Saint Georges Patrimoine

Arthur de Cumont

1818-1902

Photographie d'Arthur de Cumont
commissiondes trente

Commission des Trente en 1873, Arthur de Cumont tout à gauche

arthur de cumont
Arthur de Cumont

Arthur de Cumont, une figure politique de la IIIᵉ République

Le vicomte Arthur de Cumont est né à Angers le 19 Avril 1818 et mort à Saint Georges sur Loire le 10 février 1902.

Arthur de Cumont était un homme politique catholique traditionaliste dont les idées étaient inspirées par Alfred de Falloux, homme politique angevin du courant légitimiste qui défendait une monarchie parlementaire sur un modèle libéral.

Arthur de Cumont fut d’abord journaliste. Il fonde en 1848 le journal L’Ami du peuple à Angers avant de devenir en 1862, rédacteur en chef de L’Union de l’Ouest, un quotidien traitant principalement de religion, de littérature et de sciences publié à Angers entre 1845 et 1891. Royaliste et polémiste, Arthur de Cumont est poursuivi, averti et condamné à des amendes régulièrement pour des « informations fausses et erronées » (1852), des « allusions injurieuses » (1852),  « outrages et insultes » (1861), de « violentes attaques et d’odieuses imputations » (1862), pour diffamation (1868). Ses prises de position virulentes dénonçant L’univers, un quotidien concurrent et républicain, le rendent cependant célèbre. Il soutient en particulier les positions de Félix Dupanloup, évêque d’Orléans, sur l’infaillibilité du Pape face aux critiques de Louis Veuillot, rédacteur en chef de L’Univers, avec qui il a l’habitude de polémiquer par média interposé et pour lequel il nourrit une véritable haine. « Si je dois me trouver en l’autre monde à la droite du Père Eternel, en compagnie de Louis Veuillot, je préfère dores et déjà renoncer à ma part de Paradis« , déclarait-il à qui voulait l’entendre.

Des prises de position royalistes

En 1870, Arthur de Cumont est signataire, avec 80 autres légitimistes, du manifeste écrit par Jean Ernoul, le bâtonnier de Poitiers, qui propose au comte de Chambord, prétendant au trône de France, une constitution rétablissant une monarchie héréditaire et traditionnelle, dans un régime constitutionnel et parlementaire.

Durant la guerre franco-prussienne de 1870, il est l’auteur de violentes attaques contre le gouvernement de la Défense nationale. Le journal est suspendu pour deux mois par Léon Gambetta, le ministre de l’intérieur. Cette décision conduit Arthur de Cumont à s’en prendre violemment au préfet de Maine et Loire, Maurice Englehard qui rédigea l’arrêté de suspension. Maire de Strasbourg, Englehard est envoyé en 1870 à Angers pour combattre à la fois les bonapartistes, les légitimistes et les cléricaux : l’une de ses premières mesures sera d’interdire aux fonctionnaires d’assister à la messe de rentrée. Arthur de Cumont mène une véritable guerre des nerfs contre le représentant de l’État à qui il reproche d’agir comme un dictateur abusant de son pouvoir.

En janvier, aux côtés de l’éditeur de l’Union de la Sarthe également censuré,  Arthur de Cumont poursuit le préfet dans un procès pour diffamation. Le plaignant estime que le préfet a nui à son image en le présentant « aux quatre coins du département, comme un ennemi du pays, du gouvernement ». Le fonctionnaire a, en effet, envoyé aux maires un courrier leur demandant de résilier leurs abonnements aux quotidiens.  De plus, Arthur de Cumont déplore que la décision de mettre son imprimerie sous scellés est contraire au droit de propriété ; « il n’appartient à aucun agent de la République de séquestrer la plume d’un écrivain selon son bon plaisir », déclare-t-il. Le préfet est absent le jour du procès : son train a déraillé. L’audience est ajournée à la semaine suivante mais le préfet profite du délai pour publier un arrêté qui le protège de témoigner sous couvert de la sécurité nationale. En juin 1872, le préfet est finalement condamné en appel à une amende de 500 francs.  Sa demande de pourvoi en cassation est rejetée par le tribunal. Épuisé par la tâche et dans ce climat hostile, le préfet finit par démissionner de ses fonctions un peu plus d’an après être arrivé à Angers. Il reprit par la suite sa robe d’avocat au barreau de Paris avant de siéger au conseil municipal et au conseil général.

