Saint Georges Patrimoine

L'affaire Barré Lebiez - Chapitre 10

L'histoire d'un crime aux conséquences politiques à la fin du XIXe

Une exécution qui attire la foule

En cellule, Barré ne reçut aucun soutien : sa maitresse, Léontine Lepin, était également emprisonnée pour trois ans. Sa seule requête fut que l’aumônier récupérât dans ses affaires la photo de la fille de Léontine pour la faire parvenir à sa maitresse accompagnée d’un poème : « Pardonne-moi, Léontine, à tes genoux, je t’en prie, et, ne me maudis pas, car, je t’assure, j’expie cette faute qui malheureusement cause ton déshonneur, brise ta vie, ta jeunesse et éloigne le bonheur. »  Au contraire, Lebiez reçut des témoignages réguliers d’affection de sa famille, des courriers et des visites. Son oncle lui écrit ainsi : « Cher Paul, j’ai pensé qu’au moment de payer ta dette à la société, ce serait peut-être un adoucissement pour toi, de savoir qu’il y a dans ta famille quelques personnes qui te plaignent et qui tâcheront d’oublier ta vilaine action, pour ne se souvenir que des bons moments qu’elles ont passés avec toi, et de l’affection qu’ils te portaient. » Sa mère tenta sans réussite de faire gracier son fils.

photographie

La prison de la Grande Roquette

Introduction

La prison de la Grande Roquette à la fin du XIXe. Les cinq dalles au sol servaient à installer la guillotine.

Barré et Lebiez furent exécutés le 7 septembre par guillotine. Jusqu’au dernier moment la famille de Lebiez garda espoir de le voir partir pour le bagne en Nouvelle-Calédonie. Apprenant leur exécution imminente, Lebiez déclara : « Nous étions unis pour le crime, soyons-le pour l’expiation. » Barré a-t-il agi sous la mauvaise influence de Lebiez comme il l’a clamé durant tout son procès ou sous la domination de sa maitresse comme l’affirmait son avocat ? L’acte d’accusation, lui, se termine ainsi : « Il est difficile d’ailleurs de démêler entre ces deux grands coupables lequel l’est davantage. Quel que soit celui auquel incombe la première inspiration du crime, l’autre en a accepté le projet, et tous deux l’ont exécuté avec un sang-froid et une cruauté égale. »

Il fallut soutenir Aimé Barré pour parvenir à la guillotine. Nicholas Roch, le bourreau très expérimenté de la prison de la Roquette – descendant d’une grande famille d’exécuteurs, il a commencé son métier à 11 ans aux côtés de son père, l’homme coupera 88 têtes en 84 mois d’activité avant de mourir en 1879- , avait cependant fait apposer pour la première fois une plaque de bois sensée cacher la lame et éviter la terreur des prisonniers.  Lebiez ne trembla pas. Au moment de son exécution, un homme, patron de presse populaire, lança : « Bravo, Liebez ! ». Le condamné scruta la foule et répondit « Adieu », avant de mourir.

gravure d'une exécution publique en 1880

Exécution de Prévost devant la Grande roquette en 1880