Saint Georges Patrimoine

L'affaire Barré Lebiez - Chapitre 3

L'histoire d'un crime aux conséquences politiques à la fin du XIXe

photographie de Aimé Barré

Une existence difficile à Paris

La vie parisienne est difficile et le jeune Aimé manque rapidement de moyens. Il demande une aide financière à son père par courrier. Celui-ci lui répond, le 8 janvier 1877 : « Mon cher fils, je te réponds à ta demande d’argent. Tu ne te figures pas le mal que j’ai en ce moment pour faire face à mes affaires de commerce (…) si tu voyais mes comptes et le retard de payements. » Le père en toute sagesse, invite son fils à rentrer en Anjou pour y trouver un travail stable. Mais le jeune homme n’écoute pas les leçons paternelles et préfère rester coûte que coûte à Paris. Afin de rassurer son père, il explique qu’il a trouvé un travail, qu’il loge dans une chambre au cinquième étage et qu’il a retrouvé un ami angevin, Paul Lebiez, un étudiant en médecine de l’hôpital Lariboisière. Il travaille en effet chez un notaire mais tire la majeure partie de ses revenues de spéculations boursières. Gagné par l’avidité et le désir du gain, Aimé Thomas Barré prend de gros risques pour faire fructifier ses modestes économies. Et cela lui réussit, si bien qu’il cherche à convaincre son père : « Avec de l’argent, on gagne de l’argent, et certes je te prie de croire que, si j’en avais en ma possession, je saurais bien l’employer utilement et le faire produire ». Mais le jeu de la Bourse devient rapidement une obsession : « Tous les soirs, en m’en allant diner, j’achète le journal qui vient de paraître, et je dévore le cours de la Bourse pour voir si j’ai fait une bonne ou une mauvaise journée », écrit-il en novembre 1877. Convaincu par les propos de son fils, le père lui confie 6 000 francs : Aimé Thomas perd toute la fortune familiale.

Introduction

Beau parleur, Aimé arrive soutirer à deux jeunes filles, Mademoiselle Mosbacher et Elisabeth Garceau, leurs économies, pendant l’hiver 1878. Mais là encore, Aimé perd les 5 000 francs et est incapable de rembourser ses créancières. Accumulant les déconvenues et sous la pression des demoiselles qui le somment de les rembourser, Aimé Barré a l’idée d’ouvrir un cabinet d’affaire pour se refaire une santé financière. Dans une correspondance fournie, Aimé cherche à obtenir de nouveau de l’argent de son père. Mais celui-ci ne se laisse pas duper. Il répond à son fils : « Je crois que cela va me faire mourir de chagrin de voir que j’ai tant dépensé d’argent pour un enfant qui ne me cause que des tourments. » Aimé croûle sous une pression financière : le cabinet ne produit rien et mademoiselle Garceau vient de lancer des poursuites judiciaires contre lui pour obtenir l’argent qu’elle lui avait confié. Dans l’impasse, Barré, poussé par son ami inséparable, Lebiez, va alors commettre son premier vol. D’autant plus que sa maitresse le presse de subvenir à ses demandes. Celle-ci aspire en effet à un train de vie élevé. Ainsi Léontine écrit à une amie d’Angers le 14 novembre 1877 : « Si tu voyais comme nous nous sommes installés : le logement est magnifique ; le tapissier vient de me poser mes rideaux, doubles rideaux et portière et tablette de cheminée. »

Le jeune homme fréquente régulièrement mademoiselle Thilloy, une prostituée de la rue Saint Denis. Il se rend donc chez elle et prétextant un désir de boire, lui demande d’aller acheter des liqueurs. Aimé profite de l’absence de la femme pour lui dérober une montre en or. Mais à son retour, la dame se rend compte du méfait et Barré, craignant d’être arrêté, est obligé de lui restituer la montre. Son échec rend fou de rage son complice, Lebiez, avec qui il devait partager l’argent de la vente. Barré retourne chez la fille quelques jours plus tard et passe la nuit avec elle. A son départ, la malheureuse constate qu’il lui a dérobé 9 francs qu’elle conservait sur sa cheminée. Les deux compères se partagent le maigre butin dans le débit de boisson voisin.