire. Les chanoines sont alors empêtrés dans une longue procédure juridique contre l’abbé Luc de Salles concernant la répartition des revenus du temporel de l’abbaye. Ces débats intéressent bien peu le jeune prêtre qui fait l’objet de commentaires peu flatteurs. Antoine Vallée est bel homme, aimant le luxe mais également spirituel et doté d’un esprit indépendant, un profil qui dénote dans la communauté. Et les mœurs du jeune prêtre n’arrangent pas son image : on le voit en effet partir en voyage à travers la France pendant six mois avec la femme du sénéchal de Saint Georges !

Les questions religieuses semblent aussi s’éloigner de ses centres d’intérêt. En juillet 1789, il est avec son cousin, François-Yves Bernard à Paris où il assiste aux séances de l’Assemblée Nationale. Ils sont accompagnés de trois amis angevins, Milscent, La Revellière-Lépeaux et Volney, tous hommes politiques.

De retour à Saint Georges, il s’engage comme les 5 autres chanoines, dans le clergé constitutionnel en 1790. Antoine Vallée est alors élu curé constitutionnel de Saint Florent Le Vieil. Acquis aux valeurs révolutionnaires, aspirant à une liberté de mœurs, Antoine Vallée ne supporte plus la vie sacerdotale. En 1793, il renonce à l’exercice du culte après « une réflexion mûre sur le vide d’une institution qui devient superflue sous l’empire des lois républicaines. » Le 20 novembre 1793, il brûle ses lettres de prêtrise devant la cathédrale d’Angers, tout comme l’évêque Pelletier, génovéfain comme lui.

Prenant fait et cause pour la Révolution, Antoine Vallée devient secrétaire du général Gauvilliers, chargé de commander la garde nationale en Anjou, en plein conflit entre les Républicains et les armées vendéennes. L’homme fait preuve d’une intégrité sans faille, relevant les exactions dont se rendent coupables les gardes républicains, comme à Martigné-Briand où « on a massacré de sang-froid trois prisonniers ». Antoine Vallée est alors envoyé par le Département à l’école normale en 1795. Le calme retrouvé dans la région, Antoine Vallée s’installe à la Rousselière en Vendée où il ouvre une épicerie.

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Portrait de François Yves Besnard, cousin d’Antoine Vallée

Portrait de LaRéveillère Lépeaux

La Réveillère l’appelle bientôt à le rejoindre à Paris. Après avoir représenté le tiers-état pour l’Anjou aux États généraux de 1789, ce dernier a siégé à l’assemblée constituante avant d’être élu député à la convention nationale en 1791. Opposé à Robespierre, il n’est sorti de la clandestinité qu’à la mort de celui-ci en 1795. Il est alors élu Directeur. C’est à cette période qu’il reprend contact avec Antoine Vallée qu’il voudrait à ses côtés comme secrétaire, cherchant « un ami fidèle et dévoué », dans cette période troublée. Après une période d’hésitation, Antoine Vallée rejoint Paris et accepte cette mission. Il retrouve son cousin François Yves Besnard qui a lui-même quitté l’Eglise pour servir la République, fréquente avec lui les cercles philosophiques et politiques de la capitale, l’accompagne dans ses balades à cheval dans le bois de Boulogne ou dans ses visites administratives.

En 1799, lors du coup d’état du 30 prairial de l’an VII, les Conseils s’attaquent au Directoire accusant directement La Reveillère de s’opposer aux décisions. Celui-ci est obligé de démissionner. Antoine Vallée quitte ses fonctions au sein de la République. N’ayant pas oublié l’Anjou, il participe à la création du musée de la ville d’Angers. Il entretient une correspondance importante avec Gabriel Merlet de la Boulaye, créateur de la société botanique de l’Anjou et enseignant à l’école centrale d’Angers. Probablement nourri de ces échanges, il publie un traité sur le sucre du raisin.

Terminant sa vie à Paris, dans la simplicité et l’austérité, il est retrouvé mort dans sa chambre le 23 février 1834.

Sources :

Les derniers chanoines de l’abbaye de Saint Georges sur Loire, Denis Mercier.

Souvenirs d’un nonagénaire, François-Yves Besnard, tome I et II

Entre Loire et Bocage, Robert Audouin, Edition HCLM, 2022, p202-203

Les génovéfains, Yves Breton, éditions Herault, 2006, p660 et 731

Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine & Loire, Célestin Port.

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Léon Draunet

Léon Draunet

1910-1979

portrait de léon draunet

Né à la Bernerie en Retz en Loire Atlantique le 25 février 1910, Léon Draunet devient orphelin à 6 ans quand son père Eugène, bourrelier, meurt au front en 1916. Tout juste marié avec Magdeleine Viard, le jeune médecin s’installe à Saint Georges sur Loire en 1937. Disponible, simple et compétent, le docteur Draunet attire rapidement une patientèle fidèle qui se familiarise vite à sa forte personnalité. Le docteur est dévoué : on le voit sillonner la ville au volant de sa voiture, souriant, à toutes les heures de la journée… et de la nuit ! Pendant la deuxième guerre mondiale, Léon Draunet fait preuve d’une grande compassion envers les familles déchirées par la douleur de la séparation. Investi dans la vie de la commune, il entre au Conseil Municipal en 1945. En 1953 il devient adjoint de Jean Gasiorowski puis lui succède comme maire en 1959. Sous son mandat, le quartier de la rue Neuve Belle est aménagé et la zone industrielle est créée. Les réseaux d’eau et d’électricité sont largement étendus et les chemins ruraux rénovés. En 1967, Léon Draunet quitte ses fonctions municipales pour se consacrer à la médecine qu’il n’a jamais cessé d’exercer. Il reste président d’honneur des Anciens combattants. Souffrant d’une grave maladie, il cesse son activité professionnelle en 1976. Il décède le jeudi 26 avril 1979. Une foule considérable assiste à ses obsèques le 28 avril, témoignage de l’estime et de la considération dont il jouissait auprès de la population.

