Le plan de l’appartement de la rue Hauteville, lieu du crime
Le samedi 23 mars, au petit matin, Barré va réveiller son complice. A Lebiez qui le questionne sur ses motivations du jour, Barré répond : « C’est sérieux, j’ai promis à Léontine que je ne reviendrais pas sans avoir de l’argent. Il ne faut pas toujours rester dans la dèche comme ça. » Sa maitresse vient en effet de le quitter et ne reviendra uniquement s’il peut subvenir à ses besoins. Elle a pris un logement et travaille dans une brasserie comme serveuse pour payer son loyer. Décidés à agir, les deux assassins rejoignent le cabinet de Barré. Sur le chemin, ils discutent de la manière de faire disparaître le corps et en passant devant la boutique de la laitière, ne manquent pas de lui rappeler sa livraison quotidienne.
Dans l’appartement, Barré a prévu une malle pour emporter le cadavre. Lebiez se cache derrière la porte d’entrée. Barré a dissimulé un marteau dans sa poche. Ils attendent une longue demi-heure. Les deux meurtriers s’impatientent. La laitière arrive à la porte de l’appartement mais trouvant la cordelette de la sonnette coupée, entre sans s’annoncer. Croyant surprendre les deux hommes dans un moment intime, elle s’excuse platement. Barré la frappe à la tête avec le marteau. La femme s’écroule en continuant de s’excuser. Lebiez se saisit de l’arme et frappe de nouveau la laitière avant de l’atteindre au cœur avec un canif-grattoir effilé par six reprises. Le crime n’a duré que quelques instants, il n’y a eu aucun bruit, aucun témoin : il faut maintenant faire disparaître le corps. Les deux assassins tentent de déposer le corps dans la malle : la valise est trop petite aussi abandonnent-ils rapidement leur tâche. Ils nettoient les traces de leur crime, changent de vêtements. Dans la poche de la victime, ils ont trouvé la clef du logement de la laitière. Lebiez rentre chez lui avec pour mission de régler le problème du corps. Pendant ce temps, Barré se rend rue de Paradis Poissonnière. Dans la chambre à coucher, il découvre les titres qu’il s’empresse d’emporter. Fort de ses connaissances en dissection, Lebiez, lui, a découpé, à l’aide d’un rasoir, le corps en huit morceaux qu’il a entassés dans la malle. Barré se débarrasse des titres nominatifs en les brûlant et peine à vendre le reste. Il ne parvient qu’à échanger deux obligations pour la modique somme de 50 francs qu’il partage avec son complice.
Le 42 rue Poliveau en 1878 où fut découvert une partie du corps de la victime
Il faut maintenant s’occuper du corps. Les deux assassins décident de le faire disparaître, morceau par morceau, en le jetant dans la Bièvre. La rivière passant près des hôpitaux, les deux criminels imaginent que la présence de membres coupés n’attirera pas l’attention. En effet, il n’est pas rare que l’on trouve des pièces liées aux séances d’anatomie dans les environs. Pour cela, Barré loue une chambre au 42 de la rue Poliveau usant d’une fausse identité. C’est sous le nom d’Emile Gérard, étudiant de Blois, qui séjourne officiellement pour huit jours dans le logement que Barré signe le registre.
Le duo doit maintenant organiser le transport de la malle. Lebiez engage un commissionnaire dans la rue mais quand celui-ci monte dans l’appartement, Barré constate avec effroi que du sang s’écoule de la malle. Il n’a d’autre choix que de renvoyer l’homme. Lebiez voit donc sortir sa recrue sans aucun chargement. Quand il monte à son tour dans l’appartement, il trouve l’appartement vide. Barré, pris de panique, a rejoint la brasserie où travaille désormais sa maîtresse : il lui remet 100 francs ainsi que les titres volés sans lui révéler les méfaits dont il s’est rendu coupable. Puis, il retourne chez lui où l’attend Lebiez. Cherchant toujours un moyen de se débrasser du corps, ils cachent le tronc et la tête dans le fourneau de la cuisine et sortent, au petit jour, avec deux paquets contenant les membres pour rejoindre la chambre de la rue Poliveau où ils les cachent dans un placard.
Le lendemain, Léontine Lepin profite de cette fortune nouvellement acquise pour payer 95 francs à la nourrice de son enfant. Euphorique, elle lui montre les titres en lui déclarant : « Voyez comme je suis riche ! ». Elle passe ensuite la journée avec Barré qui a retrouvé toutes ses faveurs, allant de cafés en brasseries à s’enivrer. Barré décide de confier à Demol, un clerc d’origine allemande avec qui il a déjà travaillé, la vente de nouvelles obligations ainsi que l’achat d’une malle qu’il souhaite de très bon marché car « elle ne doit me servir qu’une fois ». C’est dans cette malle qu’il a pris soin de garnir avec des linges et de la ouate, que Barré dépose la tête et le tronc de la victime.