Le 11 août 1808, une effervescence particulière règne du village jusqu’au château de Serrant. L’empereur Napoléon Ier et sa femme, l’impératrice Joséphine, sont attendus à Saint Georges pour passer la nuit dans une chambre du château, spécialement aménagée pour l’occasion. Les maisons du village sont décorées et couvertes d’inscriptions à la gloire de l’empereur. Près de 8 000 personnes venues des communes voisines se rassemblent. C’est une foule considérable pour le village qui compte alors un peu moins de 2500 habitants. Un arc de triomphe est élevé sur la grande route.
L’empereur est accueilli en musique par un discours du maire de Saint Georges, Charles de Boissard, ancien militaire. Le cortège se rend ensuite au château où l’attendent Antoine Joseph Walsh et sa seconde femme, Louise de Vaudreuil qu’il a épousée en Angleterre, pendant la Révolution. La comtesse est l’une des dames de palais de l’impératrice, durant son exil. C’est elle qui a invité à Serrant l’empereur avec qui elle partage une grande intimité. « Il avait beaucoup de confiance en moi et tous les jours où j’étais à la cour, il causait avec moi. J’étais aussi sa lectrice ; il trouvait que je lisais bien », expliquera-t-elle à Jean-François Bodin, son ami historien, bien des années plus tard.
La comtesse Louise de Vaudreuil, confidente de Napoléon
La chambre empire du château de Serrant
L’heure est à la fête : les cours du château sont remplies de beau monde, la façade a été illuminée et l’on danse et l’on boit. La châtelaine comme son invité fait cependant une triste mine. Les officiers de l’empereur ont prévenu quelques heures auparavant que Napoléon, retardé à Nantes par une urgence, arriverait tardivement et ne pourrait coucher au château. Il vient en effet d’être averti par son écuyer, Monsieur de Villoutreys, arrivant tout droit d’Espagne, du revers militaire subi par ses armées. Mais à Serrant, il donne le change pour le plaisir de la comtesse. Devant la façade du château, il s’exclame : « Je vois enfin un château en France ; cette architecture me rappelle l’Italie » puis glisse à l’oreille de la comtesse, en italien afin d’éviter les oreilles indiscrètes, les raisons qui le poussent à écourter sa visite. Il quitte Saint Georges quelques minutes plus tard, en direction d’Angers où il sera accueilli aux sons des cloches et des cris de joie, par la garde d’honneur à cheval et le maire de la ville sous un arc de triomphe de 24 mètres de large portant l’inscription « A Napoléon le Grand, pacificateur des départements de l’Ouest, restaurateur de nos cités, de nos hameaux, de nos autels, fondateur généreux de nos établissements agricoles, scientifiques et littéraires ».
Le lendemain matin, le couple impérial décline l’invitation au bal organisé en leur honneur dans la salle de la mairie d’Angers, drapée pour l’occasion de blanc et de rose et décorée de guirlande de verdure et de fleurs. Après une rapide présentation des notables de la ville en présence de Louise de Vaudreuil à qui il demande quelques confidences, l’empereur monte dans sa voiture et prend la route en direction du Saumurois. Sur le chemin, les habitants des campagnes lui font une démonstration de leur joie. Après une halte à Saumur en liesse, le convoi rejoint Tours ce 12 août 1808, un peu avant minuit. Le 15 août, à 8 heures du soir, l’empereur était aux Tuileries.
Sources :
L’Anjou historique, La comtesse de Serrant et l’historien Bodin, Mai 1902, Napoléon 1er à Angers et à Saumur, 1907.