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Ernest Faligan

Ernest Faligan

1832-1890

acte de naissance d'ernest faligan

Acte de naissance d’Ernest Faligan dans le registre de Saint Georges sur Loire (ADML)

charenton

Lamaison d’aliénés de Charenton aujourd’hui l’hopital Esquirol

Ernest Faligan naît dans le bourg de Saint Georges sur Loire le 24 novembre 1832. Son père est Hubert Faligan, greffier du juge de Paix. Sa mère, Louise Thierry, est une cousine de Charles Thierry, célèbre maître verrier.

Ernest fait ses études au lycée David d’Angers puis à la faculté de Médecine de Paris. Mais le jeune docteur a plus de goût pour les lettres que pour la Médecine et, après 8 ans dans les hôpitaux, il renonce à exercer. Il reprend des études de Lettres écrivant une thèse remarquée sur la Légende de Faust qu’il soutient seulement en 1887, à plus de cinquante ans. Dans le même temps, il publie des romans de cape et d’épée et contribue à différents journaux comme L’Union Economique, le Bulletin de la Société des Gens de Lettres ou l’Union de l’Ouest et la Revue de l’Anjou. Chroniques littéraires, nouvelles, romans, articles, la liste des productions d’Ernest Faligan est importante et sa plume est appréciée. Ses romans à épisodes, publiés dans les périodiques, regorgent d’action et de rebondissements dramatiques. Ses travaux sur Jeanne d’Arc ou sur Marlowe (rédigé en latin), montre sa grande érudition. Assoiffé de savoir, l’homme passe une thèse de droit. Ecrivain populaire, universitaire qualifié, Ernest Faligan vit son nom mis en avant non pas grâce à son talent mais en raison d’une sombre affaire dont il fut la victime.

Le 13 janvier 1873, à 10h du matin, à son domicile de Passy, Ernest Faligan reçoit une lettre du commissaire de police, l’invitant à se présenter pour une affaire le concernant. L’après-midi-même, il est interpelé par deux agents et conduit à la préfecture. Il est enfermé dans une cellule. Deux médecins l’interrogent. Faligan ne parvient pas à comprendre le motif de leur visite. Le lendemain, on le fait monter dans une voiture et il est conduit à la maison d’aliénés de Charenton où il est incarcéré. Faligan vient de passer 15 jours dans sa famille à Saint Georges. De retour à Paris depuis une semaine, rien ne justifie à ses yeux ce traitement. Il proteste mais le médecin en chef de l’établissement maintient son internement sans jamais répondre à ses interrogations.

Si Ernest Faligan se retrouve ainsi prisonnier, c’est à la demande de son père. Faligan retrouvera en 1878, à la mort de ce-dernier, les courriers par lesquels il déclencha l’incarcération de son propre fils. La loi du 30 juin 1838 permet en effet le placement volontaire et le placement d’office qui offre la possibilité légale d’interner quelqu’un contre sa volonté sur la demande d’un tiers ou de l’autorité. Dans le registre de délibérations du conseil municipal, on trouve plusieurs délibérations demandant ainsi l’internement d’habitants de Saint Georges. Cette loi décriée pour ses abus, substituait aux peines de prisons les internements à vie pour des malades souffrant de troubles mentaux sans véritable objectif de soin. Elle restera valide jusqu’en 1990.

Ernest Faligan n’a que peu de liens avec ses parents, restés à Saint Georges. Il est farouchement opposé à son père qui souhaite le voir épouser l’une de ses cousines, Louise Thierry. Ernest à 40 ans, est employé à la Bibliothèque Nationale depuis deux ans. C’est une situation modeste mais qui lui convient et surtout, lui permet d’assouvir son goût pour les Lettres et lui laisse le temps pour ses travaux littéraires. Mais ses parents ne sont pas satisfaits de cette existence et son père voit d’un mauvais œil, l’autonomie grandissante de son fils qui commence à publier des romans feuilletons dans les quotidiens. C’est tout du moins le point de vue d’Ernest.

La pression familiale et l’épuisement dû à un labeur continu pèsent sur la santé mentale de Faligan. Développant une paranoïa, l’homme se croit persécuté par son père, victime d’un complot auquel sont mêlés le directeur de la Bibliothèque Nationale et son unique ami, Faustin-Adolphe Hélie, juge au tribunal de la Seine. Ernest s’imagine suivi par la police et intoxiqué par des drogues qui lui seraient administrées secrètement et qui joueraient sur son état d’excitation. Le directeur de la bibliothèque alerte son père sur l’agitation qui tourmente son fils. Le père arrive immédiatement à Paris. Il prend contact avec le juge Hélie et Léon, un cousin d’Ernest, également dans la capitale. Il finit par convaincre son fils de retourner à Saint Georges peu avant Noël. La vie tranquille de la campagne semble apaiser Ernest mais le 31 décembre, alors que son père évoque le mariage avec Louise, Ernest entre dans une violente crise de rage et disparaît. Quand il se rend à Saint Georges, le 2 janvier 1873, il est armé et veut affronter son père. A son arrivée, les gendarmes l’attendent. Retenu, il reçoit la visite de Marie-Hylas Suaudeau, le maire, à qui il explique s’être emporté et à qui il promet de quitter Saint Georges et de ne jamais y revenir s’il est libéré. La plaidoirie est sans succès. Les gendarmes le conduisent le lendemain à la maison d’aliénés de Sainte Gemmes. Mais, les médecins qui l’examinent, dont fait partie un de ses anciens camarades de la faculté de médecine, estiment que la séquestration n’est en rien justifiée. Faligan est libéré sur ordre du préfet et il prend le train immédiatement pour regagner Paris.