Intrigues monarchistes

Fort de cet affrontement, Arthur de Cumont devient député du Maine et Loire en 1871. Obtenant 90 495 voix, il est le dernier élu sur les onze députés du département. En 1859, Arthur de Cumont avait déjà candidaté mais face à Alexis Segris, adjoint au maire d’Angers, soutenu par l’administration, il avait été largement battu. Il avait depuis réussi à entrer dans le conseil municipal d’Angers.Membre influent de la réunion Colbert, parti de droite modéré – « une région entre légitimisme belliqueux et l’orléanisme militant, un salon pacifique également fermé aux violences de l’extrême droite et aux malices du centre droit »,expliquait-il dans son journal- , il prend position pour les prières publiques, la validité de l’élection des princes d’Orléans, pour la pétition des évêques contre le retour de l’Assemblée à Paris, pour l’abrogation des lois d’exil des Bourbon…

Avec le député Anselme Batbie, il est envoyé comme représentant des groupes de droite pour faire pression sur Adolphe Thiers, président de la République de 1871 à 1873. Inquiet de l’inflexion de la politique présidentiel vers un centre-gauche, ce groupe de députés monarchistes fut surnommé les « bonnets à poil », un terme qui fait référence, de manière ironique ou imagée, à la fermeté quasi militaire et rigide de ses membres qui somment le chef de l’état de mener une politique plus conservatrice. Devant le refus du président, Arthur de Cumont devient un fervent opposant œuvrant à son renversement.

Après la chute d’Adolphe Thiers, c’est le maréchal Patrice de Mac Mahon qui devient président le 24 mai 1873 avec l’appui des députés royalistes. La même année, Arthur de Cumont fait partie de la commission des Trente ; composée de 30 députés, elle fut missionnée pour rédiger la nouvelle constitution de la France suite au second empire. En effet, la France est sous un régime provisoire depuis 1870 et la chute de l’empire. Cette commission composée principalement de royalistes doit donc examiner les lois constitutionnelles.

Le premier gouvernement d’Albert de Broglie ne reste en poste que quelques mois. Ernest Courtot de Cissey peine à former un nouveau gouvernement. Arthur de Cumont est alors nommé ministre de l’instruction publique, des cultes et des Beaux Arts dans le gouvernement de 1874.

Ses opposants républicains et laïques adoraient utiliser contre lui le fait qu’il n’avait jamais obtenu son baccalauréat ès Lettres, ce qui faisait l’objet de nombreuses moqueries, à l’époque, pour un homme à la tête de l’Instruction publique. Ironiquement, c’est sous son propre ministère qu’a été signé le décret du 20 novembre 1874 portant sur le règlement des examens du… baccalauréat ès lettres. 

Arthur de Cumont devient célèbre pour ses propos à l’Assemblée nationale que ses détracteurs ne manquent pas de moquer. En 1874 lors d’un débat sur la liberté de l’enseignement supérieur, il explique ainsi  : « Je suis libéral, mais j’aime passionnément l’autorité ». « Je ne veux pas de la liberté du fleuve qui franchit ses rives et ravage tout sur son passage« , renchérit-il. Ces propos illustrent bien la vision d’une liberté que les républicains jugent bien trop mesurée. 

Certaines imprécisions dans ses discours et des prises de position hasardeuses lui valurent d’être critiqué comme la confusion de l’école et de l’académie de médecine, sa demande de visiter les dortoirs du Collège de France (qui n’est pas établissement scolaire mais une institution d’enseignement supérieur qui n’a donc aucun dortoir), son souhait de permettre aux universités libres (c’est-à-dire religieuses) de conférer des grades sans contrainte au même titre que les universités d’état… Sa décision de décorer son chef de cabinet, M. Chauffard, au bout de seulement quatre mois de service, soulève des critiques y compris au sein de sa famille politique.

