Saint Georges Patrimoine

L'affaire Barré Lebiez

L'histoire d'un crime aux conséquences politiques à la fin du XIXe

photographie d'un crâne et d'un marteau

L’arme du crime et le crâne de la victime

Le procès

Le procès débute le 29 juillet 1878 et fait grand bruit. Aux côtés des deux meurtriers, on juge également Léontine Lepin pour complicité. La foule se presse durant les trois jours de procès. Jamais on n’a vu pareille affluence dans la salle d’assise. On se presse devant la table où sont étalées les pièces à conviction : les vêtements de la victime portant les traces de coups ou encore la malle retrouvée au Mans. On expose aussi de nombreux effets personnels des accusés dont des photos érotiques découvertes chez Lebiez qui font beaucoup parler.  A dix heures, on fait entrer les accusés. Ils ont un air hagard, presque terrifié. Durant l’interrogatoire mené par le président Jean-Baptiste Mathieu de Vienne, on les voit pâlir, pleurer et même s’évanouir. Le juge insiste sur le passé des accusés, s’attardant sur la manière dont ils ont abusé de leur famille. Il les questionne sur leurs mœurs. Enfin, il précise le déroulé du meurtre cherchant à définir les responsabilités de chacun. Barré invoque la mauvaise influence de Lebiez ce qui met en colère ce dernier. A la fin de la journée, Léontine Lepin n’a pu encore être entendu quand la séance est levée. Le lendemain, les 47 témoins se succèdent à la barre. Ils laissent peu de doutes sur la culpabilité des accusés. Les voisines de la laitière ont entendu Barré lorsqu’il a fouillé la chambre de la victime et l’ont aperçu quittant le domicile, le visage portant des égratignures qu’il devait, non pas à sa victime mais à sa maîtresse.

Introduction

Georges Lachaud

Barré est défendu par maître Georges Lachaud tandis que Lebiez a pour avocat Maître Charles Demange. La presse internationale relaie le déroulé de l’affaire. Le New York Times et le Daily Telegraph dressent le portrait des criminels s’attardant sur Lebiez qui « qui était un socialiste et bien connu pour ses pensées communiste et athéiste. » Le journaliste anglais s’étonne de la stratégie des avocats des deux meurtriers qui plutôt que de s’attaquer à la procédure, préfèrent plaider sur les dramatiques circonstances du crime, appelant à la miséricorde pour des clients qui ont avoué. Lachaud, fils de Charles Lachaud, illustre avocat du XIXème siècle, semble avoir basé sa plaidoirie sur l’influence des manigances de Léontine Lepin sur Barré, cherchant à la diaboliser. L’avocat de Lebiez, Charles Demange qui défendra le capitaine Dreyfus quelques années plus tard en 1894 et 1899, suggère que son client pourrait renoncer à ses convictions d’athée pour devenir un bon catholique s’il échappait à la guillotine. La plaidoirie est suivie de longs applaudissements prodigués par l’auditoire.

Charles Delange

Les deux hommes sont condamnés à la peine de mort le 31 juillet. Le journaliste anglais relève que le jugement s’appuie davantage sur les circonstances que sur le crime que les deux hommes ont avoué : il estime que si Barré avait seul commis le meurtre, le jury aurait pu entendre ses arguments et être plus clément. Mais, associé à Lebiez dont les idées ne pouvaient engendrer que le chaos, Barré comme son complice se devait de recevoir une peine exemplaire. Le jeudi 1er aout, les deux hommes sont écroués à la prison de la Grande Roquette à Paris. Le pourvois en cassation motivé notamment par l’absence d’un des témoins est rejeté le 22 août. Lebiez écrit à son avocat : « J’ai bien pleuré quand vous êtes parti (…) Merci, Monsieur, Merci de ce que vous avez fait pour moi. »