Faligan va rester huit mois et demi à Charenton. Dans la maison d’aliénés, les conditions sont particulièrement difficiles. Les internés subissent outrages, violences et provocations. Faligan constate que nombre des internés sont là pour de mauvaises raisons : criminels à qui on réserve des châtiments corporels, témoins d’actes illégaux que l’on veut faire disparaître, jeunes gens marginaux que leur famille cherche à convaincre par la contrainte. Dans la deuxième moitié du XIXème, certains comparent l’institution psychiatrique à une « Bastille moderne », une nouvelle forme de prisons où toutes sortes d’indésirables sont enfermés sous le prétexte d’un traitement médical.

traitement de aliénés par balnéothérapie au XIXè

Balnéothérapie au XIXème

traitement des aliénés par hydrothérapie au XIXème

Traitement par hydrothérapie au XIXème

ostende en 1890

Ostende en 1890, ville balnéaire de Belgique, célèbre pour ses hôtels et ses bains de mer, où Ernest Faligan finira sa vie

Faligan dénonce l’usage de drogues, de purgatifs, de substances qui agissent sur le mental mais qui provoquent également des effets secondaires physiques (taches sur la peau, blanchissement des cheveux…) Les internés sont soumis à un régime d’obéissance et tout refus est puni de châtiments corporels : des bains prolongés jusqu’à l’épuisement, des douches contondantes (l’interné est placé sous un jet d’eau à haute pression qui lui est appliqué sur la colonne vertébrale), l’application de la camisole de force… L’hydrothérapie est en effet une des thérapeutiques privilégiées pour lutter contre les troubles de l’esprit. Tous les établissements psychiatriques possèdent une salle dédiée, équipée de baignoires sur lesquelles on applique un couvercle pour éviter que l’interné ne s’échappe, douches et systèmes de jets multiples. La balnéothérapie fait débat notamment sur l’impact de la température de l’eau mais les spécialistes s’accordent sur le fait que plus le malade reste dans le bain, plus fort sera son effet apaisant. Pour les patients très agités, les « bains prolongés » peuvent durer de trois à quatre heures jusqu’à plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le docteur Bonnefou de Leyme prescrit ainsi des bains de 15 à 21 jours durant lesquels les malades mangent, dorment et défèquent dans leurs baignoires. Ernest Faligan restera immergé « seulement » plusieurs heures. Les criminels internés à ses côtés sont, eux, victimes d’actes encore plus violents qui entraînent parfois la mort, les gardiens répondant systématiquement par la violence aux crises de démence. Certains internés sont plongés dans un état d’hébétement et de paralysie.

Le père rend visite régulièrement à son fils, insistant pour que ce dernier retourne à Saint Georges quand il aura retrouver ses esprits. Cette idée déclenche de vives colères chez Ernest qui y voit une manœuvre pour le contraindre au mariage. Durant son internement, le père vend ses meubles, rend les clefs de son appartement, lui confisque son argent. Le 24 mai 1873, alors qu’il est toujours interné, Ernest Faligan perd officiellement son emploi à la Bibliothèque Nationale. Fin septembre 1873, la préfecture de Police lui accorde de nouveau la liberté. Ernest Faligan est ruiné : tout son argent a été utilisé pour payer son internement. Il n’a plus de logement, plus de travail. Il n’a d’autre choix que de rentrer à Saint Georges. Ce retour est vécu comme un véritable supplice. Ernest n’a qu’un seul souhait : retourner à Paris, loin de l’influence de son père qu’il juge coupable de tous ses malheurs. Contraint de rester dans le foyer parental, Ernest plonge de nouveau dans un délire : il pense que de la belladone a été ajoutée à son tabac, qu’on lui impose un traitement aphrodisiaque pour provoquer des hallucinations érotiques propres à lui donner goût au mariage. Probablement lassée par cette confrontation incessante, sa famille finit par céder et le laisse rejoindre Paris en juin 1874.

Ernest Faligan va construire durant des années cette vision paranoïaque nourrie par des incidents réguliers avec les forces de l’ordre : arrestation pour des provocations, des altercations, des bagarres… Ce sont là des preuves pour lui des agissements d’une police secrète œuvrant pour un gouvernement occulte. Alors qu’il est dans un même temps en train de signer des thèses et des articles remarquables, Ernest rédige un pamphlet d’une centaine de pages intitulé le Gouvernement occulte de la France qu’il adresse à la Chambre en 1878 et dans une version augmentée au Sénat en 1879. Il y développe son histoire et déclare avoir les preuves d’un complot national visant à contrôler les personnes les plus vulnérables et contraindre les volontés rebelles grâce à des poisons et des drogues manipulant les humeurs et les consciences. La pétition est étudiée en commission le 29 mai 1879 et inscrite à l’ordre du jour. Le texte est présenté le 10 septembre 1879 au Sénat. Le ministre de l’intérieur et des cultes, Charles Lepère, et son secrétaire d’état, Ernest Constans, joignent à leur réponse un rapport d’expertise justifiant l’internement d’Ernest Faligan en raison d’un délire de persécution. Alors qu’il habite désormais Angers, ce dernier publie, le 24 février 1881, une réponse sous la forme d’un livret d’une trentaine pages intitulé La police, juge et parti, cherchant à déconstruire vainement l’argumentaire des experts. L’un d’eux, Henri Legrand de Saulle, considéré alors comme le spécialiste de la question du délire de persécution, avait pour avis que la révolte de la Commune de Paris était due à une maladie mentale dont avaient souffert les parisiens.

Il est aujourd’hui bien difficile de connaître la vérité : Ernest Faligan souffrait-il d’une grave maladie mentale ? Celle-ci, fut-elle déclenchée par son internement ? Son père a-t-il œuvré de son influence pour tenter de contraindre son fils au mariage ? Ou sont-ce là seulement les accusations d’un malade ? Au XIXème, il est avéré que d’autres jeunes hommes issus de la bourgeoisie furent internés contre leur volonté sur la demande de leur père qui usait de l’institution psychiatrique comme moyen d’obtenir la soumission de leur fils.