En 1875, il démissionne et retourne sur les bancs de l’Assemblée.

En 1876, il n’est pas réélu. Il retourne vivre au château de l’Epinay à Saint Georges sur Loire dont il a hérité.

L’héritier du château de l’Epinay et maire de la commune

Arthur de Cumont était le fils du Marquis Louis-Thimothée de Cumont et de Elisabeth Charlotte Caroline Maillée de la Tourlandry. 

Le  25 avril 1854, il épousa Marie Céleste Garreau de Labarre avec qui il eut une fille, Jeanne Marie Caroline dite Elisabeth de Cumont qui meurt prématurément à l’âge de 25 ans en 1880. Blessé profondément par cette tragédie, Arthur de Cumont s’investit dans la défense des intérêts des cultivateurs de la vallée qui exploitent les terres voisines du château de l’Epinay.

Arthur de Cumont reste actif dans le domaine politique : en 1883, il publie un fascicule intitulé Les Incurables dans lequel il développe ses idées monarchistes et répond à des critiques venant de son propre camp politique qui ont été diffusées dans un tract. « Personne, assurément, ne peut dire quand et dans quelles circonstance la République disparaîtra, mais sa chute est inévitable », « nous entretenons des chances d’une restauration monarchique » , explique-t-il dans ce texte qu’il adresse au comte Albert de Ressiguier, un autre député monarchiste. Le livret fait grand bruit. « M. de Cumont démontre à ses adversaires, qu’avec leur fétichisme pour de pseudo-principes, ils ne dédaignent pas, quand leur intérêt le leur conseille, de contracter des alliances avec les pires ennemis de la religion et de la légitimité, et qu’ils sont les premiers à mendier les places, les honneurs, les décorations », écrit le rapporteur des Annales de Provence. « Qu’Arthur de Cumont continue de mettre ainsi son talent et ses vues élevées au service de l’œuvre qu’il a entreprise : réconcilier la France monarchique avec la France démocratique », conclut-il.

Lire les Incurables en ligne

En 1879, il échoue aux élections partielle pour le Conseil Général mais est élu maire de Saint Georges sur Loire de 1887 jusqu’en 1897.

En 1897, c’est le général Emile Faugeron, un de ses fidèles adjoint qui prendra sa suite à la tête de la mairie de Saint Georges alors qu’Arthur de Cumont est affaibli par l’âge, la maladie et la peine due à la perte de sa fille.

Arthur de Cumont meurt en 1902. Son enterrement est simple car le défunt a souhaité qu’il n’y ait ni fleurs ni couronnes sur son cercueil. Émile Faugeron prononce un discours émouvant où il rend hommage à l’homme qu’il admirait de part ses valeurs et sa droiture morale. Aux côtés de la famille, sont rassemblés quelques figures politiques locales mais également les membres de la société de la Paix, située à proximité du château de l’Epinay.

A sa mort, le journal Le radical, organe de la presse républicaine estime pour sa part qu’il « fut, en somme, un des esprits les plus rétrogrades, dans sa nullité, qui se virent jamais « .

Sources:

Revue de l’Anjou, tome 44, 1902, pages 164 à 167

Biographies des députés avec leur principaux vote Jules Clèré, 1875, p271-272

Chronologie biographique des Grands-Maîtres de l’université, A. Aubert, 1881, p151-152

Dictionnaire universel des contemporains, Gustave Vapereau, sixième édition, 1893, p399

Annales de Provence, tome premier, 1883, p 399

Dictionnaire des parlementaires français, 1891, p229

Biographie des représentants à l’assemblée nationale, Felix Ribeyre, p 97

Journal du Tarn, 14 janvier 1871, p5

Tours et Bordeaux, souvenirs de la République à Outrance, Léonce Dupont, 1877, p322 à 326

Histoire de la Révolution de 1870-71, tome 2, par Jules Claretie, p151

De la liberté de la presse, Léon Vingtain, p253, 387

Le conservateur, 28 mai 1874

L’écho rochelais, 18 janvier 1871

La Gazette de France, 17 février 1902

Barbey d’Aurevilly, Charles Buet, p227