Saint Georges Patrimoine

L'affaire Barré Lebiez - Chapitre 11

L'histoire d'un crime aux conséquences politiques à la fin du XIXe

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Albert Millaud

La peine capital en question

Albert Millaud, journaliste et dramaturge, assiste à l’exécution. Le lendemain, il publie dans Le Figaro un long article contre l’usage de la guillotine. « J’étais la nuit dernière sur la place de la Roquette, parmi les spectateurs nombreux qui s’entassaient les uns sur les autres pour mieux voir l’exécution de Barré et Lebiez, et je suis revenu de ce drame sanglant, convaincu, comme je l’étais déjà, de la nécessité de la peine de mort, mais avec le cœur malade d’horreur et de dégoût. » C’est la première exécution à laquelle assiste le journaliste. Il doit se frayer un chemin parmi la foule pour apercevoir les condamnés. Il est alors particulièrement choqué par la vue du sang. « Ce que j’ai vu, ce n’était pas une exécution capitale, mais une scène d’abattoir. » Le journaliste voit dans la guillotine, un procédé qui a fait son temps. « La guillotine est un spectacle qu’il faut supprimer. (…) Il faut que la peine de mort soit ce que la société a voulu qu’elle fût : la suppression d’un être malfaisant et non la vengeance des hommes contre un homme ».  Il conclut son article en prônant l’utilisant d’acide prussique ou de l’électricité et la fin des exécutions publiques.

Le 10 septembre 1878, le chef de la police municipal témoigne également de son émoi et de ses questionnements dans un long rapport. « L’exécution capitale des nommés Barré & Lebiez avait attiré sur la place de la Roquette et aux abords, une foule qu’on ne peut pas évaluer à moins de 25 à 30 000 individus. La curiosité publique, excitée par les articles à sensation d’une certaine presse, était arrivée à un tel degré (…) ». Si les forces de l’ordre semblent avoir contenu cette foule avec succès, le chef de la police n’approuve pas le voyeurisme que l’exécution publique génère. « Dès que le bruit se répand dans Paris qu’une exécution capitale doit être considérée comme imminente, tout le public des restaurants à la mode, tous les gens attardés dans les établissements dont on tolère la fermeture tardive, en un mot tout ce monde de débauchés et de désœuvrés que renferme une ville comme Paris, est aux aguets. (…) Je considère comme un fait honteux et vraiment déplorable cette avidité de spectacle à sensation manifestée à tous les degrés de l’échelle sociale. (…) Est-ce là le vœu du Législateur qui avait espéré trouver dans la peine capitale un châtiment et un frein moralisateur ? Il est permis d’en douter. » Le chef de la police suggère alors de modifier la législation en supprimant les exécutions publiques pour les remplacer par des exécutions à l’intérieur de la prison.

Malgré plusieurs propositions de loi, il faudra attendre le 24 juin 1939 pour qu’une décision du gouvernement Daladier supprime les exécutions publiques et les encadrent dans l’enceinte pénitentiaire. La dernière exécution par décapitation eu le lieu le 10 septembre 1977. La peine de mort fut abolie le 9 octobre 1981 par le président François Mitterrand et son garde des sceaux Robert Badinter.

Introduction