Ernest Faligan meurt à Ostende en Belgique, le 19 juin 1890. Epuisé, il cherchait à profiter de l’air marin pour ranimer ses forces.

Sources :

Célestin Port, Dictionnaire de Maine et Loire

André Joubert, Revue de l’Anjou tome XXI, p105-106,1890

Ernest Faligan, Le gouvernement occulte de la France, 1879, La Police juge et parti, 1881.

Jessie Hewitt, Institutionalizing gender-madness, the Family and psychiatric power in XIXth century in France, chapitre 4, 2014

Aude Fauvel, Les fous morts brûlés. Cauchemar, fantasme et réalité de la médecine aliéniste, 2007

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Adolphe Lair

Adolphe Lair

1834 - 1910

signature adolphe lair

Signature d’Adolphe Lair (ADML)

Adolphe Lair naît à Saint Georges sur Loire le 10 juillet 1834. Son père, Epiphane Lair, y est notaire et d’Adélaïde Lefebvre, d’origine vendéenne. Adolphe est fils unique et réside à la Comterie dans une bâtisse qui date du XVIIème. A l’âge de 11 ans, son père l’envoie au lycée d’Angers mais souhaitant suivre l’éducation de son fils, il déménage son étude à Angers. De 1845 à 1852, Adolphe se distingue dans toutes les matières, prix d’honneur en rhétorique et en philosophie. Le brillant élève noue une amitié avec un jeune professeur, Adolphe Perraud, futur évêque d’Autun et membre de l’Académie Française. Cette relation perdurera toutes leur vie.

En 1852, Adolphe s’inscrit à la Faculté de Droit de Paris. Il y recevra chaque semaine la visite d’Adolphe Perraud. Adolphe Lair est licencié en 1854, il est reçu docteur en 1859 soutenant une thèse sur la réhabilitation des condamnés. Il fait des stages d’avocat au Barreau de Paris et assiste avec un grand intérêt aux procès politiques. Ouvert d’esprit, il poursuit sa formation intellectuelle, suivant des cours de philosophie, de littérature et même de sciences à la Sorbonne et au collège de France. Adolphe Lair étudie pendant dix ans, faisant preuve d’une véritable soif de savoir et profitant de rencontres estimables. Dès son arrivée à Paris, il est accueillie par Jean-Philibert Damiron, philosophe et membre de l’Académie des Sciences morales et politiques. Il s’y nourrit de sa doctrine et de ses leçons. Chez le philosophe, il rencontre Paul François Dubois, un universitaire de haut rang, ancien directeur de l’école normale supérieur, Etienne Vacherot, philosophe et homme politique ou encore, Charles Waddington, philosophe.

Adolphe Lair évolue donc durant dix ans dans cette élite intellectuelle, stimulante et au combien enrichissante. Il songe à devenir professeur à la Faculté de Droit mais il choisit finalement la magistrature. Le jeune avocat est reçu par Delangle, le garde des Sceaux, qui apprécie très vite les qualités de l’homme. En février 1862, Adolphe Lair est nommé substitut du procureur impérial à Cholet, tribunal d’importance qui le rapproche de sa famille. Il quitte avec peine Paris et son groupe d’intellectuels pour se consacrer pleinement à ses nouvelles fonctions avec talent. Son avancement est rapide. En 1865, il devient substitut du procureur impérial à Laval puis en 1867 à Beaugé. En cinq ans, son seul mérite lui permet de franchir tous ces grades.

Le 22 juillet 1867, Adolphe Lair épouse à Angers Louise Talbot, fille d’Eugène Talbot, avocat général reconnu. Le couple s’installe à Beaugé ; un fils, Paul-Eugène, naît ; c’est une existence heureuse. Mais en 1870, la guerre éclate et alors que le second empire s’écroule, des révoltes éclatent dans l’arrondissement de Beaugé. Des fermes, des bois, des châteaux sont mis à feu alors qu’il ne reste que deux gendarmes pour veiller à l’ordre public, suite à la réquisition du 4 septembre. Adolphe Lair, assisté de quelques hommes de bonne volonté, prend les armes et se rend sur le terrain pour maintenir le calme.

Mais le nouveau gouvernement lance une purge dans la magistrature : le procureur général est révoqué. Pour ne pas demeurer sous les ordres de son remplaçant, 18 magistrats du ressort d’Angers donne leur démission. Adolphe Lair en fait partie. Il quitte Beaugé, non sans peine, et rejoint la garde nationale à Angers. A la fin de l’année 1870, Adolphe Lair souffre d’une grave fièvre scarlatine. Il perd subitement sa mère dont il était très proche. Affecté par la situation politique, le contexte de guerre avec la Prusse puis le climat insurrectionnel de la Commune, Adolphe Lair traversent douloureusement ces longs mois. Au mois de juin 1871, le Garde des Sceaux Dufaure le nomme substitut du procureur général près la cour d’Angers aux côtés de Louis Gain, avec qui il va se lier d’une profonde amitié. Les deux hommes sont complémentaires et un travail exemplaire au Parquet. En 1872, nait le second fils du couple Lair, Maurice.

En 1873, Louis Gain devient procureur de la République à Angers. Jean Ernoul, le Garde des Sceaux, propose à Adolphe Lair de devenir son chef de cabinet. C’est pour Adolphe la certitude d’un bel avenir, le retour à Paris qu’il a tant appréciée. Mais son père est gravement malade et Adolphe renonce à ses ambitions pour rester auprès de lui. L’année suivant il refuse pour les mêmes raisons, un poste d’avocat général et demande un siège de Conseiller à la Cour qu’il obtient, pour se fixer en Anjou. Il va occuper se poste durant neuf ans. C’est à cette période qu’il fait construire l’actuel château de la Comterie.

la comterie facade nord

Le château de la Comterie

première page d'un livre d'adolphe lair

La page titre d’un des derniers ouvrages d’Adolphe Lair tiré des papiers de Dubois

Mais la Cour d’Angers déplaît : elle compte en son sein trop de libres volontés et trop d’esprits impartiaux. Sous le couvert d’une réduction de personnel, 16 magistrats sur les 21 sont écartés de leur siège par la loi d’épuration du 30 août 1883. Adolphe Lair n’en fait pas partie mais il donne sa démission en signe de protestation. Il écrit dans ses notes : « Il est à craindre que, désormais, tous les pouvoirs qui se succéderont en France ne s’empressent, à l’envi, de chercher des juges à eux et ne portent, par représailles, de nouveaux coups à l’indépendance des magistrats. Ce jour-là, ce sera fait pour jamais de la justice… »

En 1883, Adolphe Lair a déjà publié de nombreux ouvrages principalement des commentaires des Lois et de la Jurisprudence. Profitant d’une liberté nouvelle, il va se consacrer à l’écriture. Il va rédiger des articles pour la Revue d’Anjou ou pour le Correspondant. A partir de 1898, Adolphe Lair va se consacrer à retracer la période où il résidait à Paris et côtoyait les cercles philosophiques. Il va publier des documents inédits de Dubois et Damiron ainsi que la correspondance de Théodore Jouffroy. Ce travail colossal va l’occuper pendant dix ans.

Adolphe Lair meurt à Angers, le 16 février 1910. L’annonce de son décès suscite un certain émoi dans les cercles littéraires et intellectuels auxquels il contribuait comme l’académie des sciences morales et politiques de Paris. A ses obsèques à Angers, ses amis, ses anciens collègues et la population respectueuse de son travail lui rendent un dernier hommage. Puis son corps est inhumé au cimetière de Saint Georges aux côtés de ses parents. Son fils Maurice, sera maire de Saint Georges de 1922 à 1945. Sa femme Louise, décède en 1932.

Sources :

Georges Belin, Un magistrat : Adolphe Lair, Revue d’Anjou, tome 62, p.162-194 et 271-282, 1911.

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Julien Heurtelou

Julien Heurtelou

1727-1791

maison rené furet

La maison René furet, situé au 7 rue de l’oisellerie à Angers où résida Julien Heurtelou

Julien Heurtelou est né le 24 janvier 1727. Il est le fils de Jean Heurtelou, commis à la recette des tailles à Angers, et de Jeanne Simon, propriétaire d’une carrière d’ardoise.

Son frère jumeau, François part en 1750 pour Saint Domingue. En 1665, L’angevin Bertrand d’Oregon devenait premier gouverneur au nom du roi de la colonie. Cette nomination va créer un véritable pont entre l’Anjou et l’île Antillaise. Tout un courant d’émigration à destination de l’Amérique se développe le long du réseau de la Loire, affectant les couches sociales les plus diverses. Bien des fortunes angevines investissent dans la fameuse Isle à sucre. De riches négociants de l’île viennent également investir en Anjou comme Antoine Walsh qui vient d’acheter le château de Serrant en 1749 ou encore, Etienne Fortier, armateur nantais qui achète le château de Chevigné en 1761. Mais l’île attire également des petits bourgeois comme François Heurtelou qui espère y faire fortune. Il travaille d’abord comme commis d’une maison de commerce au Petit-Goave, localité d’importance où siège le conseil supérieur de l’île. Si François se plaint des conditions de travail, de son salaire et de son patron, un certain Reverdy, il est charmé par l’exotisme de l’île. « Les chemins sont couverts par les orangers et citronniers ; mille petits ruisseaux serpentent de tous côtés, » écrit-il à son frère resté en France. Reverdy fait miroiter que François prendra la tête de son affaire à sa mort ; en attendant il offre un petit salaire de misère à François qui ronge son frein. Il faut dire que les affaires sont prospères : Reverdy vend des esclaves dans les plantations. François témoigne à son frère dans ses lettres : « Il lui est arrivé, il y a deux mois un navire de 500 Noirs et sous deux mois il en attend un autre. (…) C’est, je t’assure, la meilleure marchandise que l’on puisse apporter à Saint Domingue. Ils se vendent 1400 livres les femmes et 1500 livres les hommes, et même plus quand ils sont beaux et jeunes. » Reverdy cherche à marier le jeune homme à la sœur d’un riche négociant mais François décide de changer d’employeur et le mariage n’a pas lieu.

En 1753, cela fait trois ans et demi que François a quitté la France, il décide de monter sa propre affaire. Mais en 1756 éclate la guerre des sept ans, conflit mondial entre la France alliée à l’Autriche et l’Angleterre alliée à la Prusse qui vont s’affronter en Europe et dans toutes leurs colonies. « Dès que la guerre fut déclarée, je m’imaginai, parce que je l’entendais dire, que c’était un temps favorable à la fortune (…) Je n’ai fait que me ruiner peu à peu sans jamais voir le jour à la moindre entreprise pendant sept ans et demi qu’a duré cette guerre », explique-t-il à son frère.

Ses affaires commerciales au plus bas, ayant perdu la moitié de sa fortune en six mois, François va devenir procureur de plantations, c’est-à-dire administrer des exploitations de l’île pour des propriétaires angevins restés en métropole. Il charge alors Julien, son frère d’accomplir des démarches en son nom à Angers. Julien est devenu, en 1751, trésorier-receveur des octrois et secrétaire de l’hôtel de ville d’Angers, succédant à son grand-père maternel, Simon Simon.  Il habite à Angers, dans la maison René Furet, du nom de son commanditaire au XVIème siècle. Julien va rechercher pour son frère des propriétaires angevins susceptibles d’embaucher son frère à Saint Domingue. En février 1760, il contacte ainsi, à la demande de son frère, la veuve d’un marchand de dentelle, mort sur l’île, pour l’inviter à signer une procuration à l’avantage de François. Six mois plus tard, c’est un raffineur qui décède et Julien doit trouver sa femme à Angers.

Julien se marie avec Anne-Christine Lusson, le 31 janvier 1763 à Angers. Celle-ci est la fille de Georges Lusson, fils de René Lusson, greffier du comté de Serrant, et de Anne Marie Jory, fille d’un marchand et ancien juge d’Angers. Il reçoit le château de la Bénaudière en dot et le couple s’installe à Saint Georges sur Loire.

En 1761, François Heurtelou avait été embauché chez un grand négociant de Léogâne. Quand en 1763, l’un des patrons décède et l’autre retourne en métropole, François s’associe pour reprendre le commerce. Les débuts de la jeune société sont prometteurs : la paix provoque une reprise générale des affaires. La colonie a manqué de tout depuis sept ans et en particulier d’esclaves. « Le premier jour de notre société, il nous arriva un négrier de 495 Noirs dont la vente s’est montée à 580 000 livres. C’est un événement qui nous est de bon augure pour l’avenir », écrit-il à son frère. François Heurtelou va alors connaître une grande réussite sociale et financière. A partir de 1771, il devient l’un des plus importants négociants de Saint Domingue. « Je me vois possesseur de la plus belle maison d’ici, d’une vingtaine de bons domestiques, d’autant de chevaux et de plusieurs milliers d’affaires. »

François Heurtelou ne rentre qu’une fois en France, en 1770, durant 5 mois mais son regard reste tourné vers la métropole. S’il ne regrette rien de la vie angevine, il charge son frère, Julien, de réaliser la bonne affaire immobilière. « Si dans deux ou trois ans, il se présentait quelques terres en Anjou du prix de 150 à 200 000 livres, tu me feras le plaisir de m’en instruire », lui confit-il. François diversifie son activité : en 1772, il achète une cafèterie sur laquelle il a « 105 beaux nègres, 20 mulets de charges, avec plusieurs autres bestiaux » et dont il espère tirer 100 000 livres dès la première année. Mais alors que François développe une fortune considérable, les affaires familiales en Anjou sont très difficiles.

acte de mariage de Julien Heurtelou et Anne Christine Lusson

Acte de mariage deJulien Heurtelou et Anne Christine Lusson (ADML, registre de Saint Pierre d’Angers 1757-1777 p.165)

carte de Saint Domingue en 1789

carte de Saint Domingue en 1789

La sœur de Julien et François, Marguerite est l’épouse de Louis Sartre du Verger. L’homme est à la tête d’un prospère commerce de drap et de soie et d’une entreprise d’exportation d’ardoise. Jeanne Heurtelou, la mère de Julien et François, propriétaire d’une carrière d’ardoise, s’est associée à son gendre. Le 20 mai 1771, Julien annonce à son frère la faillite de Louis Sartre qui touche également sa mère. Louis Sartre, ruiné, sa femme et leurs cinq enfants sont désormais sans ressource : ils envisagent de rejoindre Saint Domingue pour retrouver le frère de Louis. Mais les malheureux ne sont pas les bienvenus à Saint Domingue. François conseille à sa sœur de se retirer à la campagne tout en cessant de s’occuper d’ardoises. Joseph Sartre, le frère de Louis en fait tout autant. Mais acculé par les dettes, – le père de Louis refusant de payer pour son fils et les Heurtelou incapables de couvrir de telles sommes – , Louis quitte la France le 3 novembre 1771, laissant derrière lui femme et enfants pour rejoindre Saint Domingue 54 jours plus tard.

Cette fuite n’est pas sans conséquence sur la famille Heurtelou car les créanciers font pression sur la pauvre Marguerite ainsi que sur Jeanne Heurtelou. Pour aider sa sœur et sa mère, Julien qui est trésorier-receveur de l’octroi de l’hôtel de ville d’Angers prélève dans les fonds publics de sa caisse 25 000 livres. Le détournement est finalement découvert : Julien est renvoyé et il est sommé de rembourser l’argent manquant.

Dans une situation critique, Julien se tourne vers son frère François, devenu par sa réussite, le dernier salut de la famille. Mais François, qui vient d’investir dans la cafèterie plus de 350 000 livres, fait preuve de réticence et tarde à lui envoyer l’argent. Le 12 février 1773, face à cette situation, Julien supplie son frère, dans un véritable appel de détresse : «J’ai un pressant besoin de tes secours (…) Tu me proposes de renvoyer mon compte à 1774. Tous les jours on me demande quand il sera prêt, et il y a plus d’un an qu’on me demande quand il sera prêt.  (…) Dans cette position, il ne me reste donc que toi, cher frère, sur qui je puisse compter. » François ne reste pas insensible à la peine de son frère et lui fait parvenir 40 000 livres. Julien parvient à négocier le remboursement de son dû et fait parvenir une requête pour être réintégré à son poste de trésorier-receveur. La requête est rejetée sans grande surprise.

Louis Sartre a, lui, rejoint Port-au-Prince au début de l’année 1772. Il est accueilli avec une vive amitié par son frère Joseph, marié à la fille d’un conseiller de l’île, qui lui promet de lui trouver du travail. Mais Louis souffre de fièvres pendant de longues semaines et peine à trouver un emploi. Son frère n’a finalement que peu de réseau. Louis, dans un profond désarroi, se retourne alors vers son beau-frère, François qui lui propose un poste de gérant dans sa caféterie. Louis prend donc la tête de la plantation, plein d’optimisme. L’exploitation du café est en plein boom. La plante a été introduite sur l’île en 1725 et d’abord cultivée dans de petites exploitations familiales d’une vingtaine d’esclaves. Après la guerre des sept ans qui a fait chuter les cours du sucre, on voit donc se développer de grandes caféteries dans toute l’île. Des colons fraichement débarqués investissent massivement et font fortune. La caféterie du Coq qui Chante de François Heurtelou va donc profiter de cet élan.

Si François doit investir massivement pour remettre la caféterie sur pied, il bénéficie, du fait de son activité de négociant, d’esclaves en grand nombre. Les espoirs de François sont grands pour cette affaire. Mais les déceptions ne tardent pas à venir. Louis Sartre se révèle un piètre administrateur, incapable de gérer les 150 esclaves du domaine.  Les recettes sont loin de celles escomptés tout comme les récoltes. « La récolte n’est pas si considérable qu’elle devrait l’être parce que je n’ai pas assez de nègres, j’en ai eu beaucoup de malades. J’en ai même perdu cinq. » Les esclaves arrivés depuis peu sur l’île ont en effet du mal à s’habituer aux conditions de vie de la plantation située dans les hauteurs de l’île et au climat plus rude.

Les tensions grandissent entre François Heurtelou et son beau-frère, d’autant que celui-ci émet le souhait de faire venir sa femme Marguerite et ses enfants. François s’y oppose fermement. « Tu peux assurer à ma sœur que du moment qu’elle arrivera, je l’abandonnerai, elle, son mari, et ses enfants » écrit-il à Julien en 1773. Mais sur l’île comme en affaires, la patience est de mise et, l’année suivante, Louis Sartre s’affirme dans son rôle de gérant et la caféterie fait de gros progrès si bien qu’en 1775, la plantation s’agrandit de 40 000 pieds.

En 1776, François Heurtelou devient procureur d’une grande propriété. Il vend la caféterie à Louis Sartre qui semble enfin renouer avec le succès. Mais son beau-frère retire les 120 esclaves qui travaillent dans la plantation. Louis Sartre va donc emprunter de l’argent à son beau-frère pour retrouver de la main-d’œuvre. Malgré cela, il reste confiant et espère rembourser son beau-frère et ses créanciers angevins en quelques années avant de revenir en Anjou. Ses projets ne verront jamais le jour : il tombe malade et meurt le 29 août 1777. François Heurtelou meurt, quatre ans plus tard, à Léogâne. Il lègue à son frère et à sa sœur, 360 000 livres. Mais la liquidation du legs est difficile. La fortune du défunt est constituée principalement de créances contractées par les colons pour des achats d’esclaves. Dans un contexte de guerre, il est difficile de recouvrir ces dettes d’autant que Shéridan, l’exécuteur testamentaire, n’est pas vraiment connu pour son honnêteté et fait traîner les choses. En 1791, à la mort de Julien Heurtelou, la succession fait encore l’objet de contestation.

Le fils de Julien Heurtelou, Julien Georges Jean, né le 26 mai 1765, deviendra officier municipal de novembre 1791 à avril 1795, puis administrateur du district d’Angers jusqu’en juin 1798, à la suite de quoi, il deviendra membre de la commission des hospices et membre du conseil général de 1800 à 1808. Il fait reconstruire le château de la Bénaudière après 1796. Il est élu à la chambre des Députés en 1815 pendant la Restauration. Il décède à la Bénaudière le 30 août 1841. Le château devient la propriété de Charles-Marie Calixte de Jousselin en 1854.

Sources :

Charles Frostin (1970), Entre l’Anjou et Saint Domingue : de l’ardoise au café (1750-1791), Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, Numéro 13-14, Pages 29-63.

Célestin Port, Dictionnaire de Maine et Loire, tome II p 281, 1978.

Revue de l’Anjou, tome 14ème, 1887, page 74

Carte postale du château de la bénaudière au début du XXème siècle

Le château de la Bénaudière à Saint Georges sur Loire fut reconstruit en 1796 par Julien Georges Jean Heurtelou, fils de Julien Heurtelou

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Pierre-Henri Marchand

Pierre-Henri Marchand

1752-1833

signature de pierre henri marchand

Signature de Pierre-Henri Marchand dans le registre de Baracé en 1779 (ADML)

Pierre-Henri naît le 14 avril 1752 à la Flèche. Son père est menuisier. Il devient diacre, au Mans, le 28 mai 1774 puis vicaire de Saint Pierre d’Angers le 6 août 1776.

Sur la recommandation de François-Yves Besnard qui a décliné l’offre,  le seigneur de La Lorie, dont le château était situé à la Chapelle sur Oudon près de Segré, fait de Pierre-Henri Marchand le précepteur de son fils, Charles Auguste Constantin. Mais l’enfant décède, avant ses dix ans, le 15 avril 1778. Pierre-Henri Marchand devient alors curé de Baracé, près de Durtal, le 14 février 1779. Il est toujours dans le village quand éclate la Révolution. Il prête alors serment le 16 janvier 1791 devenant procureur puis officier public tenant les registres. Pierre-Henri Marchand va alors participer activement à la Révolution, faisant preuve d’audace dans ses propositions. Ainsi, le 24 août 1793, par courrier, il recommande au ministre des cultes de légiférer contre le célibat des prêtres. « Le célibat est l’ennemi de la nature, le poison des sociétés, la source de toute corruption. Hâtez-vous de décréter que nul célibataire ne pourra être représentant, fonctionnaire public ni curé », conseille-t-il.

Ses idées et sa ferveur le font prendre de nouvelles responsabilités : le 6 octobre 1793, il devient membre du Directoire du département. Il quitte alors Baracé et s’installe à Angers. Le 8 mars 1794, il renonce même à la foi chrétienne. Cependant, suite à la loi du 21 février 1795 qui rétablit la liberté de culte, il exerce de nouveau le culte constitutionnel à Baracé. Mais le curé reste convaincu par les idées révolutionnaires : il célèbre les cérémonies non plus le dimanche mais au décadi, la semaine révolutionnaire durant désormais 10 jours. Ces positions lui attirent les foudres des plus traditionalistes. Par peur des chouans, il se réfugie à la Flèche en août, où il retrouve le calme, « les chouans n’ayant pas pénétré jusqu’à ces communes ».  Il tient alors plusieurs discours au club Révolutionnaire de la ville.

Il est délégué départemental de Maine et Loire au concile constitutionnel de Paris, du 15 août 1797. Durant cette réunion, 34 évêques et 10 représentants de diocèses dépourvus de pasteurs prêtent « serment de haine à la royauté et à l’anarchie ». Le concile se déroule sans encombre malgré le coup d’état du 18 fructidor, le 4 septembre, au sein du Directoire ; les ecclésiastiques quittent Paris le 15 novembre 1797. A son retour, il est nommé Lecteur par l’Assemblée primaire du canton de Durtal le 21 mars 1798.

Agent zélé et plein d’ardeur, Pierre-Henri Marchand devient un peu trop influent. Il est dénoncé pour avoir, soi-disant, tenu des propos anti-républicains et fanatiques, opposant le Gouvernement et la Religion. Le 24 novembre 1798, il fait parvenir au ministre de la police, une pétition où il récuse les faits qui lui sont reprochés. Il accuse ses dénonciateurs d’être issus du milieu chouan et il rappelle son dévouement à l’administration révolutionnaire. Malgré cet argumentaire, le Directoire exécutif prend un arrêté contre lui le même jour. Il est emprisonné à la Rossignolerie, aujourd’hui le lycée David D’Angers, avant d’être exilé sur l’île de Ré, le 12 janvier 1799. Il est libéré le 10 août 1799 sur l’intervention de Michel-Louis Talot, homme de loi, politique et militaire, député du Maine-et-Loire. Sa liberté retrouvée, le Curé de Baracé publie une pétition où il demande la mise en liberté de quatorze malheureux patriotes détenus avec lui.  Pierre-Henri Marchand rentre dans sa famille mais, dès février 1800, il reprend le culte à Baracé. Il est de nouveau député au concile constitutionnel de Paris de 1801.

eglise de barace

L’ancienne église de Baracé

portrait de Charles montault, évêque d'angers en 1802

Charles Montault, évêque d’Angers en 1802

Le 11 août 1801, le préfet de Maine et Loire adresse au ministre de l’intérieur sa « liste des prêtres qui pouvaient mériter la confiance du gouvernement ». Marchand y figure en bonne place. Il y est décrit comme « curé de bonne mœurs, à la conduite sans reproches ». Le préfet explique qu’il lui a été proposé de devenir évêque constitutionnel. L’abbé Marchand a refusé.

Suite à la signature du concordat entre Napoléon et le Pape Pie VII, en 1801, le culte en France est réorganisé après la période révolutionnaire. Pierre-Henri Marchand finit par se soumettre à Mgr Montault, évêque concordataire d’Angers, ordonné en 1802, non sans l’avertir qu’il ne renonce en rien aux idées de la Révolution. Le 19 juin 1802, il écrit à l’évêque , originaire du Poitou et fraichement arrivé en Anjou, pour le prévenir de l’idéologie réactionnaire de certains prêtres : « Tout est employé pour consommer la défaite de ceux qui ont sauvé la religion et la patrie. On ose soutenir que nos évêques ont donné leur rétractation et accepté une réconciliation humiliante et contraire à leurs principes. (…) Jésus-Christ, abandonné des siens, meurt attaché à la croix par des prêtres. Je périrai, s’il le faut, comme mon Maître, et ma conscience sera mon lit de repos », écrit-il. L’abbé Marchand avait longtemps soutenu l’abbé Bernier, évêque d’Orléans, qui, chargé par Bonaparte de la signature du Concordat, voulait organiser l’Anjou. Mais l’évêque d’Angers s’appuyant sur le ministre des cultes, Portalis, avocat et politique, connu pour être l’un des rédacteurs du code civil de Napoléon en 1804, écarta Bernier

L’abbé Marchand était également proche du général Girardon, commandant du département de Maine et Loire. Ce dernier avait une influence notable sur Portalis. Il fit remonter à Paris que plusieurs curés d’Anjou semaient les germes d’une nouvelle guerre civile dans leur paroisse. L’évêque d’Angers est alors reçu par Napoléon devant qui il soutient que “la paix règne en Anjou, aucun prêtre ne songe à troubler le gouvernement”.

Ces relations avec l’évêque ont certainement nuit à Pierre-Henri Marchand. En 1802, une notice sur les prêtres non-rétractés dit de lui :”Il eut été à désirer que Monsieur l’évêque l’eut fait vicaire général”. C’est grâce à l’intervention de Portalis que Marchand devient curé de Saint Georges sur Loire en décembre 1802, après s’être soumis au concordat.

Le 6 avril 1807, l’abbé Marchand prévient Portalis, devenu ministre des cultes, qu’il va démissionner « car sa santé s’altère de plus en plus ». En juin 1808, il assiste à la visite de Napoléon au château de Serrant et à la fête offerte par Louise de Vaudreuil en l’honneur de l’Empereur. Il est nommé par l’évêque, curé desservant de Baracé, le 21 décembre 1808. Puis il retourne à Saint Georges le 1er juillet 1810 où un autre curé Julien François Martin est en fonction depuis février 1809. Le 17 février 1812, il devient curé desservant de Saint Léger des Bois.

Il se retire à la Flèche le 1er juillet 1819. Il décède dans sa maison, rue de l’Hôtel de Ville, le 6 janvier 1833.

Sources : Célestin Port, Perin du Rouvray, L’Anjou Historique tome 44, André Joubert (Une famille de grands prévôts d’Anjou), J.Dumont (Vie de Monseigneur Charles Montault Desilles)